Voilà le chapitre 3. Cette fois, on est à nouveau centré sur la famille Durin.

Bonne lecture.^^


Attrape-Warg: Acte 3

Thorïn rangea le dernier objet coupant qui traînait et le dernier papier important oublié sur le bureau. Sa sœur devait venir lui rendre visite avec ses deux garnements de fils. La maison devait être impeccable ou sinon ses neveux allaient réussir à se faire mal ou à casser quelque chose. Et Dis ne lui pardonnerait jamais le premier cas.

Le roi déchu se planta au milieu de la pièce, les mains sur les hanches, et passa en revue, pour la énième fois, tous les coins de son salon. Il n'y avait pas de braises allumées dans la cheminée. Le coupe-papier était rangé dans le tiroir fermé à double-tour. Il n'y avait aucun obstacle pour entraver la route de deux petits Nains qui couraient dans tous les sens.

En un mot : parfait. Tout était parfait.

Un tambourinement de petits poings sur sa porte lui apprit que ses neveux étaient arrivés. Il se dirigea dans l'entrée et ouvrit la large porte de bois. Deux sourires de Warg lui firent face. Thorïn fronça les sourcils. Pourquoi son instinct lui disait-il de prendre garde ? Ses neveux étaient juste heureux.

-Bonjour, Oncle Thorïn, lui dirent-ils en accentuant leurs larges sourires. Thorïn se dit qu'il y avait vraiment quelque chose de bizarre. Anguille sous roche, il en donnerait sa main au Warg. Mais l'arrivée de sa sœur le sortit de ses pensées et il en oublia ses soupçons. Il la salua avec chaleur puis se retourna vers ses neveux qui lui tiraient la manche.

-Qui a-t-il ?, leur dit-il mais ils refusèrent de répondre, lui faisant signe de se baisser à leur hauteur. Sachant qu'il n'arriverait à rien s'il n'obéissait pas, Thorïn s'agenouilla devant les deux enfants. Kili lui sauta soudain au cou et le roi déchu se vit administrer un bisou bien baveux.

-C'pour l'astuce !, s'écria le petit avant de partir en courant dans le salon où il savait l'attendre un repas digne de régaler son ventre affamé. Thorïn resta un moment immobile, étonné, puis se tourna vers son autre neveu :

-De quoi parle ton frère ?

Mais Fili n'eut qu'un sourire énigmatique et s'en alla rejoindre Kili auquel il chuchota quelque chose qui déclencha des ricanements étouffés.

La petite famille partagea un repas agréable, bien que ponctué par les cris des petits, l'un disant que l'autre avait plus dans son assiette, le second disant qu'il n'aimait pas les légumes, et etcetera etcetera. Thorïn sourit.

Il chérissait ces petits instants de bonheur.

-Mon frère, lui dit soudain Dis d'un air sérieux. J'aurais une requête.

-Quoi donc ?, s'enquit le roi déchu, surpris qu'elle le lui demande sur ce ton. Serais-je quelque chose de difficile à réaliser ?

-Je voudrais que tu gardes Kili et Fili ce soir et toute la journée demain. Je serais occupée. Peux-tu ?

Thorïn ne répondit pas tout de suite.

-S'te plaît, Oncle Thorïn!, gémit Kili.

Avait-il quelque chose de prévu le lendemain ?

-On sera sages !, lui assura Fili.

Non. Il n'avait rien d'urgent. Il pouvait donc garder ses neveux. Surtout qu'avec les yeux de merlans frits qu'ils lui adressaient, il ne voyait guère comment refuser ! Il en oublia complètement l'avertissement instinctif qu'il avait eu plus tôt. Pas plus qu'il ne vit les sourires victorieux des deux frères lorsqu'il dit à Dis qu'il était d'accord pour les garder.

-Je te remercie, mon frère, dit-elle. Aussitôt le repas fini, elle adressa des dernières règles à ses fils avant de partir. Thorïn sourit.

-Bon. Que voulez-vous faire les garçons ?

Ils se regardèrent d'un air taquin et conspirateur que Thorïn ne comprit pas. Encore moins lorsque Kili lui répondit qu'ils voulaient dessiner. Dessiner. Oui. Ses deux turbulents neveux voulaient faire une activité aussi sage et tranquille. Ne voulant pas tenter Mahal, Thorïn acquiesça et alla chercher feuilles et plumes.

-Ne mettez pas de l'encre partout, leur ordonna-t-il en posant les encriers de couleur à côté d'eux. Ils lui dédirent un merveilleux sourire angélique avant de se mettre au travail. Il eut bien quelques débordements du côté de Kili et un encrier faillit finir par terre mais, dans l'ensemble, ils furent calmes et ne mirent pas le bazar.

Thorïn s'en rappela pendant quelques secondes : il y avait anguille sous roche.

Mais il oublia tout une nouvelle fois quand ses neveux lui montrèrent leurs dessins, le représentant tous deux d'une façon tout à fait capable de faire fondre le cœur d'un adulte. En voyant l'air content, et pas du tout soupçonneux, de leur oncle, Kili adressa un pouce victorieux à son frère, récoltant par-là de gros yeux.

Mais Thorïn ne vit rien.

Quelques heures plus tard, alors qu'il venait de coucher les enfants et avait ressorti un papier important dont il venait de se rappeler l'existence, Thorïn entendit un drôle de bruit venant des chambres. Il haussa un sourcil. On aurait dit qu'un chat errant était entré et s'amusait à tout faire tomber dans une pièce. Le roi déchu se leva et marcha d'un pas décidé vers la source du bruit. Cela venait de sa propre chambre. Pourtant il ne se rappelait pas avoir laissé la moindre fenêtre ouverte.

Il entrouvrit la porte, ne voulant pas laisser la place à l'animal de sortir. Il ne manquerait que qu'il soit obligé de lui courir après dans toute la maison. La pièce était sombre, plongée dans le noir, et Thorïn avait dû mal à y voir même avec la bougie qu'il tenait dans la main. Il s'approcha de sa table de chevet pour y allumer la grande bougie qui s'y trouvait quand il entendit la porte grincer.

Quelqu'un venait d'entrer.

Le roi déchu fronça les sourcils. Mais il n'eut que le temps de poser la bougie qu'il portait qu'il sentit deux poids s'accrocher à ses jambes. Il poussa un cri surpris et ne put manquer de s'étaler lamentablement au sol. Ses agresseurs lui sautèrent alors dessus et la voix stridente de son plus jeune neveu retentit dans la pièce :

-L'a eu !

Son frère rit et acquiesça et Thorïn commença à comprendre ce qui venait de lui arriver. Il se rappela tous les sourires et le calme relatif de ses neveux et dû se rendre à l'évidence qu'il s'était bien fait avoir. Fili et Kili avait prévu leur coup depuis le début.

Mais pourquoi l'avait-il ainsi attaqué ?

-Vous pouvez m'expliquer ?, demanda-t-il d'une voix grave, y chassant toute source d'amusement. Il le montrerait plus tard. Quand ses neveux se seraient expliqués.

-On jouait à un nouveau attrape-Warg !, lui cria Kili en sautillant sur son ventre, ignorant les grimaces de son oncle ou même son frère qui lui soufflait qu'il aurait dû dire « nouvel » et pas « nouveau ».

-Vraiment ?, dit Thorïn en attrapant son plus jeune neveu par la taille pour l'empêcher de continuer à sauter. Et quelles sont ses règles ?

-L'mêmes, répondit Kili sur le ton de l'évidence. Thorïn soupira et se tourna vers l'aîné qui consentit à expliquer :

-Il faut que la proie ne sache pas qu'elle est chassée.

-Ah ! Voilà la raison de votre comportement d'aujourd'hui !, comprit le roi déchu. Il s'assit avec ses deux neveux sur les genoux. Kili leva la tête vers lui et demanda :

-On est forts, n'hein ?

-Très forts, rit Thorïn. Je n'ai rien vu venir. Kili hocha la tête dans la plus parfaite expression de contentement de soi absolu. Leur oncle leur posa alors une autre question :

-Pourquoi moi ?

Les deux frères se regardèrent en souriant avant de dire d'une même voix :

-Parce que, Oncle Thorin, tu n'as pas dit qui serait le Warg !

Et comme Thorïn ne se souvenait plus de l'astuce qu'il avait donné à Kili-chose que les frères avaient bien compris plus tôt- et qu'ils ne voulurent pas lui expliquer ce qu'ils entendaient par-là, il ne sut jamais le fin mot de l'histoire.


Voilà.

Donc le prochain acte sera le dernier. Je n'ai pas commencé à l'écrire mais j'ai l'idée donc si je m'y met, il devrait être prêt pour demain ou, au pire, après-demain.