CHAPITRE 5 :
Les yeux de la jeune femme se posèrent d'abord sur un homme d'une trentaine d'année, séduisant au possible, qui lui adressait un sourire charmeur.
- Mark Sloan, chirurgien plastique. Vous êtes nouvelle ici ?
- Qu'est-ce qui vous fais dire ça ?
- J'aurais remarqué une aussi belle jeune femme dès le premier coup d'oeil, lui confia-t-il d'une voix suave, en séducteur né.
- Vous me faites des avances ? releva Meredith, amusée, un sourire mutin aux lèvres. Dans un hôpital ?
- Vous trouvez ça incorrect ?
La jeune femme riait doucement et allait lui répondre lorsqu'un chirurgien en tenue de titulaire vint se positionner au côté du plasticien.
- Mark, tu es désespérant. Elle vient de tomber, tu lui sortiras ton petit jeu de tombeur une autre fois.
Le regard de la jeune femme glissa sur le nouvel arrivant et tandis que leurs yeux entraient en contact la jeune femme se figea, instantanément son sang se glaça et son coeur manqua un battement. En trois ans il n'avait pas changé, les mêmes cheveux bruns coiffés en un brushing parfait, le même sourire taquin aux lèvres, la même barbe naissante qui prenait place sur ses joues et bien sur les mêmes yeux bleus troublants qui la fixaient avec intensité. Meredith cligna des paupières et détourna les yeux de ceux du neurochirurgien.
Derek, un sourire amusé aux lèvres avait rejoint son meilleur ami alors que celui ci semblait avoir trouvé une nouvelle proie. Étrangement une paix nouvelle lui embauma l'esprit lorsqu'il rencontra les yeux bleus-vert d'eau de la jeune femme. Et sans qu'il ne sache pourquoi il aurait pu jurer que son coeur s'était emballé lorsqu'elle avait relevé vers lui son beau visage gracieux entouré de cheveux châtains aux mèches blondes et ondulées.
- Derek Sheperd, neurochirurgien, se présenta-t-il à son tour en lui adressant son fameux sourire à la mamour. Et vous êtes ?
Amoureuse, heureuse de te revoir, stupide d'y croire. Pensa aussitôt la jeune femme qui avait reprit ses esprits en entendant sa voix.
- Sur le départ, marmonna-t-elle juste en ignorant la main qu'il lui tendait et en s'éloignant des deux hommes au pas de course pour qu'ils ne voient pas ses yeux humides.
Mais évidemment ce fut peine perdue, en voyant leur belle inconnue s'éloigner les deux chirurgiens la rejoignirent en trois grandes enjambés et Derek la fit se retourner vers lui en faisant pression sur son bras. Il vit aussitôt les larmes qui rougissaient ses yeux et ses réflexes de médecin reprirent le dessus.
- Vous vous êtes fait mal ?
- Non, affirma-t-elle en détournant le regard.
- Où avez vous mal ? Reforma-t-il alors en plissant les yeux bien qu'un sourire amusé pointait sur ses lèvres.
Au coeur, voulut-elle lui dire. Au coeur à cause de toi, au coeur à cause de te tes yeux qui me fixent, de tes lèvres qui me tentent, de ta peau qui me frôle, au coeur à cause de cette stupide flaque d'eau qui m'a fait chuté à tes pieds alors que je n'étais pas prête pour te revoir. Au coeur à cause de cet accident de voiture qui t'as coûté la mémoire il y tout juste trois ans, et de cette stupide amnésie qui a mit fin à notre histoire. Mais elle releva les yeux vers lui et ancra son regard dans le sien en laissant échapper un soupir de frustration.
- A la tête, maugréa-t-elle de mauvaise foi.
- Justement c'est mon domaine, lui répondit le beau neurochirurgien dans un grand sourire ravi alors qu'elle levait les yeux au ciel.
Stupide, stupide, stupide. Se blâmai-t-elle intérieurement en laissant le médecin l'entraîner vers une salle de consultation tandis que le chirurgien plastique essayait de faire la conversation. Tu aurais pu dire que tu avais mal à la cheville, il t'aurait envoyé en ortho et bye bye Dr. Mamour.
Assise sur la table d'auscultation meredith enroula ses bras autour de ses longues jambes fines. Le neurochirurgien essayait depuis deux bonnes minutes de lui faire entendre raison pour qu'elle le laisse faire un contrôle de routine. Mais, les yeux brillants de défi, la jeune femme n'avait pas l'intention de céder. Mark, quant à lui, avait laisser tomber son projet de la séduire et s'était assis sur un fauteuil dans le fond de la chambre pour remplir ses dossiers en attendant son ami.
- Dites moi au moins votre nom, tenta le neurochirurgien avant d'insister devant l'absence de réaction de sa patiente. Qui êtes vous ?
- Sur le départ, maugréa la jeune femme tout en sachant pertinemment que son jeu de mot stupide n'avait plus lieu d'être dans ce contexte.
- Mais vous êtes plus têtue qu'un âne ! s'exclama le chirurgien plastique qui avait relevé les yeux de son dossier en affichant un sourire amusé.
- Vous en avez fréquentez beaucoup ? Demanda-t-elle alors d'un ton taquin, retrouvant aussitôt la lueur moqueuse dans son regard tandis que Derek levait les yeux au ciel en riant.
- Plus que vous ne le pensez, souffla Mark en affichant une mine désespéré et en désignant son meilleur ami d'un vague signe du poignet.
- Qu'est-ce qui cloche chez moi ? Demanda alors le neurochirurgien d'un ton faussement vexé à l'adresse de la jeune femme.
- Votre nez.
- Mon nez ? Qu'est ce qu'il a mon nez ?
- Il est tout amoché, affirma-t-elle dans un sourire mutin.
- Depuis le temps que je le lui dis ! S'exclama son meilleur ami en affichant un sourire de vainqueur alors que le son d'un bipper retentissait dans la chambre. Mince c'est une urgence. J'ai été ravi de vous rencontrer, sourit-il à Meredith avant de sortir de la pièce. Derek on prendra ce café plus tard ok ? Lui cria-t-il alors qu'il s'éloignait déjà dans le couloir.
Le jeune chirurgien hocha la tête avant de reporter son attention sur sa patiente.
- Écoutez, je ne change pas facilement d'avis, alors soit vous me laissez vous auscultez maintenant et si tout va bien d'ici dix minutes vous êtes libre, soit.. on y passe la nuit et vous ne ressortez que demain. Je ne suis pas pressé.
Meredith laissa échapper un long soupir agacé et, au comble de la frustration se mordilla les lèvres. Elle était bien placée pour savoir que derek ne lâchait pas facilement prise, et bien que détestant la simple idée qu'il la touche, zola l'attendait à la garderie. Elle s'allongea donc sur le brancard en le fusillant du regard pour le plus grand plaisir du médecin.
La jeune femme profita qu'il inscrive ses résultats sur un dossier pour l'observer. Elle mourait d'envie d'embrasser ses lèvres qu'elle savait douces, de sentir l'odeur de son après-rasage sur ses joues, de passer ses mains dans ses boucles brunes, d'y emmêler ses doigts et d'y plonger son nez. Debout, à quelque pas de la jeune femme, il était inévitablement beau mais quelque chose manquait. Une étincelle dans son regard peut-être, une lueur dans ses yeux. Alors que Meredith le détaillait lentement, inspectant chaque partie de son visage, il se tourna vers elle et elle fut bien obligée d'interrompre ses réflexions.
- Vous n'avez rien, lui annonça-t-il simplement après cinq bonnes minutes d'auscultation inutile.
- Ce n'est pas comme si c'était une surprise, surenchérit-elle. Alors je ne dirais pas que je vous l'avais dis, mais sincèrement.. souffla-t-elle en se relevant, je vous l'avais dit.
- Pas si vite, lui fit-il savoir en la repoussant contre la table d'examen. Je dois encore prendre votre tension.
Il décrocha l'appareil de mesure de son support mural et le passa autour du bras de la jeune femme. Le tensiomètre était automatique et le brassard se gonflait et se dégonflait à intervalles réguliers tandis que le neurochirurgien inspectait les pupilles de sa patiente.
Le regard du médecin s'ancra dans celui de la jeune femme et leurs lèvres n'étaient qu'à quelques centimètres tandis qu'il finissait ses examens de bases pas le moins du monde touché par cette proximité qui l'affolait elle. Meredith sentit son coeur s'emballer dans sa poitrine tandis que le souffle du médecin se mêlait au sien et elle détourna des yeux humides vers la fenêtre. Pourquoi fallait-il qu'elle soit aussi faible ? Quelques minutes suffirent pour que le tensiomètre s'affole et que des chiffres s'inscrivent sur le cadran fixé à la tête du lit d'examen.
- Vous êtes sujet à de la tachycardie ? Demanda le neurochirurgien qui fixait les résultats en fronçant les sourcils.
- Non, répondit Meredith.
- Pourtant vous nous faites une belle crise, votre coeur bat à plus de cent vingt pulsations par minute et votre tension est à dix-huit, ce qui est beaucoup trop élevé.
Meredith fronçait les sourcils en regardant Derek de ses yeux brillants de larmes. Bien sur que son coeur battait trop vite, bien sur que sa tension était élevée, quelle idée aussi de s'approcher si près d'elle au point qu'elle puisse sentir son parfum. Le parfum qu'elle connaissait si bien, celui dont elle s'était emplit les poumons pendant des mois alors qu'ils étaient encore ensemble, alors qu'elle se réveillait chaque matin au côté de celui qu'elle croyait être l'homme de sa vie. Elle était là, à quelques pas de celui qu'elle n'avait jamais pu oublier, de celui dont elle n'avait jamais pu cesser de penser, et il était là, tout près d'elle, mais pour lui, elle n'était rien. Pas l'ombre d'un souvenir n'effleurait sa mémoire, pas l'ombre d'un moment partagé ne faisait briller ses yeux bleus, pas l'ombre d'un reste d'amour ne faisait s'emballer son coeur ou monter sa tension.
Les nuits où les souvenirs revenaient trop vite, terrassée par la douleur, en goûtant les larmes salées qui perlaient ses joues, qui gonflaient ses paupières et rougissaient ses yeux elle se plaisait à penser à combien ce devait être beau, simple, doux, facile, d'avoir oublier tout ce qu'ils avaient partager ensemble. De se réveiller le matin sans que les fantômes de son passé ne lui torde l'estomac, sans que des souvenirs heureux ne lui donnent des nausées, sans qu'elle ne se sente prise d'assaut par les restes d'une histoire qui ne s'était jamais vraiment terminée. Oh, comme elle aimerait elle aussi avoir pu oublier toute l'année de leur vie qu'ils avaient partagée. Qu'elle ne soit jamais arrivée, que toute leur histoire se soit évaporée, comme un rêve qui s'efface au petit matin, en laissant d'abord les grandes lignes, gommant les souvenirs et les détails futiles puis s'enfonçant rapidement dans les abîmes de l'oubli jusqu'à ce qu'il n'en reste plus rien. Plus rien de ce rêve, plus rien de leurs moments partagés, plus rien de lui, plus rien de ce «nous» qui l'avait fait vivre, qui l'avait fait grandir, qui la faisait souffrir. Et puis elle revoyait Zola, elle revoyait ses boucles blondes qui rebondissait dans son dos, ses yeux bleus et vifs qui la scrutaient avec attention, qui brillaient de malice et pétillaient de joie, elle entendait son rire, cristallin, juvénile et espiègle. Elle revoyait la petite fille heureuse qui courait après les papillons, qui sautait sur le lit, qui riait devant bob à l'éponge et qui partageait sa vie depuis près de deux ans et demi et elle chassait d'un battement cil toutes ces pensées horribles.
Et maintenant, elle était là, à quelque pas de l'homme qu'elle avait aimé comme elle n'avait jamais aimé personne. Elle était là, dans cette salle de consultation, avec celui qu'elle souhaitait oublier comme elle n'avait jamais souhaité oublier personne. Et voilà qu'il fallait en plus qu'elle trouve une excuse pour son coeur trop rapide et sa tension trop élevée.
- Je suis un peu hypocondriaque et l'hôpital me terrorise, affirma la jeune femme en se retenant de rire devant l'énormité de son mensonge.
- J'aimerais quand même mieux que vous consultiez un cardiologue, je peux en beeper un si vous le souhaitez.
- Inutile, affirma la jeune femme tandis qu'elle reflechissait à toute vitesse, entendant presque ses neurones s'agiter dans son cerveau. Ce n'est pas la première fois que ça m'arrive, lorsque je passe des examens mon coeur s'emballe dans ma poitrine, je dois être sujette aux trac.
- Qu'est ce que vous faites comme métier pour encore passer des examens ? Demanda le neurochirurgien, amusé, en rédigeant son dossier.
- Je suis.. commença la jeune femme avant de se rendre compte qu'elle avait faillit lui avouer son métier de chirurgienne.
Si dans d'autre circonstance elle aurait été fière de clouer le bec au charmant docteur en lui balançant la nouvelle à la figure, le lui dire après avoir annoncé que les hôpitaux la terrorisait aurait sans doute été un peu mal vu.
- Sur le départ, conclut-elle alors dans un sourire triste en s'échappant de la salle sous les yeux surpris de Derek Sheperd, qui la regardait s'éloigner.
Voilà le chapitre cinq - qui arrive bien trop tard, je suis impardonnable.. Qu'en pensez vous ? Merci pour vos reviews !
