Serena reposa doucement le téléphone.

« Blair, je dois aller voir ma mère quelques minutes, je reviens tout de suite d'accord ? ». Elle n'avait pas envie de laisser Blair toute seule mais cela valait toujours mieux qu'une rencontre forcée avec la Princesse Sophie. Celle-ci ne s'était pas illustrée dans le passé pour sa magnanimité envers Blair, et il était probable que les événements de la journée de l'aient pas adoucie …

« Bien sur, » répondit doucement Blair. « Peux tu aussi voir où est Chuck ? Il est parti depuis longtemps maintenant et toujours pas de Louis … Je commence à m'inquiéter pour lui … S'il te plait ? ». Elle avait le sentiment que quelque chose n'allait pas. Chuck ne l'aurait pas laissée aussi longtemps si tout s'était bien déroulé. La boule qu'elle sentait dans sa gorge depuis qu'elle avait compris que Louis arrivait était plus présente que jamais. Elle avait besoin de voir Chuck. Elle avait besoin qu'il la prenne dans ses bras, de sentir sa force, de l'entendre lui dire que tout allait bien se passer. Elle pressenti quelque chose de mauvais et senti distinctement de la bile remonter de son estomac. Elle s'efforça de garder son calme, inspira à fond. Elle leva les yeux vers Serena et son regard était rempli de toute la peur qu'elle ressentait pour la vie de son bébé et pour l'homme qu'elle aimait.

« Je reviens aussi vite que possible. Mets donc à profit ce temps pour essayer de dormir d'accord ? Je vais voir si Dorota est arrivée avec tes affaires ». Serena balaya la chambre du regard et lança : « une fois qu'elle sera passée tu te sentira beaucoup mieux ici ». Elle sourit à Blair, d'une manière qu'elle espérait rassurante, et sortit d'un pas rapide.

Blair était reconnaissante envers Serena d'essayer de la faire sourire et de la rassurer, mais elle n'était pas dupe. Elle savait qu'elle avait déclenché un véritable séisme en s'enfuyant avec Chuck, et s'apprêtait à en supporter les conséquences. Elle avait fait une erreur. Elle n'aurait jamais dû laisser Chuck l'abandonner à Louis. Elle aurait dû être plus objective, plus forte. Charles Bass est l'amour de sa vie. Il l'était depuis de nombreuses années maintenant, et elle ressentait au fond d'elle-même la certitude absolue que cela ne changerait jamais. Le lien qui les unissait était unique. Aucun prince ne pouvait concurrencer cela.

Elle était prête à assumer les conséquences de son erreur. Mais ce qui la révoltait si profondément était que son bébé ou Chuck puisse en souffrir. Elle ne le supporterait pas. Elle devait faire tout ce qui était en son pouvoir là maintenant. Chuck n'était pas là, elle était coincée dans ce lit étroit et inconfortable, donc effectivement tenter de dormir semblait une manière assez paisible de laisser passer le temps. Elle se tourna de nouveau vers la fenêtre et tenta de s'installer confortablement sur le maigre oreiller. Elle le tapait rageusement mais rien à faire. Impossible même d'approcher le confort de son propre lit. Il faudrait bien faire avec. Elle soupira avec résignation et ferma les yeux. Elle pouvait bien s'autoriser quelques pensées fantasmagoriques agréables histoire de s'assurer de bien dormir. Elle s'imagina instinctivement à l'Empire. Chuck et elle sont sur le canapé de son penthouse. Ils sirotent tranquillement leur coupe de champagne. Elle est dans ses bras. Elle sentit la fatigue de cette longue journée peu à peu prendre le pas sur son stress, et finit par s'endormir.

Serena sortit de la chambre de Blair et tout de suite, son attention se porta sur le bruit de talons rapides qui arrivait sur sa droite. Elle tourna la tête pour voir arriver la mère de Louis. Le visage de celle-ci témoignait déjà de son énervement et de son irritation, et elle se dit immédiatement que sa mère avait bien fait de la prévenir. Cette femme aurait pénétré dans la chambre de Blair comme en terrain conquis, et son amie n'avait vraiment pas besoin de cela. Soucieuse d'éloigner le plus loin possible Sophie de la chambre, elle marcha vivement vers elle, la prit par le bras sans ménagement et commença à l'orienter à l'opposé de la chambre. Serena était quelque peu plus sanguine que sa mère, et Sophie n'allait pas tarder à s'en rendre compte. Elle fut tellement surprise de la prise en main de la jeune fille qu'elle n'eut même pas le réflexe de résister, et elle se contenta de la regarder, perplexe, alors qu'elle se laissait accompagner à l'opposé de son but.

« Bonsoir Princesse. Je suis désolée mais Blair vient de s'endormir, et le médecin a bien précisé qu'elle ne devait recevoir aucunes visites ». Serena avait parlé rapidement. Elle ne voulait pas que Sophie sente son inquiétude, mais elle craignait de ne pas donner le change. Elle ne cessait de se demander où était Louis et Chuck. Elle ne savait pas du tout dans quelle situation exactement elle arrivait, et la présence de Sophie n'indiquait rien de bon de toute manière. Elle continua de marcher avec elle, ignorant le fait que Sophie la fixait toujours avec étonnement.

Alors qu'elle descendait le couloir, elle fut soulagée de constater que sa mère arrivait. Elle lut du soulagement sur le visage de Lily lorsque celle-ci vit Sophie, qui n'était donc pas avec Blair. Mais elle lut autre chose sur le visage de sa mère. Elle sentit comme un vide dans son ventre. Un pressentiment. Mauvais. Elle regarda autour d'elle, ne vit ni Louis, ni Chuck, ni Nate. Elle se retourna vers sa mère : « Où sont-ils tous ? ». L'inquiétude était perceptible dans sa voix.

Lily n'eut pas un regard pour Sophie. Leur rencontre un peu plus tôt avait achevé de brosser le portrait qu'elle se faisait de cette femme, et décidément elle ne lui inspirait que peu de respect. Elle avait des choses plus importantes auxquelles se consacrer.

« Ma chérie, ton frère a eu une … altercation avec Louis, lorsque celui-ci est arrivée » annonça Lily. Elle sentait le regard de Sophie peser sur elle, et tenta de l'ignorer. « Charles était déjà blessé comme tu le sais, et les … les coups portés par Louis ont aggravé ses blessures »

«Mais où est-il ? Il va aller bien n'est-ce pas ? » Serena sentait le monde se dérober sous ses pieds. Sa meilleure amie était aux abois à quelques mètres de là, se battant pour que son bébé survive et attendant le retour de l'homme qu'elle aimait. Comment allait-elle pouvoir lui annoncer une telle chose ? Et Chuck … Quelques années auparavant elle n'aurait pas parié cher sur son attachement à Chuck Bass, et pourtant. Elle avait appris à le connaître, à appréhender ses failles, ses blessures, son histoire, et aussi a apprécier ses qualités : sa loyauté envers sa famille, la force de ses sentiments envers Blair. Aujourd'hui elle avait un profond respect pour lui, qu'il avait dû gagner, et le considérait comme son frère, au même titre que Eric. Elle sentit cependant que si elle laissait son esprit partir de ce côté, elle allait perdre ses moyens, et elle ne le pouvait pas, pas maintenant. Sa famille avait besoin d'elle.

« Il est au bloc opératoire au moment où nous parlons Serena. » Lily sentit sa gorge se serer et marqua une pause. Ils allaient tous traverser cette épreuve comme la famille unie qu'ils étaient devenus. Elle avait travaillé dur pour cela au cours des années précédentes et aujourd'hui cela allait les porter. « Je vais te répéter ce que m'a dit son médecin. Son cas est très grave. Il m'a conseillé de nous… de nous préparer à de mauvaises nouvelles. »

Sophie avait l'impression désagréable d'être parfaitement transparente. Et elle détestait cela. Cette conversation mère fille à cœur ouvert la fatiguait prodigieusement, et elle profita donc d'un blanc dans celle-ci pour demander ce qui l'intéressait vraiment à ce moment précis : « Seigneur quelqu'un peut-il me dire ou se trouve Louis ? ». L'irritation était clairement perceptible dans sa voix, et elle sentait qu'elle perdait le contrôle d'elle-même autant que de la situation.

« Essayez donc au commissariat », lança Nate qui arrivait derrière elles. « Votre fils s'est jeté sur Chuck. Il était blessé, lui a dit qu'il ne souhaitait pas se battre, et votre fils a profité de sa faiblesse. Il s'est acharné sur lui alors même qu'il était à terre ». Nate marqua une pause. La froideur de cette femme était incroyable. « Les médecins ont jugé que son instabilité faisait qu'il devait être éloigné de Blair dans les meilleurs délais, vu son état. Ils ont appelé le 911 et il a été arrêté. Vous savez quoi faire maintenant ».

Nate prit par le bras Serena et Lily et les entraina à l'écart. « Ne perdons pas davantage de temps avec cette femme. Dans tous les cas ils ne la laisseront pas approcher la chambre de Blair, j'ai donné des instructions. Nous devons maintenant attendre Eleonor. Elle saura quoi faire pour tenir Sophie éloignée de Blair. Et surtout Louis. Malheureusement la solution qu'a trouvé Chuck n'est que temporaire ». Il se retourna et constata que Sophie était déjà en train de passer un appel. Elle ne perdait pas de temps.

Lily suivi le regarde de Nate : « Imaginez-vous les enfants qu'elle n'a pas demandé une seule fois des nouvelles de Blair ou du bébé. Cette femme me terrifie … Nate merci d'avoir pris les choses en main. Tu m'a entendue concernant Chuck, nous devons maintenant attendre.» Il fallait se serrer les coudes. Deux personnes avaient ce soir besoin de leurs forces respectives. Elle serra Serena et Nate contre elle et se dit qu'ils avaient grandit bien vite. Elle était fière d'eux, qu'ils soient parvenus à tous rester si proches en dépit de tout ce qui s'était passé. Elle les entraina doucement vers la salle d'attente, ignorant Sophie qui quittait l'hôpital sans un regard ni un mot pour eux.

Nate Serena et Lily s'installèrent comme ils le purent sur des fauteuils a priori fait pour empêcher à tout prix aux gens de se reposer convenablement. Une infirmière leur amena gentiment du café, et leur confirma qu'elle tiendrait informés dès que possible de l'état de santé de Chuck.

« Serena si tu es d'accord je te propose que nous ne parlions pas à Blair de la santé de Charles avant d'en savoir plus. Attendons que la situation se stabilise et que sa mère arrive veux tu ? ».

Nate et Serena échangèrent un regard et acquiescèrent. Instinctivement ils se serrèrent tous les trois ensemble et l'attente commença.