~ Une vie pas comme les autres ~

Chapitre 4

De l'autre côté


Du côté d'Alice

Mon frère, Edward et mon père, Carlisle étaient partis chasser ensemble il y a de cela quelques heures. Ils ne se pressaient pas, comme tout le monde d'ailleurs car il faisait nuit et que nous avions encore du temps devant nous. Esmé quant à elle, était toujours plongée dans des plans de maison à rénover. Ces idées étaient impressionnantes et j'étais certaine que n'importe quelle boîte l'accueillerait les bras ouverts si elle prenait la peine de leur envoyer ses idées. D'ailleurs, je n'avais de cesse de lui répéter qu'elle avait largement de quoi faire une excellente architecte d'intérieur mais à chaque fois que j'engageais le sujet, elle m'arrêtait, en sortant toujours la même excuse, le fait qu'à cause de ce qu'elle était, il lui était impossible d'envisager un métier comme architecte. Et même si à chaque fois je lui répondais « architecte d'intérieur », elle ne changeait pas d'avis, à croire que le simple fait d'être ce que nous étions était une menace pour l'humanité tout entière !

Moi, mon amour, Emmett et Rose étions dans le salon. Chacune confortablement installée dans les bras de son chéri, l'avantage de notre nature de vampire étant que nous avions tout le temps de profiter du bonheur d'être avec la personne que nous aimions. Et parfois, alors que la ville était plongée dans le noir, qu'aucun problème ne se profilait à l'horizon, je remerciais le fait que nous soyons des vampire de longue date puisque grâce à cela, nous parvenions à maîtriser nos pulsions…

A la place, nous regardions la télévision, toutes lumières allumées quand dehors, aucun bruit ni aucune lumière ne transparaissaient, nous avions l'impression d'être seul au monde, ce qui finalement, rendait la scène plutôt romantique. C'est pourquoi nous fûmes étonnés lorsque vers trois heures du matin, une lumière s'alluma d'un seul coup, après qu'un cri à vous glacer le sang, même si vous n'en possédez plus est retenti dans ce qui semblait être le monde entier. Cri qui résonna d'autant plus pour nous qui avions une ouïe surdéveloppée. Un cri qui n'avait rien à voir avec la douleur mais avec la peur, le cri d'une personne littéralement effrayée.

Je m'étais levée d'un seul coup et en une seconde, étais arrivée à la baie vitrée qui donnait sur la villa des Swan. Mes mains avaient touché le verre de manière abrupte, verre d'une vitre que je n'étais pas sûre de ne pas exploser par inadvertance tant j'étais crispée. Au pire, ça n'aurait pas été une très grosse perte et j'en aurais acheté une nouvelle en or s'ils l'avaient vraiment voulu. La vitre était bien le cadet de mes soucis. De l'autre côté du sentier de la montagne, dans la villa des Swan, venait d'entrer en courant le père de Bella. Je savais déjà qui avait crié, d'une part parce que j'avais reconnu la voix et d'autre part parce que si cela avait été sa femme, il n'aurait pas eu besoin de se lever. Un instant, je vis son père s'abaisser et je n'en compris la raison que quand apparut Bella, qui semblait s'être effondrée au sol. Même avec la distance, je pouvais voir ses larmes et à mon avis, je ne me trompais pas en pensant qu'elle devait trembler, vu l'intensité de son cri.

Cinq minutes passèrent et son père, bien qu'il fasse ce qu'il put, n'arrivait pas à la consoler. Elle était inconsolable. Mais qu'avait-elle pu voir dans son rêve, ou plutôt dans son cauchemar pour être ainsi ? Quelque part en moi, là où devrait normalement se trouver un cœur chaud et battant régulièrement, quelque chose se déchira. Je me sentais mal, mal d'assister à cette scène et de ne rien pouvoir faire. Jasper le ressentant aussitôt vint à ma rencontre et passa ses mains autour de ma taille, me serrant contre lui tout en m'envoyant l'une de ces ondes censé calmer mon état, ce qui de toute évidence ne marcha pas. Il voulut m'embrasser, je m'y refusais. J'étais trop mal.

Puis, plusieurs choses se passèrent en même temps. D'abord, Carlisle et Edward rentrèrent en trombe. Et imaginer le caractère que prend cette expression pour des vampires… Eux aussi avaient entendu le cri mais n'avaient pas pu arriver plus tôt, s'étant déplacés à plusieurs kilomètres. D'ailleurs, tout le monde dans cette villa et même dans cette ville avait dû l'entendre s'il était un tant soit peu réveillé, ce qui relevait de l'exploit. Autre exploit, le fait qu'Edward ait pu entendre le cri d'où ils étaient. Notre ouïe, bien que fine, n'était pas capable de couvrir une telle distance.

Et j'eus une vision.

Une vision de Bella. Une vision si puissante qu'elle me cloua à genoux au sol. J'entendis Jasper hurler mon nom et je savais que si j'avais été à sa place, j'aurais fait la même chose. Car plus qu'autre chose, un vampire qui s'écroule sans raison apparente était impossible. Et pourtant, il fallait croire le contraire, car j'en étais la preuve vivante. Jasper était inquiet, vraiment inquiet. En fait, tout le monde était inquiet car je pouvais entendre six voix en effusion autour de moi, sans pour autant prêter attention à leur parole.

Je sentis aussi que soudainement, quelqu'un me soulevait tendrement pour me prendre dans ses bras. Et même si je ne voyais plus rien pour l'instant, mon champ de vision étant obstrué par une énorme tâche noire, je savais que c'était Jasper. Ca ne pouvait être que lui. Il m'allongea avec autant de tendresse sur le canapé en cuir, me maintenant, alors qu'il s'asseyait, de telle façon que ma tête se retrouve sur ses genoux, comme si j'étais une feuille de papier.

C'était affreux de savoir ce qu'il se passait autour de moi mais de ne rien voir ni de pouvoir parler.

Les autres s'étaient rapprochés de moi mais Jasper, plus qu'angoissé maintenant, leur grogna presque dessus en leur demandant de s'écarter pour me laisser respirer. Ce dont je n'avais absolument pas besoin. J'aurais ri à cette situation si je le pouvais car voir le maître des émotions perdre son sang froid était vraiment rare. Le problème était que ce n'était pas la situation que j'espérais et que c'était à cause de moi que celui-ci perdait actuellement son sang froid.

J'entendis Edward demander ce qu'il s'était passé, ce à quoi j'aurais voulu répondre, ce à quoi je ne pouvais pas répondre car même si je l'avais pu, c'est au même moment que l'énorme tâche noire se modifia. Je sentis la vision arriver aux brûlures qui me parcouraient tout le corps. Des brûlures beaucoup plus intenses que d'habitude. Mon corps ne se cambra même pas, il était maintenant habitué à cette sensation si spéciale que jamais auparavant je n'avais ressenti.

Je savais qu'Edward devait se concentrer sur mes pensées, essayant de comprendre ce qu'il se passait dans ma tête. Cependant, je n'étais pas certaine qu'il en parlerait car dire à Jasper que je sentais la douleur causées par des brûlures dans tout mon corps ou encore que pour l'instant, j'étais juste comme un pantin, attendant le pic de la douleur qui serait aussi le début de la libération n'était pas forcément une bonne idée.

Et enfin je vis. Ma vision arriva, une vision qui portait sur Bella. Dire que j'étais étonnée aurait été un euphémisme car c'était seulement la deuxième fois qu'un humain apparaissait dans une de mes visions. Le pire étant que jamais je n'en avais eu une de cette intensité. Elle était dans une pièce floue que je ne pouvais pas reconnaître. A vrai dire, trois choses seulement ressortaient de cette image que je voyais sous tous les angles. Il y avait d'un, Bella vêtue d'une magnifique robe noire à dentelles, de deux, des centaines de fleurs tout autour d'elle et de trois, les larmes, ses larmes, qui, parce que je les voyais couler en continue et parce qu'il m'était facile de m'imaginer le visage que devait arborer Bella à ce moment, provoquèrent un profond sentiment de malaise. Je me sentais mal, tellement mal…

Jasper le ressentit et à peine une seconde après que ce sentiment m'est accaparé, il resserra sa prise autour de ma taille. Edward devait au moins avoir vu ce que moi-même, j'avais dû voir et finalement, ils étaient les deux seuls de la famille à pouvoir comprendre un tant soit peu ce qu'il se passait. Je les sentais tout proche de moi, l'un me tenant la main et l'autre me serrant très fort contre lui.

La retombée fut longue dans le sens vampire du terme. Car pour nous qui avions la faculté de tout faire en quelques secondes, réussir à cligner des yeux trois minutes après la fin de la vision et seulement parce que le pouvoir spécial de Jasper m'aidait à me stabiliser était long. Je les vis tous, aussitôt, m'entourant. Esmé et Carlisle avec leur angoisse habituelle, Edward avec ce qu'il avait vu, Rosalie et Emmett, plus reculés que le reste, me regardant pleins d'espoir et Jasper qui dès que j'ouvris les yeux, m'embrassa passionnément, avec fougue. Je ne pus répondre comme je l'aurais voulu mais ce fut tout de même un baiser fomidable.

Je me levais rapidement, ma condition de vampire m'aidant à retrouver tous mes esprits plus vite. Jasper ne dut pas le comprendre car il fut aussitôt à mes côtés, prêt à me soutenir en cas de problème. Je lui fis comprendre d'un signe de tête que tout allait bien et il s'écarta de moi à contrecœur.

« Est-ce que ça va ? S'empressa de demander ma mère en me prenant dans ses bras.

- Oui… Je pense… Peut-être… »

Un vampire qui ne savait pas l'état dans lequel elle était, c'était nouveau ça ! A croire que j'allais battre tous les records cette nuit.

Le souvenir de la souffrance qu'avait provoqué ma vision revint d'un seul coup. De même, le fait que je n'avais rien ressenti lors de ma précédente vision, celle ou j'avais vu Bella arriver à Juneau, me faisait me poser encore plus de question. Je ne comprenais pas pourquoi la douleur m'avait tiraillé de part en part.

« Qu'as-tu vu Alice ? Me demanda Carlisle visiblement inquiet que je reste si absente. »

Cette question confirma le fait qu'Edward n'avait rien dit. D'un certain côté, je lui en étais reconnaissante car pour une fois, il n'avait pas dit à voix haute ce que moi je taisais mais d'un autre côté, je n'avais absolument pas envie de parler et encore moins de raconter. Je regardais donc la seule personne à avoir vu la même chose que moi. Celui-ci, malgré le fait qu'il soit inquiet pour ma vision, comprit et prit la parole.

« Alice a vu ... Bella dans une pièce confinée avec une magnifique robe noire -qui lui allait à ravir d'ailleurs-. Elle était entourée de fleurs. Des centaines... Des milliers de fleurs et elle pleurait à chaude larme. »

Il y eut un long silence durant lequel j'eus tout le temps de repasser ce qu'il venait de dire en boucle et où il était flagrant de la difficulté qu'il avait eu à prononcer son prénom. Toutefois, ces fantasmes sur elle nous avaient redonné le sourire. Malgré sa pression, il s'en remettrait assez vite. Après tout, il est plus facile pour un vampire d'oublier quelque chose d'affreux pour le remplacer par quelque chose de beau avec la même personne en centre d'intérêt, notre race se laissant facilement distraire…

Je l'entendis soupirer alors qu'il reprenait la parole.

« Alice ne comprend pas cette vision et elle n'est pas la seule. Sauf qu'apparemment, elle ne veut pas que je la comprenne mais que je la remplace par d'autres choses disons… Plus attrayantes... »

J'ancrais rapidement mon regard dans le sien pour le fusiller comme il se doit, lui et sa mimique qui se moquait de moi. Dire que j'avais exprimé de la reconnaissance à son égard une minute plus tôt ! Et voilà qu'il recommençait, me montrant volontairement qu'il avait suivi le cours de toutes mes pensées. Je lui adressais donc un signe de tête pour le remercier d'avoir expliqué la vision à contrecœur, car je ne voulais pas jouer à son petit jeu, alors qu'Emmett repartait dans un bon fou rire à vous écrouler n'importe quelle maison n'ayant pas de solide fondation. Puis, plusieurs hypothèses fusèrent.

« Un enterrement ? Proposa Esmé soutenue par Rose.

- Un kidnapping ? Rétorqua Emmett, qui, même s'il était évident que l'hypothèse n'était pas plausible, espérait encore y trouver son compte d'action.

- Son propre cauchemar ? Pensa Carlisle.

- ... »

Je ne m'attardais pas sur celles-ci, me retournant vers la baie vitrée où j'avais été une demi-heure plus tôt. Après tout, mes visions étaient changeantes suivant les actions de celui ou celle qu'elles concernaient. Et pourtant, même si quelque part, voir Bella dans la vision voulait dire que ce n'était pas elle qui risquait quelque chose, il y en avait un plus que les autres qui semblait déchiré quant à la décision à prendre, Edward. Et je savais, depuis l'apparition devant Bella et même avant, que cela n'était pas dû au hasard.

Il l'aimait.

Oui, j'étais certaine de ce que j'avançais. Les autres pouvaient déjà l'avoir pensé, s'en douter mais tant que le principal intéressé ne confirmait pas, ne pouvaient en aucun cas en être certains. Dans mon cas, j'avais dépassé ce stade depuis longtemps, mon instinct me l'ayant crié des dizaines de fois. Il l'aimait, c'était aussi simple que ça.

Je pus voir que la lumière de la chambre de Bella avait disparu. Celle-ci semblait s'être rendormie. Pourtant, en affinant mon ouïe, je pus reconnaître sa voix, obstruée et mélangée à celle de quelqu'un d'autre. J'aurais largement pu entendre ce qu'elle disait avec cette autre personne que je ne connaissais probablement pas et avec qui elle semblait s'entretenir par téléphone mais la laissais à sa conversation, par respect. Après tout, je ne connaissais que trop bien le non-respect de la vie privée pour le subir au quotidien et je vis d'ailleurs le visage de mon cher frère parcouru d'un sourire à la suite de cette réflexion. Frère qui lui, et cela aussi était écrit sur son visage, mourrait d'envie d'aller la voir, de voir si elle allait bien, de voir si elle allait mieux.

Je retournais sur le canapé avec Jasper qui me serra aussi fort qu'il le put dans ses bras, répétant plusieurs fois mon nom. J'adorais quand il se comportait comme cela avec moi. Comme si nous étions seuls au monde ou plutôt, comme s'il n'y avait rien de plus important que moi pour lui sur cette terre. Je sentis des frissons me parcourir tout le dos alors que mon corps commençait à réagir à ses mains qui se baladaient tranquillement sur mon ventre. Ma concentration diminua de plus en plus au fur et à mesure du déplacement de ses mains qui passèrent dans mon dos, dessinant de petits cercles. Si cela était de la provocation, il n'y avait aucun doute, il savait particulièrement bien s'y prendre et lorsque mon regard croisa le sien, c'est le sourire aux lèvres qu'il comprit ce que je voulais lui faire passer. Tout le monde avait repris ses occupations en restant néanmoins quelque peu la tête ailleurs quand il me prit dans ses bras, m'emportant dans sa chambre, dans notre chambre pour cette nuit.

« Ils pourraient être un peu plus discret lorsqu'il pense à ce genre de choses... »

Je m'esclaffais. Qu'Edward se plaigne d'avoir entendu nos pensées alors que nous n'y étions pour rien… Il n'avait qu'a pas les écouter après tout.

« C'est vrai, désolé. »

Je ne pus répondre. Déjà notre porte de chambre se refermait et Jasper me plaquait violemment contre le mur.


Propriété Stephenie Meyer -except Céleste-

Six jours ! Voilà un chapitre qui sera arrivé rapidement. A vrai dire, depuis deux semaines, je suis prise d'une folle envie d'écrire, on ne m'arrête plus \o/.

Nous vous devons des excuses, finalement, ce nouveau personnage n'apparaîtra que dans le chapitre suivant. Que voulez-vous, le trop pleins d'idées, c'est un problème...

Mais aussi non, qu'avez-vous pensé de celui-là ? Personnellement, j'ai adoré le réécrire -preuve en est, le temps qu'il m'a fallu pour le faire- et ce doit être mon préféré pour le moment :D.

Merci à tous ceux qui nous ont laissé une review. Vous avez été plus nombreux pour le chapitre précédent que pour tous les autres, ce qui nous motive encore plus. Merci également à ceux qui ont pris le temps de lire notre chapitre, qu'il ait été intéressant pour vous ou non -même si on préférerait qu'il ait été intéressant-.

Mariefandetwilight, Grazie, rose, heliomen et Yayalia, nous espérons vous revoir pour celui-là.

En vous souhaitant une agréable lecture.

C. Kotomi