Chapitre 41

Ciel avait la sensation d'être étouffé, d'avoir les poumons qui brulaient, comme toutes les fois où il avait ses crises d'asthme et ses crises d'angoisse. Son œil saphir ne voyait plus rien, toute une épaisse fumée -était-ce d'ailleurs de la fumée ? -enveloppait tout le lieu. On ne voyait plus rien. Ou du moins, Ciel avait l'impression que ce noir bougeait. C'était effrayant.

Puis, il entendit les animaux couiner de douleur et de violentes secousses faire vibrer tout le souterrain. Au loin, il capta que la femelle rugissait, apeurée tandis que les deux autres avaient l'air d'être taillés en place. Par moment, il pouvait percevoir la voix du démon, moqueuse, riante…

Soudain, quelque chose fut projetée non loin de lui. Un souffle chaud, sentant le sang, s'abattit sur son visage. Un couinement se répercuta à ses oreilles et des bruits métalliques l'accompagnèrent.

Un autre bruit se fit, comme des craquements d'os, ou quelque chose de ce genre. C'était très écœurant, Ciel entendait comme si la chair était déchirée, entendant chaque déchirure, chaque craquement d'os.

Le silence se fit.

Seule une respiration irrégulière parvint à ses oreilles.

Ciel se tourna doucement vers ce souffle, n'osant à peine regarder tant il était effrayé. Mais l'animal près de lui, si c'était bien un animal d'ailleurs, avait l'air de rendre les armes.

Tout à coup, son œil bleu se porta un peu plus haut et s'écarquilla d'horreur. Là, dans ce noir, il y avait autre chose de plus noir. Il pouvait voir deux paires d'yeux rouges et fuchsia, à la pupille rétractée, le fixant. Le jeune garçon n'arrivait pas bien à tout percevoir mais… ce n'était pas de forme humaine.

Hésitant, il se releva doucement, s'aidant de ses mains afin de s'appuyer contre le mur de terre derrière lui. Son œil saphir ne quitta jamais ses deux orbes de feu qui le fixaient sans cesse. Il avait l'impression d'être pris au piège, servant de dîner à un monstre affamé. Et cette fumée ! Ou ce noir, peu importe, si suffocant, si angoissant, si terrifiant. Ses poumons commençaient à souffrir de plus en plus et Ciel ouvrit la bouche essayant d'avaler des bouchées d'oxygène. Seulement, ce ne fut que ce noir étrange qui s'engouffra en lui.

Ciel tendit une main vers ses yeux rouges.

_ Mi-Michaelis, parvint-il à dire difficilement.

Même sa voix semblait perdre en intensité, comme si sa bouche avait un tissu devant ses lèvres, l'empêchant de parler correctement. Il était déjà dur de respirer et de se lever. Mais alors parler ! Ses poumons lui brulaient encore plus.

Toutefois, il ne devait pas avoir peur. C'était son démon avec qui il avait passé un contrat. Il s'approcha alors vers ses orbes terrifiants, un pas devant l'autre. La main toujours tendue, Ciel avança, la bouche ouverte, comme un poisson se désespérant de pouvoir respirer.

Puis, quelque chose toucha sa main.

Le cœur du jeune garçon rata un battement.

C'était la même sensation, le même toucher lors de cette fameuse nuit. La main qui prenait la sienne n'était pas totalement humaine. Il pouvait sentir ses ongles… non, ses griffes, longues acérées. Et là, elles étaient légèrement humides, surement tâchées de sang. Et il y avait encore cette sensation de fumée, telle de l'eau, qui glissait le long du bout de ses doigts.

_ Michaelis.

Une autre main –un bras ? –vint l'enlacer et Ciel se retrouva cette fois-ci contre un corps. En même temps, ce noir disparut à la même occasion. Le jeune garçon avait la tête contre une chemise souillée de sang et déchirée. Mais il la connaissait, tout comme l'odeur. Ces cheveux ébène qui venaient le caresser. Le jeune noble n'hésita plus et enfouit son visage dans ce cou où il avait tant de fois retrouvé refuge.

Ses poumons lui faisaient moins souffrir. Le jeune noble arrivait à reprendre une respiration décente.

_ C'est terminé, murmura cette voix douce et suave. Tu n'as plus rien à craindre.

Ciel allait répliquer mais se ravisa. Il recula et étudia le visage du démon ayant repris forme humaine. Seuls ses yeux arboraient encore une couleur étrange et ses dents étaient anormalement longues. Toutefois, il avait repris son visage bien trop angélique pour un être malfaisant.

Il se désintéressa de lui et son œil se porta sur le reste de la vaste salle. Là où il avait été accoudé, c'était la Bête qui avait atterri près de lui. Elle respirait encore, mais difficilement, et une marre de sang était sous elle, pourtant, on ne voyait aucune blessure. Près du corps de Victor sans tête, l'autre bête était là, gisante. Certaines de ses pattes et sa tête faisaient un angle bizarre. Arthur, lui, était étendu, inconscient. Etait-il mort ?

_ Il est vivant, rassura le démon en voyant son contractant fixer pendant un moment le Vicomte. Mais il est bien amoché à cause de la Bête et a perdu beaucoup de sang.

Ciel hocha la tête et la tourna, se dirigeant vers l'espèce de niche. Etrangement, le démon n'avait pas touché à la femelle et à ses petits.

Le jeune Comte se releva et s'approcha d'eux.

La femelle leva la tête vers lui et montra les dents. Toutefois, elle était incapable de bouger. En effet, il n'avait pas vu au début mais elle était enchaînée, avec des épines lui rentrant dans les articulations. En plus de cela, il y avait plusieurs grosseurs sur elle, bien trop corpulentes d'ailleurs.

_ Des tumeurs ?

Il entendit approcher et sentit que c'était le démon.

_ Oui, fit celui-ci. Elle est déjà condamnée. Ils ont du la faire reproduire un bon nombre de fois dès qu'elle a du être capable de mettre bas. Son corps est métastasé. Elle souffre.

_ Et les petits ?

_ Vous pouvez les ramener à la reine, si tel est son souhait mais je ne crains qu'ils vont être tués. De plus, ceux-là ont aussi muté et auront très certainement un instinct de tueur hors-pair. Etant donné que leur mère est gravement malade, ils doivent eux aussi avoir les mêmes symptômes.

Ciel se baissa et tendit la main vers la femelle.