Chapitre 2 :
Elle se concentrait sur sa respiration aussi fort qu'elle le pouvait. Elle avait entendu ses pas, senti ses doigts effleurer sa cheville. Elle lui était reconnaissante de prendre son temps. N'importe qui d'autre se serait précipité dans sa chambre et l'aurait pris dans ses bras mais lui comprenait. Il savait qu'elle avait besoin de rester digne dans ce moment, et il respectait cela. Il devait être en face d'elle maintenant, la voir. Tout se déroulait comme au ralenti. Elle sentit d'abord la chaleur de sa main s'approcher de la sienne, qui était glacée. Elle sentit cette chaleur l'envelopper, se répandre en elle, puis la douceur de sa peau sur la sienne. Obstinément ses yeux restèrent clos. Lentement elle déplia sa main et laissa leurs doigts s'entrelacer d'eux même. Sa respiration devint moins difficile, comme si sa poitrine était soulagée d'un énorme poids. La main de Chuck serra davantage la sienne. Elle pouvait sentir son regard caresser son visage. Sa chaleur parcouru tout son corps. Elle senti malgré elle les inévitables larmes se former derrière ses paupières et un instant se demanda si il était vraiment utile de luter. Il porta alors sa main à ses lèvre et l'effleura délicatement. Puis il la tint avec douceur contre son visage. Ce geste était si familier, avait marqué tant de moments de leur histoire. C'était lui, c'était sa façon d'être là, et c'était parfait.
Chuck était penché au dessus de Blair, sa main était au creux de la sienne, posée contre sa joue. Il remarqua que ses doigts fins étaient dénués de tout bijou. Le rubis qu'il lui connaissait depuis toujours ne brillait pas à sa main, et la bague de fiançailles de Louis était aussi absente. Il se laissa distraire quelques secondes par ses pensées avant de porter plus d'attention à ce qui l'entourait. Une perfusion était visible sur le bras libre de Blair. Son poignet était bandé, l'hématome qu'il avait remarqué sur sa tempe après l'accident s'était encore étendu, et un appareil autour de son bras semblait surveiller sa tension. Ses yeux étaient cernés et son visage livide. Son regard balayait sans pouvoir s'arrêter le corps de Blair, comme pour s'assurer qu'elle était encore là, réelle, et en vie. Il sentit son cœur s'emballer encore une fois, et l'intensité de l'amour qu'il lui portait le frappa avec violence. Il avait failli la perdre, et l'avait peut-être perdu d'une certaine manière. Sans qu'il s'en rende même compte, une larme coula lentement le long de sa joue.
Blair savourait la douceur de ce contact. Elle avait été comme dépossédée de son corps durant les dernières heures, s'était retrouvée totalement exposée, sans pouvoir contrôler quoi que ce soit, devant des gens qu'elle ne connaissait pas. Même s'ils n'avait rien fait de plus que de prendre soin d'elle, et de tenter de contrecarrer les terribles conséquences de l'accident, elle avait senti durant ces moments son esprit s'échapper. Elle avait eu l'impression d'être spectatrice de sa propre vie. L'arrivée des secours, les cris échangés par les équipes de secours, les lumières aveuglante des ambulances, le bruit assourdissant des sirènes, Chuck emmené loin d'elle, la douleur, et surtout la peur sourde qui l'étreignait depuis le choc. La peur de perdre son bébé avait entièrement empli son esprit. Tout son être était concentré sur la protection de ce petit être qu'elle aimait déjà avec toute la force qui la caractérisait si bien. Mais cela n'avait pas suffi. A partir d'un moment le personnel de l'hôpital qui s'affairait autour d'elle avait cessé de parler. Elle les avait interrogés du regard mais elle s'était sentie partir, et n'avait pu lutter. A son réveil, quelques heures auparavant dans cette même chambre, un médecin était venu lui annoncer que les jours à venir allaient être décisifs, mais qu'elle devait se préparer au pire. Le choc avait été trop violent et le corps de Blair n'avait pas pu protéger son bébé autant qu'il aurait fallu. Depuis cet instant elle n'avait pas bougé, n'avait parlé à personne. Elle était incapable de dire combien de temps s'était écoulé, combien d'infirmières étaient venues. Tout semblait comme suspendu, irréel. Son esprit vagabondait doucement, apaisé par la présence de Chuck à ses coté quand soudain elle sentit ce qu'elle sut de suite être une larme s'écouler le long de sa main. Dès lors elle comprit qu'il était inutile de lutter. Elle comprit en un instant que la peine qu'elle ressentait était partagée entièrement par l'homme qui se tenait à ses coté, et qu'ils se devaient l'un à l'autre de faire tomber toutes les barrières qu'ils maintiendraient en place face à n'importe qui d'autre.
Ils étaient Chuck et Blair, Blair et Chuck, et ce moment n'était qu'à eux. Ils s'étaient enfin retrouvés et le destin leur avait de nouveau failli. Le drame était survenu mais cette fois, ils étaient ensembles.
Chuck vit une larme couler le long de la joue de Blair et venir mouiller son oreiller. Instinctivement, il s'allongeât sur le lit à son coté et la prit doucement dans ses bras. Il ne chercha pas à masquer ses larmes, et elle non plus. Ils cherchèrent tous deux simplement le seul réconfort possible en un tel moment : l'autre.
Ils restèrent de longues minutes ainsi, accrochés l'un à l'autre. La tête de Blair reposait paisiblement au creux de l'épaule de Chuck, tandis que celui ci gardait sa tête penchée au dessus de celle de Blair, et maintenait ses lèvres en un tendre baiser sur son front. Ils étaient si semblables, et si forts ensemble, ils étaient à cet instant tous deux animés par cette conviction. Ils traverseraient cette épreuve et toutes celles à venir. Leurs doigts s'entremêlèrent de nouveau, instinctivement, et Blair leva doucement les yeux vers Chuck.
« Tu en a mis du temps », lui dit elle avec un triste sourire
« Je suis là désormais, et compte sur moi pour n'aller nulle part. Comment te sens tu ? »
« Comme paralysée », lui répondit elle en hochant doucement la tête. « Je n'ose même pas bouger. Je … »
« Chut …Ne dit rien, je suis là, et rien ne va vous arriver. Je ferai tout ce qu'il faudra », lui promit-il d'une voix douce mais ferme et parfaitement déterminée, ce qu'elle sentit sans pouvoir se méprendre.
A cet instant, leurs attentions respectives furent attirées par un bruit précipité de talons dans le couloir. Ils entendirent quelqu'un toquer discrètement à la porte de la chambre de Blair, et en un instant Serena fut à leur coté. Son visage était défait par l'inquiétude, mais sembla en partie apaisé par la vision de ses amis ensemble. Elle était fondamentalement convaincue qu'ils appartenaient l'un à l'autre, et que ce qu'elle avait devant les yeux était de l'amour pur et inconditionnel. Cela devait suffire, du moins elle tentait désespérément de s'en convaincre.
« Blair, je …. Je suis désolée de vous interrompre. Je ne me serai jamais permise mais je devais vous prévenir. Louis vient d'arriver à l'hôpital. Vous avez à peine quelques minutes avant qu'il ne soit ici je … ».
Elle s'interrompit, honteuse d'apporter un tel message au couple, mais elle n'avait pas le choix.
