Chapitre 26

La nuit fut courte pour Blair. Elle s'était retirée dans sa chambre peu après sa discussion avec Nate et Serena. Elle avait tenté de trouver le sommeil, mais en vain. Les images des jours qui avaient suivi la découverte de l'identité du vrai père d'Audrey se bousculaient dans son esprit, et y semaient le trouble. Son premier réflexe avait été de rejeter sa vie à Monaco, de fuir. Elle avait instinctivement su qu'elle devait rentrer chez elle, retrouver son environnement, ne plus vivre cette vie de convenance et de mensonge. Mais voilà, elle était désormais « chez elle », et plus rien ne ressemblait au monde qu'elle avait laissé.

Apprendre que Chuck avait refait sa vie lui avait fait l'effet d'un électrochoc. Elle avait désespérément besoin de retrouver des repères, et la nouvelle avait cassé quelque chose en elle. Certes elle l'avait envisagé, et même souhaité en d'autres temps, mais voir cette perspective concrétisée était tout à fait différent. La nouvelle de sa paternité allait avoir encore plus répercussions qu'elle ne le craignait.

Ses réflexions nocturnes eurent pour seul effet d'augmenter le nombre de questions en suspens. Le matin arriva enfin et la première chose qu'elle eut envie de faire fut de revoir son appartement. Elle avait besoin de se retrouver chez elle, dans le foyer dans lequel elle avait grandi. Elle pouvait au moins compter sur cela.

Elle confia donc Audrey à la garde de Serena, et parti aussitôt après le petit déjeuner. Elle tacha d'ignorer le visage perplexe et étonné de son concierge, et s'engagea avec une assurance feinte dans l'ascenseur. Appuyant rapidement sur le bouton approprié, elle fut soulagée que personne d'autre ne l'ai suivie. Alors que l'appareil s'élevait dans les étages, elle fut prise par un tournis. Elle s'appuya instinctivement sur la paroi, et ne fut sortie de sa torpeur que par le tintement annonçant son arrivée.

Les portes s'ouvrirent avec un bruit feutré, et elle découvrit devant elle le foyer de son penthouse. Osant à peine respirer, elle sortit de la cabine, et avança doucement dans la pièce, ses yeux dévorant les murs nus, les meubles recouverts de housses. Ses pas résonnaient fortement dans l'appartement inhabité depuis trop longtemps, et elle se sentit rapidement mal à l'aise.

Secouant la tête comme pour se ramener à la raison, elle se forca à aller de l'avant, et entra dans le salon, puis la salle à manger. Elle poursuivit son chemin dans la cuisine, et revint dans l'entrée afin de s'engager dans l'escalier qui menait aux chambres. Laissant glisser sa main sur la rampe poussiéreuse, elle monta les marches lentement, et arriva enfin sur le palier.

Elle avait le sentiment de parcourir une maison hantée. Elle en avait bien sur conservé un souvenir très précis, qui ne correspondait pas du tout à ce qui l'entourait. L'appartement manquait de chaleur, de vie.

Elle arriva enfin devant la porte de sa chambre, qu'elle ouvrit doucement. Là encore, elle la reconnu sans pour autant se sentir chez elle. Les rideaux avaient été décrochés, et la lumière était crue. Le lit n'était pas fait, et plusieurs meubles, qu'elle s'était fait envoyer à Monaco, manquaient. Elle poursuivi son chemin jusqu'à son dressing, dont elle ouvrit doucement la double porte. Elle pénétra religieusement dans la pièce. Les tringles et les étagères étaient encore chargés de vêtements et d'accessoire. Elle avait chargé Dorota de lui envoyer celles de ses affaires qui trouveraient une utilité dans sa nouvelle vie à Monaco, et en l'occurrence, beaucoup étaient donc restée à New York.

Elle effleura doucement du bout des doigts les robes soigneusement organisée par type d'évènement et par couleur, chaque toilette lui rappelant des souvenirs. Tout était là. Son ancienne vie.

Elle était perdue dans ses pensées lorsqu'elle fut surprise par la sonnerie de l'ascenseur annonçant l'arrivée d'un visiteur. Elle sortit en toute hâte de la pièce, et rejoint rapidement le foyer, pour y trouver Dorota qui avait déjà commencé à la chercher dans les pièces du bas.

« Miss Blair ! » s'exclama-t-elle en voyant celle-ci descendre les escaliers.

« Dorota ! » répondit Blair avec le même enthousiasme, en accélérant le pas. Elle se précipita vers sa fidèle gouvernante et la prit dans ses bras avec chaleur.

« Comment avez-vous su ? » lui murmura-t-elle, ne relâchant toujours pas son étreinte.

« Miss Serena m'a dit que vous venir toute seule ici. Je me suis dit qu'un peu de compagnie serait bien non ? »

Blair se recula pour regarder enfin Dorota dans les yeux. L'émotion était la même pour les deux femmes. La joie de revoir l'autre était profonde.

« Je vais avoir besoin d'aide pour reprendre en main cette maison », soupira Blair avec un petit sourire en coin.

« Je pensais aussi. » Dorota ne put s'empêcher de sourire. Elle connaissait sans pouvoir se tromper la réponse à la question qu'elle s'apprêtait à poser, mais il fallait bien le formuler.

« Vous bien vouloir que je revienne ? Moi très heureuse de prendre soin de appartement et surtout de Miss Audrey ! »

Blair ne put cacher le soulagement qui l'envahit. Enfin quelque chose semblait revenir à la normale sans complication. « Vous seriez d'accord ? »

Dorota maugréa comme à son habitude … « Bien sûr, moi avoir déjà posé démission quand Miss Serena me confirmer que vous rentrez à appartement avec Miss Audrey. Beaucoup de travail, il faut commencer vite ! » Elle leva les yeux sur Blair, et l'attitude de celle-ci lui brisa le cœur.

Blair était tellement touchée et heureuse de voir que Dorota considérait comme parfaitement naturel de revenir à son service. Elle ne voyait qu'elle pour transformer son superbe mais glacial appartement en vrai foyer pour sa fille. Elle sentit son cœur se serrer, et son seul reflexe fut alors de reprendre Dorota dans ses bras une seconde fois. « Merci pour tout, » lui murmura-t-elle.

Au bout de quelques instants, les deux femmes rompirent de nouveau leur étreinte, et Blair prit le temps de faire avec Dorota le tour de l'appartement. Elles pointèrent ensembles les différentes taches à accomplirent, les meubles à remplacer, les rideaux et les tapis à se procurer pour rendre de nouveau sa chaleur à l'endroit. Blair ne s'attardât pas, car une tâche importante figurait ensuite sur son programme. Elle avait laissé Audrey à la garde de Serena pour la matinée, et souhaitait les rejoindre le plus rapidement possible.

Elle laissa donc Dorota prendre en charge l'appartement, et rejoignit sa voiture qui l'attendait toujours en bas de son immeuble. S'installant à l'arrière, elle donna au chauffeur sa prochaine destination. Bass Industries.

Le trajet ne fut pas assez long au gout de Blair. Depuis que Nate l'avait informée de la disparition de Chuck, elle n'avait pu envisager que cette piste pourtant. En en parlant avec Serena, elles avaient toutes les deux conclu que si une personne devait pouvoir rester en contact avec lui, c'était son assistant personnel, Tom. D'après Serena, le jeune homme travaillait pour Chuck depuis plusieurs années désormais, et avait toute la confiance de celui-ci. Il était au courant de tous les détails de sa vie, était le barrage à passer pour toute personne souhaitant entrer en contact avec le jeune et légendaire PDG de Bass Industries.

La voiture se stationna devant les bureaux de Chuck et Blair en sortit doucement, prenant tout son temps. Elle prit quelques secondes pour observer l'imposant bâtiment, rassemblant son courage. Elle prit une longue inspiration, retira ses lunettes noires, se redressa, et pénétra dans le hall. Elle dégageait une assurance et une élégance qui firent se retourner sur elle tous les regards. En dépit de sa mise relativement simple, du moins pour Blair Waldorf, elle était consciente de l'effet qu'elle produisait. Elle pouvait de nouveau être elle-même, laisser paraitre cette suffisance qui ne pouvait provenir que d'une vie entière de privilèges. Après avoir passé 4 ans à devoir sourire sur commande à des inconnus, elle trouvait cela étonnamment rafraichissant, et lui donnait du courage.

Serena lui avait indiqué comment trouver son chemin dans le bâtiment, aussi se dirigea-t-elle directement vers l'un des ascenseurs, et monta jusqu'au quarantième étage. Les portes s'ouvrirent sur une banque d'accueil, derrière laquelle deux jeunes femmes se trouvaient. Toutes les deux étaient au téléphone. Blair choisit donc d'ignorer le signe que l'une d'elle lui fit, lui signifiant d'attendre, et elle s'engagea directement dans le couloir qui partait sur sa droite.

Tom passait une mauvaise journée. Après plusieurs années passées au service du jeune millionnaire, il pensait avoir tout vu. Mais la disparition récente de son patron donnait une dimension particulière à son poste. Il était donc en ligne, occupé à annuler nombre d'engagements professionnels pour Chuck, lorsque son attention fut attirée par une agitation inhabituelle.

Un bruit de talons se faisait entendre. Clairement des pas rapides et assurés. Et ensuite les exclamations de l'hôtesse d'accueil qui tentait a priori en vain d'expliquer à la jeune femme qu'elle ne pouvait pénétrer dans les bureaux sans avoir un rendez-vous. La visiteuse ne daigna même pas lui répondre, et Tom sentir qu'il allait devoir gérer aussi cela. Il termina donc en toute hâte sa communication, et raccrocha au moment où les deux femmes se retrouvèrent devant son bureau.

Il regarda une première fois la jeune femme qui se tenait devant lui, tapotant déjà impatiemment du pied, et afficha rapidement sur son écran le planning prévu de Chuck pour la journée, craignant dans un premier temps d'avoir omis d'annuler un de ses rendez-vous. Mais avant qu'il n'eut le temps de faire cela, son cerveau fit enfin le lien entre le visage de la jeune femme et …

« Vous êtes Blair Waldorf n'est-ce pas ? », lui demanda-t-il simplement en levant de nouveau les yeux sur elle.

« Je suis ravie que vous sachiez qui je suis, cela va nous simplifier la vie à tous les deux. Pourriez-vous indiquer à cette jeune femme qu'elle peut cesser de me houspiller, et qu'elle peut retourner répondre au téléphone ? »

D'un geste de la main, Tom indiqua à la réceptionniste qu'il prenait en main la situation, et qu'elle pouvait s'éloigner, ce que celle-ci fit en levant peu subtilement les yeux au ciel.

« Que puis-je faire pour vous Mademoiselle Waldorf ? », l'interrogea Tom, se doutant malheureusement de la réponse à sa question.

« J'ai besoin de parler à Chuck. Maintenant. »

« Tout sauf cela je suis désolé. Mes instructions sont très claires. »

« Des instructions ? Donc vous êtes en contact avec lui ! »

Tom sentit une bouffée de chaleur le saisir. Il s'agissait de son premier contact avec la jeune femme et jusque-là, elle correspondait parfaitement à sa réputation. Elle était terrifiante.

« Mademoiselle Waldorf, je suis désolé mais je ne peux rien pour vous. Chuck n'est pas ici, et n'est pas joignable pour l'instant. » Il se tut un instant, sentant toujours sur lui le regard furieux de Blair.

« Tom, je crois que vous n'avez pas très bien saisit qui j'étais, et le degré d'urgence de ma demande. Je peux vous garantir que lorsque j'aurai pu parler à Chuck, et qu'il apprendra que j'ai été retardée par vous dans ma démarche, votre poste sera plus que compromis. » Elle laissa ses mots pénétrer l'esprit du jeune homme, puis reprit avec un sourire : »Vous appréciez votre poste Tom ? »

Le jeune homme sentit de la sueur se former sur son dos. Il n'était arrivé au service de Chuck qu'après le départ de Blair pour Monaco. Il n'avait jamais vu le légendaire couple ensemble, mais il connaissait parfaitement leur passé. Il était évident que la disparition de son patron était liée au retour de la jeune femme, mais Blair semblait tellement convaincue de la nécessité de parler à Chuck en urgence qu'il ne sut quoi faire. La démarche ne ressemblait pas à celle d'un ancien amour qui venait simplement aux nouvelles. Derrière l'autorité naturelle de la jeune femme semblait se cacher une vraie détresse, une réelle urgence. Se pouvait-il que Chuck passe à côté de quelque chose de réellement important ?

« Je ne sais même pas où il se trouve. Il s'est occupé de son voyage lui-même. J'ai uniquement été en contact avec lui par mail pour des sujets liés à BI. Il a juste précisé qu'il avait besoin de revoir un endroit pour se rappeler de quelque chose … je ne sais plus très bien, je …. »

« Pour se rappeler de quelque chose ? De quoi exactement ? C'est ridicule ! » Blair sentait la panique la gagner. Ce jeune assistant paraissait assez censé, mais clairement Chuck se doutait qu'il lui parlerait et s'était bien gardé de lui confier la moindre information constructive.

« Je suis désolé je ne peux pas vous dire ce que j'ignore. » L'attention de Tom fut alors détournée par la sonnerie du téléphone. « Je suis désolée, je dois m'occuper de cela ». Joignant le geste à la parole, il saisit le combiné, et déporta son attention de Blair quelques secondes.

Blair sentir cette fois une frustration intense la gagner. Voyant que le jeune homme, légèrement débordé par l'absence imprévue de son patron, ne savait plus où donner de la tête, elle avisa rapidement la double porte en bois qui figurait juste derrière lui. Instinctivement, elle s'avança rapidement devant celle-ci, et actionna la poignée. Avec surprise, elle constata que la porte était ouverte. Elle pénétra donc rapidement dans la pièce, et se retourna pour fermer la porte. Tom était en train de se lever de son fauteuil pour protester, mais avant qu'il ne puisse l'atteindre Blair referma la porte et la verrouilla vivement.

Elle se retourna doucement, et s'adossa au battant, embrassant du regard la vaste pièce. Elle ne prêta aucune attention à Tom qui tambourinait derrière la porte, et s'avança. Elle laissa près de l'entrée du bureau un canapé en cuir ainsi que de profonds fauteuils club au cuir patiné, et se dirigea vers une large bibliothèque intégrée qui occupait tout un pan de mur. Celle-ci était occupée par quelques œuvres d'art qu'elle se rappelait avoir vues dans le bureau de Bart, et surtout par quelques photos encadrées, qu'elle imaginait soigneusement sélectionnées. Sans surprise, elle découvrit le portrait de sa mère, ainsi qu'une photo du mariage de Bart et Lily. Elle reconnut ensuite Nate et Serena le jour de leur mariage, ainsi que, à sa grande surprise, la photo datant de leur rentrée au lycée réunissant Nate, Chuck, Serena et elle-même. Elle ne put réprimer un sourire en passant doucement ses doigts sur le cadre, et poursuivit son exploration. Elle arriva devant une photo de Chuck accompagné d'une jeune femme, à ce qui devait être une soirée de gala. Blair sentit un nœud désagréable se nouer dans son estomac. Elle devina que cela devait être la jeune femme dont lui avait parlé Nate et Serena, et choisit pour l'instant de ne pas s'attarder sur le bonheur simple qui semblait émaner du couple. Poursuivant sa progression, son regard accrocha une photo de paysage, la seule de cette nature en réalité. Sentant un frisson parcourir son dos, elle s'en approcha rapidement, son instinct lui indiquant tout de suite de quoi il s'agissait.

Blair était soulagée d'être parvenue à dormir pendant la majorité du vol. Elle avait craint de ne laisser l'angoisse de laisser Audrey pour la première fois prendre le dessus, mais le cachet approprié couplé avec quelques coupes de champagne avait fait son œuvre. L'avion privé qu'elle avait affrété effectuait son approche finale, et elle pouvait voir par le hublot la petite ile qui servait d'aéroport pour ce petit archipel des Seychelles. Elle s'empêcha de trop penser à la longueur ridicule de la piste qui se trouvait au milieu de nulle part, et entreprit de rassembler ses affaires personnelles dans son sac.

L'atterrissage se déroula sans encombre, et comme prévu elle était attendue. Un jeune homme parlant anglais avec un très fort accent la conduisit à une navette rapide qui devait la conduire à son hôtel. Elle surveilla le chargement de ses bagages, et enfila ses lunettes de soleil. Elle prit une profonde inspiration, et s'intima en silence l'ordre de profiter de ces vacances.

Chuck avait passé comme prévu tout le voyage à travailler sur les dossiers que Tom lui avait préparés. Il venait à peine de ranger le dernier, lorsque l'hôtesse du jet de BI s'approcha de lui avec un plateau, lui indiquant que leur arrivée était proche, et qui ne lui restait plus beaucoup de temps s'il souhaitait se restaurer avant l'atterrissage. Sans un mot, il la laissa installer devant lui un club sandwich accompagné d'une coupe de champagne. Il regarda distraitement par le hublot, se demandant pour la énième fois pourquoi il s'était laissé convaincre. IL n'avait absolument pas besoin de vacances d'aucune sorte. Son travail l'épanouissait parfaitement. S'éloigner du bureau lui provoquait plus de stress que d'y rester, mais sans surprise, l'union de Lily et de Serena avait eu raison de sa résistance. Il avait donc accepté à contre cœur de prendre une semaine de vacances, ne serait-ce que pour qu'elles le laissent en paix sur le sujet pendant au moins un an à son retour.

D'un regard un peu absent, il avisa donc la petite ile qui servait d'aéroport à l'archipel des Seychelles qu'il avait sélectionnée pour sa tranquillité et son isolement total. La piste brune tannée par le soleil se détachait d'une mer au bleu parfait, uniquement troublée par l'écume blanche qui marquait la trace d'une navette rapide qui s'éloignait. Le paysage était absolument sublime.

Le bateau qui transportait Blair accosta en douceur à l'unique ponton de l'ile. Une jeune femme élégante, ainsi qu'un groom, se tenaient là à l'attendre. Elle prit la main que lui offrit le pilote pour débarquer du bateau, et ne put s'empêcher d'être soulagée de retrouver la terre ferme après une traversée de plus d'une heure. Le groom prit en charge en silence ses affaires, tandis que la jeune femme l'accueillait avec politesse. Elle l'invitât à la suivre sur l'ile afin de lui montrer la villa qu'elle occuperait. Blair garda sur le nez ses lunettes noires et maintint la discussion avec son hôte au strict minimum. Elle était venue pour retrouver un peu de tranquillité, et elle aspirait à rallier ses quartiers le plus rapidement possible. Elle se voyait déjà prendre un long bain dans sa salle de bain à ciel ouvert, avant de se permettre une nuit réparatrice après ce long voyage. Au bout du ponton, elle fut invitée à prendre place dans une voiturette électrique. La tranquillité des pensionnaires étaient assurée par l'isolement des lieux d'habitation, et dix minutes furent nécessaires pour rallier l'extrémité de l'ile. Blair admira en silence la végétation luxuriante et les bosquets de fleurs soignés. L'endroit était véritablement paradisiaque.

Elles arrivèrent enfin devant une villa dont uniquement la porte était visible depuis la petite route. Blair suivi sa guide à l'intérieur, et pénétra d'abord dans une vaste pièce de vie. Elle découvrit une pièce immense, dont tout un cotée était ouvert sur la plage. Le mobiliers luxueux mais discret appelait à la détente, et un vent léger parcourait la pièce et faisait voler doucement les voiles qui ornaient les ouvertures. Juste devant, une vaste terrasse permettait de manger et de se détendre à l'ombre sur un vaste daybed recouvert de coussins. L'ensemble donnait sur un jardin verdoyant au milieu duquel figuraient sa piscine privée, et un peu plus bas son accès à la plage. L'employée de l'hôtel lui fit ensuite découvrir sa chambre, qui donnait aussi sur la plage, ainsi que son dressing et sa salle de bain. A l'autre extrémité de la maison figurait sa salle de sport privée ainsi qu'une salle de massage. L'ensemble était ouvert sur l'extérieur. Toute la maison était balayée par l'air marin. Blair écoutait la jeune femme avec distraction. Elle découvrait surtout avec plaisir son refuge pour les prochains jours, et se félicitait de son choix. Au bout d'une dizaine de minutes, elle se lassa de l'exposé et congédia l'employée après lui avoir demandé de lui faire amener un plateau léger.

Blair passa la fin de la journée à se détendre dans un bain. Elle dina sur la terrasse avec pour seule compagnie un bon roman, et se coucha tôt avec la ferme intention de profiter pleinement de sa première journée de vacance.

L'avion de Chuck atterri sur la petite piste, et il fut rapidement mené au bateau qui devait le conduire à l'hôtel. A la suite de la traversée, il fut mené à sa villa personnelle, et s'installa rapidement. Engourdi par le voyage, il congédia le personnel pour la soirée, et s'installa dans le hamac au bord de sa piscine. Il observait les vagues se briser avec régularité sur la plage, et trouva le mouvement apaisant. Au bout de quelques minutes, il se releva, et s'avança lentement, jusqu'à atteindre le sable. Il se pencha pour retirer ses chaussures, et avança pied nu sur la plage, savourant la sensation du sable tiède sur sa peau nue.

Il resta sans voix devant le spectacle qui s'offrait à lui. Le soleil affleurait à l'horizon. La mer avait pris une teinte grise, nuancée par l'écume qui se formait au gré des vagues. Quelques nuages se coloraient de orange, et donnaient l'impression d'être tout près du soleil, qui continuait doucement sa descente. Chuck se tenait là, pied nu dans le sable, la chemise sortie de son pantalon, et les manches de celle-ci roulotées sur ses avant-bras. Il était au bout du monde, et seul au monde. Fermant les yeux, il laissa l'air marin caresser son visage et, comme à chaque fois qu'il se laissait aller à ne pas se concentrer volontairement sur quelque chose, son esprit afficha devant ses yeux l'image de Blair. Il serra les paupières un peu plus fort, et fut surpris comme à chaque fois par la force de l'étau qui lui serra le cœur. Au début, il avait tenté de se rassurer en se disant que cette force allait faiblir. Que la douleur était atroce, mais que cela irait de mieux en mieux. Et pourtant. Il était là. Il avait réussi à ne pas laisser sa vie s'écrouler. Il avait tenté de réaliser des choses pour lui-même, et y était parvenu. Mais au bout de plusieurs années, toutes les réalisations, tous les bonheurs, tous les paysages paradisiaques étaient toujours vides de sens sans elle à ses côtés.

Blair se réveilla le lendemain matin reposée. Le cachet qu'elle avait pris en se couchant allié à la tranquillité de l'endroit lui avait réussi. Elle savoura tranquillement comme à son habitude les quelques secondes qui suivait son réveil, le seul moment où elle s'autorisait à penser à lui. Comme d'habitude, son esprit l'imagina couché à côté d'elle, ses bras autour de sa taille, et son visage enfouit dans son cou. Elle retira ensuite le masque de ses yeux, et savoura la vue qui s'offrait à elle, la journée s'annonçait magnifique.

Ce jour-là elle profita sans scrupule de la solitude. Elle vivait chaque jour entouré d'une foule de gens qui se trouvaient là contre son gré, et la tranquillité qu'elle retrouvait sur l'île avait quelque chose de sacré. Elle passa donc la journée au bord de la piscine, à lire tranquillement en peaufinant son bronzage. Elle se fit amener tous ses repas, qu'elle dégusta dans le silence. Quand vint la fin de l'après-midi, elle caressa l'idée de profiter du restaurant de l'hôtel, que l'on disait excellent. Elle prit soin de réserver une table isolée, qui se trouvait au bout d'un ponton au-dessus de l'eau. Plus que tout elle souhaitait continuer à profiter de cette tranquillité qui lui faisait tant de bien.

Le soir arrivant, elle prit le temps d'appeler Audrey comme elle l'avait promis à la petite fille. Elle n'était pas certaine que sa fille, à peine âgée de 2 ans, soit bien consciente qu'elle lui parlait au téléphone, mais elle tenait à ce contact. Elle se prépara ensuite tranquillement, et revêtit une robe noire courte et moulante qu'elle n'aurait jamais pu porter à Monaco. Au diable les convenances ici. Elle chaussa des sandales plates, et choisit de ne porter aucuns bijoux, sa peau déjà bronzée ne nécessitant pas d'être davantage mise en valeur. Elle se contenta de remonter ses cheveux en un chignon flou, dans lequel elle piqua une simple fleur. Ainsi parée, elle monta dans la voiturette que le restaurant lui avait envoyée.

Chuck passa sa première journée à travailler. La mélancolie qui l'avait saisi lors de cette première soirée sur la place l'avait effrayé, et il sentait instinctivement qu'il avait besoin d'être distrait s'il voulait revenir de ces vacances forcées avec toute sa tête.

Il s'était donc installé avec l'ensemble de ses dossiers ainsi que son ordinateur sur la terrasse, et ne s'était autorisé que quelques plongeons dans la piscine afin de se rafraichir aux heures les plus chaudes de la journée. Comme il s'y attendait, à la fin de la journée il n'eut qu'une envie, sortir de cette villa. Il réserva donc une table au restaurant de l'hôtel. Chuck avait le sentiment agréable d'avoir passé une journée productive, même si le cadre lui pesait déjà. Il se prépara donc pour le diner l'esprit assez tranquille. Il choisit un simple pantalon en coton, ainsi qu'une chemise blanche. Il enfila directement pied nu une paire de mocassin, et c'est dans cette mise étonnamment décontractée pour qui connaissait Chuck Bass qu'il embarqua à bord d'une voiturette qui le mena au restaurant de l'hôtel.

Blair pénétra dans le restaurant, et ne fut pas surprise de constater que celui-ci était, sur le même modèle que sa villa, totalement ouvert sur la plage. De larges voiles blanc barraient les ouvertures, et ondulaient au rythme de la brise marine. L'espace était assez vaste, surtout comparé au petit nombre de tables qui y étaient dressées. Celles-ci étaient donc espacées, et permettaient aux clients de l'hôtel de diner en toute intimité. Elle fut chaleureusement accueillie par le maitre d'hôtel qui la guida au travers de la vaste pièce, et s'engagea sur une passerelle qui menait à un ponton en bois surplombant la mer. Conformément à sa demande, c'est là que sa table avait été dressée. Elle s'installa et commanda simplement une bouteille de son champagne vintage préféré, ainsi qu'un homard grillé. C'était bien là le but de ce séjour. Les plaisirs simples, le luxe auquel elle a toujours été habituée, et l'intimité retrouvée

Chuck pénétra dans la salle de restaurant, et balaya l'endroit du regard. Il ne fut pas surpris, l'ensemble était à l'image du reste de l'hôtel. Il avisa les quelques couples qui dinaient en tête à tête à la lueur des bougies, et demanda immédiatement au maître d'hôtel à être installé au bar. C'était encore là qu'il se sentirait le plus à sa place. Dès qu'il fut installé, il commanda tout de suite un scotch ainsi qu'un simple homard grillé. Il savait que ceux-ci était péchés le jour-même sur l'ile, et qu'ils valaient la peine d'être dégustés.

Il fut rapidement servi, et pris son temps pour diner, faisant régulièrement signe au barman de remplir de nouveau son verre. Il avait perdu l'habitude de boire autant, mais il trouvait son environnement terriblement déprimant. Comment avait-il pu se retrouver dans ce paradis pour jeunes mariés avec pour seule compagnie ses dossiers et un barman qui servait de trop petits verres ? Il secoua la tête pour se rafraichir les idées, et il commença à observer son environnement au-delà de la salle de restaurant. La plage était si proche qu'il entendait le bruit des vagues se brisant sur le sable. La lune se reflétait sur la surface de la mer. Son regard balaya la surface de l'eau et il finit par remarquer une sorte de paillote au-dessus de la mer, reliée à la plage par un ponton en bois. Il plissa les yeux, ne parvenant pas à distinguer ce qui s'y trouvait. Il prit son verre de scotch, et se rapprocha de la rambarde qui séparait le restaurant de la plage. Il s'y appuya d'une main, et de l'autre porta son verre à ses lèvres. Il vida ce qui s'y trouvait d'une seule traite, et plissa les yeux pour les habituer à l'obscurité.

Au bout de plusieurs secondes, il finit par distinguer une table simplement éclairée par des bougies, et la silhouette d'une femme qui y était assise. Elle semblait seule, et la seule chose qui lui fit comprendre qu'il ne rêvait pas fit qu'elle bougeait régulièrement pour porter à sa bouche sa flute de champagne. Dans la pénombre, il ne distinguait par contraste que la fleur blanche dont elle avait orné ses cheveux, ainsi que la ligne de sa nuque et de ses épaules.

Le cœur de Chuck se serra, réalisant qu'il n'était sans doute pas la seule personne sur cette île à se sentir seule.

Son regard s'attarda encore un instant sur la silhouette, puis son regard baissa jusqu'à son verre vide, et il décida que son diner en solitaire avait bien assez duré. Il fit le chemin inverse jusqu'au bar, sur lequel il reposa son verre. Il décida qu'il n'avait pas envie de subir la compagnie du chauffeur de la voiture électrique, et choisit de rentrer à sa villa par la plage. Il ressorti donc du restaurant qu'il contourna, il retira ses chaussures qu'il prit dans sa main, et commença à marcher dans le sable, avec pour seule lumière celle de la lune.

Le diner de Blair avait été excellent. Simple, mais excellent. Elle venait de reposer sa flute vide sur la table, quand elle réalisa qu'elle commençait à avoir froid. Elle n'avait pris avec elle aucune étole pouvant la réchauffer, et décida donc qu'il était temps de rentrer. Elle repoussa sa chaise, et descendit avec précaution la passerelle qui la ramenait sur la plage. Elle repassa dans la salle de restaurant, et en sortit pour trouver une voiturette qui, heureusement, l'attendait. Quelques minutes plus tard, elle pénétrait dans le salon de sa villa.

Blair décida qu'elle avait envie d'une dernière flute de champagne. Elle passa dans sa chambre pour prendre une fine étole de cachemire qu'elle jeta sur ses épaules, et repassa dans le salon. Conformément à ses directives, une bouteille de son champagne préféré se trouvait sur la table basse du salon. Elle s'en approcha, et déboucha la bouteille. Elle se servit une flute, pour se diriger vers sa terrasse. Elle savoura de pouvoir profiter ainsi de l'air sans être gênée par le froid. Elle prit le temps de boire une longue gorgée, et contempla tranquillement la pleine lune dans le ciel sans nuage. Elle réalisa que d'où elle était, elle ne pouvait en voir le reflet sur la mer. Elle s'avança donc le long de sa piscine privée, et parcouru le court chemin qui la séparait de la plage.

Chuck avançait tranquillement les pieds dans le sable, ses chaussures à la main. Il sentait l'ivresse des verres de scotch qu'il avait trop rapidement bus monter en lui, et son sang se réchauffer. Il continuait s'avancer entre les palmiers et la mer, son esprit se laissant bercer par le bruit des vagues. La vue était la même que depuis le restaurant. Les vagues qui se brisaient avec une régularité hypnotisante, la lune qui se reflétait sur la mer, le sable fin qui coulait sous ses pieds, et la végétation dense. Il avait l'impression de ne pas avancer. Ses pas défilaient, mais son environnement restait le même. Il en avait l'habitude. A New York les jours passaient, tous différents. De nouveaux projets, de nouveaux collaborateurs, de nouveaux accomplissements. Les louanges de la presse, la fierté de Lily, les félicitations de ses amis. Et toujours le même vide immense lorsqu'il se retrouvait seul le soir. Cela ne changeait pas.

Blair serrait autour d'elle son étole, et savourait sa coupe de champagne. Elle ferma les yeux, et savoura la sensation de l'air sur son visage, dans ses cheveux. La solitude lui procurait un apaisement immense, dont elle avait cruellement besoin. A Monaco sa propre vie ne lui appartenait plus. Elle doutait de ne jamais avoir davantage d'autonomie, et déjà elle ne maitrisait rien. Pas son emploi du temps, pas ses déplacement, ni l'éducation de sa fille. Cette parenthèse hors du temps lui permettait enfin de se laisser aller, d'être elle-même sans craindre les regards ennemis.

Son attention fut attirée par un mouvement dans sa vision périphérique. Elle tourna tout de suite la tête, pour réaliser qu'un homme semblait s'approcher d'elle sur la plage. Elle ne distinguait pour l'instant que sa chemise blanche, qui se détachait dans la pénombre. Sans qu'elle ne sache pourquoi, elle eut pour seul reflexe de reculer de quelques pas pour se rapprocher de la végétation à laquelle elle faisait dos.

Chuck continuait sa marche, et commençait à regretter d'avoir choisi ce mode de transport pour rallier sa chambre. Cette promenade était longue et ennuyeuse. Au final il n'aspirait qu'à rentrer et dormir, afin d'être en forme le lendemain et de pouvoir se mettre tôt au travail.

Il était en train de faire mentalement la liste des choses qu'il avait à faire en priorité quand son regard accrocha un mouvement à la limite de la végétation. Il distingua dans la pénombre une silhouette de femme, et il reconnut la fleur blanche de la silhouette du restaurant.

Se pensant à l'abri dans l'obscurité, Blair observa la silhouette se rapprocher d'elle. Elle remarqua la démarche assurée, les larges épaules mises en valeur par une chemise ajustée. Indépendamment de son esprit, son regard remonta lentement le long de la silhouette, et atteint la ligne de la mâchoire. Blair sentit, avant de savoir. Son corps avait commencé à réagir, avant même de comprendre. Elle se sentit trembler, avant que ses yeux ne remontent vers les lèvres ourlées, et le nez fort. Au moment où elle atteint son magnifique regard, elle avait commencé sans s'en rendre compte à avancer sur la plage, se détachant de l'obscurité.

Chuck constata distraitement que la silhouette féminine se déplaçait. Sans y réfléchir, son regard s'attarda sur elle. Il remarqua d'abord la magnifique robe noire moulante Hervé Leger, puis la démarche de la jeune femme, le balancement de ses hanches. Il ferma les yeux une seconde, une image de souvenir s'affichant sur ses paupières clauses. Non. Il refusa de se laisser dans cette direction, il devait rester dans la réalité. Il ouvrit de nouveau les yeux, à peine une seconde plus tard, et son visage était soudain en plein dans la lumière de la lune.

Blair avait avancé dans sa direction sans réfléchir, ni même penser. Ses bras était retombés le long de son corps, et elle avait laissé tomber derrière elle sa flute ainsi que son étole, qui avait glissé le long de son bras avant de s'échouer sur le sable. Elle sentait tout. Tout de manière décuplée. Elle semblait sentir chaque battement de son cœur dans chacune de ses veines, comme une intense et chaude pulsation. Elle avait l'impression que sa poitrine allait se déchirer sous la force des battements, et elle parvenait à peine à respirer correctement. Sa gorge était tellement nouée que ses inspirations étaient totalement hachées. Mais elle continuait d'avancer, désormais bien consciente de qui se trouvait en face d'elle.

Chuck se figea instantanément. Il sentit à peine ses chaussures tomber lourdement à ses pieds, hypnotisé par la vision qui se rapprochait de lui. Ses yeux dévoraient avidement son visage, son corps. Apres s'être contenté pendant tellement longtemps d'images, de souvenirs, il était en manque d'elle. Alors il la dévorait des yeux, mémorisant tout. Les traits de son visage, la façon dont elle était coiffée, la ligne pure de son cou et de ses épaules, son buste moulé dans cette robe magnifique, sa taille fine, ses longues jambes bronzées. Il voulait tout mémoriser, car une telle vision n'allait pas rester à sa portée bien longtemps n'est-ce pas ?

Et soudain, elle était là, lui faisant face. Incapable de prononcer un mot, Chuck se contentait de contempler son visage avidement. Et il ressentit comme un choc sur sa main. Un choc, suivi d'une intense sensation de chaleur, de douceur, alors que ses doigts caressaient les siens doucement, les entrelaçant progressivement.

Blair ne pensait plus. Elle agissait par instinct, car son esprit était incapable de formuler ce qui était en train de se passer. Lorsqu'elle fit finalement face à Chuck, aucun mot ne lui vint. Elle laissa son corps agir, et elle sentit sa main s'approcher de la sienne, et la saisir doucement.

Blair et Chuck se tenaient l'un en face de l'autre, immobiles. Leurs mains étaient simplement jointes, et leurs visages se faisaient face. L'intensité de leurs regards respectifs captivait totalement l'autre. Au bout de quelques instants, Chuck remonta près de son visage la main de Blair, qu'il embrassa avec dévotion.

« Blair »

Et Blair sut ou se trouvait Chuck.