Chapitre 26
Ciel se retourna vers lui, fulminant.
_ Vas donc voir tes sales putes et laisse-moi tranquille !
Il avait hurlé, se foutant que d'autres personnes pouvaient les entendre.
Sebastian le toisait froidement.
_ Est-ce un ordre ? Demanda-t-il, sarcastique.
Ciel rougit mais ne perdit pas contenance.
_ C'en est un, oui. Casse-toi.
Le majordome serra la mâchoire en lui lançant un regard dédaigneux. Il soupira et se tourna. Il aperçut des filles de joie dans un coin de la rue, le regardant avec envie.
_ Je vous prends au mot. Je ne suis que votre majordome après tout.
_ Oui, c'est ça. Aller casse-toi.
Sebastian se tourna de nouveau vers lui, cherchant une quelconque plaisanterie ou un signe montrant qu'il voulait sa présence… il ne se heurta que face à un visage fermé et hautain.
_ Je m'en vais dans ce cas. Je pense que je prendrai beaucoup de plaisir à les baiser.
Sur ce, le majordome tourna les talons et Ciel ne répondit pas. Il le fixa encore un peu, le voyant s'approcher de ces filles. Aussitôt, elles vinrent vers lui et bien sur, Sebastian commença en prendre quelques une par la taille, les emmenant dans la rue sombre. Il lança néanmoins un dernier regard empli de haine face à son jeune maître.
Ciel serra les dents et tourna les talons. Il appela un fiacre de la main et grimpa dedans.
_ Aux portes de la ville, ordonna-t-il en lançant une pièce au cocher.
Aussitôt, les chevaux s'emballèrent. Plusieurs minutes passèrent et Ciel essayait à tout prix de ne pas penser à Sebastian en train de fricoter avec ces putes. Une fois arrivé, il descendit et se balada dans la campagne environnante. Toutefois, il avait toujours cette image dans la tête… mais il n'avait pas à être jaloux. Il savait qu'il ne devait pas avoir ce genre de relation avec son majordome, et encore moins avec le démon qui devait dévorer son âme. Mais c'était trop dur et il se demanda si ses lèvres exploraient en ce moment le corps d'une de ces…
Il se mordit à moitié la joue et se mit à courir dans la nature, ne regardant pas où il allait. Il sentait les larmes de rage menacer de sortir. Tout à coup, il trébucha et dégringola le long d'une pente. Il atterrit dans un ruisseau, se faisant éclabousser par l'eau et la boue.
_ C'est bien ma veine, maugréa-t-il en essayant de se relever.
Il s'était fait rudement mal, son genou droit arborait une vilaine plaie, le sang s'écoulant. Ciel jura et s'aida des rochers environnants pour se relever. Il se rassit de nouveau et s'épousseta. Puis, il trempa ses mains dans l'eau et tenta d'enlever le plus gros du sang.
Il soupira.
_ Tout ça, c'est de ta faute.
Il resta un moment ainsi, dans le vague. Puis, il leva la tête, explorant le lieu. Il avait atterri en pleine forêt.
_ Et merde, j'espère que je ne suis pas allé trop loin au moins.
Il entendit un bruit suspect et pivota subitement sur lui.
Rien.
Cela devait être surement un écureuil ou une connerie de ce genre.
Ciel avisa une branche assez solide et à sa taille. Il l'attrapa et s'appuya dessus afin de ne pas trop faire souffrir sa jambe. Il regarda la pente et constata avec blasement qu'il ne pouvait pas l'emprunter vu son état. Il soupira et longea le ruisseau, espérant trouver un chemin plus praticable.
Il marchait déjà depuis un bout de temps et il faisait de plus en plus sombre. Ciel n'aimait pas trop cela. Et il était hors de question qu'il appelle Sebastian à la rescousse. Qu'il reste avec ses prostituées celui-là, tient. Il ne voulait même plus le voir. Quand il rentrera, il demanderait à Victor de conduire Sebastian dans sa chambre personnelle. Il ne voulait plus du tout le voir.
Un bruit de branche cassée.
Ciel tiqua. Il avait déjà entendu depuis un moment des branches cassées. Toutefois, c'était plus diffus et il y avait toujours des oiseaux ou des insectes qui chantaient… pas là.
Puis, quelque chose d'étrange se répercuta, comme un rugissement aigu.
Ciel blêmit et lâcha sa branche. Il commença à courir, bien qu'il ait mal. Toutefois, il pressentait le pire. Son cœur battait à tout rompre, ses poumons s'enflammaient.
Il aperçut une petite pente. Sans perdre de temps, il commença à remonter. Hélas, le ruisseau s'écoulait aussi et il retomba, glissant avec la boue. Il atterrit lourdement à terre et mit quelques temps à reprendre connaissance.
Puis, il entendit de nouveau des rugissements. Plus proches, bien plus proches. Ainsi que des bruits d'une respiration.
Il releva la tête et pâlit.
A une dizaine de mètre, il y avait un monstre. Aussi grand qu'un cerf et aussi gros qu'une vache, Ciel aperçut une chose dans les couleurs de marron et de noir. Sa tête était assez allongée, recouverte d'une seconde peau marron et noir. Il voyait des dents terriblement longues et brillantes. Son crâne se finissait par une espèce de collerette surplombée par derrière par toute une série de piques noires. Ces dernières se dressaient comme des poils hérissés, déployées telle une queue de paon. Sur la continuité du dos, il y en avait bien moins, suivant la ligne de la colonne vertébrale.
Ciel ne voyait pas sa queue.
Son corps corpulent et musclé se recouvrait de cette peau noire et marron avec des espèces de relief. Ses pattes puissantes se terminaient par des rangées de griffes dont celle du pouce qui étaient anormalement longues et recourbées.
Le jeune garçon recula et releva la tête, essayant de trouver un quelconque refuge.
Puis, la créature rugit, terrifiant Ciel. En effet, les longues dents se rétractaient montrant une gueule avec une autre mâchoire, plus normale, avec de longues dents blanches, comme un carnassier. Il voyait au loin sa langue rose. Puis, elle referma sa gueule et courut dans sa direction, ouvrant la gueule.
_ SEBASTIAN ! Hurla le jeune garçon.
La créature avançait rapidement sur lui. Ciel tenta dans un ultime effort de se déplacer mais il avait trop mal à sa jambe.
