Chapitre 22 :

Le responsable de la sécurité du palais princier n'eut besoin que de quelques dizaines de minutes pour savoir où se trouvait Blair. Il avait tout de suite consulté les enregistrements vidéo correspondants au moment où l'alarme s'était déclenché et avait rapidement tiré la conclusion qui s'imposait. Il s'agissait d'un départ tout à fait volontaire. Il en avait informé Sophie et Louis, qui lui avait de suite ordonné de poursuivre ses investigations. Tous les deux savaient qu'elle n'avait pas le droit de quitter Monaco avec Audrey, et il était malheureusement évident que c'était son intention. En contact direct avec la police française, le responsable apprit donc que Blair Waldorf avait cette nuit même réservé deux billets pour Paris, au départ de l'aéroport de Nice.

Il consulta sa montre, et constata qu'il avait la possibilité d'aller là-bas avant l'embarquement, et il prit donc rapidement place dans une puissante berline avec Louis. Celui-ci garda le silence durant tout le trajet. Il suivait distraitement des yeux le paysage qui défilait, et se laissa aller à penser aux dernières années écoulées. Elles avaient semblées irréelles. Et pour cause, elles n'étaient basées sur rien. Sa relation avec Blair était inexistante, et il était un étranger pour sa propre fille. Il n'était pas dupe. Il repensa aux moments qui avaient précédés leur mariage. Il s'était tant battu pour garder sa famille unie, et tout cela au nom de leur bébé. Et pourquoi. Aujourd'hui il avait l'impression que l'ensemble de son entourage jouait un rôle perpétuel. Blair jouait à la princesse heureuse et investie, alors qu'elle ne faisait que survivre. Audrey était extraordinaire, une enfant exceptionnel, mais avec laquelle il ne partageait rien. Et lui jouait au père comblé, qui devait trouver l'ensemble de la situation parfaitement normal pour ne pas bousculer ce fragile équilibre. Mais qui dupaient-ils ?

Louis fut sorti de sa rêverie par le coup de frein brutal donné par le chauffeur de la voiture à leur arrivée à l'aéroport. Il constata qu'ils étaient attendus par plusieurs policiers français, alertés d'une tentative d'enlèvement d'enfant. Ceux-ci conservèrent une attitude neutre lorsqu'ils reconnurent le prince de Monaco, et l'ensemble du groupe se dirigea alors rapidement vers le comptoir d'enregistrement d'Air France.

L'hôtesse en charge de l'enregistrement les accueillit avec surprise, et leur confirma que Blair Waldorf ainsi que sa fille Audrey s'était bien présentées. A Louis qui lui demanda quelle pièce d'identité avait bien pu être présentée, elle répliqua qu'elles étaient toutes les deux en possession de passeport américain parfaitement valide, et qu'elle n'avait aucune raison de leur refuser l'embarquement. La tension de Louis devint alors évidente. Quel passeport américain ? Il réalisait peu à peu que jamais Blair n'avait relâché son attention. Tout cela avait été possible car elle n'avait jamais cessé de se méfier de lui, et de se préparer à partir.

Entrainant derrière lui son responsable de la sécurité et les quelques policiers français, il s'engagea d'un pas rapide dans le couloir menant à la salle d'embarquement, bien décidé à faire valoir ses droits. Il n'allait certainement pas se laisser abandonner par sa femme, et se faire voler sa fille. Il avait été bien trop tolérant avec Blair. Il lui avait laissé trop d'indépendance, prendre trop d'autonomie et aujourd'hui il en payait le prix. Mais comment pouvait-elle imaginer fuir avec sa fille de cette manière ? Elle se trompait lourdement.

Le petit groupe fit une arrivée peu discrète dans la salle d'embarquement. Tous les passagers tournèrent instantanément la tête, alertés par les cris de Louis qui ordonnaient aux policiers de repérer immédiatement ou se trouvait Blair.

Au même moment, Blair et Audrey se trouvait sur le quai de la gare SNCF de Nice, et voyait leur train arriver au bout de la voie. Blair se tenait très droite, serrant la main d'Audrey, sentant la satisfaction monter en elle. Elle avait gagné elle le sentait. Son instinct ne l'avait pas trompé. Rester dans cet aéroport était une erreur, c'était beaucoup trop risqué. Elle avait pris en une seconde la décision de partir. Elle avait réussi à se frayer un chemin dans les couloirs jusqu'à une porte gardée par un agent de la sécurité de l'aéroport. Elle avait d'abord essayé de le convaincre d'une urgence familiale pour qu'il la laisse passer, mais il était évident qu'il n'allait pas se laisser convaincre. Un vieux réflexe lui revint alors, une solution universelle. Elle avait donc sorti plusieurs billets de son sac et les avait glissé directement dans la main de l'agent de sécurité, qui leva des yeux surpris sur elle. Et la magie opéra. Comme dans un rêve, il avait ouvert le cordon qui barrait le passage à Blair, et elle s'était précipitée dans la partie publique de l'aéroport, serrant Audrey dans ses bras. Elle s'était directement rendue à la station de taxi et s'était engouffrée dans la première voiture. C'est alors que le véhicule longeait encore le bâtiment que Blair fut témoin de l'arrivée peu discrète de Louis. Instinctivement elle tourna la tête à l'opposé et ferma les yeux, son instinct ne l'avait pas trompée.

A cette heure encore matinale, le trajet jusqu'à la gare de Nice prit moins d'une dizaine de minute, et le chauffeur la déposa avec sa fille juste devant l'entrée. Elle entra rapidement dans le hall, et avisa un automate de vente de billets de train. Rapidement, elle acheta deux billets anonymes pour Paris, et se dirigea directement sur le quai. Le train devait partir moins d'un quart d'heure après.

Alors que Blair attendait calmement et sûre d'elle le train qui devait l'éloigner définitivement de Monaco, Louis constatait avec fureur que son épouse et sa fille avait purement et simplement disparu de la salle d'embarquement. Les policiers étudièrent rapidement les différents scénarios possibles, et avisèrent sans problème la sortie de Blair avait empruntée. Voyant fondre sur lui tout le groupe, l'agent qui s'était laissé soudoyer par la jeune femme avoua immédiatement qu'il l'avait laissé passer. Et Louis se retrouva dans le hall de l'aéroport, pas plus avancé. Blair pouvait être n' importe où désormais. Sa présence sur la liste des passagers était leur seule piste. Il réalisa à peine que son responsable de la sécurité se dirigeait vers le centre de contrôle de l'aéroport pour étudier les bandes de la vidéo-surveillance, et retracer le trajet de Blair, car il savait que c'était trop tard. Il savait malheureusement à qui il avait à faire.

Blair vit le train se rapprocher enfin. Au moment ou la locomotive la dépassait, elle jeta discrètement son téléphone sur les rails, et celui-ci disparu de sa vue. Le train ralenti enfin, et elle monta dans le wagon. Le trajet était long, mais elle se savait en sécurité. Elle choisit un carré tout au fond, à l'abri des regards, et expliqua à une Audrey perplexe que ça y est, après tous ces changements de programmes, elles étaient enfin en route pour chez sa grand-mère. La petite fille se mit donc sagement à son aise, et commença avec curiosité à observer les voyageurs sur le quai. Elle n'avait jamais quitté Monaco jusqu'à présent, et sa mère ne lui avait pas menti, c'était vraiment une aventure.

Blair observait en silence les autres passagers s'installer. Elle finit par aviser une jeune femme qui lui parut potentiellement sympathique, elle aussi accompagné d'une petite fille. S'efforçant d'afficher une attitude la plus chaleureuse possible, elle s'approcha d'elle : « Excusez-moi, pourrais-je emprunter votre portable pour envoyer un message ? je n'ai plus de batterie et je dois absolument prévenir une amie de mon arrivée, car elle doit venir me chercher à la gare avec ma fille ! »

La jeune femme la regarda chaleureusement et lui tendit son téléphone avec un sourire : « Bien-sur ! »

Blair la remercia et envoya un simple sms a Serena, lui indiquant qu'elle était en route vers Paris, de prévenir d'urgence ses parents, ainsi que l'adresse d'un hôtel luxueux et discret qui ne prenait pas à la légère la tranquillité de ses clients. Elle lui indiqua que la chambre serait réservée au nom de Holly Golightly, puis rendit son téléphone à la jeune maman.

Elle retourna s'installer avec Audrey, au moment même où le train démarrait. Monaco s'éloignait enfin d'elle. Elle était libre.

Serena cherchait en vain le sommeil lorsqu'elle entendit son portable sonner sur sa table de nuit. Elle fut d'abord étonnée de voir s'afficher un message d'un numéro qu'elle ne connaissait pas, puis comprit à la lecture du contenu que Blair avait dû emprunter un téléphone. Elle sentit Nate s'assoir à côté d'elle, inquiet.

A son retour de Monaco quelques jours plus tôt, elle n'avait eu d'autre choix que de le tenir informé de la situation. Ils avaient ensemble pris la décision de ne rien dire à Chuck avant de bien sur connaitre le résultat du test de paternité. Lorsque ce soir-là Nate était rentré chez lui, il avait trouvé Serena et Dorota totalement fébriles, venant de tenir informée Blair. Sans rien dire, il avait observé sa femme réserver deux places sur le vol Nice Paris pour Blair et sa fille. Puis enfin Dorota s'était décidée à rentrer chez elle, non pas sans avoir fait jurer à Serena de la tenir informée de la situation.

« Et maintenant ? » avait-il demandé à sa femme alors que celle-ci refermait la porte de leur appartement.

« Et maintenant Blair va rentrer à la maison », avait répondu Serena. Le silence s'était alors imposé entre eux. Les répercussions de son retour allaient être énormes, leurs vies à tous allaient changer. Chuck allait apprendre qu'il était père, devoir gérer le retour de la femme à laquelle il avait mis si longtemps à renoncer. Serena était déjà tiraillée entre sa loyauté envers son frère et envers sa meilleure amie.

Prudents, ils avaient donc décidé de se donner quelques heures, et d'attendre de voir ce que Blair allait entreprendre. C'était sa vie après tout, elle qui devait prendre les décisions. Et elle avait le droit d'avoir à annoncer elle-même à Chuck qu'il était le père de sa fille. Nate détestait de devoir laisser son ami dans l'ignorance. Mais il ne se sentait pas le droit d'interférer cette fois-là.

Mais la réception du message de Blair avait précipité les évènements. Aussitôt après en avoir pris connaissance, Serena appela donc Harold. Heureusement elle put le joindre tout de suite, en dépit de l'heure matinale en France, et elle fit de son mieux pour lui décrire la situation de la manière la plus exhaustive. Les faits étaient clairs, Blair étaient en fuite en France dans l'illégalité la plus totale, dans la mesure où officiellement, Audrey était bien la fille de Louis, et qu'elle n'avait pas le droit de voyager avec elle. Harold remercia rapidement Serena et contacta tout de suite Cyrus pour trouver une parade juridique afin que Blair et Audrey soient libres au plus vite.

Pendant ce temps à Monaco, Louis tournait en rond comme un lion en cage. La police avait bien pu retracer le trajet de Blair jusqu'à la station de taxi, mais impossible ensuite de pouvoir identifier la voiture qu'elle avait empruntée. Aucun autre billet d'avion, aucune location de voiture n'avait été retrouvé à son nom, et personne ne pouvait affirmer de quelle manière elle avait quitté la ville. Il sentait que la police se désengageait clairement de l'affaire, et choisit donc de reprendre la main avec son responsable de la sécurité. Il appela sa mère pour faire le point, et recueillir son avis.

Sophie ne tenait plus en place. Elle sentait un énervement intense la gagner. Elle avait eu tort de considérer que la présence de Blair au sein de leur famille était acquise. Elle aurait du maintenir sa vigilance, ne pas laisser sa belle-fille acquérir l'autonomie qui lui avait permis de s'enfuir de Monaco aussi facilement, emmenant avec elle sa petite-fille. Cette affaire allait jeter un discrédit total sur sa famille, et elle ne pouvait le supporter. Avec Louis, ils convinrent que si Blair avait renoncé à fuir en avion, elle était forcément encore en France. Il était logique qu'elle choisisse de se rendre à Paris chez sa mère, quelle autre solution avait-elle ? Il fut donc décidé que Louis se rendrait chez Eleonor avec le chef de sécurité afin de négocier au minimum le retour d' Audrey. Blair s'était mise dans l'illégalité la plus totale, et il était impensable de la laisser agir à sa guise, Sophie se faisait un devoir de veiller à ce que l'honneur de sa famille reste intact. Louis prit donc place à bord d'un avion privé à Nice, et s'envola pour Paris, bien décidé à revenir avec sa famille, après tout il avait la loi pour lui.

Blair avait réussi à profiter du voyage pour se reposer un peu, et reprendre quelques forces. Elle savait qu'elle n'était plus seule, et avait confiance dans ses proches pour la soutenir. Lorsque le train s'arrêta à Paris, elle en descendit rapidement et tout de suite, descendit dans le sous-sol de la gare, ou se trouvait l'accès au métro. Elle savait qu'il était possible que Louis ai déduit qu'elle se rendrait à Paris, et elle ne voulait pas risquer d'être interceptée à la gare. Elle tenait toujours par la main une Audrey de plus en plus perplexe. La petite fille découvrait la foule, le métro, un rythme et des odeurs qui n'avaient rien à voir avec l'environnement auquel elle était habituée. Mais elle sentait que sa mère avait retrouvé une totale maitrise d'elle-même, aussi elle la suivait en toute confiance. Blair se mêla au flot des parisiens pressés, et se dirigea directement vers le quai de la ligne 1, qu'elle savait extrêmement fréquentée. Le quai était effectivement noir de monde, et personne ne faisait attention à elle. Elle entendit le métro arriver dans le tunnel, et prit alors sa fille dans ses bras, craignant que celle-ci ne se fasse bousculer. Audrey enfouit son visage dans le cou de sa mère, trouvant décidément ces lieux assez hostiles. Blair faisait de son mieux pour faire abstraction du dégout que lui inspiraient les transports publics parisiens. Il fallait vraiment que l'urgence soit vitale pour qu'elle consente à les emprunter.

Elle descendit au deuxième arrêt à la station Hotel de Ville, sachant qu'elle trouverait facilement sur cette place une station de taxi. Elle se mêla de nouveau au flot des voyageurs pressés, serrant sa fille contre elle. Elle traversa les couloirs étroits en retenant presque sa respiration, agressée par les odeurs et le vacarme. Enfin les derniers escaliers se profilèrent devant elle, et elle émergea enfin au cœur de la ville. Elle respira de nouveau. Audrey senti son soulagement et releva la tête, embrassant du regard les bâtiments, l'espace. « C'est beau : » s'exclama-t-elle spontanément.

Blair ne pu réprimer un sourire. « C'est la plus belle ville du monde chérie, enfin après New York bien sûr. »

« Bien sûr », lui répondit la petite fille avec sérieux.

Blair prit quelques secondes pour admirer sa fille profitant de sa nouvelle liberté, puis se reprit, et se dirigea d'un pas vif vers la station de taxi la plus proche. Grillant la priorité à une troupe de touristes japonaises chargées de sacs, elle les congédia d'un signe de la main, et s'engouffra dans le énième mode de transport qu'elle avait emprunté dans les dix dernières heures.

Le chauffeur correspondait totalement au stéréotype du chauffeur de taxi parisien qu'elle avait dans son souvenir. Râleur et bourru. Elle lui donna l'adresse de l'hôtel qu'elle avait indiqué à Serena, et prit le temps d'installer Audrey à côté d'elle. Elle s'appuya contre le dossier, et admira les bâtiments sublimes qui défilaient devant elle alors qu'ils roulaient à vive allure sur les quais de Seine. Audrey dévorait aussi le paysage du regard, subjuguée par tant de nouvelles choses.

La voiture progressa lentement dans la ville, ralentie par les habituels embouteillages, et enfin arriva au cœur du XVIème arrondissement. Blair savait le quartier calme et discret, et bientôt le taxi s'immobilisa devant un hôtel dont on devinait à peine l'existence depuis l'extérieur. Pour les passants, il s'agissait simplement d'un magnifique hôtel particulier, semblable aux autres immeubles du voisinage. Pour Blair, c'était l'hôtel dans lequel elle descendait aves ses parents lorsqu'elle était petite fille, lors des nombreux voyage à Paris qu'elle avait fait avec eux. Elle savait que sa mère avait continué d'y séjourner avant d'avoir son propre appartement, et que son père y avait toujours ses habitudes. Elle régla rapidement la course, et sorti du véhicule avec Audrey. Elle resta quelques secondes devant le magnifique bâtiment, identique à son souvenir, puis se dirigea vers l'entrée.

Dès qu'elle se présenta à la réception, elle exigea tout de suite de voir le directeur. Le concierge sembla dans un premier temps sceptique, surpris par l'allure plutôt négligée de cette nouvelle cliente, mais il écouta son instinct, et su lire dans le ton et la façon de s'exprimer de Blair. Il comprit qu'il s'agissait d'un cas particulier, et appela immédiatement son responsable, qui lui indiqua effectivement d'accompagner Blair jusqu'à son bureau pour plus de discrétion

Blair s'avança dans la pièce suivie d'Audrey, et tendit la main vers le directeur de l'hôtel. « Bonjour, Pierre », lui dit-elle simplement.

« Je suis flatté de voir que vous vous souvenez de moi », lui répondit l'homme avec un sourire. « C'est un plaisir pour nous de vous accueillir avec – il marqua un silence – votre fille j'imagine ? »

« Nous avons besoin d'une chambre pour quelques jours. Mon père doit nous rejoindre, il se fait d'avance une joie de séjourner de nouveau dans votre établissement ».

« Avec plaisir, Mademoiselle Waldorf, je la fait préparer immédiatement ». Il ne put s'empêcher de remarquer que sa cliente avait apprécié qu'il l'appelle par son nom de jeune fille. Il savait parfaitement à qui était marié la fille d'Harold Waldorf, et se faisait une idée assez claire de la raison de la présence de la jeune femme, dans cette tenue, et seule avec sa fille. « Pas de bagages ? », demanda-t-il en haussant un sourcil, tout en saisissant son téléphone afin de donner des instructions.

Blair secoua doucement la tête, pour lui signifier que ce n'était pas le cas. « Je vais faire installer dans votre chambre un nécessaire de toilette pour vous et votre fille, et nous nous ferons un plaisir de vous procurer tout ce dont vous pourriez avoir besoin pendant votre séjour. »

Sans un mot, Blair prit sa fille dans ses bras et s'adressa à l'homme dont la discrétion et la finesse la ravissait jusque-là. « Tout cela est parfait. Une dernière chose, hormis mes parents uniquement … ». Elle lutta pour trouver les mots.

« J'imagine que vous désirez séjourner chez nous dans la plus grande discrétion ? », se permit d'enchainer Pierre.

« Oui, tout à fait. Aucun contact par téléphone. Je dis bien aucun. Uniquement les visites en personne de mes parents, et de toute personne demandant la chambre de Holly Golightly »

« Bien entendu », lui répondit Pierre avec sobriété. Au même moment, un garçon d'étage frappait discrètement à la porte pour accompagner Blair et Audrey dans leur chambre.

Elles le suivirent donc dans les magnifiques couloirs au luxe discret, jusqu'à une chambre charmante. Située au dernier étage de l'hôtel particulier, elle jouissait d'une vue magnifique par-dessus les toits des immeubles environnants et, au loin, sur le Trocadéro et la tour Eiffel. La vaste chambre était composée d'un petit salon confortable, puis, au-delà d'une porte en bois moulurée, se trouvait la chambre principale, et dans son prolongement une alcôve contenant un petit lit pour Audrey. Une vaste salle de bain complétait le petit appartement, qui apparut dans l'instant comme le paradis pour Blair après ces longues heures d'errance avec sa fille.

Elle tendit un billet au garçon d'étage : « Pourriez-vous s'il vous plait faire monter une boite de macaron, ainsi qu'un plateau léger pour ma fille d'ici une trentaine de minute ? ».

Le jeune homme acquiesça, et quitta rapidement la pièce, laissant la mère et la fille enfin seule.

« Et voilà, nous somme arrivées chérie. Maintenant nous allons nous reposer un peu avant de retrouver Grand-mère Eleonor d'accord ? »

Audrey accepta sans mot dire, épuisée par le voyage. Elles se rendirent toutes les deux dans la salle de bain, ou Blair lui fit couler un bain. Lorsqu'elle eut terminé, elle l'enveloppa dans un épais peignoir, et elles retournèrent dans le salon, juste au moment où le garçon d'étage revenait avec ce qu'elle avait commandé. Audrey peina à venir à bout de son plateau, tombant de sommeil. Blair la coucha donc rapidement dans leur chambre, avant d'elle-même prendre une longue douche chaude. Elle s'enveloppa de même dans confortable peignoir, et rejoignit sans bruit le salon de leur petite suite. Elle s'assit dans l'un des fauteuils, ramassa ses jambes sous elle, et commença à attendre, piochant régulièrement dans sa boite de macarons.

Harold Waldorf n'était pas homme à se laisser dicter son comportement par qui que ce soit, et il entendait qu'il en soit de même pour sa famille. L'appel de Serena lui avait fait l'effet d'un électrochoc. Qui avait osé tromper sa fille sur l'identité du père de son bébé ?

Il était taraudé par cette question alors qu'il se dirigeait à toute allure vers Paris en compagnie de Raymond, qui avait jugé plus prudent de prendre le volant, étant donné l'état de nerf de son conjoint. Harold en profitait à ce moment précis pour tenter de connecter à internet le portable posé sur ses genoux, afin de pouvoir enfin consulter un document que devait lui avoir envoyé Cyrus. Les deux hommes avaient pu faire un premier point, et devaient se retrouver à Paris.

Serena les avait informés que Blair était parvenue à quitter Monaco avec Audrey, et qu'elle se cacherait dans un hôtel parisien ou sa famille pourrait lui rendre visite. Elle-même s'apprêtait à les rejoindre pour porter main forte à toute l'équipe, mais il était évident pour eux tous qu'il ne s'agissait que d'une première étape. Il était inenvisageable que Blair ne fuit aux Etats Unis avec sa fille, et reste exposée à une vengeance possible de Louis. Ils devaient trouver une solution pour que cet homme sorte définitivement de la vie de Blair. Mais comment le lui faire accepter ?

Il fut obnubilé par cette question tout au long du trajet quand enfin, ils approchèrent de Paris. Ils étaient partis tout de suite après l'appel de Serena, aussi ils arrivèrent peu après que Blair se fut installée à l'hôtel. Résistant à l'envie de voir sa fille tout de suite, Harold demanda à Raymond de les conduire dans un premier temps chez son ex-femme. Son cœur lui dictait d'aller voir Blair, mais il savait que le plus grand service qu'il pouvait lui rentre là tout de suite était de se consacrer à la résolution de son problème.

Leur voiture s'arrêta donc sur l'île Saint Louis, devant l'hôtel particulier d'Eleonor et Cyrus. A peine eurent-ils sonné que Cyrus leur ouvrit la porte, et les invita à entrer.

« C'est bien que vous ayez pu venir si vite. Avez-vous des nouvelles de Blair ? », demanda-t-il.

« Nous savons juste par Serena qu'elle s'est a priori installée dans un hôtel discret que nous connaissons bien avec Eleonor. Elle devrait y être en sécurité quelques temps », lui répondit Harold. Celui-ci s'approcha de son ex-femme, clairement au moins autant sonnée que le père de sa fille par la situation.

« Comment on-t-il pu lui faire cela ? La tromper sur une chose aussi importante ? », murmura Eleonor, alors que Harold la serrait dans ses bras. Au bout de quelques secondes, Harold rompit leur étreinte et, la prenant par les épaules, comme pour la maintenir debout, il lui assura d'une voix qu'il espérait ferme : « Nous allons trouver une solution je te le promets. Notre fille va retrouver sa vie. Nous allons y arriver. »

Eleonor sembla puiser sa force pendant quelques instants de la fermeté qu'elle sentit dans la voix du père de Blair, et acquiesça en silence. Sans plus en dire, le petit groupe pénétra plus en avant dans le magnifique hôtel particulier, pour s'installer dans un confortable salon. Une domestique leur apporta aussitôt des rafraichissements, dont Harold et Raymond profitèrent sans honte, encaissant les cinq heures de route effectuées dans la matinée.

Puis ils commencèrent à parler ensemble de la situation. Leur bilan était mitigé, et plusieurs questions restaient en suspens. Qui avait pu à l'époque falsifier les résultats du test de paternité qu'avait effectué Blair à New York ? Chuck, Louis, Sophie en avait certainement le pouvoir, qui y avait vraiment gagné ? La réponse la plus évidente semblait forcement Louis et Sophie. Le fait que la fiancée du Prince annule son mariage car étant enceinte d'un autre homme ne laissait forcement pas penser le meilleur de la famille princière. Mais l'honneur perdu valait-il pour Louis le fait de passer sa vie à faire passer une enfant qui n'était pas la sienne pour son héritière ?

Tout cela paraissait complètement disproportionné. Tous avaient à l'esprit le mariage désastreux de Blair, la bravoure de celle-ci, et la vie brisée de Chuck à New York. Tout cela pour éviter à Louis une rupture médiatiquement difficile, que tout le monde aurait déjà oubliée aujourd'hui. Tous les quatre étaient édifiés par la tournure des évènements, mais n'eurent pas plus de temps pour prolonger leur réflexion.

Ils entendirent la sonnette de la porte d'entrée et peu après, une domestique vint leur annoncer que Louis Grimaldi était là pour voir son épouse et sa fille.