Chapitre 33

Armés d'arcs et de lances, ils déambulaient à travers la forêt de Sutton. Ils avaient décidé de passer la nuit dans celle-ci afin de voir si Lasthec passait ou si la Bête faisait son apparition. Cela faisait plusieurs heures qu'ils la longeaient, sans rien trouver.

Un moment ils étaient revenus vers les tertres, mais sans rien trouver de bien significatif.

Puis, ils plongèrent un peu plus dans ce bois dense et sombre. Le soleil et les étoiles ne se voyaient même pas, c'était quasiment impossible de se repérer. Heureusement que la mousse sur les arbres indiquait la direction du Nord, sinon, c'était bien difficile. Tout le sol se recouvrait d'épines de conifères et de feuilles ocre.

Un ruisseau vint couper leur route.

Sebastian la fixa un moment alors que les autres parlementaient pour savoir quelle direction suivre.

_ Nous devrions remonter en amont de ce ruisseau, déclara le majordome.

Ciel le fixa et ils se partagèrent un long regard tandis qu'Arthur s'exprimait :

_ Pourquoi la remonter ? On peut tout aussi bien la suivre jusqu'à qu'elle sorte de la forêt. En la suivant, j'ai peur que nous nous perdions dans quelconques plaines ou plateaux.

Les yeux rouges insistèrent dans l'œil saphir.

_ Je préfère suivre la proposition de mon majordome, déclara le jeune Comte. Il s'est rarement trompé et si un plateau ou une plaine est au bout, il se peut qu'il y ait des cachettes.

Arthur soupira, vaincu.

_ Soit.

Ainsi, ils reprirent leur route et suivant cette fois-ci le ruisseau, dans le sens contraire du courant.

Ciel parlait un peu avec le Vicomte tandis que le démon ouvrait la marche et Victor la fermait, protégeant ainsi les deux nobles. Néanmoins, ils avaient une marge d'intimité.

_ Ciel, commença Arthur. J'aimerai vous poser une question mais, je vous en prie, ne la prenez pas mal.

Le jeune Comte haussa un sourcil, étonné.

_ Quoi donc ?

Arthur sembla hésiter, puis :

_ Je me fourvoie surement mais, quel genre de relation avez-vous entre votre majordome ?

L'œil saphir le toisa froidement. Voyant ceci, le Vicomte reprit :

_ Je vous demande cela car j'ai l'impression que votre relation est trop profonde pour un simple domestique et son maître. Je connais aussi votre passé, qui ne le connait pas d'ailleurs, mais, vous ne vous comportez pas avec lui comme s'il s'agissait d'un père ou d'un frère.

_ Cela me regarde, trancha le Comte. Mais il est juste mon majordome, point.

Arthur le regarda, grave.

_ Cela ne me regarde pas en effet, néanmoins, vous devriez faire attention car cela sa voit trop. La manière dont vous le regardez, ou même, c'est plus flagrant chez lui, est profondément dérangeant et indécent. Et il rend l'atmosphère irrespirable quand on prête trop attention à vous. Vous faites ce que vous voulez mais soyez plus discret dorénavant, surtout à Londres. Je l'ai remarqué parce que cela fait trois mois que vous vivez dans mon château et plus les jours passent, et plus c'est palpable.

Ciel se radoucit.

_ Mon majordome est simplement mon domestique, mais aussi la personne qui est chargée de ma protection. Nous partageons certes beaucoup de choses mais il n'y a rien qui ne soit du domaine du dérangeant, si je comprends où vous voulez en venir. Néanmoins, je tiens compte de vos remarques et je ferai plus attention à moi. Il ne faudrait pas en effet que d'autres personnes s'imaginent des choses alors qu'il n'en est rien.

Arthur hocha la tête.

_ Je suis heureux de vous l'entendre dire.

Ciel sourit et ils regardèrent droit devant. Sebastian tourna discrètement la tête lançant un regard meurtrier sur son contractant. Ce dernier le perçut mais ne se désarçonna pas. Il savait ce que le démon pensait et il savait que ce dernier était au courant de ses propres réflexions. En effet, il faudra cacher ses yeux de regards et leurs mimiques avant de rentrer dans Londres.

_ Mon Seigneur, interpella Victor.

Tout le monde s'arrêta net.

Arthur suivit le doigt de son majordome qui pointait quelque chose.

Sebastian se mordit la lèvre inférieure, frustré de ne pas avoir ça, trop occupé à foudroyer du regard son contractant.

Ciel grimaça.

Devant eux, il y avait des restes d'os humain, entassés sous un arbuste.

_ Nous sommes sur la bonne piste, fit Ciel. Hâtons-nous.

Tout le monde obtempéra et reprit leur route.


Au bout d'un moment, alors qu'Arthur parlait avec son domestique, le démon vint à la hauteur de son contractant.

_ Il me semble que quelque chose nous suit depuis quelques minutes, confia-t-il.

Ciel le regarda.

_ Quoi donc ?

Sebastian le fixa, terriblement sérieux.

_ Je ne le saurai le dire, mais au vu des dernières découvertes, probablement cet animal, ou plutôt, les animaux.

_ Les ? S'étonna Ciel. Tu en sens plusieurs.

Sebastian acquiesça.

_ Ils sont loin, je ne parviens pas à les distinguer car ils vont vite mais je suis persuadé qu'ils nous suivent. De plus, ces bêtes sentent ce que je suis et elles prennent néanmoins leur distance.

Ciel serra son pistolet, bien qu'il sache qu'il ne servait à rien face à la cuirasse.

_ Si c'est comme la dernière fois, fit-il, tu devras faire attention si elles nous attaquent et faits attention à toi au lieu de te faire bouffer encore un morceau.

Le démon sourit.

_ Bien sur, Bocchan.

_ Combien arrives-tu à en sortir ?

_ Minimum deux, mais j'ai l'impression qu'il y en a trois.

Le démon se figea.

_ Ils sont partis.

Ciel écarquilla son œil.

_ Pourquoi ?

_ Qu'est-ce que j'en sais ?

_ Ciel ! Interpella Arthur. Regardez, il y a une route.

Le jeune Comte et le majordome regardèrent droit devant eux et en effet, un petit chemin en terre battue apparut. Le ruisseau passait sous un petit pont en bois.


A suivre...