Chapitre 32

Ciel se pointa dans la salle à manger, suivi par Sebastian.

Le Vicomte était en train de lire le journal mais leva la tête en entendant la porte s'ouvrir. Il regarda le jeune Comte avancer vers lui, un grand sourire aux lèvres.

_ Bonjour Arthur ! Lança jovialement Ciel. Avez-vous bien dormi ?

Ce dernier rit de bon cœur.

_ A merveille ! Mais normalement, c'est à moi de demander cela à mon invité. Avez-vous bien dormi ? Ciel ?

Le jeune garçon partagea rapidement un regard avec son majordome, puis sourit une nouvelle fois, presque sincère.

_ A merveille aussi ! Au fait, je dois vous parler de quelque chose d'important.

En même temps qu'il disait cela, il s'installa sur l'une des chaises en chêne massif.

Arthur le fixait, surpris.

_ Oui ? Qui donc ?

Ciel mit ses coudes sur la table et posa son menton sur ses phalanges, plongeant son œil saphir dans les yeux verts de son interlocuteur.

_ Sebastian.

Le susnommé avança et sortit quelques papiers de sous son frac. Il les donna à Arthur qui les prit et les parcourut rapidement.

_ Ce sont les rapports des attaques de la Bête mais aussi… ceux du Gévaudan.

Il porta de nouveau son attention sur Ciel.

_ Que se passe-t-il ? Avez-vous trouvé une nouvelle preuve ?

_ Oui. Vous vous rappelez qu'on a essayé de trouver les Chastel.

_ Oui et ils ne sont pas à Sutton.

_ Exactement, hors, je pense qu'ils y sont bien. En effet, quand vous déplacez les lettres, vous obtenez Lasthec. Et si je ne m'abuse, les comptes-rendus des autopsies, des témoignages et selon vos dires, il est souvent présent lorsqu'on trouve les victimes, non ?

Arthur blêmit et regarda les dossiers qu'il avait sous lui.

_ En effet mais…

_ Il a caché des preuves. Il s'arrangeait toujours de se trouver avec les corps afin de disparaître les débris de métal sur cette bête. De plus, même si vous étiez aux autopsies, vous avez du mal à rester jusqu'à la fin car vous vous sentez mal au bout d'un moment.

Arthur ne dit mot.

_ Mais, dit-il enfin. C'est impossible qu'ils soient…

_ D'où viennent-ils ? Qui sont-ils ?

_ Des nouveaux riches. Ce sont des parvenus en vendant, certes, entre autre des outils en fer d'une forte solidité. Mais ils ne sont qu'arriver depuis seulement le début du XIXème siècle ! Cela ne correspond en rien avec le Gévaudan et cette famille de chasseur !

_ Sont-ils des chasseurs aussi ? Demanda Ciel. De plus, j'ai ma petite idée pourquoi il n'est venu qu'au début du siècle.

_ Et pourquoi donc ?

_ Répondez à ma question.

Arthur hésita.

_ Je suis envoyé par la Reine et selon vos mots, vous dites que je suis là pour vous sauver.

Le Vicomte soupira une nouvelle fois.

_ Oui, ils aiment chasser. Le père Lasthec chassait un peu mais maintenant, c'est son fils qui aime pratiquer ce sport. Et maintenant quelle est votre idée ?

_ Etant donné que la Bête du Gévaudan faisant grand bruit à l'époque, Chastel a tué un animal qui lui ressemblait ou peut-être l'a fait reproduire pour avoir des petits. Après avoir suffisamment laissé partir la crainte de l'animal et avec la Révolution de 1789, il a du fuir la France avec cette chose dans ses bagages pour venir ici. Les douanes étant moins studieuses à cette époque il a du parcourir l'Angleterre facilement avec ce monstre. Jusqu'à qu'il arrive ici, faisant reproduire ce monstre, dans un environnement quasiment identique aux forêts du Gévaudan.

Arthur réfléchit.

_ Mais pourquoi ferait-il ça ?

_ C'est ce que j'aimerai savoir aussi, avoua Ciel. J'espère alors le coincer et essayer de découvrir ses intentions. C'est pourquoi je vous en parle. Je compte, avec votre aide et votre majordome, nous aider à suivre Lasthec jusqu'au lieu où il cache cet animal. Et l'emprisonner lui, afin de connaître ses véritables intentions. Il nous faut des armes : des arcs, des lances, des pieux. Des choses de ce genre afin que ça pénètre une carapace de cuir et de bois. Les balles ne font que ricocher dessus et c'est pour ça qu'elle parait si invincible, comme au Gévaudan.

_ Si ce que vous dites est vrai, enchaina Arthur, je vous apporterai alors mon aide. Je dois vous avouer que j'ai du mal encore à croire à sa culpabilité mais… je dois savoir aussi et je me dois de protéger les terres de Suffolk.

_ Je peux donc compter sur vous ?

Arthur acquiesça.

_ Oui, Comte. Laissez-moi préparer notre escapade et de quoi nous armer.

_ Vous savez vous battre avec ce genre d'arme ? Demanda Ciel.

_ Oui, je suis un chasseur aussi et je ne vise pas qu'avec des fusils.

_ Et votre majordome ?

Arthur rigola.

_ Il sait encore mieux que moi de se servir de ces choses et c'est même lui qui m'a appris certaines pratiques !

_ Tant mieux.

_ Et vous alors ?

_ J'ai Sebastian, c'est amplement suffisant et j'ai confiance en lui pour savoir magner n'importe quelle arme. N'est-ce pas ? Sebastian ?

_ Bien sur, My Lord.

Ledit majordome s'inclina en voyant son contractant se tourner vers lui.

_ Vous êtes bien présomptueux de le croire si aguerri, remarqua Arthur. J'ai bien vu qu'il était doué mais tout de même.

Ciel sourit.

_ Il peut vous faire une démonstration, si vous voulez.

Arthur sembla hésiter et fixa Sebastian. Il se crispa en voyant son sourire narquois et suffisant, sans compter ses yeux qui le glacèrent.

_ Je vous fais confiance.

_ Très bien.

Ciel se leva.

_ Quand pensez-vous que nous allons partir ?

Arthur réfléchit quelques instants.

_ Le temps de regrouper les armes et toutes ces choses, peut-être demain.

_ Cela me va.

Ciel partit, suivi de son majordome.

Le Vicomte se tourna vers Victor.

_ Nous devons ressortir tout l'équipement.

Son majordome s'inclina.

_ Je m'en vais préparer tout cela de ce pas.