Chapitre 23 :
Les quatre parents de Blair se regardèrent, ne sachant comment réagir. Tous s'attendaient à ce que Louis vienne chercher Blair ici, et c'était pour parer à ce risque qu'elle n'était pas là, et qu'elle se cachait à l'autre bout de Paris avec sa fille.
Eleonor réagit la première et se leva : « Faites le venir, que l'on en finisse ». Toute son autorité naturelle, sa confiance en elle, transparaissait dans sa posture, et son gendre ne put s'empêcher de se sentir intimidé en pénétrant dans la pièce, sentant de plus le regard lourd des trois pères de Blair pesant sur lui.
Pendant une seconde, il hésita, tenta de se rappeler pourquoi il était venu se battre. Et puis il réalisa qu'il n'avait plus le choix, il était allé trop loin. « Je sais que Blair est ici, j'exige de la voir immédiatement. »
« Jeune homme vous n'êtes pas ici chez vous, et vous n'êtes pas le bienvenu, je tiens à vous le dire », lui répondit Cyrus, outré de la manière dont le jeune homme s'était adressé à son épouse.
« Ma femme vient de lâchement s'enfuir de Monaco en emmenant avec elle notre fille, ce qui lui est parfaitement interdit. J'ai donc tous les droits d'être ici. Ce n'est pas moi qui ai enfreint la loi. » Il sentait les regards hostiles peser sur lui. Il n'était pas réellement surpris, il savait bien que les parents de Blair prendraient sa défense. Mais il pensait que ceux-ci tenteraient d'arrondir les angles, d'éviter que le conflit ne dégénère et clairement, l'animosité qui émanait d'eux indiquait tout le contraire.
« Blair était parfaitement dans son droit en partant avec sa fille. C'est vous, vous et votre mère qui l'avez retenue là-bas toutes ces années sous un faux prétexte. Vous devriez avoir honte de vous. Vous êtes un homme méprisable. », lui assena Cyrus avec dédain.
Louis commençait à s'irriter de cette agression collective. « J'ai maintenu l'unité de ma famille pour le bien de mon enfant. Je ne vois pas en quoi cela fait de moi un homme indigne. Je n'ai rien fait d'autre que de respecter votre fille, et d'aimer Audrey. Allez-vous aussi me reprocher cela ? »
Eleonor Waldorf se rapprocha de son gendre, et le seul reflexe qu'il eut fut de reculer de quelques pas. « Vous êtes un homme minable, et nous n'allons pas nous laisser faire. C'est terminé. Vous allez rendre à Blair et Audrey leur liberté, et ce dès aujourd'hui, ou je vous garantis que vous allez le regretter pendant longtemps »,siffla-t-elle entre ses dents. La menace était claire. Sur la table. Elle sentait une haine farouche pour cet homme monter en elle. Son époux le senti et arrivant derrière elle, la prit doucement par le coude. Se rendant compte qu'elle commençait à perdre le contrôle d'elle-même, elle se tût. Toisant toujours son gendre de haut, elle recula de quelques pas pour se placer aux côtés de son mari.
Jusqu'à cet instant Harold avait observé la scène. Il contemplait Louis sans comprendre. Il n'avait jamais porté cet homme dans son cœur, et il ne lui avait jamais inspiré beaucoup de respect. Mais se remémorant le mariage de sa fille, ses visites à Monaco, il comprit d'un coup que cela ne collait pas. Louis n'était pas un homme très méritant certes, mais il ne lui semblait pas capable d'avoir orchestré une pareille tromperie, encore moins d'y vivre avec complaisance depuis tant d'années. Il se leva doucement du canapé ou il était toujours assis, et s'avança sans un mot vers les protagonistes.
Il s'arrêta devant Louis, bien plus près que celui-ci ne l'aurait souhaité. Il observa en silence pendant de longues secondes le jeune homme, cherchant à lire dans les yeux de celui-ci la confirmation de ce qu'il soupçonnait déjà.
« Vous êtes convaincu qu'Audrey est votre fille n'est-ce pas ? », lui demanda-t-il doucement. Il continua de fixer le visage de Louis, et fut témoin de la compréhension de sa question par son gendre, étape par étape.
D'abord encore sur ses gardes, sa mâchoire s'était doucement relâchée. Il s'en fut peu pour qu'il n'ouvrit carrément la bouche. Ses yeux s'étaient lentement écarquillés, et ses épaules s'étaient avachies. Il regarda sans comprendre Harold, puis les autres parents de Blair, qui le fixaient tous. « Que … Que voulez-vous dire ? », arriva-t-il enfin à articuler d'une voix faible.
Interloqués, ils réalisèrent tous que Louis venait de comprendre qu'il n'était pas le père d'Audrey. La réaction qu'ils avaient sous les yeux était une réaction sincère à n'en point douter.
Eleanor n'y tint plus. Haussant les épaules, elle s'exclama soudainement : « Il n'en savait rien ! ». Elle ne put s'empêcher de rire nerveusement. Jaune bien sûr. Elle voyait désormais son gendre avec encore plus de dédain qu'auparavant, si c'était possible.
Louis sursauta en entendant sa belle-mère, et continua à les regarder tour à tour, le regard plein de questions restant muettes.
Du coté de Manhattan, c'est une Serena survoltée qui avait cette fois renoncé à emprunter le jet de Bass Industries. Nate lui avait fermement indiqué qu'à ce stade, ils avaient déjà bien assez menti à leur ami, et que le reste appartenait à Blair.
Sachant très bien que son mari avait raison, elle perdit donc plusieurs heures à affréter elle-même un vol privé, ne pouvant imaginer attendre les six heures qui la séparait du prochain vol commercial sans rien faire. Nate l'aida autant qu'il put, actionnant tous les leviers possibles, et pas plus tard que deux heures après le dernier message de Blair, il déposait donc sa femme sur le tarmac d'un aéroport privé proche de New York.
Sans rien dire, il l'embrassa, la serra dans ses bras, puis la regarda tourner les talons et monter à l'intérieur de l'appareil.
Il resta là, pensif, pendant de longue minutes après que le petit avion eut décollé. Son chauffeur attendait sans rien dire près de la porte ouverte de la voiture. Il tentait toujours d'intégrer tout ce qui s'était passé les trois derniers jours. Il se revit arriver un soir chez lui, et trouver un mot de Serena lui indiquant être partie en urgence voir Blair.
Celle-ci n'était même pas venue à leur mariage. Elle avait préféré manquer un tel évènement que de se confronter à son ancienne vie, et il avait donc comprit tout de suite que quelle que soit la raison qui avait réunie les deux amies, celle-ci allait de nouveau bouleverser leurs vies à tous.
Les liens qui les unissaient était tels, et ce depuis tellement d'années, que leurs destins étaient tous entrecroisés. Blair, Nate, Serena, Chuck, et désormais Rose et Audrey. Les cartes allaient être entièrement redistribuées, et il doutait qu'aucun d'entre eux ne soient préparés à cela.
Le visage sombre, il se retourna, et pénétra sans un mot dans la voiture qui allait le ramener chez lui. Tout au long du trajet, il ne put s'empêcher de penser en sa loyauté envers sa femme, envers Blair, et envers Chuck. Il avait le sentiment de savoir que son meilleur ami allait marcher sur une mine, et de ne rien faire pour que celui-ci ne dévie de son chemin. Il comprenait pourquoi Serena ne souhaitait pas qu'il parle à Chuck. Mais désormais Blair allait revenir. Il en était de toute manière convaincu depuis le moment où il avait lu le mot de sa femme lors de son premier voyage à Monaco. Il devait au moins prévenir Chuck de l'arrivée de Blair. Il appartenait à la jeune femme de lui annoncer qu'il était le père de sa fille, mais il ne pouvait la laisser surprendre Chuck le lendemain matin sur le pas de sa porte sans le prévenir d'abord. Ils étaient amis depuis trop longtemps, il ne pouvait pas lui faire ça, et Serena devra l'accepter.
Nate donna donc à son chauffeur l'adresse de Chuck, et attendit nerveusement la fin du trajet. Trop tôt à son gout, la voiture s'arrêta en bas de l'immeuble, et Nate en descendit. Il savait que la conversation qu'il s'apprêtait à avoir n'allait pas être simple, mais il savait dans son cœur qu'il ne pouvait plus cacher à son ami se qui se passait en ce moment même à Paris.
Après avoir été annoncé par un portier ensommeillé, il entra dans l'appartement de Chuck, et celui-ci vint à sa rencontre. L'état de ses cheveux attestait sans doute possible qu'il venait de le tirer du lit, et le jeune homme était encore en train de nouer autour de sa taille la ceinture d'un peignoir en soie lorsqu'il lui demanda, inquiet : « Nathaniel tout va bien ? Serena ? »
Nate fit un signe de la main pour le rassurer tout de suite. « Ne t'inquiète pas, nous allons bien. Ce n'est pas ça. Ecoute, je suis désolé de te réveiller en pleine nuit mais c'est important ». Il marqua une pause, et suivit l'indication de Chuck qui lui faisait signe de le suivre vers le bar. Il avança en silence, et s'installa sur un tabouret. Il regardait Chuck leur servir deux verres de scotch quand il ne put s'empêcher de demander : « Est-ce que Rose est là ? »
« Oui, pourquoi ? », lui rétorqua Chuck en s'emparant de son verre.
« Serena est en ce moment même dans un avion pour Paris. » Chuck le fixait sans comprendre.
« D'accord, j'imagine qu'il y a une suite à cette fascinante information ? » ironisa Chuck avant de boire une longue gorgée de scotch.
Nate leva doucement les yeux vers lui. « Ecoute il n'y a pas de manière facile de dire ça. Donc je vais te le dire franchement parce que je pense que tu as le droit de savoir. C'est à propos de Blair. Elle rentre à la maison. ».
Chuck entendit ces mots bien avant d'en comprendre le sens. Son regard quitta son ami pour se fixer dans le vide, droit devant lui, tandis que son esprit tentait d'intégrer l'information. Sans qu'il ne le réalise, sa main posa lourdement son verre sur le bar, et s'y agrippa. Il s'entendit interroger Nate. « Que veux-tu dire, « elle rentre à la maison » ? »
« Je veux dire qu'elle rentre à New York. Je ne sais pas encore quand exactement. L'affaire semble assez compliquée. » Nate s'arrêta volontairement là. S'il continuait, Chuck allait comprendre qu'il en savait davantage, et pour le coup il reconnaissait le droit à Blair d'annoncer elle-même à Chuck qu'il était père. Il choisit donc de se taire, et regarda son ami.
Chuck était toujours immobile, agrippé de ses deux mains au bord du bar. Il fixait toujours un point loin devant lui, et semblait totalement absent.
La réalité était que son esprit était en effervescence. Les images d'un passé sur lequel il avait passé des années à tirer un trait affluaient dans son esprit sans qu'il ne puisse les contrôler. Se mélangeaient dans le désordre Blair durant le bal des débutantes, Blair lui annonçant sa grossesse, Blair sur la scène de Victrola, Blair acceptant de passer le reste de sa vie avec lui à l'arrière d'une limousine, Blair sur une plage lui disant au revoir. Au bout d'une longue minute, il se força à sortir de sa torpeur, pour réaliser que Nate l'observait toujours avec inquiétude.
« Merci de m'avoir prévenu Nathaniel. Tu devrais rentrer chez toi, il est tard ».
Interdit, Nate vit son ami se diriger d'un pas lent vers sa chambre à coucher, et en fermer la porte. Il n'était pas réellement étonné de la réaction de Chuck, mais savait que celui-ci allait réaliser seul durant les heures à venir les répercussions de ce qu'il venait de lui annoncer.
Chuck entra dans sa chambre pour constater que celle-ci était toujours plongée dans le noir. Il distingua à peine la silhouette endormie de Rose à l'opposé du lit. Sa respiration douce et régulière s'entendait à peine dans le silence.
Il s'approcha de son lit et s'y assit. Posant les coudes sur ses genoux, il prit son visage dans ses mains, et tenta de reprendre ses esprits. Il tenta en vain de comprendre. Comment le retour de Blair était-il possible ? Il était impensable qu'elle ne rentre sans sa fille, comment avait-elle pu convaincre Louis ? Blair. Blair allait de nouveau être à New York. Il pensa rapidement à la dernière fois qu'il l'avait vue, et chassa tout aussi rapidement cette image de sa tête.
Lentement, il se redressa et se retourna pour contempler Rose, toujours assoupie à côté de lui. Il était à ce même moment incapable de mettre des mots, de décrire la nature de ses sentiments. Au fil des mois, il était parvenu à ressentir de l'amour pour cette jeune fille. Ils avaient atteint un degré d'intimité qu'il n'aurait jamais cru possible, et croyait vraiment avoir de nouveau trouvé le bonheur. Il avait l'impression, pensant à Blair, de tromper Rose. Ou était-ce l'inverse ?
Accablé par son trouble, il se détourna de la jeune femme et, ne pouvant plus supporter de se trouver sur le même lit, dans la même chambre qu'elle, quitta précipitamment la pièce pour retourner dans le salon désormais désert. Retournant vers le bar, il avisa le verre à moitié plein qu'il y avait laissé, et entreprit de le remplir de nouveau. Fixant un instant la bouteille, il finit par la prendre, et se dirigea vers un fauteuil.
Et, lentement, il entreprit de finir la bouteille de scotch. Méthodiquement. Avec application. Ne plus penser, ne plus se rappeler, ne plus réfléchir, ne plus imaginer ce qui allait se passer. Anesthésier ses souvenirs et son imagination.
Louis senti un frisson glacé lui parcourir le dos. Il peinait à soutenir le regard des membres de la famille de Blair, et pourtant avait tant de questions pour eux.
Pourquoi pensaient-ils qu'il n'était pas le père d'Audrey ? Etait-ce pour cela que Blair s'était enfui si brutalement ? Il avait pourtant vu lui-même les résultats du test de paternité. Il n'y avait aucuns doutes sur les résultats.
Harold se tenait toujours en face de lui, et commençait clairement à s'impatienter. Il lui posa la main sur l'épaule, et entreprit de le secouer. « Louis, vous ne saviez pas c'est ce pas ? »
Louis, dont le regard était perdu dans le vide, accrocha soudain celui de son beau-père. « C'est pour cela qu'elle s'est enfuie ? »
« Bien sûr qu'est-ce que vous croyez ? », lui répondit Eleonor avec humeur. « Qu'elle avait fait le sacrifice de sa vie pour suivre le père de sa fille, et qu'elle allait rester là-bas, loin de ses amis et de sa famille, alors que plus rien de l'y forçait ? »
« Mais, je … que s'est-il passé ? », la questionna Louis, qui ne parvenait absolument pas à retracer le cours des évènements.
Harold, sentant son ex-épouse assez émotionnelle, choisit de reprendre en main la conversation. « Blair a découvert votre groupe sanguin il y a quelques jours. Et il était incompatible avec celui d'Audrey. Afin d'être certaine, elle a fait effectuer un test ADN. Vous n'êtes pas son père, sans aucune forme de doute. Dès qu'elle en a eu la confirmation, elle est partie ».
« Je ne comprends pas, qu'en est-il du test de paternité que Blair a fait durant sa grossesse ? Je l'ai vu moi-même, il me désignait clairement ! » Louis sentait le sol se dérober sous ses pieds. Il sentait revenir dans son cœur le fantôme de Charles Bass, qu'il avait occulté depuis bien longtemps déjà. Il ne jugea même pas nécessaire de demander qui était le vrai père d'Audrey.
« Il semble avéré que ce test a été falsifié à l'époque », précisa Cyrus. « Il semblerai que vous n'étiez pas au courant donc … »
« Bien entendu que je ne l'étais pas », s'exclama Louis avec impatience. « Pourquoi aurai-je voulu la responsabilité d'un bébé qu'il n'était pas le mien. Confier le futur de mon pays à une personne qui n'était même pas de mon propre sang ? Pourquoi ? » Le jeune homme commençait à saisir l'énormité de l'information. Les répercussions possibles commençaient à se former dans son esprit. Il sentit ses jambes chanceler, et s'approcha lourdement du canapé ou était toujours assis Raymond. Eleonor, Cyrus et Harold lui firent alors face, le regardant d'en haut.
« Réfléchissez, quelle autre personne aurait pu avoir à l'époque interet à ce que ce bébé soit de vous ? A ce que votre mariage ne soit pas annulé ? », l'interrogea Eleonor, qui commençait à s'impatienter.
La vérité commençait à s'insinuer dans le cœur de Louis. Il se rapella cette époque, pas si lointaine au final. Cela avait été un enchainement de confrontations, de doutes, de disputes avec Blair. La présence de Chuck, de Serena dans sa vie leur posait à l'époque tant de problèmes. Une personne au milieu de toute cette cacophonie s'évertuait à ce que le mariage se maintienne, que tout soit fait dans le respect de la tradition, des convenances. Sa mère. Mais il ne lui avait jamais parlé du test de paternité. Comment aurait-elle pu être au courant. Il leva un regard lourd sur les parents de Blair.
« Je crois que vous allez devoir appeler votre mère », lui indiqua Cyrus. « Maintenant », le pressa-t-il.
Sans dire un mot, Louis saisit son portable et composa le numéro de la Princesse Sophie.
La conversation fut courte, et froide. Dans un premier temps Sophie eut le réflexe de nier. Non elle n'était pas au courant que Blair avait fait un test de grossesse, pourquoi l'aurait-elle été ?
Elle n'eut plus la possibilité de le faire après que Louis lui ai fait par de l'incohérence de leurs groupes sanguins, ainsi que de l'existence du test ADN.
« Blair allait te quitter pour ce Charles Bass. J'ai fait ce que j'avais à faire pour préserver ton honneur, et celui de notre famille. Et je n'en ai pas honte. »
« Vous devriez Mère. »
Louis raccrocha son portable et le rangea lentement dans sa poche.
« Vous aviez raison. Audrey n'est pas ma fille, ma mère a manipuler les résultats du test de Blair. » Sa voix était atone, et son visage d'une extrême pâleur. Son monde venait de s'écrouler sous ses pieds. Il avait conscience bien sûr que sa vie à Monaco n'était pas parfaite, mais quel mariage l'était ? Innocemment, il pensait qu'après un départ chaotique, ils avaient atteint une forme d'équilibre, et qu'ils étaient parvenus à offrir à leur fille un foyer stable et aimant. Mais tout cela n'était basé que sur un mensonge.
« Et maintenant ? », interrogea-t-il les parents de Blair. Il les regardait tour à tour, perdu. Il ne savait quoi faire ensuite, par quoi commencer. Il ne parvenait pas à imaginer ce qu'allait devenir sa vie, il n'arrivait même pas à se projeter dans les jours qui arrivaient.
« Et maintenant vous allez signer une renonciation en paternité. Ensuite vous allez divorcer. Et Blair et Audrey seront libres de faire ce qu'elles voudront de leur vie ».
« Mais comment vais-je expliquer cela à Monaco ? Je ne peux pas simplement dire que nous divorçons et que j'autorise Blair à quitter la principauté avec notre fille ! »
« Dites ce qui vous chante, cela m'indiffère. En revanche je préfère vous prévenir. Vous avez déjà privé ma fille de tant de chose, n'imaginez même pas la dénigrer de quelque manière que cela dans cette histoire ! », lui-précisa froidement Eleonor.
« Mais je suis aussi victime dans cette histoire ! » lui répondit vivement Louis.
Cyrus s'approcha de Louis qui s'était soudainement levé. « Ecoutez, Je comprends que vous puissiez être pené par cette histoire. Vous élevez depuis plusieurs années une enfant pour apprendre que vous n'en êtes pas le père. Très bien. C'est rude. Blair contrairement à vous a renoncé à toute sa vie, ses rêves, ses ambitions, ses amis. Et à l'amour de sa vie. Désormais vous allez faire ce qui est le mieux pour elles, et prendre sur vous. Car c'est ce qu'un homme droit et honnête ferait. »
Ebranlé par l'intervention de Cyrus, Louis commença enfin à imaginer quelle était la situation de Blair en ce moment même. Et soudain il eut envie d'une seule chose, de mettre tout cela derrière lui. Ne plus les voir, ne plus en entendre parler. Faire ce qu'il aurait dû faire des années auparavant. Assumer leur rupture, vivre le tapage médiatique. Et laisser les gens oublier, et passer à autre chose.
« Très bien. Qu'elles fassent ce qu'elles ont à faire. Je ne ferais pas barrage. Qu'elle reprenne sa vie. Nous annoncerons notre divorce, et que Audrey n'est pas ma fille. Nous attribuerons cela à une erreur médicale commise lors du test de paternité. Je ne veux pas que la responsabilité de ma mère soit engagée. »
Les parents de Blair se regardèrent entre eux, s'interrogeant mutuellement du regard. Tous avaient envie de passer à autre chose, tout comme Blair. Leur fille et leur petite-fille étaient libres, Blair n'était pas désignée comme fautive ni responsable de la situation en aucune manière.
« Je m'occupe de rédiger les papiers », dit simplement Harold, ne pouvant dissimuler son soulagement.
Blair sursauta lorsqu'elle entendit la sonnerie du téléphone de sa chambre. Involontairement, elle s'était assoupie sur le sofa de sa suite, après avoir terminé sa boite de macarons.
« Oui ?
- Bonjour, ici la réception de l'hôtel. Nous avons ici une Madame Serena Van der Woodsen Archibald, qui demande à voir Mademoiselle Holly Golightly ? »
« Pouvez-vous lui demander … ». Blair hésita un instant. « Comment je faisais classer mes chaussures par Dorota ? »
Serena ne put s'empêcher d'étouffer un rire à l'énoncé de la question. « Les chaussures étaient la seule partie de son dressing dont « Holly Golightly » ne sous-traitait pas le classement. Et un mois par créateur, le mois suivant par couleur ».
Le cœur de Blair se sera en entendant la voix de son amie dans le combiné. « Faite la monter ».
Quelques instants plus tard, Blair attendait impatiemment Serena sur le seuil de sa chambre. Celle-ci se précipita hors de l'ascenseur et elles tombèrent dans les bras l'une de l'autre. « Merci d'être là », murmura Blair, le visage enfui dans l'épaisse chevelure blonde de son amie.
« Toujours », répondit simplement Serena.
Blair finit par rompre l'étreinte, et se recula pour mieux observer son amie. « Tu ne portes pas les cheveux un peu long pour ton âge ? », lui demanda-t-elle en plissant comiquement le nez.
« Tsssss », fit son amie en pouffant de rire et ébouriffant les cheveux de son amie. « Toujours l'âge de faire des orgies de macarons ?, demanda-t-elle en haussant un sourcil, à la vision de l'énorme boite totalement vide qui trônait sur la table du salon.
« A temps désespérés … », lui répondit Blair en souriant tristement.
Serena ne répondit pas tout de suite, et se décida à rompre le silence au bout de longues secondes. « Comment vas-tu ? »
« Mieux. Je … je suis encore un peu…. Perdue en fait. Tout est flou. Je survole chaque étape, et n'arrive absolument pas à me projeter au-delà de la suivante. Mais une étape à la fois ? C'est une bonne technique pour arriver au bout non ? »
Les deux amies s'assirent confortablement dans le canapé, et Blair prit le temps de leur commander du thé et un plateau pour Serena.
« J'ai eu ton père. Il a pris la route ce matin pour Paris avec Raymond. Il est peut-être même déjà arrivé. Il doit nous tenir au courant ici. Ma seule mission est donc de te tenir compagnie ! »
« Pas de pression donc ? »
« Non, mais peut être peut-on re-commander des macarons ? », releva Serena avec un sourire.
Quitte à attendre, autant le faire avec sa meilleure amie, du champagne, et en rattrapant le temps perdu.
Au bout d'une heure interminable, Louis entendit enfin Harold et Cyrus redescendre du premier étage de l'hôtel particulier. Les deux hommes s'étaient isolés afin de préparer soigneusement un document qui allait dans un premier temps indiquer que Louis n'était pas le père d'Audrey, qu'il renonçait définitivement à tous ses droits sur elle, et que désormais Blair pouvait se déplacer en toute liberté avec sa fille. Le divorce, plus complexe, serait à régler ultérieurement. L'urgence était de rendre à Blair et Audrey leur vie.
Louis avait passé cette heure à tenter en vain de faire le point sur une situation qui avait totalement échappée à son contrôle. IL ne parvenait toujours pas à comprendre comment sa vie avait pu déraper à ce point, en aussi peu de temps. Il se trouvait soudain au pied du mur, devant renoncer à ce qu'il considérait comme sa famille, et repartir sur une vie entièrement nouvelle. Il ne reverrait même pas Audrey, ni Blair. Il allait devoir retourner à Monaco, et affronter sa mère, et les répercussions de son divorce.
Il ne put s'empêcher de sursauter lorsque la porte du salon dans lequel il se trouvait s'ouvrit pour laisser passer les deux hommes. Cyrus s'approcha jusqu'à la table et déposa devant Louis un dossier. « Prenez le temps de le lire. Posez nous toutes les questions que vous avez. Et surtout signez vite ».
Le beau-père de Blair avait beaucoup de mal à rester courtois avec le jeune homme. D'ordinaire extrêmement bienveillant, Cyrus n'arrivait pas à comprendre que l'on puisse choisir délibérément de provoquer autant de souffrance pour une raison au final si superficielle. Son cœur était brisé à l'idée de toutes les épreuves qui allaient se présenter pour Blair et sa fille. Elles allaient devoir reprendre le court de leur vie en route. Personne ne s'était arrêté d'avancer après leur départ. Tout avait changé.
Au bout de quelques minutes, sans un regard pour Harold et Cyrus, Louis signa le document en silence. Il plia en trois l'exemplaire qui lui était destiné, et le glissa dans sa veste. Il se leva. « Dites à Blair que je suis désolé. »
Sur ces simples mots, il tourna les talons, et quitta le foyer de Cyrus et Eleonor. Il laissa tout le monde soulagé que cette partie soit passée, mais effrayés de ce qui les attendait.
