Chapitre 23
Sebastian pénétra dans la chambre et déposa doucement son contractant sur le lit. Ce dernier devait être vraiment exténué car il ne se réveilla pas. Le démon l'observa quelques minutes, admirant son visage d'enfant rentrant doucement dans l'adolescence. Ses joues étaient bien rondes et rosées, colorées à cause du soleil d'été. Son nez fin pointait doucement, sous pour autant être proéminent. Sebastian passa ses doigts dégantés dessus et constata qu'il était tout froid. Il sourit malgré lui et porta son attention sur les yeux de son contractant. Il devait rêver au vu de ses orbites bougeant rapidement. Il admira ses longs cils noirs, comme celui d'une femme et de ses sourcils cendrés parfaitement dessinés par ses soins.
_ Tu es magnifique, Ciel.
Le dénommé était bien trop endormi pour entendre ce tutoiement soudain et le timbre de la voix qui était devenu bien trop doux pour un démon.
Sebastian caressa ses cheveux gris bleutés et apprécia cette sensation de douceur, coulant entre ses doigts telle de l'eau.
Puis, il soupira, se résignant à le changer sans le réveiller et à accomplir sa mission. Il devait mettre toute la nuit et cela serait suffisant pour apporter tous les dossiers nécessaires à l'enquête.
Une fois le jeune garçon en tenue de nuit, Sebastian l'installa dans le lit et le couvrit. Il déposa un baiser sur son front et se releva. Néanmoins, il découvrit que le poing de son contractant s'était refermé sur sa cravate.
_ Je ne peux pas rester avec toi cette nuit, murmura-t-il. Mais nous serons ensemble demain.
Doucement, il enleva ses petits doigts et déposa un autre baiser dessus.
_ Dors bien, Ciel. Je reviens vite. Et je crois que tu éprouves bien plus de sentiments pour moi que tu ne peux l'imaginer.
Mais le susnommé continuait de dormir, n'entendant rien.
_ A demain matin.
Le démon partit, s'éclipsant sous forme de fumée noire.
Ciel soupira et sentit qu'on lui caressait les cheveux. Puis, quelque chose de chaud et d'humide vint toucher son front. Ce n'était pas si désagréable que ça et instinctivement, il alla se coller contre la source de chaleur près de son corps. Soudain, il ouvrit ses deux yeux, le ramenant à la réalité. Son œil saphir et son œil améthyste rencontrèrent ceux rubis du démon.
_ Bonjour, Bocchan.
Sebastian continuait de le caresser et de déposer de temps à autre des baisers papillons sur son front.
Ciel se détacha de lui et se redressa à l'aide de ses bras. Il le foudroya du regard.
_ Tu n'as pas le droit de faire ça, lança-t-il.
Le démon sourit.
_ Pourtant, nous dormons ensemble chaque nuit depuis que nous sommes arrivés. Alors pourquoi n'aurai-je pas le droit de vous embrasser le front ou même de vous caresser ?
_ Parce que, se défendit Ciel.
_ Quelle réplique !
_ Ne me mets pas de mauvaise humeur de si bon matin, cracha le Comte. Mais plus important, as-tu ce que je t'ai demandé ?
Sebastian se redressa aussi, faisant rougir son contractant car il s'était mis nu. D'un doigt à l'ongle noir, il montra quelque chose. Ciel suivit la direction et aperçut plusieurs piles de papiers déposés sur le bureau et même à terre.
Il se leva subitement et se dirigea vers eux. Il en prit un au hasard et constata en effet qu'il s'agissait des documents du Gévaudan du siècle dernier. Il avait néanmoins un peu de mal à comprendre le français dès le matin.
_ Très bien, fit-il. Habille-moi, il faut que je déjeune et après, il faudra étudier tout cela.
_ Yes, My Lord.
Ciel feuilleta un petit exemplaire vieilli. Il était tombé sur des gravures et autres représentation de la bête. Elles étaient toutes triées par date, depuis les premiers témoignages jusqu'au…
Le jeune garçon fronça les sourcils.
_ Sebastian.
Il revint vers le démon en grimpant sur le lit et montra la page où il avait tiqué.
_ Regarde-moi cette gravure.
Ce dernier le prit et fronça lui aussi les sourcils.
_ Quel étrange animal, avoua-t-il.
Sur cette gravure, figurait quelque chose d'assez grand et monstrueux. Ciel n'avait jamais rien vu de semblable. Cela ressemblait vaguement à un loup sans pour autant en être un. Toute une couronne d'épines se déployait à la naissance du cou jusqu'au dos. Sa mâchoire était immense et on ne voyait que des dents extrêmement larges et grandes.
Arthur avait fait plus ou moins des croquis imaginatifs représentant ce genre de particularité.
Sebastian tourna les autres pages et dans les dernières années correspondant à la fin de la traque, il y avait d'autres esquisses représentant un véritable monstre sorti tout droit de nos pires cauchemars. La dernière était un animal à l'arrière train rebondi, des épines comme un porc-épique, une queue atrophiée et une gueule dont la ressemblance se rapprochait plus d'un crâne ricanant que de quelque chose de vivant.
_ Tu crois qu'on va avoir à faire à un monstre comme ça ? Demanda Ciel dépité.
_ Si on s'en tient aux témoignages et aux croquis d'Arthur, je le crains, avoua Sebastian.
Le jeune Comte soupira.
