Le retour à Manhattan passa comme un rêve. Ou plutôt un cauchemar. Les pensées de Chuck étaient entièrement tournées vers cette plage, vers ce moment partagé avec Blair, vers ce moment ou des sentiments de bonheur intense et de tristesse dévastatrice s'étaient enchainés à une allure affolante. Il tentait tant bien que mal de prendre du recul et de comprendre l'enchainement des évènements mais il n'y parvenait pas, en dépit de tous ses efforts. Il était incapable de comprendre de quoi Blair pouvait être aussi effrayée. Il était désormais convaincu qu'elle ne restait pas éloignée de lui de son plein gré, ses sentiments pour lui étaient plus forts que jamais, il ne pouvait imaginer se tromper sur ce point. Il connaissait trop bien Blair.
En revanche, il la connaissait assez bien pour savoir que peu de chose pouvait vraiment l'effrayer. Il y avait peu de choses devant lesquels Blair Waldorf renonçait au combat, convaincue qu'elle échouerait. Il commençait à avoir peur. Peur de l'obstacle qui se dressait désormais devant eux.
Il sursauta lorsqu'Arthur lui indiqua, discrètement, qu'ils étaient arrivés à l'Empire. Absorbé par ses pensées, il était incapable de dire depuis combien de temps ils se trouvaient là. Gêné, il marmonna une excuse, et s'extrait de l'arrière de la limousine, pour s'engouffrer à l'intérieur de son hôtel. Les employés qu'il croisa alors qu'il rejoignait son penthouse le saluaient mais il les ignora tous. Il avait besoin d'être chez lui, dans son cocon, de se servir un verre de son meilleur scotch, de s'assurer que Monkey allait bien, afin de réfléchir à la situation. Il priait pour que celle-ci s'éclaircisse, mais pour une des premières fois de sa vie, il était loin d'être confiant sur son pouvoir à changer les choses. Comment ferrait-il si vraiment, comme Blair semblait le laisser croire, il n'y avait rien à faire. S'il devait renoncer à elle, à eux, à leur vie, leur avenir, sans même pouvoir se battre. C'était purement inconcevable pour lui. Son esprit était comme figé, ses muscles étaient tendus, et son abdomen entier était contracté. Comme si son corps impactait chaque once de l'angoisse qu'il ressentait en ce moment précis.
Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent, et il s'avança lentement dans l'entrée, puis dans le salon de sa suite. IL ne porta pas attention à ce qui l'entourait. Les lieux étaient tellement familiers. IL avait réussi à en faire ce qui se rapprochait le plus possible d'un foyer. C'était un des rares endroits où il avait vécu au court de sa vie qu'il pouvait appeler sa maison. Le désavantage, qui commençait à l'irriter singulièrement, était que ce lieu était de plus en plus chargé de souvenirs. De souvenirs difficiles à se remémorer. Tous les moments heureux vécu avec Blair, les soirées qu'ils avaient terminées sur ce même canapé, à refaire leur monde tous les deux. Blair qui l'avait rejoint après leur rendez-vous manqué à l'Empire State Building. Leur terrible altercation après que Louis l'ai demandée en mariage. Blair lui annonçant sa grossesse. Blair. Elle était partout, elle était sa vie. Il était parvenu à se convaincre de renoncer à elle, mais le destin en avait profité pour en faire l'instrument de leurs retrouvailles, comme pour mieux lui laisser entrevoir de nouveau le bonheur qui était à leur portée, puis pour cruellement le leur retirer de nouveau.
Absorbé par ses pensées, il traversa mécaniquement le salon pour atteindre le bar. Il se versa silencieusement un verre de scotch, bientôt rejoint par Monkey, qui entreprit de mordiller activement le bas de son pantalon. Irrité, il s'accroupit pour caresser la gueule du chien qui désormais avait trouvé sa place dans son quotidien. Pour une fois cependant, Monkey ne semblait pas d'humeur à se laisser aller à un bon moment avec Chuck, et se contenta de se diriger vers le canapé du salon.
Intrigué, Chuck le suivit, pour découvrir Serena. Elle s'était tant bien que mal recouverte d'un plaid léger, et s'était endormie, recroquevillée sur le canapé qui n'était pourtant absolument pas désigné pour être confortable …Chuck s'avança doucement de sa demi-sœur, et posa la main sur son épaule, afin de la réveiller en douceur.
« Chuck, tu es enfin rentré », réagit tout de suite Serena, les yeux encore mi-clos.
« Que fais-tu là, ne devrais tu pas être avec Blair ? », l'interrogea Chuck, perplexe.
« Si, j'étais avec elle toute à l'heure, mais je devais te parler en personne, c'était trop important. Il s'est passé quelque chose avec Louis. Quelle heure est-il ? », demanda Serena, encore désorientée.
« Il est plus de 4h du matin S. J'étais avec Blair justement. Je reviens juste de la maison». Chuck s'était assis sur le bord de la table basse, face à Serena. Au souvenir du moment qu'il venait de partager avec Blair, une vague de douleur l'envahit, et il prit sa tête entre ses mains, comme pour évacuer ce souvenir de sa mémoire.
« Que s'est-il passé Chuck ? », le questionna Serena, soudain inquiète. Chuck se laissait rarement aller de cette manière, elle espérait de tout cœur que la situation n'était pas pire que ce qu'elle le supposait être. Cette fois-là tout à fait réveillée, elle s'était assise sur le canapé, et faisait désormais face à son frère. Elle prit doucement ses mains, et les lui descendit afin de libérer son visage. Elle le regarda droit dans les yeux, et lui demanda de nouveau : « Que s'est-il passé ? ». Le regard de Chuck était sombre, noir, triste, tellement triste.
« Elle m'a appelée, cet après-midi, pour me dire que tout était terminé entre nous. Qu'elle aimait Louis, que s'enfuir avec moi avait été une erreur, et qu'elle était désolée. Je ne comprenais pas je … elle a raccroché tout de suite, je n'ai rien eu le temps de dire. Je sentais que quelque chose n'allait pas, je devais la voir, alors je suis allé la bas. Nous nous sommes vu sur la plage et S, quelque chose ne va pas. Elle a commencé à me dire la même chose qu'au téléphone, qu'elle passait à autre chose, qu'elle persistait dans son mariage avec Louis. Et puis l'instant d'après elle était dans mes bras. Ma Blair, celle que j'aime, et qui m'aime aussi, était dans mes bras, en train de m'embrasser, avant que les hommes de Louis ne se rendent compte de son absence et commencent à la chercher. Nous avons entendu du bruit vers la maison, des lampes torches, et elle s'est glacée tout d'un coup. Et elle est partie. Elle m'a dit qu'elle m'aimait toujours, mais qu'elle ne pouvait pas, et elle m'a laissé là. Que se passe-t-il ? Je commence vraiment à m'inquiéter ! »
Serena n'avait rien raté du récit de son frère, et tout ce qu'il avait pu lui dire n'avait fait que confirmer son inquiétude. Louis était en train de gagner. Il avait trouvé le moyen de faire pression sur Blair, le seul moyen qui pouvait la tenir éloignée de l'homme qu'elle aimait désespérément. Elle avait pris la bonne solution en venant voir Chuck, car seul lui pouvait encore changer l'avenir. Sans intervention de sa part, sa meilleure amie allait passer sa vie dans un mariage sans amour, et son frère ne se remettrait jamais de la perte de la seule femme qu'il avait jamais aimée.
« Chuck, Chuck ! J'ai besoin que tu m'écoute attentivement maintenant. Tout n'est pas perdu. Blair t'a repoussé car Louis lui a posé un ultimatum, toi ou son bébé. Elle t'aime Chuck, elle a besoin de toi. »
Chuck leva les yeux sur Serena, choqué de ce qu'elle venait de lui apprendre.
« Comment ça un ultimatum, explique toi ! » Son cerveau peinait à comprendre le choix fait par Louis. Comment avait-il pu en arriver à de telles mesures ? Il n'avait jamais apprécié l'homme bien sûr, et leur dernière rencontre à l'hôpital n'avait pas réellement renforcé leurs liens, mais pourquoi aller aussi loin ?
« Si jamais elle le quitte, et reste avec toi, il fera ce qu'il faudra pour que leur bébé soit élevé à Monaco, et qu'elle n'ait pas le droit de le voir. Jamais. Et toi et moi savons qu'il a le pouvoir de mettre ses menaces à exécution malheureusement … Nous devons faire quelque chose, nous ne pouvons pas laisser Blair se sacrifier de cette manière ! »
Chuck fixait toujours Serena. Son esprit reprenait peu à peu contact avec la réalité. Blair voulait toujours être avec lui. Il y avait donc encore un espoir. Le seul obstacle était désormais Louis.
« Serena, laisse-moi passer un coup de fil. Depuis l'accident, j'ai lancé Andrew Tyler sur Louis. Pour l'instant rien n'est remonté, mais je pense qu'il est temps de lui rappeler sa dead line. ».
Serena regarda son frère se lever tout en saisissant son portable, et se diriger vers sa chambre, Monkey sur les talons. Elle pensa à Blair, seule dans cette grande maison, en train de renoncer à l'homme auquel elle avait donné son cœur des années auparavant, et à leur avenir ensemble. Elle ne lui dirait rien, rien tant que Chuck ne trouverait rien contre Louis. Mais un poids énorme venait de s'enlever de son cœur. Si une personne pouvait rivaliser en puissance avec le Prince Louis, c'était bien son frère. Et il avait une motivation que personne d'autre ne pouvait se targuer d'avoir.
