Bonjour ! ^^

Sans plus tarder, je vous envoie le prochain chapitre. J'espère que je suis assez rapide... Je remercie encore Euphie31, Evangeliade, Alienor-fantastic, Clair-2-lune et Bouyachaka pour avoir commenté le chapitre précédent, MoonyAngie2 pour s'être ajoutée parmi mes lecteurs et encore tous les autres qui me lisent toujours. :) Je vous adore tous et j'espère que la suite vous plaira ! :)

Bonne lecture !

(Les personnages et l'univers magique appartiennent à J.K. Rowling)


Troisième chapitre ― Entente et confiance précaire

Il y eut un craquement sinistre. Remus sentit une agréable chaleur enrober l'endroit de sa blessure, suivi d'un froid glacial. Sa jambe était guérie ― mais dans le sens qu'elle n'était plus brisée. Les os s'étaient réparés d'eux-mêmes en reprenant leur place. Pour le reste, en se redressant avec précaution, Remus constata que sa jambe était restée enflée et douloureuse.

― À présent, ramène-moi chez moi, ordonna sèchement Bellatrix, la baguette toujours pointée sur lui. Tu m'as dit que si je prononçais cette formule, tu me sortirais d'ici.

Remus leva les yeux vers elle.

― Oui, je vais le faire, assura-t-il, la voix éraillée d'avoir autant hurlé sous la torture. Seulement, il va falloir que ça désenfle...

― Comment ça ? s'écria Bellatrix, presque indignée. Ta jambe est censée être guérie !

― Elle n'est plus cassée, expliqua calmement Remus. Ce sortilège est pour... pour les blessures mineures alors...

― Dans ce cas, apprends-moi le sortilège pour les blessures majeures, imbécile !

― Il n'existe pas de tel sortilège ! À ce stade, ce sont des potions dont j'ai besoin et, malheureusement, il n'y pas les ingrédients requis sur cette île. Nous allons devoir attendre que ma jambe désenfle d'elle-même. Quelques jours devraient suffire, ajouta-t-il en grimaçant à l'idée de devoir subir Bellatrix encore longtemps.

Apparemment, ça n'enchantait guère non plus Bellatrix. Tapant du pied, elle poussa une profonde exclamation d'agacement mêlée d'exaspération et lança un flot de jurons. Elle avait l'air d'une enfant gâtée qui n'était pas parvenue à obtenir ce qu'elle voulait. Frustrée, sans doute dans le simple but de se défouler, elle lança à nouveau le sortilège Doloris sur Remus qui se retrouva une fois de plus sur le dos avec l'impression que tous ses os se faisaient transpercer par des lames brûlantes, puis elle retourna s'asseoir sur la roche en reprenant ses oiseaux morts. Dans des gestes rageurs, elle entreprit de finir de les plumer, les plumes s'envolant en tous sens autour d'elle.

Immobile, terriblement faible, Remus la regarda faire jusqu'à ce qu'il ferme les yeux et qu'il se laisse sombrer dans l'inconscience.

Un instant plus tard ― c'est en tout cas, l'impression qu'il eut ―, il se fit réveiller par un coup de pied aux côtes et une voix sèche qui s'écria :

― C'est prêt ! Tiens, voilà ton poulet !

Elle lui jeta une minuscule carcasse d'oiseau calcinée et fumante sur la poitrine. Encore endormi, Remus s'en saisit pour la relâcher ensuite aussitôt. Il s'était brûlé les doigts.

― Attention, c'est chaud, avisa en retard Bellatrix qui retourna sur la roche sur laquelle elle avait aligné trois oiseaux rôtis ― non calcinés, remarqua Remus.

Elle s'assit et commença à manger. Remus se redressa lentement en position assise et s'installa le dos contre le tronc derrière lui. De sa boule de chair maigre à moitié consumée, il n'en fit qu'une bouchée. Il se doutait bien, après cela, que Bellatrix ne lui en donnerait pas plus. Au moins, elle avait daigné le nourrir sans le torturer avec de nouvelles questions, ce qui procura à Remus un soulagement relatif. Cela signifiait qu'elle avait décidé de le tenir en vie en attendant que sa jambe guérisse, jusqu'à ce qu'il l'aide à retourner chez elle.

— o0O0o —

Les heures de la journée se succédèrent avec une lenteur impossible. C'était insoutenable. L'ennui était tel que Remus avait l'impression de mourir graduellement séché au pied de l'arbre. Après s'être occupé à tracer des dessins dans la terre, observer distraitement les insectes et les crapauds qui passaient près de lui, jouer au tic-tac-toe solitaire avec des roches et fait des châteaux de brindilles, il en était venu à s'intéresser à Bellatrix au loin, sous un grand sapin, qui se démenait depuis un certain temps afin d'arracher une grosse branche épineuse. Pour un instant, Remus fut tenté de lui crier le nom du sortilège qui lui permettrait de découper aisément la branche du tronc, mais il se ravisa, estimant plus prudent de ne pas lui refiler de nouvelles idées de torture qui pourraient se retourner contre lui. Il se contenta alors de jouir du spectacle qu'elle lui offrait, content de se divertir un peu.

Remus se demanda combien de temps l'Ordre allait mettre avant de s'apercevoir qu'il était absent. Possiblement pas avant deux ou trois jours... S'il pouvait recevoir un hibou de Sirius ou de Dumbledore ― ou même Tonks ―, il serait heureux de pouvoir leur révéler où il se trouvait pour qu'on lui vienne en aide.

Ne cessant de pester contre la branche qui ne voulait pas céder, Bellatrix était à présent montée dans le sapin et lui donnait des coups de pied irrités. Après une demi-heure d'obstination, dans un grand craquement, la branche se brisa enfin et Bellatrix s'effondra avec elle au pied du conifère. Amusé, Remus sourit. Bellatrix se releva en continuant de fulminer. Elle rejeta en arrière ses cheveux en désordre, tira sur sa robe qui était restée coincée sous la grosse branche, puis empoigna cette dernière qu'elle traîna de peine et de misère jusqu'au camp.

― Quoi, qu'est-ce que tu as à rire, toi ! asséna-t-elle à Remus, l'air énervé.

Le sourire de Remus disparut aussitôt.

― Rien, répondit-il d'un ton placide.

Dans un éclat d'épines, elle laissa tomber la branche de sapin aux pieds de Remus.

― Il m'en faudra encore une dizaine comme ça, dit-elle en passant le dos de sa main sur son front en sueur. Il n'y a pas un sort qui existe pour multiplier ça ?

Remus haussa les épaules.

― Que voulez-vous faire avec ça ? demanda-t-il.

― Un abri, répondit-elle sur le ton d'une évidence. S'il pleut durant les jours qu'il faut endurer pour que ta stupide jambe guérisse, je n'ai pas envie de tomber malade en plus et de me retrouver avec une tronche comme la tienne. Alors ? Ce sort ?

Quelques heures plus tard, avec l'aide que consentit à lui accorder Remus, Bellatrix parvint à confectionner un genre de tipis en branches de sapin, un peu bancal, à peine assez grand pour deux. Remus avait dû se déplacer une seconde fois parce que l'endroit où il était constituait, selon Bellatrix, le meilleur emplacement pour rédiger l'abri. Elle lui avait même pris ses lacets de bottines pour rattacher quelques branchages ensemble, en dépit du fait qu'elle venait d'apprendre le sortilège de l'Incarcerem. Remus savait que c'était seulement pour l'énerver et elle y parvenait assez habilement. Il devait souvent déployer de gros efforts pour garder son calme.

À la tombée de la nuit, Remus se replongea dans ses pensées. Il était adossé contre un nouveau tronc, à quelques distances de la grosse roche sur laquelle Bellatrix avait pris l'habitude de s'asseoir, et observait le feu de camp d'un œil vitreux. Il songeait à Tonks. Depuis quelque temps, la jeune sorcière aux cheveux rose vif lui faisait ressentir de drôles de sentiments qu'il n'arrivait pas tellement à cerner. Il se remémorait les récentes missions nocturnes qu'il avait passées avec elle, son humour, son courage et son intelligence. Il aimait bien cette jeune aurore.

― À quoi penses-tu ? demanda soudain Bellatrix qui était en train de jouer dans le feu avec le bout d'une longue branche filiforme.

― À rien, répondit Remus d'un ton las.

Bellatrix l'observa. La lueur rougeoyante des flammes dessinait des jeux d'ombres et de lumières sinistres sur son visage. Après un moment, elle laissa tomber sa branche sur le sol, se leva de façon désinvolte et vint rejoindre Remus au pied de l'arbre, où elle s'assit à sa droite. Puis, après s'être installée très près de lui, elle posa sa tête sur son épaule. Remus eut un imperceptible soupir d'agacement et s'éloigna un peu, mais elle se rapprocha, un sourire goguenard sur les lèvres.

― Je vous serais très reconnaissant si vous cessiez de me toucher, dit Remus avec calme.

― Pourquoi ? demanda Bellatrix d'un ton amusé. J'ai une maladie contagieuse ?

Son sourire moqueur s'élargit un peu plus et du bout de sa chaussure, frotta doucement la jambe enflée de Remus.

― Et ce serait également apprécié, ajouta patiemment Remus, que vous n'empirez pas l'état de ma jambe. Plus vite, je serai guéri, plus vite nous pourrions partir d'ici.

― Je ne te fais pas mal, protesta Bellatrix en continuant de glisser son pied en douceur contre son pansement.

Enfin, Remus tourna la tête vers elle.

― Qu'est-ce que vous voulez ? demanda-t-il.

Bellatrix arrêta son geste et afficha un air provocateur.

― Me désennuyer, répondit-elle.

Ses yeux reflétaient les flammes dansantes du feu de camp.

― Et cela signifie... ? dit Remus avec une certaine appréhension.

― Que je m'ennuie, nom de Dieu ! s'exclama brusquement Bellatrix. Divertis-moi !

Sa demande était formulée sur le ton d'un ordre. Remus roula les yeux et ramassa une feuille morte sur le sol, qu'il se mit à déchiqueter simplement pour occuper ses doigts.

― Vous voulez qu'on parle, peut-être ?

― Exactement ! dit Bellatrix. Dis-moi à quel degré nous sommes ennemis.

― Pardon ? dit Remus avec surprise.

Bellatrix haussa les épaules.

― À quel degré nous sommes ennemis ? répéta-t-elle. Pour que tu penses que je veuille te tuer après avoir recouvré la mémoire, il faut vraiment qu'il existe une hargne profonde entre nous.

Remus hocha la tête, ne sachant pas vraiment quoi répondre.

― Je te propose quelque chose, Ralf, reprit Bellatrix, les yeux flamboyants à la lueur du feu. Si tu acceptes de m'aider à retrouver la mémoire, je te promets que je ne te tuerai pas après. C'est d'accord ?

Il y eut un silence pendant lequel on n'entendit que les crépitements du feu alors que tous deux se fixèrent, puis Remus éclata de rire.

― Je regrette, Bellatrix, mais vous n'avez pas de parole. Je vous connais suffisamment pour savoir cela.

― Si, j'ai une parole ! s'indigna Bellatrix d'une voix suraiguë.

― Non, vous n'en avez pas, contesta Remus d'un ton tranquille.

― Si, j'en ai une ! Tu n'as pas à me dire le contraire, Ralf, je sais que je suis capable d'être digne de confiance !

Remus faillit s'étouffer d'incrédulité.

― Ah oui ? dit-il, amusé, en la jaugeant du regard. Vous, Bellatrix Lestrange, êtes capable d'être digne de confiance ? J'adorerai que vous me prouviez cela.

― Pas de problème, je peux, dit précipitamment Bellatrix en relevant la tête. Mets-moi au défi et tu vas voir.

Remus l'observa d'un air à la fois incrédule et ravi.

― Bien, murmura-t-il. Je peux donc vous faire confiance pour me donner à boire plus souvent et me nourrir avec un peu plus d'un petit oiseau calciné par jour ?

Un muscle tressaillit sur la mâchoire de Bellatrix.

― Si tu avais encore faim, tu n'avais qu'à me le dire, dit-elle avec hypocrisie.

― Et je peux aussi vous faire confiance pour ne plus jamais me torturer ou me frapper comme vous l'avez fait constamment aujourd'hui et hier ? continua Remus comme si elle ne l'avait pas interrompu.

― J'ai déjà cessé de te torturer, objecta Bellatrix avec froideur.

― On ne sait jamais.

Bellatrix eut une exclamation de dédain.

― Je peux vous faire confiance là-dessus ? insista Remus. Je peux ?

À en juger par son expression, on aurait dit qu'elle avait plutôt envie de l'envoyer promener. Mais au prix de ce qui sembla être un considérable effort de sa part, elle acquiesça d'un signe de tête en grimaçant.

― Oui, répondit-elle, le nez froncé comme si ses propres mots la dégoûtaient, tu peux me faire confiance là-dessus.

Le cœur de Remus bondit d'une joie triomphante, mais ne le laissa pas transparaître. Il garda un visage impassible.

― Merci, dit-il. Et si je découvre que vous êtes vraiment une personne digne de confiance, je vous aiderai alors peut-être à retrouver la mémoire.

― Comment ça, peut-être ? dit brusquement Bellatrix.

Des plaques rouges apparurent sur ses joues.

Comment ça, peut-être ? répéta-t-elle en empoignant Remus par le collet avant de l'acculer violemment sur le tronc.

― Bellatrix, non ! s'affola Remus dont la nuque venait de heurter douloureusement l'écorce. Vous venez d'accepter de ne plus me torturer !

― Je ne te torture pas, je te secoue un peu ! protesta-t-elle en reprenant place à califourchon sur lui, les mains crispées sur sa chemise. Comment ça, peut-être ?

Elle le tira vers elle et le laissa retomber contre le tronc pour qu'il se frappe à nouveau l'arrière de la tête.

― D'ACCORD ! cria Remus avec colère, en empoignant Bellatrix par les épaules pour qu'elle se calme. Je retire le peut-être ! Je vous aiderai à retrouver la mémoire si vous me prouvez que vous êtes digne de confiance, point ! Voilà ! Vous êtes contente ?

Bellatrix approcha son visage près du sien en plissant les yeux d'un air mauvais.

― Oui, répondit-elle d'un ton sec.

― À présent, laissez-moi tranquille et ne me touchez plus !

Remus la repoussa sur le côté et elle se releva en vacillant. Elle ramassa ensuite une petite roche sur le sol, la lui lança à la figure et repartit d'une démarche hautaine vers son abri en branche de sapin pour disparaître à l'intérieur.

Remus soupira en se frottant la nuque. Peu importe ce qu'il arriverait, il en était sûr, Bellatrix ne cesserait pas de l'exaspérer. Béni soit le moment où sa jambe guérirait... Il avait hâte de lui faire voir de toutes les couleurs.

Énervé, il s'installa sur le dos au pied de l'arbre et se prépara à y passer la nuit. Le gros tas de mousses qui lui servait d'oreiller n'était guère très confortable, d'autant plus que sa nuque lui était encore douloureuse. Il maudit une fois encore Bellatrix, puis s'endormit quelques heures plus tard après avoir compté les étoiles.

— o0O0o —

― Ralf ?

Une main secoua l'épaule de Remus. Celui-ci émit un ronflement et se tourna sur le côté avant de se replonger dans le sommeil.

― Ralf, est-ce que tu dors ?

La main le secoua à nouveau. Remus fronça les sourcils et ouvrit à demi les yeux. Il faisait encore nuit noire.

― Ralf ! chuchota Bellatrix avec plus de fougue. Réveille-toi !

― Connais pas Ralf..., répondit Remus d'une voix pâteuse, toujours endormi.

Bellatrix le pinça alors sur le bras et Remus sursauta.

― Quoi ! grogna-t-il, irrité. Quoi ?

Quoi, l'imita Bellatrix d'un ton moqueur. Ben quoi, je ne t'ai pas frappé !

Agacé, Remus se redressa et regarda Bellatrix, agenouillée près de lui, dans le halo rougeâtre du feu de camp dont les flammes crépitaient toujours.

― Qu'est-ce que vous voulez ? demanda-t-il avec raideur.

― J'ai froid, répondit-elle en s'entourant de ses bras.

Il y eut un silence.

― Et alors ? dit Remus. Qu'est-ce que vous voulez que je fasse ? Rapprochez-vous du feu.

― C'est ce que je fais, mais j'ai toujours froid ! dit sèchement Bellatrix. Je veux plus de chaleur !

Remus pinça les lèvres, convaincu qu'elle s'amusait encore à l'énerver.

― Est-ce que vous voyez une couverture quelque part ? demanda-t-il avec froideur. Non ? Eh bien, arrangez-vous autrement et retournez vous coucher. Je dormais, moi !

Et il reposa la tête sur son oreiller de mousses, frustré de s'être fait réveiller pour une raison si futile. Il ne fut pas sitôt recouché que Bellatrix se pencha au-dessus de lui en posant une main sur sa poitrine avant d'ordonner :

― Laisse-moi dormir encore avec toi cette nuit !

― Quoi ? s'exclama Remus en ouvrant des yeux sidérés.

― Je veux ta chaleur !

― Hors de question ! La nuit passée, j'étais paralysé. Autrement, je ne vous l'aurai pas permis ! En plus, je suis loin de vous pardonner pour ce que vous m'avez fait subir durant le temps où je ne pouvais plus bouger.

― Tu te souviens de tout ? s'étonna Bellatrix.

Puis un sourire désagréable apparut sur son visage, comme si elle était fière de ce qu'elle avait fait ce soir-là.

― Vraiment ? reprit-elle d'une voix sensuelle, les yeux étrangement brillants. Tu étais conscient pendant tout le temps ?

Ses doigts se mirent à caresser subtilement la poitrine de Remus qui arrêta aussitôt son geste en lui saisissant le poignet.

― Retournez sous vos branches de sapin, dit-il lentement. Tout de suite. Et laissez-moi dormir.

Il la repoussa et se retourna de l'autre côté, lui présentant son dos. Dans son mouvement brusque, sa jambe lui fit mal et il grimaça en attendant que la douleur s'affaisse. Quelques minutes plus tard, il entendit Bellatrix se relever avec colère et retourner à son abri.

Le lendemain matin, elle resta de mauvaise humeur et partit à la chasse durant de longues heures sans que Remus la voie une seule fois. De temps à autre, il l'entendait dans le lointain crier des « Endoloris ! », ce qui signifiait que ses proies ne devaient pas bénéficier d'un très beau quart d'heure avant de trouver la mort.

Elle revint au bout de cinq heures, l'ourlet de sa robe noire mouillée, deux poissons immobiles pendant au bout de sa main, sa baguette dans l'autre.

― Ils étaient coriaces, dit-elle laconiquement.

Ses yeux scintillèrent de sadisme. Remus frissonna et se refusa de s'imaginer l'enfer qu'avaient dû vivre ces poissons avant de succomber. Après les avoir empalés sur une branche, Bellatrix les mit sur le feu et Remus eut droit à sa part lorsqu'ils furent cuits.

― Merci, ce fut délicieux, dit-il machinalement après avoir terminé son repas. J'en aurai même pris un autre comme ça.

― Ne dis pas de connerie, c'était répugnant, grommela Bellatrix d'un air bougon, assise sur la roche, qui essuyait ses doigts poisseux sur sa robe. Je déteste le poisson, encore moins quand il n'est pas assaisonné. Que ta jambe guérisse au plus vite ! Je ne tolérerai pas cette vie de sauvage bien longtemps. Déjà que j'ai attrapé... Atchoum !

Elle éternua soudain puis s'essuya le nez sur le dos de sa main en reniflant.

― ... j'ai attrapé froid cette nuit..., acheva-t-elle avant de jeter à Remus un regard de reproche.

― Nous ne resterons pas ici encore pour longtemps, assura Remus d'un ton calme. Ma jambe a un peu désenflé, cette nuit. Vous voyez ?

Il désigna sa jambe dont il avait enlevé le pansement ce matin pour mieux la laisser respirer. Par rapport à l'autre, elle avait des rougeurs un peu partout sur la peau et la chair était gonflée de façon à ce qu'elle ressemble à un gros jambon. Durant l'absence de Bellatrix, Remus avait essayé de se lever pour voir s'il pouvait tolérer un peu de poids sur sa jambe, mais c'était encore trop douloureux. Tant qu'il ne pouvait pas pivoter aisément sur ses pieds, le transplanage restait impossible, malheureusement.

― Ça va prendre encore du temps avant que ça guérisse, se plaignit Bellatrix d'un ton désespérée. Il n'y a vraiment rien à faire pour accélérer le processus ?

— o0O0o —

Le soir rendu, Bellatrix revint s'asseoir à côté de Remus au pied de l'arbre après s'être encore absentée durant de longues heures. Remus était en train de tailler la pointe d'une brindille avec un morceau de roche cassé pour essayer de tuer l'ennui et d'oublier par la même occasion que son estomac criait famine ― le poisson avait été digéré depuis longtemps et Bellatrix n'était pas retournée à la chasse depuis ce matin ; il se demanda même si elle n'avait pas fait exprès. Il leva les yeux vers Bellatrix et remarqua qu'elle tenait les mains serrées, comme si elle cachait quelque chose entre elles.

― Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-il, intrigué.

― Ce sont des framboises que j'ai trouvées, répondit-elle. Il y en a plein dans un buisson là-bas.

Elle ouvrit les mains pour les lui montrer et Remus aperçut alors plusieurs petits fruits rouges et appétissants.

― Je peux en avoir un peu ?

Il avança la main vers elle, mais Bellatrix éloigna aussitôt les siennes de lui.

― Pas touche, c'est à moi ! lança-t-elle d'une voix sèche. Je t'en donnerai si tu me donnes quelque chose en échange.

Remus soupira d'un air las en laissant retomber son bras sur sa cuisse.

― Bon, dit-il. Qu'est-ce que vous voulez, encore ?

― Je veux toujours la même chose ! répliqua Bellatrix. Je veux ta chaleur !

― Ah bon, dit Remus avec sarcasme. Recouvrer la mémoire ne vous intéresse plus ?

― Si, affirma Bellatrix, mais je veux aussi ta chaleur. Je l'ai sentie la nuit d'avant : tu dégages plein de chaleur quand tu dors et ce n'est pas juste que je ne puisse pas en profiter alors que je me gèle le postérieur toute la nuit ! Tu ne voudrais pas que je meure de froid, non ? Tu ne voudrais pas avoir ma mort sur la conscience ?

― Votre mort sur ma conscience ? répéta Remus en haussant les sourcils. N'exagérons rien, tout de même. Il ne fait pas si froid que ça.

― Si, il fait froid ! protesta Bellatrix avec vigueur. Je n'ai quasiment pas dormi, la nuit dernière ! Je suis restée près du feu à grelotter, comme une idiote !

Remus regarda Bellatrix en expirant profondément. Il réfléchit. L'idée de laisser Bellatrix Lestrange dormir gentiment à ses côtés de ne le réjouissait aucunement. Cependant, les framboises bien rouges, si désirables dans sa main, alors que son estomac de loup réclamait n'importe quoi pour satisfaire le pénible vide aux creux de son ventre, lui faisaient de l'œil.

― Vous allez me donner que des framboises en échange de ma chaleur ? interrogea-t-il d'un air innocent.

― Quoi, tu trouves que ce n'est pas assez ? gronda Bellatrix avec irritation. Tu veux un chausson aux pommes avec ça, peut-être ?

― Non, ça va, dit Remus en levant une main pour qu'elle ne s'emporte pas. C'est bon, donnez-moi toutes vos framboises et je vous réchaufferai pour cette nuit.

― Parfait ! dit Bellatrix d'un air satisfait.

Elle laissa tomber les framboises dans les mains de Remus, puis se releva pour aller alimenter le feu.

La nuit tombée, Remus avait à peine senti le changement dans son estomac avec l'ajout des framboises et, par conséquent, lorsqu'il entendit Bellatrix appeler Ralf pour qu'il aille la rejoindre sous les branches de sapin, il regretta l'entente qu'il avait faite avec elle plus tôt.

― Je ne connais pas Ralf ! cria-t-il en réponse à ses appels. Moi, je m'appelle Remus ! Remus ! Pas Ralf !

― Oh, arrête de faire l'imbécile, Ralf, et rejoint-moi sous la tente ! s'agaça Bellatrix à l'entrée de son abri, les mains sur les hanches. Il fait plus chaud là-dedans que dehors. À l'intérieur, au moins, il n'y a pas de vent. Viens-t'en !

― J'ai de la difficulté à me déplacer..., marmonna-t-il entre ses dents.

Bellatrix éclata d'un grand rire moqueur.

― Le pauvre petit Ralf ! Tu ne vas pas recommencer à te plaindre comme un petit bébé, j'espère ? Ah non, il ne peut pas fe déplafer avec fa jambe qui fait crop mal, lança-t-elle en reprenant son affreuse voix d'enfant. Que f'est trifte !

― Ça va, j'arrive ! s'écria Remus, exaspéré. Donnez-moi juste le temps de me rendre. Après ça, ne vous lamentez pas parce que ma jambe prend plus de temps à guérir.

Il lança au loin la cinquième brindille qu'il avait affilée aujourd'hui et se mit à se déplacer précautionneusement en se traînant par terre parmi les feuilles mortes.

― Charmant, commenta Bellatrix.

Remus lui jeta un regard noir.

― Surtout, ne venez pas m'aider, lança-t-il avec mauvaise humeur.

Sous les yeux sardoniques de Bellatrix, il parvint à atteindre tant bien que mal l'abri dans le fond duquel il se laissa rouler sur le dos, la respiration haletante, le sang pulsant dans sa jambe. Puis Bellatrix s'agenouilla lentement auprès de lui. Elle avait toujours cette expression malsaine sur le visage. Remus l'observa du coin de l'œil avec méfiance. De toute évidence, la nuit ne s'annonçait pas de tout repos...


Merci d'avoir lu ! ^^

La suite sera postée encore le plus tôt possible. En attendant, j'attends vos avis avec impatience. :)