Bonjour !
Voilà le prochain chapitre ! ^^ J'espère ne pas vous avoir fait trop attendre... Comme d'habitude, je remercie tout ceux qui ont commenté dernièrement : Alienor-fantastic, Zaraelle, Clair-2-lune et Evangeliade. Je remercie aussi JenaPotter pour avoir mis cette histoire dans ses favoris, et également tous ceux qui sont toujours avec moi. :)
(Les personnages et l'univers magique appartiennent à J.K. Rowling)
En espérant que cette suite vous plaira. ^^
Cinquième chapitre ― Un cœur masqué de pierre
— J'ai faaaaaaim ! râlait Bellatrix en se balançant d'avant en arrière sur la grosse roche devant le feu. J'ai sooooooif ! Ralf, je vais mourir de faim et de soif ! J'ai besoin de ma baguette sinon comment veux-tu que j'attrape quelque chose à manger ?
― Ça ne vous tuera pas de jeûner un peu, répondit Remus d'un ton las.
Bellatrix s'était plainte toute la journée, mais Remus n'avait jamais consenti à lui rendre sa baguette. Il n'était pas assez fou pour ça. Il préférait de loin se priver de nourriture durant quelque temps au lieu de subir de nouveaux Doloris insupportables. Assis au pied de l'arbre, il s'occupait à émietter distraitement des feuilles mortes, en observant le soleil se coucher, et, chaque fois que Bellatrix s'approchait de lui avec une lueur menaçante dans les yeux ou avec une roche dans les mains, il ressortait la baguette d'un geste tranquille et faisait mine de la briser. Bellatrix retournait alors systématiquement se rasseoir en rechignant.
― Tu n'es pas gentil, Ralf, bougonna Bellatrix comme une enfant, toujours en se berçant sur la roche. C'est ma baguette. Tu n'as pas le droit.
Remus éclata de rire.
― Vous n'êtes pas plus gentille que moi, rétorqua-t-il. Si vous aviez renoncé à me jeter tous ces sortilèges Doloris, on n'en serait pas rendus là. Nous aurions pu coopérer. Mais puisque le désir de torturer tout ce qui bouge vous est trop irrépressible...
― Je coopérais ! objecta Bellatrix d'un air indigné. Je coopérais en acceptant de te prouver que j'étais quelqu'un digne de confiance ! Tout ce que je veux est de retrouver la mémoire, Ralf ! Mais c'est toi qui ne veux pas coopérer ! Tu n'arrêtes pas de me considérer comme une bête sans conscience et... et je ne suis pas un monstre ! Je vaux plus que ça ! Je suis sûre que j'ai accompli de grandes choses dans ma vie !
― Oui, comme torturer les Londubat jusqu'à leur faire perdre la tête, murmura Remus pour lui même.
Il regarda avec dégoût Bellatrix qui ne sembla pas l'avoir entendu, puis baissa les yeux et continua d'arracher les coins secs de la feuille dans ses mains. Bellatrix mâchonna un flot de jurons. On n'entendit que les ronflements du feu durant un certain temps, puis elle reprit d'un ton tragique :
― Ralf, tu veux vraiment me voir mourir ? J'ai soif ! J'ai très soif, tu sais ! Donne-moi au moins de l'eau !
Les yeux sur sa feuille morte, Remus réfléchit. Certes, il avait des envies de la laisser crouler sous les ardeurs d'une soif horrible ― elle le méritait largement ―, mais d'un autre côté, il était incapable de se montrer aussi cruel qu'elle. Il avait trop de dignité.
― Pouvez-vous me le demander aimablement ? demanda-t-il alors.
Bellatrix cessa de se bercer sur la roche et le regarda.
― Aimablement ? répéta-t-elle comme si elle ne comprenait pas ce mot.
― Oui, aimablement, reprit Remus. Si vous me demandez de l'eau avec politesse, je vous en donnerai.
Bellatrix haussa un sourcil. Elle semblait trouver cette exigence particulièrement stupide. Elle hésita un moment, puis elle afficha un horrible sourire qui se voulait angélique.
― Donne... moi... de l'eau... Ralf ! scanda-t-elle de sa voix la plus douce.
― Il vous manque les mots magiques, fit remarquer Remus avec patience.
― Les mots magiques ?
― Oui, les mots magiques. Vous savez, ceux qui se disent comme ça : s'il vous plaît ?
― Tu veux que je me mette à genoux devant toi et que je te supplie, peut-être ? répliqua sèchement Bellatrix.
Remus soupira, mais n'insista pas. Il reporta son attention sur sa feuille.
― D'accord, d'accord, s'irrita Bellatrix. Donne-moi de l'eau... s'il te plaît ! répéta-t-elle en étouffant les derniers mots entre ses dents.
― Pourriez-vous me donner de l'eau, s'il vous plaît, rectifia Remus sans la regarder.
― Ce n'est pas moi qui ai de l'eau, c'est toi, imbécile ! lança Bellatrix, énervée.
― Je sais, dit Remus en levant des yeux agacés vers elle. Je vous enseignais seulement la bonne façon de demander quelque chose poliment.
― Je vous enseignais seulement la bonne façon de demander quelque chose poliment, l'imita-t-elle en roulant les yeux. Franchement ! On dirait mon père ! Dont je ne me souviens pas, d'ailleurs, ajouta-t-elle amèrement.
Remus reprit son calme et se saisit d'une nouvelle feuille sur le sol, qu'il se mit à déchiqueter tranquillement.
― D'accord ! répéta Bellatrix avec colère. Je vais même te vouvoyer comme une vile subordonnée si ça peut te faire plaisir : pouvez-vous me donner de l'eau, s'il vous plaît, Ralf ? Voilà ! T'es content, maintenant ?
― Je ne m'appelle pas Ralf, répliqua Remus d'un ton paisible.
Bellatrix se leva d'un bond et poussa un cri exaspéré en se prenant la tête.
― Tu fais exprès, sale... rââh !
Elle assena un coup de pied sur la roche pour se défouler, mais étouffa un cri de douleur en se mettant à sautiller sur place. Remus l'observa avec un discret sourire sur les lèvres. Décidément, il était amusant de la hérisser un peu.
― Remus ! s'écria-t-elle en se rasseyant pour frotter ses oreilles endolories. C'est ça ton ignoble prénom, hein ? Remus ?
― C'est mon prénom, oui, répondit-il en cessant de sourire.
― Alors, peux-tu me donner de l'eau, Remus...
Elle inspira par le nez.
― ... s'il te plaît ? acheva-t-elle.
Remus laissa tomber la feuille à moitié déchiquetée sur ses cuisses, parmi les restes des autres feuilles qu'il avait réduites en miettes au courant de la journée.
― Oui, consentit-il enfin, je veux bien.
Et il plongea la main sous sa chemise pour se saisir de la baguette. Aussitôt, comme un animal assoiffé au point d'être à l'article de la mort, Bellatrix s'élança vers lui, se laissa tomber à son côté et regarda avidement la baguette que Remus empoigna à deux mains par précaution.
― Ne tentez rien pour essayer de la récupérer parce que je vous jure que je la casserai sur-le-champ...
― Tais-toi et donne-moi de l'eau, Ralf ! interrompit Bellatrix, les yeux fixés sur la baguette.
Sans desserrer cette dernière dans ses mains, prêt à esquisser à tout moment le geste de la briser, Remus la leva sous le nez de Bellatrix.
― Aguamenti, prononça-t-il et une mince fontaine s'échappa du bout de la baguette.
Bellatrix se rua alors sur l'eau et but longtemps, une main sur celles de Remus comme pour s'assurer qu'il ne lui enlève pas sa précieuse eau avant qu'elle ait fini de s'hydrater. Lorsqu'elle eut terminé, la bouche ruisselante, la langue glissant entre ses lèvres, elle regarda Remus sans retirer sa main de la baguette. Remus voulut alors ranger cette dernière, mais Bellatrix resserra sa poigne. Une lueur malicieuse pointa soudain dans son regard.
― Bellatrix, dit lentement Remus, vous savez que je vais la briser à la moindre de vos tentatives ?
Les ongles de Bellatrix s'enfoncèrent sur le dessus d'une main de Remus. De toute évidence, l'envie d'essayer une nouvelle fois de récupérer sa baguette lui démangeait.
― Je vais la casser, Bellatrix, menaça Remus qui exerça alors une pression sur le bout de bois de ses deux mains.
Bellatrix éclata de rire.
― Non, tu ne le feras pas...
Remus fronça les sourcils.
― Ralf, je me rends compte, maintenant, que tu me fais marcher, déclara Bellatrix d'un étrange air de triomphe. La baguette est tout ce qu'on a pour s'abreuver. Tu ne la casseras pas. Tu n'es pas idiot à ce point.
― Ah, comprit Remus. C'est vrai, la baguette est tout ce qu'on a pour s'abreuver...
Il hocha la tête sans se départir de son flegme.
― Mais quelques jours passés à se priver d'eau ne sont pas la fin du monde pour moi, poursuivit-il d'une voix égale. Si je vous dis que je la casserai, je la casserai. Je préfère considérablement avoir soif plutôt que de succomber sous vos sortilèges Doloris, vous savez.
Le visage de Bellatrix se figea.
― Alors ? poursuivit Remus avec douceur. Vous la lâchez pour que je la range ? À moins que vous vouliez vraiment prendre le risque que je la brise ?
Il accentua dangereusement la pression sur la baguette et Bellatrix la relâcha alors dans un geste rageur.
― Tu n'es qu'un sale chien, Ralf ! grinça-t-elle. Tu n'es vraiment qu'un sale chien !
― Merci, répondit calmement Remus en remettant la baguette sous sa chemise.
― Comment j'ai fait pour me retrouver toute seule sur cette île avec toi ?
― Je me pose la même question...
― Si tu pouvais au moins m'aider à retrouver la mémoire pour que je sois en mesure, moi, de transplaner loin d'ici... Mais non !
― Si vous pouviez au moins ne pas être aussi cruelle...
― Oh, arrête de rétorquer à tout ce que je dis ! s'exclama Bellatrix avec agacement. Ce n'est pas comme si je t'avais vraiment fait mal. Tu ne saignes même pas !
Remus leva des yeux indignés dans ceux de Bellatrix.
― Je ne saigne même pas ? répéta-t-il avec colère. Je ne saigne...
Il s'interrompit et expira bruyamment.
― Vous aimeriez qu'on vous torture, vous ? reprit-il plus calmement. Vous aimeriez qu'on vous fasse subir fréquemment ce sortilège de douleur atroce et de vous retrouver à chaque fois avec le sentiment horrible que tous vos os sont sur le point d'exploser ? Ce sortilège est pire que la mort !
― Ah oui ? murmura Bellatrix, intéressée.
Ses yeux étincelèrent.
― Parle-m'en encore de ce que ça fait, Ralf. Tes poumons doivent être en feu dans ces moments-là, non ? Ton cœur doit s'accélérer à une vitesse folle... Ta tête doit te donner l'impression d'être sur le point d'éclater comme un ballon... tes veines, gorgées de sang brûlant...
Remus étouffa un petit rire effaré.
― Vous êtes vraiment une femme immonde...
― Je m'informe sur les effets du Doloris, c'est tout, dit-elle avec un sourire carnassier. Tu m'as demandé si j'aimerais souffrir. Ça dépend... Ça t'exciterait de me voir me tortiller de douleur à tes pieds, Ralf ?
Remus ressentit une sensation désagréable dans le creux de son estomac.
― Je ne partage pas la même passion que vous, Bellatrix, s'empressa-t-il de clarifier avec froideur.
Puis il porta son attention sur le morceau de ciel rouge qui apparaissait entre les branches des arbres. Un long silence s'ensuivit. Remus était troublé. Cette femme lui semblait pire que le diable en personne.
Environ une heure s'écoula. Il faisait nuit, à présent. Remus avait recommencé à triturer les feuilles mortes sur ses cuisses et observait le feu d'un œil vitreux. Il pensait encore à Tonks. La couleur des flammes lui rappelait celle que ses cheveux prenaient quand elle était gênée ou énervée ― lorsqu'elle était dans tous ses états, en somme. Remus soupira. Il ne savait pas pourquoi, mais ça ne faisait pas une semaine qu'il était coincé sur cette île que, déjà, elle lui manquait. Elle lui manquait terriblement...
― À quoi tu penses ? demanda Bellatrix qui était restée assise auprès de lui, adossée au même tronc, en train de lancer nonchalamment des cailloux dans le feu.
Remus haussa les épaules.
― À rien...
Nouveau silence. Soudain, Bellatrix poussa un profond soupir exaspéré.
― Oh que je m'emmerde ! s'exclama-t-elle. Je vais mourir d'ennui, c'est insupportable ! Je m'emmerde ! cria-t-elle vers le ciel.
― Et moi donc, répondit Remus d'un air fatigué.
― Tu n'as pas envie qu'on se désennuie un peu ?
― Je voudrais bien, mais que voulez-vous qu'on fasse ?
Bellatrix eut un petit rire sarcastique. Tout à coup, ses yeux foncés reflétaient d'une étrange manière les flammes rougeoyantes du feu.
― Tu n'as pas une petite idée de ce que peuvent faire un homme et une femme quand ils s'ennuient, Ralf ? susurra-t-elle d'un ton narquois.
Puis elle lui caressa doucement la jambe du bout de sa chaussure. Remus eut la sensation d'une brusque chaleur se répandant dans tout son corps. Il sut tout de suite ce qu'elle voulait insinuer, mais préféra jouer l'innocent.
― On pourrait jouer au tic-tac-toe ? suggéra-t-il à tout hasard.
Bellatrix cessa de lui frotter la jambe et parut contrariée.
― Connais pas le tic-tac-toe, répondit-elle sèchement.
― Le tic-tac-toe, répéta Remus en ramassant l'une de ses brindilles qu'il avait affilées inutilement la veille, c'est un jeu très simple. Ça se joue avec des O et des X qu'on trace à tour de rôle sur une grille. Vous voulez essayer ? Ça passe bien le temps, ajouta-t-il devant l'air sceptique de Bellatrix.
― C'est que..., commença-t-elle.
Elle se mordit la lèvre inférieure et lui frôla l'épaule du dos de son doigt.
― J'avais autre chose en tête pour passer le temps, Ralf...
― J'ai vraiment envie de jouer au tic-tac-toe avec vous, Bellatrix, interrompit Remus d'une voix plus agressive qu'il ne l'aurait voulu, le cœur battant. S'il vous plaît. J'adore ce jeu, mentit-il.
Bellatrix éclata de rire.
― Vraiment ? dit-elle, incrédule.
Remus affirma d'un signe de tête fébrile.
― Je vous laisse les X, je vais prendre les O. Je vais tracer la grille sur le sol. Poussez-vous un peu pour que je la dessine entre nous.
Avec la brindille affilée, il s'exécuta sans attendre la réponse de Bellatrix qui se recula légèrement comme l'avait demandé Remus. Lorsqu'il termina, Bellatrix commenta en haussant les sourcils :
― On ne voit rien. Il n'y a pas assez de lumière.
― Mais si, affirma Remus. Il faut reculer encore un peu pour ne pas faire de l'ombre. Voilà. Mettez votre X où vous voulez.
Il lui tendit la brindille et, à la lueur du feu, ils se mirent à jouer. Au début, Bellatrix traçait ses X sans grand intérêt. Mais dès que Remus prit soin à ce qu'elle gagne la majorité des parties, elle sembla en retirer un certain plaisir. Les parties se succédèrent durant une vingtaine de minutes. Mais lorsque Bellatrix s'exclama : « Tu fais exprès ou bien tu es vraiment nul ? », Remus estima alors le moment venu d'attirer son attention sur un nouveau jeu. Après s'être essayé avec pierre-papier-ciseaux (Remus en reçut plusieurs coups de poing sur les doigts) et les batailles de pouces (l'ongle pointu de Bellatrix finit par écorcher malencontreusement le sien), il décida d'en arrêter là.
― Je suis fatigué, je vais me coucher, annonça-t-il en frottant son pouce douloureux.
― Déjà ? dit Bellatrix, déçue. Mais on vient à peine d'entamer la troisième partie. J'aime bien ce jeu de torture de pouces. Allez, on recommence !
Elle allongea brusquement la main vers celle de Remus qui l'éloigna aussitôt d'elle.
― Non, refusa-t-il. D'abord, on ne dit pas « torture de pouces », mais « bataille de pouces », ce qui est très différent. Ensuite, vous m'avez complètement mutilé le pouce.
― Et alors ? répliqua Bellatrix avec désinvolture. Il t'en reste un autre, non ?
Remus lui décocha un regard noir.
― Quoi ? s'exclama Bellatrix, sur la défensive.
― Je vais me coucher, répéta Remus d'un ton catégorique.
Il chercha du regard la branche qu'il l'avait aidé à se déplacer ce matin même et s'en saisit dès qu'il la trouva près de lui.
― Oh, je vois, se moqua Bellatrix en reprenant sa voix d'enfant. Le petit Ralf est un mauvais perdant.
Remus éclata de rire.
― Vous êtes incorrigible, dit-il en hochant la tête. Je ne suis pas mauvais perdant. J'ai seulement un pouce mutilé.
Bellatrix roula les yeux.
― Bien sûr, dit-elle avec incrédulité. Allez, donne-moi ça que je vois un peu.
Elle empoigna son poignet alors qu'il s'apprêtait à se lever, le força à se rasseoir et, à lueur du feu, lui examina le pouce de près.
― Une petite coupure, rien de plus, observa-t-elle. Ce n'est pas très grave.
Puis, guettant sa réaction, elle appuya fermement dessus avec son propre pouce.
― Aïe ! cria Remus qui retira immédiatement sa main d'entre ses doigts. Mais qu'est-ce que vous faites ?
― Désolée, s'excusa Bellatrix avec un sourire contrit, c'était plus fort que moi. Je te trouve tellement mignon quand tu as mal.
Remus la regarda dans les yeux. Le sang pulsait au bout de son pouce qu'il avait enfoncé dans le creux de sa paume pour en atténuer la douleur, mais déjà, il n'y faisait plus attention. Une étrange émotion partagée entre l'étonnement et l'embarras l'avait saisi.
― Vous... vous vous excusez ? balbutia-t-il à mi-voix.
Bellatrix baissa les yeux et fit mine de s'intéresser à la brindille effilée sur le sol, avec laquelle ils s'étaient amusés à jouer au tic-tac-toe.
― Oui et alors ? marmonna-t-elle. Ça t'étonne qu'une femme aussi immonde que moi puisse s'excuser, c'est ça ?
Remus ne répondit pas, de peur qu'elle ne s'emporte. Un silence s'ensuivit puis Bellatrix reprit d'un ton amer :
― Je ne suis pas aussi cruelle que tu le penses, Ralf. J'ai quand même un peu de cœur. Sinon je n'aurais pas soigné ta jambe pendant que tu étais inconscient et tu aurais succombé à ta blessure. Tu perdais beaucoup de sang, tu sais.
Remus hésita, mais la tentation de rétorquer lui fut trop forte.
― Ce n'est pas par cœur que vous m'avez soigné, Bellatrix.
― Si, c'est par cœur ! affirma-t-elle.
― Non. C'était parce que j'étais la seule personne avec vous sur cette île, susceptible de vous aider à retrouver la mémoire. Vous aviez donc tout intérêt à ce que je ne meurs pas.
Bellatrix ouvrit la bouche pour répliquer, mais la referma aussitôt avec l'air de ne plus savoir quoi dire.
― Je vais me coucher, annonça pour la troisième fois Remus.
Calmement, il se leva à l'aide du bâton solide et boitilla jusqu'à l'abri. Une fois étendu sur le dos sous les branches de sapin, il entendit Bellatrix le rejoindre peu après. Elle se coucha près de lui, lui enserra la taille d'un bras (Remus se raidit un peu) et lui murmura à l'oreille d'un ton grognon :
― Et alors ?
Remus sourit malgré lui.
― N'en parlons plus, dit-il doucement. Dormez maintenant. Une autre journée nous attend demain.
Et plus tard, dans la nuit, alors qu'il ne dormait pas encore, Remus ne put s'empêcher d'admettre que, en dépit de tout, il s'était amusé avec Bellatrix, ce soir. Son rire suraigu, qui lui avait rappelé celui d'une enfant innocemment malicieuse alors qu'elle se vantait d'avoir gagné la quasi-totalité des parties, lui résonnait encore dans la tête comme un écho. Durant ces moments ― hormis l'instant du petit accident concernant son pouce ―, il avait oublié qu'elle était Bellatrix Lestrange.
― Ralf ? dit soudain celle-ci qui frissonnait contre lui. J'ai froid...
Et cette fois, d'un geste presque machinal, Remus l'enlaça dans ses bras pour la réchauffer.
— o0O0o —
Il devait être environ trois heures du matin et Remus, les yeux grand ouverts, ne dormait toujours pas. D'abord, une faim horrible le dévorait de l'intérieur. Ensuite, le fait qu'il avait accepté de serrer Bellatrix dans ses bras avait fini par le déranger à un point tel qu'il en avait l'esprit tourmenté. Que dirait Sirius s'il le surprenait ainsi, gentiment couché auprès de la plus cruelle des Mangemorts de l'histoire ? Et Tonks ? Il ne pourrait pas supporter qu'elle le foudroie d'un regard dégoûté parce qu'il avait décidé de passer ses nuits avec Bellatrix plutôt que de l'assommer à la première occasion et d'aller l'attacher quelque part avec les cordes qui liaient ensemble les branches de l'abri et dont il remarqua, à la faible lueur de la braise, les bouts pendre au-dessus de sa tête.
Pourtant, il ne bougeait pas et continuait à serrer Bellatrix contre lui, et cela même si ses cheveux lui chatouillaient désagréablement la joue et que son souffle lui brûlait le cou. Elle était si près, trop près... Mais qu'est-ce qu'il lui avait pris de l'avoir laissée s'approcher de lui comme ça ? De plus, c'était la première fois qu'il enlaçait une femme de cette manière et il se désolait que ce soit Bellatrix Lestrange.
Soudain, celle-ci remua entre ses bras.
― Ralf ? murmura-t-elle d'une voix endormie. Tu me sers trop fort...
Aussitôt, Remus décrispa ses doigts et desserra son étreinte. Il ne s'était pas aperçu qu'il était en train de l'étouffer.
― Désolé, dit-il avant qu'une bouffée d'indignation le submerge.
Voilà qu'il se surprenait à s'excuser auprès d'elle une fois de plus. C'en était trop. Il était trop gentil. Il devait se ressaisir. Mais au moment où il essaya de rassembler son courage pour la repousser, il réalisa que ça ne servirait à rien. Il ne serait tout simplement pas capable de la frapper ou de la ligoter au pied d'un arbre pour la laisser ensuite toute seule dans le froid de la nuit. Il n'était pas assez méchant pour cela. Il avait trop de cœur. Il en vint même à envier Bellatrix pour son sadisme sans vergogne.
― Ralf ? murmura de nouveau Bellatrix. Est-ce que tu vas bien ?
La respiration de Remus s'était précipitée sans qu'il en ait eu conscience.
― Oui, répondit-il en s'efforçant de se calmer. Je vais bien.
― Tu as fait un mauvais rêve ?
― Non, je vais bien, répéta Remus.
― Tu es encore plus chaud...
Bellatrix voulut prendre la température de son front, mais Remus lui repoussa la main d'emblée.
― Je vais bien, j'ai dit ! affirma-t-il d'un ton ferme. Je... Enfin, vous n'êtes pas censée vous inquiéter pour moi ! Nous sommes ennemis ! L'avez-vous oublié ?
Remus ne put discerner le visage de Bellatrix dans l'obscurité. Cependant, il devina au ton de sa voix qu'il l'avait offusquée.
― Tu es en train de me dire que tu préfères que je te torture ?
Il y eut un silence tendu. Puis, Remus poussa un profond soupir.
― Non, bien sûr, je ne préfère pas que... Pardon, s'excusa-t-il alors, malgré lui, encore une fois, désespérément. Je ne parviens pas à dormir, j'ai faim et à cause de ça, je deviens un peu énervé. Je... je dis n'importe quoi, je...
Il ferma les yeux en serrant les dents et enlaça à nouveau Bellatrix contre lui.
― Je suis désolé...
Que voulait-il qu'il fasse ? De toute façon, c'était toujours mieux qu'ils viennent à bien s'entendre plutôt que de continuer à se faire la guerre, non ?
― Ce n'est pas grave, susurra Bellatrix près de son oreille. D'ailleurs, je connais un bon remède calmant qui pourrait t'aider à t'endormir. Laisse-moi faire et tu verras...
Et elle se mit à lui frotter langoureusement le ventre. Les poumons de Remus se vidèrent brusquement de leur air.
― Quoi ? s'exclama-t-il d'une voix étranglée.
― Détends-toi, rassura Bellatrix d'une voix onctueuse, sans cesser de lui caresser le ventre, de plus en plus bas. Tu n'as pas à avoir peur, je ne te ferai pas mal, cette fois...
Elle ricana doucement.
― Enfin, je vais essayer..., ajouta-t-elle d'un ton frémissant d'excitation, avant d'approcher son visage de celui de Remus dont le rythme cardiaque s'accéléra d'un coup.
― Non ! s'écria-t-il en l'agrippant par les épaules pour l'arrêter.
Il était justement en train de se reprocher de l'avoir laissé s'approcher de lui trop près. Elle n'allait quand même pas pousser les choses plus loin qu'elles ne l'étaient déjà ?
Dans la faible lueur de la braise du feu, il vit les lèvres de Bellatrix se courber en un sourire malicieux.
― Non ? se moqua-t-elle. Vraiment ? Ralf, n'essaie pas de me faire croire que tu n'en as pas envie.
Remus secoua la tête d'un air effrayé et crispa ses doigts sur les épaules de Bellatrix qui éclata de rire.
― Dans ce cas, voyons si tu es capable de me résister...
D'un geste provocant, elle glissa sa main vers sa ceinture. Précipitamment, Remus lui lâcha l'épaule et lui enserra le poignet de justesse pour l'empêcher d'aller plus loin. Mais Bellatrix s'était déjà ruée sur lui comme une tigresse affamée. Elle enfouit son visage dans son cou et commença à l'embrasser avec véhémence. Remus sentit une sorte de décharge électrique parcourir chaque particule de son corps. Durant un terrible instant, il resta figé sous elle, telle une statue de glace. C'était comme si la panique lui avait embrumé le cerveau. Il n'arrivait plus à réfléchir.
Néanmoins, lorsqu'elle approcha ses lèvres chaudes et avides des siennes, Remus parvint à bouger à temps et plongea la main dans sa chevelure épaisse pour lui rabattre la tête en arrière.
Bellatrix gémit de douleur avant de s'écrier :
― Oh oui, fais-moi mal, Ralf !
La respiration haletante, Remus la regarda avec des yeux ronds, puis la fit basculer sous lui en lui saisissant les poignets qu'il lui plaqua de chaque côté de son visage.
― VOUS ALLEZ CESSER ÇA, TOUT DE SUITE ! hurla-t-il avec affolement.
Sa jambe enflée l'élançait, mais il gardait toute son attention sur Bellatrix Lestrange qui avait tressailli au moment où il avait crié.
― Qu'est-ce qui vous prend ? Je n'ai aucune envie de vous... de faire ÇA avec vous !
― Tu es marié ? présuma Bellatrix d'un regard provocateur. C'est à cause de ça ? Ou bien tu as une petite amie ?
Elle éclata de rire.
― Ne t'inquiète pas, elle n'en saura rien...
― Je n'ai personne dans ma vie, avoua Remus en pensant soudain, pour une raison totalement incongrue, à Tonks. Mais vous, oui ! Alors, tenez-vous tranquille !
Il espéra que cette information aiderait à calmer les pulsions de Bellatrix. Et comme de fait, à sa grande satisfaction, la lueur lubrique dans le fond de ses yeux s'éteignit.
― Ah oui ? dit-elle d'un ton surpris.
Il y eut un bref silence.
― Je suis mariée avec qui ?
― Avec... heu... un Mr Lestrange..., répondit Remus, évasif.
― Tu m'étonnes ! ironisa sèchement Bellatrix. Révèle-moi son prénom, abruti !
― Je ne me rappelle plus son prénom ! mentit-il avec conviction.
Cependant, Bellatrix ne le crut pas.
― Je le vois très bien dans tes yeux, Ralf, même s'il fait noir : tu mens ! Révèle-moi son prénom, j'ai dit !
― Dans ce cas, si vous arrivez à déceler la vérité dans mes yeux, répliqua Remus avec hargne, vous êtes aussi capable de vous rendre compte que dès le début, je ne ressens que de la répulsion envers vous ! Alors, ne me touchez plus jamais de cette manière sinon je casse votre baguette !
Et il la relâcha avant de reprendre brusquement sa place à côté d'elle, sur le dos, les bras croisés sur son ventre. Il fulmina en fixant la pénombre au-dessus de lui, le visage de Tonks flottant toujours vaguement dans son esprit, puis, après un moment, Bellatrix demanda à mi-voix :
― Tu pourrais au moins me dire s'il m'aimait ?
― Non, il ne vous aimait pas, répondit-il directement. En tout cas, dans le cas contraire, ça me surprendrait beaucoup. C'était un mariage arrangé. Et de toute façon, qu'est ce que ça peut vous faire qu'il vous aime ou non ? poursuivit-il avec froideur. Vous-même ne connaissez pas l'amour.
― Non, c'est faux ! protesta Bellatrix avec vigueur.
― Vraiment ? dit Remus avec un rire mauvais.
― Je sais très bien ce qu'est l'amour, Ralf ! Comment oses-tu me juger jusque là ? Tu en sais peut-être plus sur moi que ma mémoire ne peut se rappeler, mais tu ne peux cependant pas connaître le fond de mes sentiments ! Je suis même certaine que l'amour faisait partie de toute ma vie ! Je le sens...
Effectivement, songea sombrement Remus, l'amour avait fait partie de toute sa vie : l'amour pour son maître, le Seigneur des Ténèbres, son seul amour ― son obsession, plutôt. Mais elle ne l'entendrait jamais dire par Remus qui se gardait bien de lui divulguer cette information. Il n'était pas assez fou pour prendre le risque que ça lui ravive toute la mémoire d'un coup et qu'elle le tue.
À côté de lui, Bellatrix renifla. Il se passa quelques minutes où l'on entendit sa respiration devenir saccadée, puis elle étouffa un sanglot. Surpris, Remus tourna la tête pour la regarder. Il n'y croyait pas.
― Bellatrix ? dit-il avec douceur, en s'adressant à sa nuque. Est-ce que ça va ?
Elle s'était recroquevillée et lui tournait le dos. Ses épaules étaient agitées de tremblements convulsifs.
― Bellatrix, est-ce que tu pleures ?
― Non, répondit-elle d'une voix brusque avant de renifler de nouveau.
― Si, tu pleures, dit Remus.
Il posa doucement sa main sur son bras, mais elle lui donna un violent coup de coude pour le dissuader d'essayer de la consoler.
― Non, je ne pleure pas ! répéta-t-elle avec colère. De toute façon, un monstre aussi ignoble que moi ne peut pas avoir de sentiments !
Et elle se leva d'un mouvement brutal avant de sortir dehors, laissant un Remus pantois derrière elle.
Encore merci d'avoir lu ! :)
J'espère toujours que vous avez aimé. ^^'
