Blair resta silencieuse pendant tout le voyage. Il lui semblait que son cœur n'était plus avec elle, qu'il était resté avec Chuck. Comment pouvait-il en être autrement ? Elle n'était pas à sa place dans cet hélicoptère, en route pour se cacher. Blair Waldorf n'était pas femme à se cacher. Tout cela était à cause de Louis. Au fond il n'avait jamais vraiment voulu son bonheur, ne l'avait jamais vraiment connue. Si il avait vraiment su qui elle était, il aurait su qu'elle ne pourrait jamais se satisfaire d'être seulement la femme de quelqu'un. Elle n'avait pas d'égale dans l'Upper Est Side. Elle était devenu une femme forte, indépendante, ambitieuse et … amoureuse. Amoureuse d'un autre homme que son fiancé. Mais elle ne se sentait plus capable de fuir ses sentiments.

Il lui sembla, ironiquement, que Louis avait bâti sans le savoir le piège parfait. Le conte de fées, le mariage avec un prince doux et beau, qui ferait sans aucun doute un mari attentionné et un père aimant. Mais combien de temps aurait-elle tenu ? Au fond de son cœur elle avait hurlé durant ces derniers mois. Le conte de fée était si parfait qu'elle avait gardé ce cri déchirant pour elle. Mais tout avait explosé. Louis n'était pas un prince charmant en armure, et Chuck n'était plus l'homme torturé incapable d'amour. Elle n'avait été plus sûre de rien, si perdue, et finalement la vérité s'était imposée d'elle même. En quelques mots, si simples pourtant, Chuck avait remis son cœur exactement là ou il devait être. « Parce que je vais aimer ton bébé autant que je t'aime toi ». Tout le reste s'était comme écroulé autour d'elle, comme un décor éphémère, et seul Chuck se tenait là devant se yeux. Il était tout. Il avait toujours été son monde, elle le réalisait maintenant. Quelque soit la volonté avec laquelle elle aurait souhaité repousser ce sentiment, il se serait toujours imposé à elle.

Serena resta à ses cotés durant tout le voyage. La maison de Cece était calme, lumineuse, apaisante. Blair fut installée dans une chambre claire, pourvue d'un balcon donnant directement sur l'océan. La vue était incroyable. La plage était déserte en cette période, et elle ne pouvait qu'entendre le bruit des vagues qui se brisaient avec régularité un peu plus bas. Le soleil commençait à filtrer à travers les nuages, et un rayon barrait la couette moelleuse qui recouvrait le grand lit. Elle s'y installa, ignorant volontairement les hommes de Louis et Sophie qui entamaient leur tour de garde dans le jardin. Le voyage l'avait épuisée, une sieste semblait donc la meilleure façon de passer le temps. Elle s'allongea sur le côté du lit, comme si quelqu'un allait la rejoindre. Alors qu'elle posait sa tête sur l'oreiller toutes ses pensées étaient pour Chuck, désormais si loin. Elle imagina qu'il était juste derrière elle, qu'il avait passé son bras autour sa taille, et qu'elle pouvait sentir son souffle contre sa nuque. Le sommeil la gagna doucement, tandis qu'au rez de chaussée la vie de la maison s'organisait sous la direction dynamique de Serena.

Sophie détestait cette soirée, elle sentait qu'elle perdait le contrôle de son fils. Elle ne comprenait pas ses sentiments pour Blair. Certes cette jeune fille présentait en surface énormément de qualités. Mais Sophie n'était pas dupe. Elle pouvait, sous la bonne éducation et les manières impeccables, sentir les failles, les blessures, les secrets, et elle savait. Elle savait qu'un jour le passé de Blair reviendrait la hanter. La question était de savoir jusqu'où son fils se serait compromis avec elle lorsque cela se produirait. Et cette soirée revêtait une importance toute particulière. Ils étaient tous à Constance Billiard, et elle était supposée annoncer les fiançailles de Blair et Louis. Tout devait être parfait, mise à part que Blair n'était pas là. Et Sophie venait d'apprendre qu'au lieu de rejoindre son fiancé, Blair était en ce moment même avec Charles Bass, cet homme détestable avec lequel elle semblait partager un passé plus que compliqué, et qui s'était déjà permis de faire une esclandre en public. Clairement cet homme était capable de tout.

« Louis, elle ne viendra pas, c'est terminé ». Elle tentait désespérément de convaincre son fils qu'il devait cesser d'envisager sa vie avec Blair. Mais celui-ci s'obstinait.
«Mère faites lui confiance. Elle va venir ». Le regard de son fils ne cillait pas. Il croyait vraiment la connaître. Sophie compris qu'elle n'arriverait à rien par le dialogue. Elle s'éloigna donc et saisi son portable : elle devait parler tout de suite à l'homme qui suivait Blair pour son compte.

La conversation qu'elle tenu avec lui la convaincue que la situation était bien pire qu'elle ne l'avait prévue. Elle apprit que la future princesse de Monaco, la potentielle mère de ses petits enfants s'était publiquement affichée avec son amant dans une Bar-mitsva. Son détective lui confirma qu'ils étaient restés isolés dans un salon attenant à la fête, et que ce qu'ils y avaient fait ne laissait aucune place au doute. Sophie était absolument hors d'elle. Blair se jouait de son fils, qui, naïf, n'y voyait que du feu. Malgré le choc, elle devait reconnaître qu'elle était au fond soulagée. Après cela il était clair que Blair ne se présenterait plus à Constance. Les fiançailles ne seraient jamais officialisées et l'intégrité de sa famille était donc sauve. Oui, son soulagement était immense.

Sophie attendait impatiemment Louis qui devait la rejoindre pour le déjeuner. Elle bouillonnait intérieurement. Si son fils l'avait écoutée depuis le début, elle ne se trouverait pas en plein Manhattan à gérer une crise épouvantable, mais à Monaco, en train de planifier un mariage princier, donc la mariée serait douce, malléable, et surtout, présente. En lieu et place de cela, elle devait trouver une solution pour que le mariage de son fils avec Blair se déroule désormais aussi bien que possible, ce qui semblait pourtant mal engagé.

« Bonjour Mère, lui dit Louis d'une voix fatiguée.

- Louis, ravi que tu daignes enfin me rejoindre. A tu pu réfléchir à la situation ? A tu pu parler à Blair ?

- Elle ne répond toujours pas à mes appels, et je ne suis malheureusement pas étonné, étant donné que c'est le cas depuis plusieurs semaines. J'ai eu la confirmation qu'elle était bien arrivée, et qu'elle allait bien. Que fait-on maintenant ? ». Louis était perdu. Il se refusait à perdre Blair, mais il sentait qu'elle lui glissait entre les doigts, et qu'il était totalement impuissant. Il avait raison depuis le début de penser que Chuck était un danger, mais il pensait sincèrement que Blair avait tiré un trait sur lui. Imaginer que sa fiancée était en train de s'enfuir lorsqu'elle a eu son accident lui brisait le cœur. Il voulait qu'elle reste avec lui mais quel prix était-il prêt à payer ? Voulait-il Blair au point d'être marié à une femme amoureuse d'un autre homme ? Etait-il prêt à accepter l'humiliation publique qu'entraînerai l'annulation d'un mariage ? Sophie mit sèchement fin à ses réflexions.

« Louis, tu dois réaliser que cela va bien au-delà de la suite de ta vie amoureuse. Tu es un homme public, Blair est ta fiancée, enceinte de l'héritier de notre royaume, et il n'est même pas imaginable que ce mariage soit annulé. J'ai tenté de t'avertir en temps et en heure que cette relation était très mal engagée, mais tu es allé trop loin désormais. Le mariage est maintenu, il suffit de convaincre Blair. Point final. »

Louis eut un sourire amer : « Cela s'annonce malheureusement compliqué, si on considère qu'elle était en train de s'enfuir avec celui qui est a priori l'amour de sa vie. Pourquoi se marierait-elle avec moi ? ». Il ne comprenait pas comment sa mère pouvait s'acharner dans ce projet en dépit de l'évidence. Blair ne l'aimait pas. Il n'avait jamais été qu'un remplacement temporaire de Chuck.

« Elle est enceinte de ton enfant Louis, sa décision ne l'engagera donc pas elle seule. Il s'agit de ton héritier. Comptais-tu sérieusement le laisser avoir Charles Bass pour père ? Le laisser assurer son éducation ? C'est absolument inenvisageable ».

Louis sentit un frisson traverser sa colonne vertébrale. Il commençait à cerner les intentions de sa mère. Il aurait dû l'anticiper, mais il avait été comme anesthésié par les événements des dernières 24 heures. Bien sûr, comment imaginer que pour sa mère, il était possible que son petit fils ou sa petite fille soit élevé loin de Monaco, et sans lui comme père. Elle ne laisserait jamais une telle chose se produire.

« Louis sois réaliste. Blair est sans doute une jeune femme … entière et passionnée, mais elle s'apprête surtout à devenir maman. Et crois-moi, elle va bientôt réaliser le type de sacrifice que ce rôle peut impliquer ».

L'été avait été difficile pour Sophie. Blair et Louis semblaient heureux, mais leur manière de la fuir dès qu'elle tentait d'engager les préparatifs du mariage l'irritait au plus haut point. Pourtant ils n'avaient que peu de temps. Depuis qu'elle avait appris par ses hommes que Blair était enceinte, elle attendait en vain que son fils et sa fiancée lui fasse part de la nouvelle mais rien de tel ne se produisait. Sophie n'était pas dupe. Si Blair ne disait pas à Louis qu'elle était enceinte, c'était qu'elle cachait quelque chose, et cela était sans aucun doute lié au moment qu'elle avait partagé avec Charles Bass le jour de l'annonce de ses fiançailles. Depuis ce jour Sophie avait compris que sa future belle-fille ne pourrait jamais être digne de sa confiance. Elle n'avait pu empêcher ses fiançailles avec Louis, aussi ne lui restait comme unique solution d'anticiper ses dérapages futurs afin d'empêcher que ceux-ci aient un impact négatif sur la famille royale toute entière.

La Princesse ne fut donc pas étonnée lorsqu'elle apprit que Blair avait enfin pris rendez-vous avec son gynécologue new-yorkais. Elle pouvait certes imaginer qu'elle ait attendu son retour afin de le voir, mais elle pressentait quelque chose de mauvais. Tout s'éclaira lorsqu'elle apprit que la fiancée de son fils avait demandé un test de paternité. C'était donc bien cela. Elle était enceinte mais n'était pas certaine de l'identité du père. Voilà pourquoi elle n'avait rien dit à Louis. Sophie avait le sentiment que ses pires cauchemars devenaient réalité. Elle était une femme, elle savait que si Blair n'avait pas de doutes concernant son avenir, elle n'avait aucun intérêt à faire ce test de paternité. Dans tous les cas pas si tôt. Si elle faisait cette démarche, c'est parce qu'elle estimait être toujours face à un choix. Un choix entre Louis et Charles Bass.

Cette situation était proprement inimaginable. Elle n'allait pas laisser son fils, Prince de Monaco, se faire abandonner par cette jeune femme qui estimait ses aspirations passionnelles plus importantes que l'image et l'avenir de la famille royale. Blair devait être convaincue que Louis était le père de son bébé, à tout prix.

« Mère que voulez-vous dire par là ? » relança Louis d'une voix clairement inquiète. Il la sentait prête à tout, et cela l'effrayait profondément.

« Je veux dire qu'il n'est tout simplement pas une option pour Blair d'avoir une vie de couple avec Mr Bass tout en élevant ton fils. Soit elle choisit son enfant, t'épouse, et l'élève avec toi à Monaco, soit elle choisit son amour pour Charles Bass, et elle nous laisse élever votre enfant. » Sa voix était froide et intransigeante. Elle irait vraiment jusqu'à utiliser le bébé que Blair attendait pour la faire chanter.

« Nous ne pouvons pas faire une chose pareil, cela causerai notre malheur à tous Mère. Si Blair ne veut plus de moi, cela ne sert à rien de lui forcer la main.» Il devait trouver un moyen d'arrêter sa mère, elle perdait la tête. Il aimait Blair et souhaitait qu'elle revienne, mais il savait surtout qu'il ne voulait pas d'une épouse qui n'avait pas de sentiments pour lui, et qui ne se soit mariée que sous la contrainte.

« Tu feras ce que je te dis de faire cette fois. Je t'ai déjà laissé aller bien trop loin avec elle, il est maintenant temps que tu assumes tes choix et leurs conséquences. Elle est enceinte de toi, tu vas donc l'épouser, c'est tout. » Sophie se leva, excédée par la mollesse de son fils. Il voulait Blair, elle lui donnait la solution, et il trouvait encore à y redire ? Il devait vraiment se prendre en main, ou elle devrait vraiment tout gérer elle-même. « Tu va aller la voir, et la convaincre de maintenir le mariage. Tu sais comment faire désormais, alors débrouilles toi. Et cesse donc de me décevoir, cela devient usant. »

A/N : Et voici la suite ! Qu'en pensez-vous ? dois-je continuer ?