Note d'auteur: Bonjour à tous! D'abord, je tenais à dire merci à tout ceux qui sont passés lire mon premier chapitre et tous particulièrement à ceux qui m'ont soit mit dans leur favoris, soit qui sont devenus des followers (ils se reconnaitront ;D). Il fallait avoir un sacré courage pour aller jusqu'au bout de ce looooonnnnng premier chapitre! XD

Pour ce qui est de ce nouveau chapitre, l'histoire avance doucement mais sûrement. L'action arrivera bientôt pour ceux qui aiment l'aventure. Mais pour l'instant je souhaite installer l'histoire et les personnages. Il faudra se montrer un peu patient. :) Bonne lecture! ^^

Chapitre second : Une alliance forcée

Hermione observait toujours le reflet que le miroir lui renvoyait. Elle était pétrifiée. L'incompréhension était totale. C'était inconcevable. Elle ne pouvait pas s'être approprié le corps de la Serpentarde. Il fallait que ce cauchemar se termine. Ce n'est qu'un mauvais rêve, se répétait-elle inlassablement. Il lui suffisait de se réveiller pour mettre fin à cet enfer. Tout à coup une poigne vigoureuse la projeta sur le côté et elle se rattrapa – de justesse – sur les bords d'une petite table en verre.

Elle était sur le point de protester, mais se ravisa rapidement devant la mine affolée de Malefoy qui scrutait le miroir. Il affichait une expression paniquée, mais pas seulement. Hermione eut à mettre un nom sur l'émotion qui se lisait sur ses traits. De la colère ? Non, c'était plus fort. De la rage peut-être. Oui, une fureur bouillonnante chargeait son corps tout entier. Brutalement, il se mit à frémir.

Comment ? Comment était-ce possible ? Par Salazar Serpentard, pourquoi cela m'arrive à moi ? pensa Drago.

Mille et une questions se bousculaient dans sa tête. Plus rien ne tournait rond dans son monde. Il devait retrouver ses esprits. Par la barbe de Merlin, il ne pouvait pas avoir pris l'apparence de ce guignol bodybuilder. Sa tête lui criait que cette situation était inconcevable. Pourtant ses yeux lui disaient toute autre chose. Les prunelles d'un bleu profond le fixaient de l'autre côté du miroir. Les cheveux soigneusement décoiffés, les pommettes hautes et la mâchoire carrée, la peau fraîchement rasée. Chaque détail le révulsait un peu plus. Il sentait une rage incontrôlable se déchainer en lui. Il ne supportait plus l'image qui le narguait en face.

Bon sang n'avait-il pas assez souffert ? Il fallait encore qu'il paye pour les erreurs des autres. Il avait déjà dû supporter les choix de son père qui les avait conduits, sa mère et lui, à subir la menace permanente du mage noir le plus puissant et le plus dangereux de tous les temps. En fait tous ses ancêtres avaient décidé de son propre avenir. Ils avaient pris le parti de se ranger du côté de la sorcellerie occulte. Une magie puissante et destructrice. Ils avaient dissimulé leur désir de pouvoir sous la bannière de la pureté de leur sang.

Drago était fatigué de devoir penser et agir en fonction de conventions adoptées par le passé. Cependant, ces choix aristocratiques étaient ancrés dans chaque parcelle de son être. Et presque malgré lui, il les justifiait pour la plupart. En outre, il avait toujours retiré un plaisir pervers à détenir l'ascendant sur les autres individus. On lui avait toujours répété que sa singularité se tenait de ses racines familiales. Pourtant, malgré la jouissance qu'elles lui procuraient, il avait souvent dû souffrir à cause de cette magnificence du pouvoir qu'on lui avait inculqué.

Cet ultime coup du sort lui était insupportable. Ce visage étranger lui renvoyait son propre dégoût. Il avait de plus en plus de mal à contenir sa fureur. Son corps se mit à trembler. Ses ongles pénétraient sa chair, tellement il serrait les poings. Soudain, n'y tenant plus, il envoya un coup violent dans le miroir. Sa surface éclata en une pluie de débris brillants, qui s'étalèrent sur le sol dans un bruit cristallin. La main ensanglantée, mais le cœur moins lourd, Drago se tourna vers Hermione qui le fixait avec intensité.

C'était étrange, il regardait Hermione Granger et voyait Hermione Granger. Comment le reflet dans le miroir et ses sensations pouvaient-ils lui renvoyer l'image d'une autre, alors que sa vue lui montrait la Gryffondor telle qu'il l'avait toujours connue ? Il porta son attention sur ses propres mains et retrouva l'aspect habituel de celles-ci. Un teint pâle. Sous sa peau il pouvait observer les veines d'un bleu adouci. Ses doigts longs et fins soulignaient l'élégance de l'ensemble. Il s'agissait effectivement de ses mains. Il en conclut alors que la Gryffondor de cœur le voyait lui. C'est-à-dire sous son apparence physique originelle.

« Tu me vois comment Granger ? », demanda-t-il avec curiosité, afin de confirmer ses doutes. Alors qu'il attendait sa réponse, il attrapa un morceau de tissu brodé qui traînait sur une étagère et s'en servit pour envelopper sa main blessée.

Elle ne répondit pas tout de suite, continuant de le fixer avec calme. Elle suivait le même raisonnement que Malefoy. Son cerveau tentait d'analyser la situation. De relier les informations entre elles. Le sort était censé permettre aux deux amoureux d'échanger leurs corps. Mais visiblement la potion n'avait pas fonctionné comme ils l'attendaient. Et maintenant ils se retrouvaient, Drago et elle, coincés dans des corps étrangers.

La situation était vraiment catastrophique. Mais le détail le plus étonnant résidait dans le fait qu'elle puisse voir Drago Malefoy tel qu'elle le connaissait depuis toujours. Le miroir lui avait pourtant renvoyé l'image du jeune Gryffondor dans toute sa splendeur.

« Hé ! Tu m'entends Granger ?! s'écria-t-il après un long silence.

— Malheureusement oui, je t'entends Malefoy ! » s'exclama-t-elle. Leur voix respective ne semblait pas avoir subi de changement. De plus en plus étrange, songea-t-elle.

« Alors, qu'est-ce que tu vois quand tu me regardes ? demanda-t-il avec impatience.

— Je vois un blondinet malingre et dégingandé. Doublé d'un fils à papa pourri gâté qui ne jure que par la pureté de son sang. Autrement dit je te vois dans toute ta monstruosité ! », annonça-t-elle.

Il détourna la tête en lâchant un soupir méprisant puis enchaîna :

« J'adore tes interventions humoristiques d'habitude, ironisa-t-il, mais là nous avons un sacré problème en commun ! On a quelque peu changé d'apparence ! Mais peut-être que ça ne dérange que moi, tu gagnes au change dans l'affaire ! dit-il avec mépris. Pourtant quand je te regarde directement, je vois l'éternelle Miss-je-sais-tout mal coiffée. Et si je te vois en tant que toi et que tu me vois en tant que moi, ça voudrait dire…ça voudrait dire que…Bon sang je ne sais pas ce que ça veut dire ! s'énerva-t-il finalement.

— Calme-toi ! Ce n'est pas en t'arrachant les cheveux de la tête que tu trouveras une solution. Il doit y avoir une explication logique. Commençons par le commencement, dit-elle. La potion qu'ils ont bue était censée leur permettre de changer de corps. Cependant, c'est nous qui avons échangé de corps avec eux. Mais on continue à se voir tels que nous sommes d'ordinaire ». Elle fronça les sourcils. « Je me souviens avoir lu quelque chose sur ce sujet », elle se parlait à elle-même à présent, exprimant ses pensées à haute voix.

« C'était dans un livre traitant du rapport entre la magie et la métaphysique. Certains témoignages de sorciers qui avaient expérimenté les conversions mentales mettaient en évidence la possibilité de conserver l'image de leur ancien corps. Comme si l'esprit était indissociable de l'enveloppe corporelle. Mais cet état de fait ne concernait que les personnes touchées par le même sort. Tous les autres voyaient le corps tel qu'il existait sur le plan réel et non immatériel. C'est sûrement ce phénomène qui nous arrive. On ne voit pas nos corps, mais nos âmes. »

Drago l'observait et l'écoutait avec attention. Cette explication était plutôt convaincante. Mais, même s'il comprenait à présent une partie du problème, rien n'était résolu pour autant.

« La suite Granger ? Quel est le moyen de retrouver ma véritable apparence ?

— Je n'en ai aucune idée. », avoua-t-elle, déçue elle-même de ne pas détenir la solution, mais seulement l'explication. Mais une minute ! Il avait parlé de son apparence. Quel culot il avait ! Et elle, elle ne comptait pas dans l'histoire ?

« Une vie à lire des livres inintéressants pour n'avoir aucune solution en stock ! Inutile de se la jouer si tu es juste capable de réciter tes bouquins, se moqua-t-il.

— Et toi alors, à quoi tu sers exactement ? s'exclama Hermione hors d'elle. Tu agis comme un petit dictateur de bac à sable, et tu attends que je te serve tout sur un plateau. Tu es trop bête. Débrouille-toi tout seul ! », s'écria-elle avant de s'éloigner du jeune homme.

Elle avançait avec précipitation. Elle ne savait pas où aller. Tout ce qu'elle souhaitait, c'était s'éloigner le plus possible de Malefoy. Comment avait-elle pu se laisser embobiner ? Il se servait d'elle comme il se servait de tous les autres. Comme si le monde ne tournait qu'autour de lui ! Il prenait les gens pour des petits soldats à sa botte. Il ne connaissait rien à la camaraderie. Ses rapports se limitaient à savoir ce que tel ou tel individu pouvait lui apporter. Alors pourquoi s'était-elle laissée entraîner dans cette discussion de sourd ? Il avait comme toujours pris plaisir à utiliser et manipuler autrui et elle se sentait humiliée. Avec l'expérience, elle aurait dû savoir à quoi s'attendre, de la part de ce serpent.

Pourtant une petite voix intérieure lui soufflait qu'elle devait rester près du jeune homme. C'était une condition sine qua non à la résolution du problème d'échange de corps. Mais aussi à sa survie. Elle effaça vivement l'idée que ce prétentieux puisse être indispensable à sa survie. Et alors qu'elle cherchait la sortie du regard, elle buta sur un objet dur. Elle faillit tomber de toute sa longueur, mais retrouva l'équilibre à temps. Elle jeta un coup d'œil au sol et découvrit le chaudron renversé. La découverte de ce dernier, ramena une réalité plus pressante dans l'esprit de la jeune femme. En effet, si Malefoy et elle avaient changé de corps… le couple devait avoir subi le même sort !

Elle entreprit donc de se mettre à leur recherche. Ils devaient être restés inconscients. Mais ils ne tarderaient pas à se réveiller et se demanderaient à leur tour ce qui leur était arrivé. Si elle les trouvait, elle pourrait peut-être en apprendre davantage sur la potion utilisée. Ainsi elle serait capable de penser à un contre sort ou au moins entreprendre des recherches qui les mèneraient vers la résolution du problème. Elle commença à chercher partout avec frénésie. Derrière les meubles, sous les tables. Elle déplaçait quantité d'objets.

Le bruit produit par ses recherches était assourdissant. C'est pourquoi, elle n'entendit pas les pas de Drago derrière elle. Il lui avait emboîté le pas, après avoir compris qu'il n'avait aucune chance de recouvrer son apparence originelle sans l'aide du rat de bibliothèque qu'elle était. Cette idée ne l'enchantait guère, mais il était assez futé pour savoir qu'ils seraient plus efficaces à deux. Lorsqu'il la retrouva, il fut surpris de la voir mettre le contenu de la salle sur demande sens dessus dessous.

« Tu t'amuses bien on dirait, Granger ! », lâcha-t-il avec condescendance.

Hermione se raidit au son de la voix nonchalante. Elle se retourna et le vit la toiser de son regard gris, les bras croisés sur sa poitrine, un sourire sarcastique accroché aux lèvres.

« Bon sang ! Malefoy, tu es prêt à me pourrir l'existence jusqu'au bout du monde, alors que nous… que j'ai un réel souci à régler ? pesta-t-elle.

— Je te signale qu'on partage ce souci Miss-je-sais-tout !

— Pourtant tu avais l'air d'être le seul à être concerné il y a quelques instants ! rétorqua-t-elle.

— Arrête de te comporter comme une gamine blessée dans son estime. Je n'ai pas le temps, et sûrement pas l'envie de te consoler. Le plus important est de trouver une solution et vite. Je te rappelle qu'à l'extérieur de ces murs une guerre est sur le point d'éclater.

— Et alors ? Le petit toutou veut rejoindre son maître ?! cracha-t-elle, la voix remplie de dégoût.

— Je veux retourner auprès de ma famille », répondit-il dans un murmure. Ces yeux s'étaient baissés sur ces mots et tout mépris s'était évaporé. Cette remarque semblait l'avoir… touché. Mais ce petit moment de transparence émotionnelle ne dura pas, et il attaqua à nouveau la Gryffondor :

« Et toi auprès de ces limaces gluantes que tu considères comme tes amis !

— Au moins moi, je peux me vanter d'en avoir, ce n'est pas comme toi et tes deux gardes du corps dépourvus de neurones !

— Des amis ! s'exclama-t-il avec ironie. Qui t'abandonnent désarmée en compagnie d'un Mangemort ! Des amis comme ça j'en ai plein moi aussi ! », ricana-t-il.

Hermione n'avait rien à répondre à ça. En effet ses compagnons l'avaient abandonnée. Mais elle ne pouvait se résigner à penser qu'ils l'avaient fait de leur plein gré. Ils avaient partagé tellement d'aventures ensemble.

Elle était persuadée qu'ils avaient été confrontés à un évènement qui les avait obligés à la laisser derrière eux. Malefoy ne comprendrait jamais ce que l'amitié représentait. Le partage de moment de bonheur, de complicité et les moments plus difficiles où les bras protecteurs ou les mots réconfortants d'un proche, pouvaient faire basculer votre cœur du désespoir vers l'espérance en une fraction de seconde. Hermione était certaine que ce serpent égocentrique n'avait jamais ressenti un tel contact émotionnel. En fait elle s'était même surprise, certaine fois, à ressentir de la pitié pour lui.

« Je crois que l'on n'aura pas d'autre choix que de se supporter le temps de trouver un moyen de sortir de cette galère, reprit-elle résignée. Même si cette idée me révulse au plus haut point, nous n'avons pas le choix. Il faut commencer par retrouver ces deux élèves. Peut-être qu'on pourra obtenir le contre sort et quitter ce cauchemar une bonne fois pour toutes.

— Enfin un point sur lequel nous sommes d'accord ! », ajouta-t-il, exaspéré mais lui aussi résigné.

Ils reprirent les recherches à l'unisson, retournant chaque recoin du capharnaüm de la pièce. La tâche était fastidieuse et semblait interminable. Le choc du sort avait aggravé l'état d'encombrement de la salle (si c'était possible !). Mais alors qu'ils étaient sur le point de perdre espoir, Drago aperçut un des corps sous une table renversée. Il se précipita, suivi de près par Hermione.

Il s'agissait du corps de la jeune fille blonde. Assoupie. Elle n'était pas blessée, en tout cas rien de visible. Drago souleva la table, afin qu'Hermione puisse examiner son corps. Elle n'avait rien de grave. La jeune femme s'était simplement évanouie suite au choc du sort et de la chute. Un peu plus loin ils retrouvèrent le corps du jeune sorcier brun. Il était lui aussi inconscient, sans blessure grave. Les deux ennemis entreprirent de réunir les deux corps inanimés. Puis ils les observèrent un moment, sans rien dire durant de longues minutes. Ils voyaient leurs âmes, c'est-à-dire leur apparence originelle. Comme pour eux-mêmes. Le silence devenant pesant, Hermione se décida à prendre la parole.

« Et maintenant qu'est-ce qu'on fait ? interrogea-t-elle.

— On laisse faire le temps. Peut-être que le sort est provisoire, proposa Drago.

— Oh oui, bien sûr ! Et on attend gentiment qu'une semaine entière passe, coincés ici, rétorqua-t-elle. Peut-être plus !

— Si tu as une meilleure idée, Granger, je suis tout ouïe ! »

Le seul problème était qu'elle n'avait aucune idée de la démarche à suivre à présent. Elle avait compté sur l'aide de la jeune élève de Serpentard, mais à présent, elle se retrouvait à la case départ. Elle voulut mettre ses mains dans les poches pour tromper sa confusion. Quand elle s'aperçut que dans la poche gauche de sa veste était repliée une liasse de papier froissée, elle l'extirpa et l'étudia avec intérêt.

C'était un exemplaire de la gazette du sorcier. Hermione nota la présentation différente de la première page. Le journal différait de celui qu'elle avait l'habitude de recevoir. Le style était quelque peu vieillot, s'étonna-t-elle. Elle pensa qu'il s'agissait d'un numéro spécial, puis son regard fut attiré par la photo qui prenait un tiers de la page. Elle représentait une femme élégamment vêtue d'une robe charleston, très rétro. Elle envoyait du bout de sa baguette des cœurs à un public invisible. Au-dessus était inscrit en gros titre : « LE SUCCES INATTENDU DE LA DIVA DANA ».

L'article concernait l'engouement récent, du monde des sorciers, pour une chanteuse lyrique. Apparemment la surprise était suscitée par son passé tumultueux. Elle avait été impliquée dans une affaire de fraude. Selon le journaliste, elle avait été soupçonnée d'avoir aliéné son mari en le soumettant à la torture du sort de Doloris. L'homme devenu fou après un tel traitement, ne parvenait qu'à prononcer le nom de sa femme. La famille richissime du sorcier avait conclu à une tentative d'extorsion de leur fortune et l'avait poursuivie. Cependant la jeune sorcière avait été disculpée suite aux témoignages d'un elfe de maison qui était présent sur les lieux du crime présumé. Il avait assuré au tribunal réuni que l'état de son maître était dû à une mauvaise manipulation de potions. En effet, le sorcier dément était connu pour s'adonner à des expériences de sorcellerie mystérieuses et dangereuses.

Hermione fronça les sourcils. Elle n'était pas au courant de l'existence d'une telle histoire. Certes ces derniers mois elle n'avait pas eu l'occasion de se mettre au courant des dernières nouvelles du monde sorcier, mais ce fait divers semblait sorti du passé. Les artistes adulés dans le monde de la magie étaient plus modernes. Cette femme artificielle au style désuet, semblait tout droit sortie d'un temps ré Gryffondor reporta son attention sur la date du journal, et lorsque ses yeux tombèrent sur celle-ci, elle crut que le ciel s'était effondré sur sa tête.C'était impossible ! Comment une telle chose pouvait être réelle ?

Drago se rapprocha de son ennemie. Il l'avait observée pendant son examen de l'exemplaire du journal. Il l'avait vue passer de la surprise à la concentration. Puis de la concentration à la surprise de nouveau. Enfin elle s'était soudainement raidie. Et s'était figée, choquée, visiblement abasourdie par sa lecture. Il découvrit la une de la gazette par-dessus son épaule. Puis suivit les prunelles chocolat de la Gryffondor qui étaient restées fixées sur la date. L'instant d'après, il partageait son désarçonnement.

« 14 septembre 1925 », lut-il à haute voix.

Ça expliquait un certain nombre de choses. Les visages inconnus des deux élèves. L'absence d'angoisse dans leur comportement alors qu'une guerre était censée se déroulait au-dehors. Le sort de cet imbécile de Crabbe avait été plus efficace que prévu. Nom d'un troll des cavernes, il avait remonté le temps !

Passé le moment d'hébétude, Drago reporta son attention sur la jeune femme. Elle était toujours pétrifiée par la nouvelle. Son cerveau était comme gelé. Elle ne voulait pas, ne pouvait pas accepter d'avoir traversé le temps. Ils avaient remonté soixante-treize années.

Comment surmonter ce choc ? Elle n'était pas près de retrouver ses amis. Ils n'étaient même pas encore nés.

Pourtant, elle réalisait que ce détail temporel expliquait les incohérences qu'elle avait décelées depuis son réveil. Elle entreprit alors d'établir un récapitulatif des ennuis qui s'étaient enchainés : d'abord la perte de conscience, suivie de la découverte de sa cohabitation forcée avec Drago Malefoy, l'échange de corps, et enfin le voyage dans le temps. C'était trop de péripéties en si peu de temps.

« Je crois qu'on ne peut pas connaître pire. On a atteint le sommet avec cette histoire de voyage temporel ! Si je mets la main sur ce gnome de Crabbe, je le réduis en charpie ! Le seul et unique sort qu'il parvient à réaliser dans sa misérable vie, et il m'envoie soixante-dix ans en arrière. Quel abruti ! », s'écria Drago.

Hermione n'avait pas de mot assez fort pour décrire ce qu'elle ressentait. En fait aucun mot n'aurait pu exprimer la panique grandissante qui la tenaillait. Les ennuis s'accumulaient. Maintenant elle devait non seulement trouver le moyen de récupérer son corps, mais également, retrouver le chemin vers son époque. Elle connaissait parfaitement les risques liés à de telles manipulations du temps. Ils devraient se montrer prudents.

La réalité s'imposait peu à peu à elle et elle se rendit compte qu'il ne faudrait pas compter sur le réveil du couple endormi. Le choc qui suivrait les révélations des deux voyageurs temporels, qui devraient expliquer leur présence, les achèverait définitivement. Elle devrait se débrouiller seule. Ses recherches se porteraient directement sur les livres de la bibliothèque de Poudlard. C'était sûrement là que la jeune vert et argent avait trouvé la recette de la potion.

A présent, il fallait trouver un moyen de les maintenir endormis, tout en conservant les corps en bonne santé. Hermione connaissait justement le sort idéal. Sa préparation à la fuite pour la recherche des horcruxes, l'avait amenée à apprendre tout un tas de sorts qu'elle avait pensé utiles. Cependant elle n'aurait jamais cru l'utiliser contre elle-même. Elle devait à présent mettre Malefoy au courant, Malefoy qui n'apprécierait pas du tout la nouvelle. Elle se racla la gorge pour retrouver une certaine contenance. Puis s'adressa au Prince des Serpentard :

« Malefoy, commença-t-elle prudente, comme tu l'as compris nous avons fait un sacré bond dans le temps ! Autrement dit, un sacré problème qui s'ajoute à notre liste. Il faut que tu saches que les expériences temporelles requièrent une prudence extrême. Et le…

— Epargne moi un cours sur les voyages temporels Granger, tu veux bien ! la coupa-t-il. Je ne suis pas un sorcier de seconde zone. Je connais déjà le sujet. Il s'agit de ne pas provoquer de paradoxe et d'éviter de dévoiler notre véritable identité, ainsi que les raisons de notre présence dans ce monde. Et blablabla et blablabla. », récita-t-il en faisant des mouvements de moulinet avec sa main droite.

« Maintenant il faut décider de ce qu'on va faire de nos corps en attendant de trouver un moyen de les réintégrer. Je crois que l'on va devoir provisoirement remplacer ces deux idiots dans leur quotidien. », poursuivit-il.

Hermione était bouche bée devant le raisonnement du jeune homme. Elle avait toujours su qu'il était doué. Mais étant donné qu'il avait toujours utilisé son potentiel de sorcier à mauvais escient, elle n'avait retenu que l'aspect négatif de ses capacités et l'avait ignoré le plus souvent. Mais le souvenir de son combat contre Harry durant leur seconde année lui revint en mémoire. En effet, il avait prouvé son talent de duelliste au sein du Club créé par Lockhart. Il avait démontré un talent indéniable, en lançant des sorts d'une incroyable efficacité pour son âge, jusqu'à ce qu'Harry se mette à parler en Fourchelangue.

« Très bien Malefoy ! Si nous réussissons à mettre nos rancunes de côté, et que nous faisons équipe, il sera possible d'envisager un miraculeux dénouement heureux !, déclara-t-elle.

— Pas de dénouement heureux pour moi. », murmura-t-il l'air songeur.

Hermione trouva son attitude énigmatique. Mais n'y prêta pas plus d'attention.

« Es-tu réellement prêt à jouer la comédie pendant un délai indéterminé Malefoy ? Je te rappelle que ton rôle consistera à agir comme un Gryffondor. Il nous faudra nous adapter à l'environnement des deux étudiants, s'habiller comme eux, parler comme eux, agir comme ils l'auraient fait, supporter leur entourage. Il faudra qu'on s'immerge totalement dans leur vie au château et à l'extérieur. On devra s'approprier leur histoire, ce qui ne sera pas une mince affaire. Alors je te le redemande : veux-tu vraiment t'engager dans un tel défi ? ».

Elle avait posé cette question mais n'attendait pas réellement de réponse. Finalement ils n'avaient pas le choix. Ils étaient au pied du mur, il n'existait aucune autre solution pour leur permettre de récupérer leur corps. Ils devaient accepter ou bien rester coincés dans cet état de fait pour toujours, si le sort avait réussi.

« Quelle question stupide. Est-ce que j'ai vraiment le choix ? Mais tu auras intérêt à m'aider à trouver un moyen de retourner dans notre époque rapidement. Je ne voudrais pas manquer d'assister à la chute du Balafré. », répondit-il avec un sourire méprisant.

La Gryffondor ignora la dernière réplique du Serpentard, et se concentra sur les deux corps inanimés à ses pieds. Elle avait besoin d'une baguette. Mais elle n'en avait plus. La sienne avait disparu durant le voyage temporel. Cependant elle se rappela qu'elle n'était plus dans son corps. La jeune Serpentarde, devait avoir la sienne. Elle fouilla la robe de sorcière vert et argent et découvrit l'objet de son désir dans une poche intérieure.

Elle soupira d'aise en apercevant la fine baguette. Elle était faite d'un bois blanc. Probablement du saule, songea-t-elle. Elle la fit tourner entre ses doigts. Sur la surface brillait un reflet argenté, ce qui lui donnait encore plus d'élégance. Assurément c'était une œuvre d'art. Hermione détacha son regard admiratif de l'objet et entreprit de jeter le sort. Elle redressa sa main tenant la baguette et la dirigea vers les corps inconscients. Puis après s'être éclairci la voix, elle prononça la formule :

« Arte somnum caperio ! »

Elle remua son poignet dans un mouvement circulaire et régulier. Puis elle relâcha sa concentration une fois le sort terminé. Elle se tourna vers Malefoy.

« Ce sort a plongé leur esprit dans un profond sommeil. Les corps sont comme réfrigérés. Ils ne souffriront pas du manque de nourriture, ni des agressions extérieures. Ne reste plus qu'à les mettre à l'abri et trouver la sortie », déclara-t-elle calmement.

Il resta silencieux, n'essayant même pas de la contredire. Ils dissimulèrent leurs corps dans une grande armoire. Puis entreprirent de se mettre à la recherche de la sortie. Ils déambulèrent un bon moment dans les chemins exigus. Tous deux appréhendaient le défi qui les attendait en dehors de cette salle. Ils devraient adopter la vie de ceux qu'ils incarnaient à présent.

Hermione se demandait si elle serait capable de survivre ne serait-ce qu'une heure en compagnie de Serpentard vantards et mesquins. Quant à Drago, rien que l'idée de devoir copiner avec des Gryffondor à l'optimisme sans faille et à la camaraderie exagérée, il donnait envie de vomir. Lui qui était habitué à inciter le respect par la terreur et la moquerie. Il devrait prendre sur lui-même et renier tout ce qu'il était, dans l'espoir d'être crédible. Les deux ennemis n'avaient néanmoins pas le choix. Leur seul espoir résidait dans les recherches qu'ils feraient au sein de l'école des sorciers.

Ils atteignirent enfin la grande porte. Ils se tenaient côte à côte face à la sortie. Aucun des deux adolescents ne bougea. Ils restèrent un moment immobiles à observer la porte en bois massif. Deux ennemis qui savaient au fond d'eux qu'après avoir franchi cette porte, ils ne seraient plus jamais les mêmes. Ils étaient sur le point d'affronter des périples nouveaux. Soudain, leurs mains se levèrent en même temps vers la poignée. Ils stoppèrent leur mouvement, leurs doigts à quelques centimètres de la poignée, se frôlant presque. Et échangèrent un regard. Chacun pouvait lire dans les yeux de l'autre, la bataille intérieure qui se déroulait dans leur esprit respectif, puis Drago avança la main et ouvrit la porte.

Ils se retrouvèrent dans les couloirs familiers du château dans lesquels il régnait un calme assourdissant. Ça n'avait rien à voir avec ce qui se passait dans leur propre époque. En 1925, les élèves assistaient tranquillement à leurs cours. Le couple avait dû faire l'école buissonnière pour s'adonner à leur expérience.

« Il faut que l'on se rende dans nos maisons communes. On pourra peut-être trouver des renseignements sur nos emplois du temps et d'autres détails qui nous aideront à les remplacer. A partir de là nous pourrons commencer à nous intégrer et à entamer nos recherches. », annonça Hermione.

— Très bien, répondit simplement Drago.

— Retrouvons-nous à l'heure du déjeuner demain. Dans la Grande Salle. On pourra élaborer un plan à ce moment-là.»

Le jeune homme hocha la tête. Hermione s'étonna de sa docilité. Puis ils se dirigèrent ensemble vers les escaliers. Alors qu'ils allaient se séparer pour se rejoindre leur nouvelle maison. Ils entendirent des pas résonner derrière eux.

« Miss Wright, Monsieur Windson ! Quelle surprise de vous trouver dans les couloirs pendant les heures de cours ! », s'exclama une voix pleine d'ironie.

Hermione avala sa salive avec difficulté. Elle jeta un coup d'œil inquiet à Malefoy, qui lui rendit la pareille. Les deux adolescents étaient paniqués, ne sachant comment réagir. Ils pensaient avoir un peu de temps pour intégrer définitivement leur nouveau rôle respectif. Mais leur mauvaise fortune n'était pas prête à leur laisser un seul instant de répit.

Ils finirent par se retourner en direction de la voix. Ils découvrirent alors une femme brune élégante. Elle portait une robe beige, et une ceinture noire soulignait sa taille svelte. Elle arborait un chignon sophistiqué dans lequel était plantée une plume noire. Elle n'était ni vieille, ni jeune. C'était le genre de beauté intemporelle. Elle avait des traits doux mais ses yeux ambrés brillaient d'une autorité froide.

« Je vous avais prévenus jeunes gens ! », susurra-t-elle. « Je ne vous laisserai pas vous en sortir aussi facilement que la dernière fois. On ne provoque pas Adélaïde Hawthorne impunément. Maintenant suivez-moi dans le bureau du Directeur. J'ai hâte d'entendre votre nouvelle excuse. », acheva-t-elle en les menant dans les escaliers capricieux.

Hermione nota qu'elle frottait, discrètement, ses mains gantées et affichait un sourire satisfait. Cela n'augurait rien de bon pour Malefoy et elle…

Note: Voilà qui aggrave un peu plus leur situation! Je dois être un peu sadique... ^^ Merci d'avoir lu ce chapitre, j'espère qu'il vous aura fait passé un bon moment. A bientôt. :D