Chuck et Blair était comme accrochés l'un a l'autre, perdus au milieu de la plage, en pleine nuit. Ils semblaient absolument indifférents à ce qui les entourait. Ils étaient comme dans leur propre monde. Rien ne semblait pouvoir les atteindre.

Chuck serrait Blair contre lui, et sentait son cœur battre à toute allure. L'espoir renaissait lentement en lui. Il voyait le trouble de Blair. En dépit de ce qu'elle lui disait, elle n'était pas indifférente, loin de là. Il devait continuer. Il réalisa avec une tristesse infinie qu'une larme était en train de se former au coin de son œil. Avec tendresse, il leva la main à son visage et balaya la larme tout en caressant sa joue.

« Blair, je t'aime plus que ma propre vie. Tous les deux nous sommes invincibles. Parle moi je t'en prie. »

Blair sentait son mal être s'accroître. Elle commençait à réaliser qu'elle avait fait une grossière erreur en pensant qu'elle pouvait tromper Chuck. Il la connaissait trop bien, ils avaient traversé trop d'épreuves pour qu'elle puisse prétendre ne plus l'aimer. Dans ses bras, elle avait le sentiment de vivre de nouveau. Elle sentait une douce chaleur l'envahir, son cœur s'emballer, et l'air lui manquer. Elle était à chaque fois subjuguée de l'ampleur de la réaction qu'il provoquait chez elle. Cela devait être ça le grand amour.

Elle était toujours blottie contre lui, et sentait sa main chaude caresser sa joue. Sans réfléchir, ses mains se nouèrent autour de la taille de Chuck, pour réduire encore l'espace qui les séparait. Elle ne pensait plus, ne réfléchissait plus. Son instinct avait pris le pas sur sa réflexion. Elle sentait désormais le cœur de Chuck battre contre sa poitrine, et elle ne pouvait ignorer qu'il battait à l'unisson avec le sien. Leurs regards étaient toujours comme accrochés l'un a l'autre. Le visage de l'homme qu'elle aimait était grave, et plus proche que jamais. Elle pouvait sentir son souffle chaud sur sa peau. Elle sentit un frisson incontrôlable la parcourir, et se rapprocha encore un peu plus de son visage.

Chuck tenait Blair encore plus près de lui désormais. L'amour qu'il lui portait lui ravageait littéralement le cœur. Tout son être le poussait à la serrer encore plus fort contre lui et à l'embrasser, qu'ils puissent enfin laisser libre court aux sentiments fous qui les animaient l'un et l'autre. Ses beaux yeux bruns étaient remplis d'un mélange de désespoir et d'amour qu'il n'arrivait pas à expliquer. Il sentait sa détresse et cela lui brisait le cœur. Il voulait tant savoir ce qui la torturait de cette manière pour pouvoir enfin l'aider. Cette impuissance lui était insupportable et le rongeait de l'intérieur.

Blair ne pouvait plus soutenir son regard. Elle sentait ses forces faiblir et son instinct reprendre le dessus. Elle savait qu'elle ne pouvait pas, à aucun prix, mais elle était totalement impuissante, elle ne pensait plus. Elle ferma les yeux comme pour oublier tout ce qui l'entourait, toute la situation, et juste le sentir lui. Et tout disparu. Louis, son bébé, le terrible ultimatum. Juste Chuck et Blair. Plus amoureux que jamais. Ensemble.

Elle se issa sur la pointe des pieds, et leurs lèvres se trouvèrent instinctivement. Elle prit le visage de Chuck entre ses mains, pour l'amener encore plus près, tandis qu'il lui rendait passionément son baiser. Il avait vu quelque chose changer dans le regard de Blair, et il savait qu'elle s'apprêtait à perdre le contrôle. Il n'avait osé y croire quand il l'avait enfin sentie se rapprocher et tendre son visage vers lui. Chuck ne pouvait faire autrement que de laisser les sentiments qui le consumaient s'exprimer. Leur baiser était intense, et comme désespéré. Blair serrait toujours ses bras autour du cou de Chuck, tandis que celui-ci l'avait entouré de ses bras puissants et la tenait tout contre lui. Leur deux corps étaient tendus, et aspiraient à se souder à l'autre. Sentir la chaleur de Blair, son parfum, la passion qui l'animait plus que jamais faisait battre le cœur de Chuck à une allure folle.

Il se détourna de la bouche de Blair pour embrasser avec fougue ses pommettes, son nez, son front, son cou. Il la serrait plus fort que jamais alors que, le visage enfoui dans ses cheveux, il lui murmura « Je t'aime », si doucement qu'elle l'entendit à peine.

Elle resserra encore son étreinte autour de lui et se laissa absorber par tout ce qu'elle ressentait à ce moment-là. La chaleur de son corps, son parfum qui envahissait tout, la force de ses bras, la douceur et la gravité de sa voix, la rapidité de son cœur battant contre le sien. C'était donc ça le bonheur. La certitude que l'on est avec la personne que l'on aime du plus profond de son être, et sentir ses sentiments partagés. Cette plénitude, cet apaisement total, savoir que l'on peut se laisser aller à être soi-même.

Ils restèrent ainsi de longues minutes, soudés l'un à l'autre, indifférent à ce qui les entouraient. Tout était parfait. Ils n'étaient entourés que de la plage, et du bruit des vagues, qui les berçaient doucement durant ce moment. Et soudain leur attention fut attirée par de l'agitation dans le jardin de la maison. Ce fut d'abord des murmures et quelques craquement qui leur semblèrent loin, et n'ayant rien à voir avec eux. Leurs sens étaient tellement tournés vers l'autre dans cet instant qu'ils mirent du temps à réaliser ce qui se passait pourtant à quelque dizaines de mètres d'eux. Chuck fut d'abord interpellé par Blair qui soudain se raidit dans ses bras.

Ce fut comme un réveil terrible pour elle. La réalité de la situation la heurta de plein fouet, et lui ramena brutalement les pieds sur terre. Elle n'était pas supposée être à l'extérieur de la maison, dans les bras de cet homme. Elle était supposée rester loin de lui si elle voulait protéger son bébé. Son corps se crispa à cette pensée et Chuck desserra son étreinte pour lui faire face.

« Que se passe-t-il Blair ? »

« Je suis désolée, je ne devrais pas être là », bredouilla-t-elle.

Chuck tourna la tête vers la maison pour constater que quelqu'un avait allumé la terrasse, et que des traits de lumière provenant de lampes torches commençaient à balayer la plage. Des bruits de pas précipités se précisaient. Il se tourna de nouveau vers elle :

« Tu n'a pas à avoir peur d'eux Blair, ils ne peuvent rien contre nous. Suis-moi, rentrons chez nous, à Manhattan. C'est là que nous nous devons d'être, tous les deux.

« Tu ne comprends pas. Je ne peux pas. Je ne peux pas être avec toi, te suivre, t'aimer. Je ne peux pas ! » lui répondit Blair, sans réaliser qu'elle criait désormais, et que les larmes dévalaient ses joues.

Chuck avait l'impression de vivre un cauchemar. A chaque fois que Blair et lui se rapprochaient, c'était pour s'éloigner davantage l'instant suivant. Il n'était pas fou, elle partageait ses sentiments. Son cœur était déchiré, que se passait-il dans le cœur de la femme qu'il aimait ?

« Mais de quoi parle tu enfin ? Tu es Bair Waldorf ! Tu es libre de faire ce que tu veux ! Je sais que tu m'aime, alors prends ma main et viens avec moi ! »

Blair se tenait là, tremblante, les larmes coulant sur ses joues. Elle contemplait l'homme de sa vie, le cœur en miette, lui tendant la main. Attendant un geste d'elle. Un geste qu'elle souhaitait tellement, mais elle était déchirée. Elle ne pensait pas qu'il était possible d'aimer quelqu'un plus qu'elle n'aimait Chuck. Mais tout avait changé. La perspective de se voir dérober son avenir avec son enfant avait tout changé. Ce n'était plus Blair et Chuck contre le monde désormais, c'était elle maman, qui devait protéger son bébé à tout prix. Et cette nuit-là, le prix à payer était son amour pour lui. Elle commença à reculer doucement.

« Je suis désolée Chuck, tellement désolée. Je ne peux pas te suivre. Nous ne pouvons plus être ensemble c'est terminé ».

Chuck ne pouvait croire à ce qui était en train de se passer. Il ne pouvait que contempler Blair s'éloigner de lui, le cœur brisé, impuissant. Son regard se plissait, il tentait de voir, de comprendre ce qui la menait à agir de cette manière. Il tendait toujours la main vers elle, il ne pouvait se résoudre à s'arrêter, alors qu'il la voyait continuer de reculer en direction de la maison. Il avança de nouveau vers elle, ne pouvant supporter la distance qu'elle mettait entre eux.

« Blair …. »

« Chuck je t'en prie. Arrête. Je fais le seul choix que je puisse faire. Je t'en prie tourne la page. Sois heureux. Je t'en prie. » Sa vois n'était plus qu'un murmure, et elle sentait son cœur s'écrouler en elle.

« Blair … » répétât-il, un peu moins fort cette fois, comme si son espoir s'amenuisait.

« Ce n'est pas parce que nous ne pouvons pas être ensemble que je ne t'aimerai plus », murmura-t-elle enfin, ses beaux yeux bruns noyés de larme, avant de se retourner, et de courir vers la maison sans un regard.

Chuck resta là, choqué par la scène qui venait de se dérouler. Il n'était pas fou. Il connaissait Blair mieux que personne, et n'était pas dupe. Il était convaincu qu'elle l'aimait encore. Comment cela pouvait-il ne pas suffire. Quelle raison impérieuse la poussait à rester loin de lui, après tout ce qu'ils avaient pu se dire, ou traverser comme épreuves.

Toujours tourné vers la maison de Cece, il constata que le retour précipité de Blair avait calmé l'agitation naissante. L'extérieur était désormais éteint, et la maison semblait de nouveau calme.

Il resta ainsi, debout, prostré au milieu de la plage. IL était incapable de dire depuis combien de temps, lorsqu'il réalisa qu'il était frigorifié, les embruns ayant progressivement trempé son manteau. Arthur devait toujours l'attendre, et devait commencer à s'inquiéter sans doute.

Le regard plus sombre que jamais, il s'astreint à quitter cette plage maudite, et à s'éloigner de Blair. D'un pas lourd, il commença à se diriger vers le parking, sans se douter une seule seconde des yeux qui le fixait désespérément depuis la chambre éteinte du premier étage.