Chapitre 29
Chuck était déjà réveillé lorsque sonna son réveil le lendemain matin. A dire vrai il était à peu près certain de ne pas avoir dormi du tout. Il l'éteint rapidement afin de ne pas réveiller Roser, et se leva immédiatement. Cette nuit hors du temps, passée entre les souvenirs des moments partagés avec Blair, les bons comme les mauvais, et les tentatives vaines de réalisation de sa nouvelle paternité ne lui avaient apporté aucun repos, pour ne pas dire qu'elle l'avait davantage troublé.
Sans se l'avouer, il regrettait son impulsivité et le fait d'avoir organisé une rencontre aussi rapidement avec la petite fille. Aurait-il été plus prudent, plus responsable d'attendre quelques jours pour se préparer ? Malheureusement, à l'issue d'une nuit de réflexion pour le moins improductive, il semblait possible qu'il ne serait pas arrivé à un meilleur résultat si il avait eu davantage de temps. Sans doute avait-il besoin de se confronter à cette nouvelle réalité pour en saisir toute la dimension.
Lorsqu'il sorti de la salle de bain une heure plus tard, il constata avec soulagement que Rose dormait toujours. Il nourrissait une certaine honte de cette réaction, mais il ne se sentait objectivement pas la force de jouer un rôle ce matin-là. Le rôle du petit ami pour lequel tout va bien en dépit du retour de l'amour de sa vie, le rôle du jeune homme qui vient d'apprendre qu'il est le papa d'une petite fille de 3 ans et pour lequel tout est simple. Non, tout n'allait pas bien, et il ne pouvait gérer qu'une seule chose à la fois.
Il sortit donc silencieusement de la chambre, laissant Rose, encore une fois, se réveiller seule avec ses questions, et quitta rapidement l'appartement.
Arthur l'attendait bien sûr en bas de son immeuble, et il s'engouffra rapidement à l'arrière de sa limousine non sans avoir récupéré au passage le café que lui tendait son chauffeur. Il en avait besoin. Il remercia mentalement Tom d'avoir encore une fois tout organisé, il ne se sentait juste pas l'énergie de détailler à Arthur leur itinéraire du matin.
Le trafic était déjà dense à Manhattan, et ce n'est qu'une demi-heure plus tard que la limousine s'immobilisa devant le plus grand magasin de jouets de la ville. Chuck fixa quelques secondes avec perplexité la vitrine de FAO Swartz, et avec encore plus de perplexité le portier habillé comme un petit soldat. Il prenait lentement conscience qu'il entrait dans un monde totalement inconnu. Arthur contourna le véhicule pour lui ouvrir la portière, et une jeune femme souriante, élégante mais discrète s'avanca vers lui.
« Monsieur Bass ? Je suis Jane, je me propose de vous assister dans votre achat aujourd'hui. »
Chuck la regarda d'un air un peu absent, avant de se dire que manifestement, toute aide dans cette tâche serait bonne à prendre. « Allons-y », lui répondit-il avant de s'engager vers l'entrée d'un pas aussi décidé que possible, Jane sur les talons.
La nuit de Blair n'avait pas été plus réparatrice. Le passage éclair de Chuck dans sa chambre avait éveillé bien plus de souvenirs et de sentiments qu'elle ne l'aurait souhaité, et la perspective de sa rencontre avec Audrey, même si elle était convaincue que c'était une bonne chose, la terrifiait.
Elle avait toujours été convaincue que Chuck deviendrait un homme bien, et pourrait être un père fantastique. Il avait parcouru un chemin incroyable depuis leur adolescence, en dépit de tout ce qui dans sa vie s'acharnait à le tirer vers le bas. Mais jamais elle n'aurait pu imaginer que Chuck devienne père dans ces circonstances. Même si elle regrettait profondément la situation, elle ne regrettait pas la décision qu'elle avait prise à l'époque. A la lumière de ce qu'elle pensait être vrai, c'était la seule décision qu'elle pouvait prendre.
En dépit de cela, elle avait passé la nuit à faire la liste de toutes les épreuves qu'elle imposait à Audrey et Chuck. Elle pouvait toujours se dire que ce n'était pas de sa faute, il n'empêchait qu'elle était le déclencheur de toute la situation. Ses actions, même si elle n'avait pas pensé à mal, avait mis les deux personnes qu'elle aimait et avait aimé le plus au monde dans une situation impossible, dont sans doute aucun ne sortirait indemne. Rien ni personne ne pourrait leur rendre le temps perdu, les Noëls, les anniversaires, les premières fois. Chuck allait rencontrer une petite fille de 3 ans et il allait devoir intégrer qu'il s'agissait de sa fille. Quand à Audrey, elle allait faire la connaissance d'un homme qui lui était totalement inconnu, et intégrer qu'il devait prendre la place de Louis.
Malgré elle, Blair ne pouvait s'empêcher de penser que ce serait sans doute plus facile pour la petite fille. Elle n'avait jamais été très proche ni complice de Louis, elle ne savait pas encore ce qu'un père pouvait vraiment apporter de plus à sa vie. Sans compter qu'elle n'avait que 3 ans. Elle ne se rappellera sans doute plus de sa vie à Monaco, ou très peu, arrivée à l'âge adulte.
Elle était bien plus inquiète pour Chuck. Aussi bien que pour les conséquences de sa paternité sur le jeune homme, que pour son attitude lors de ses premiers moments avec Audrey.
Elle avait longtemps été convaincue qu'elle était une des seules personnes, pour ne pas dire la seule, à le connaitre réellement, à pouvoir anticiper ses réactions. Etait-ce les années d'éloignement ou le caractère exceptionnel de la situation, là elle ne savait pas. Elle tentait d'imaginer la scène, elle essayait de visualiser Chuck et Audrey en train de se parler, mais elle n'y arrivait pas. La précipitation de Chuck pour l'organisation de leur première rencontre n'était pas une surprise en soi. Il voulait reprendre le contrôle, reprendre la main. Il devait se sentir extrêmement frustré de voir l'équilibre qu'il avait réussi à atteindre chamboulé brutalement et avec autant d'intensité. Et Chuck frustré et déstabilisé agissait.
Après une nuit sans sommeil, Blair s'était donc décidée à se lever vers 6h du matin. Elle n'avait pas appelé tout de suite Dorota, se contentant de se glisser dans un bain brulant, espérant que cela pourrait soulager un peu la tension qui l'habitait. L'effet était resté très temporaire, mais lui avait permis de remettre ses idées en ordre, et de se préparer à annoncer à sa fille la visite de son père.
Elle termina donc de se préparer tranquillement, méthodiquement, savourant le calme avant la tempête. Dorota finit par se présenter à la porte de sa chambre, armée d'une grande tasse de capuccino, dont les calories semblaient justifiées par la situation. Elle avisa Blair, assise à sa coiffeuse, en train de terminer son maquillage. Celle si posa calmement les mains sur ses genoux, et regarda entrer Dorota, attendant que celle-ci pose la question qui lui brulait les lèvres.
La fidèle gouvernante posa la tasse fumante devant Blair, et recula de quelques pas, tentant de discerner son état d'esprit. Levant un sourcil inquisiteur, elle finit par l'interroger.
« Monsieur Chuck resté tard hier soir. »
Blair garda le visage impassible, alors qu'elle saisissait la tasse de café. « Est-ce une question Dorota ? »
Celle-ci se rebiffa, et marmonna quelques mots en polonais. Blair ne su dire si elle désapprouvait la présence de Chuck hier soir dans sa chambre ou l'ironie de sa réponse, mais dans les deux cas, cela la fit sourire.
« Chuck vient à 10h pour voir Audrey. C'est pour me l'annoncer qu'il était dans cette chambre hier. Rien de plus. »
Dorota était en train de quitter la pièce quand elle fut stoppée nette par les mots de Blair.
« Mais Mademoiselle Audrey pas au courant encore ! Tout ça beaucoup trop rapide ! »
Blair secoua doucement la tête. « Je sais que c'est rapide. Mais je ne veux pas prendre le risque de compromettre l'attitude de Chuck envers elle. C'est trop important. Au-delà du choc, il réagit pour l'instant aussi bien que l'on puisse l'espérer. Je ne veux pas compromettre leurs chances à tous les deux. » Elle s'arrêta quelques seconde pour boire une longue gorgée de café. « Et peut être est ce mieux pour Audrey que la rencontre intervienne tout de suite. Que son père devienne tout de suite concret pour elle. »
Dorota, pour une fois, ne sut pas quoi lui répondre. Blair avait bien résumé la situation. Il n'existait pas de vraie bonne façon de gérer la situation. Un père et sa fille n'étaient pas supposés se rencontrer de cette manière. A ce stade, ils ne pouvaient que tenter de tirer le meilleur profit possible de la situation. Il fallait se contenter de l'imperfection, et faire confiance en l'avenir.
Sans un mot de plus, Blair se leva doucement, et se dirigea vers la porte de la chambre de sa fille. Dorota ne put qu'admirer la jeune femme forte qu'étais devenue celle qu'elle avait connue petite fille. Elle n'avait jamais, en dépit des privilèges et du luxe, eut une vie simple ni facile, mais elle était devenue une bonne mère, et une personne de qualité. Après que Blair eut refermé derrière elle la porte de la chambre, la fidèle gouvernante se dirigea vers la cuisine afin de préparer un petit déjeuner plus consistant.
Blair constata sans surprise que sa fille était déjà réveillée. Comme à son habitude, celle-ci se reposait tranquillement dans son lit, attendant que sa mère ne vienne la chercher.
« Bonjour chérie, tu as bien dormi ? », demanda Blair en s'installant sur le bord du lit de la petite fille.
« Oui, j'aime bien ma nouvelle chambre, elle est jolie tu sais ! Qu'est ce qu'on fait aujourd'hui ? »
Lisant l'enthousiasme et la curiosité dans les yeux de sa fille, Blair su qu'elle n'avait pas le choix, l'occasion se présentait et elle devait la saisir.
« Chérie, je t'ai expliqué l'autre jour que ton vrai papa vivait ici, à Manhattan. Est-ce que tu te rappelles ?
- Bien sur Maman, lui répondit la petite fille avec fierté. Est-ce que je vais le voir bientôt ?
- J'ai pu lui parler hier soir, et lui expliquer la situation. Si tu es d'accord il aimerait beaucoup venir ce matin pour faire ta connaissance. Qu'en penses-tu ? »
Blair fixait le visage d'Audrey avec inquiétude, guettant sa réaction, tachant de savoir si elle faisait bien de la confronter aussi rapidement à Chuck. Les changements intervenus dans sa vie en l'espace d'une semaine était si énormes, pouvait elle en supporter davantage ?
« Est-ce que tu penses qu'il va m'amener un cadeau ? »
Blair ne put réprimer un sourire, déjà car la réaction de Audrey était enfantine et charmante, mais aussi parce qu'elle n'imaginait pas Chuck arriver les mains vides pour une pareille occasion.
« Je pense que c'est possible Chérie, mais si ce n'est pas pour aujourd'hui, ce sera pour plus tard ne t'inquiète pas. »
A ces mots, elle ne put s'empêcher de prendre sa fille dans ses bras, tant pour la rassurer que pour masquer son propre trouble. Toute cette situation semblait hors du temps, surréaliste. Elle inspira rapidement et tenta de se reprendre. Elle choisit de continuer sur un registre plus léger.
« Et si nous allions choisir une tenue dans les vêtements que nous avons acheté hier qu'en pense tu ? »
Le sourire qui illumina le visage d'Audrey l'ému profondément. Elle n'était encore qu'une petite fille. Elle était mieux entourée que jamais. Tout allait bien aller pour elle.
Chuck se retrouvait de nouveau au pied de l'immeuble de Blair. Quelques jours auparavant, il n'aurait jamais parié n'avoir jamais à se retrouver à cet endroit de sa vie. Et pourtant Blair était de retour, et il s'apprêtait à rencontrer leur fille. Sa fille.
Il se tenait debout, juste devant sa limousine parquée juste devant l'entrée. Il tenait dans ses mains une boite soigneusement emballée. Honteusement, il pensa à la dizaine d'autres boites toutes aussi belles stockées à la va vite dans l'habitacle de sa voiture. Il avait fini par en choisir une au hasard, incapable de se décider sur le cadeau le plus approprié à la situation. Il s'était contenté de suivre les conseils de Jane, bien incapable de se laisser guider par les goûts de sa fille, qu'il ne connaissait pas.
Il consulta nerveusement sa montre, qui indiquait alors 9h58. Il prit une grande inspiration, et commença à avancer vers l'entrée qu'il connaissait si bien, dont il n'avait rien oublié.
Une minute plus tard, l'ascenseur émit le tintement familier, et les portes s'ouvrirent sur le foyer du penthouse des Waldorf. Sans surprise, il ne se passa que quelques secondes avant que Dorota n'apparaisse devant lui. Il lui semblait être reparti 4 ans en arrière. Tout cela lui semblait familier et en même temps surréaliste, plus proche du rêve que de la réalité.
Sans un mot, il tendit son imperméable à Dorota, et avança instinctivement vers le salon. Au fur et à mesure de son avancée, l'image de Blair assise sur le canapé à côté d'une petite fille se dévoila petit à petit à son regard. Blair et Audrey se tenaient assises serrées l'une contre l'autre. Il ne put s'empêcher de remarquer la similarité dans leur posture. Le dos droit, les épaules dégagées, les genoux serrés. Blair serait la main de la petite fille dans la sienne, et toutes les deux le regardèrent s'approcher.
Lorsque Chuck fut enfin dans la pièce, devant elles, Blair se leva doucement, ne lâchant pas la main de sa fille. Elle plongea son regard dans celui de Chuck, tentant d'y trouver ses repères, l'homme qu'elle connaissait. Elle y trouva l'intensité qu'elle avait l'habitude d'y voir, et une détermination toute nouvelle. Son visage était tendu bien sûr, mais son regard semblait apaisé. Un sentiment de sécurité l'envahit tout d'un coup. C'était bien Chuck qui était à ses côtés pour ce moment, et tout allait bien se passer. C'était l'homme qui était prêt à prendre soin et à aimer son bébé alors qu'il ne pensait même pas en être le père.
Elle s'agenouilla à côté d'Audrey, s'appliquant à ne pas lâcher la main que sa fille tenait toujours avec fermeté.
« Chérie, je te présente ton papa ». Blair entendit sa voix, douce et constante, qui ne rendait pas du tout compte de son état d'esprit. Elle contenait un tremblement, et sa gorge était nouée. Elle leva les yeux vers le jeune homme élégant et un peu mal à l'aise qui se tenait devant elles. En quelques secondes, défilèrent devant ses yeux des dizaines d'images, de moments, de sentiments. Son cœur s'autorisa un instant à admettre que tous les trois auraient dû former une famille depuis maintenant plusieurs années. Chuck aurait du l'accompagner aux échographies, assister à la naissance de sa fille, l'aider à la calmer lorsqu'elle ne parvenait pas à faire ses nuits ou lorsque ses dents la faisait souffrir. Il aurait dû être là pour son premier Noel, ses premiers pas. Ils devraient être mariés. Son cœur s'autorisa à admettre cela un instant, puis l'instinct reprit le dessus. Elle ferma les yeux une seconde, et les rouvrit sur l'instant présent.
« Chuck, je te présente ta fille ».
Audrey leva les yeux vers Blair, qui l'encouragea d'un sourire aussi franc que possible. La petite fille lâcha la main de sa maman, qui tout de même laissa une main sur son épaule. Elle s'avança vers Chuck, et Blair la vit, se demandant si elle ne rêvait pas, tendre sa main, et lancer d'une voix néanmoins plus timide que d'habitude : « Bonjour, je m'appelle Audrey ».
Chuck ne pouvait détacher son regard des deux personnes qui lui faisaient face. Le fait de voir Blair avec une petite fille était bien sur bizarre en un sens, mais le lien qui les unissait semblait tellement évident et fort qu'il était forcé d'admettre que c'était aussi assez naturel.
Absorbé par ses pensées, il réalisa que la petite fille lui faisait désormais face, et lui tendait sa petite main. Le sérieux de son visage le fit sourire malgré lui. Imitant Blair, il s'accroupi à son niveau, et joua le jeu. Il prit la main de la petite fille dans la sienne avec douceur, et lui répondit : « Bonjour Audrey, c'est un plaisir de te rencontrer. »
Chuck avait l'impression de planer au-dessus de la scène. Il avait eu le sentiment de sauter du haut d'une falaise lorsqu'il avait pénétré dans la pièce et s'était retrouvé en face d'elles. Mais il n'y pensait même plus. Il ne pensait plus en réalité. Il se laissait totalement porter par la situation. Il n'était plus vraiment Chuck Bass dans l'instant. Il était Chuck, et Blair. Et cette petite fille qui avait les yeux de sa mère.
« Est-ce que c'est pour moi …. »
« Audrey ! » intervint rapidement Blair.
Interdit, Chuck leva les yeux vers Blair qui s'approchait vivement d'eux. Elle s'agenouilla à côté de la petite fille, et la prit tendrement par les épaules.
« Il n'est pas poli de réclamer Chérie. Si ce cadeau est pour toi, c'est à ton papa de te le donner. Pas à toi de le demander »
Chuck senti les regards de Blair et d'Audrey se poser sur lui, et hésita quelques instant sur la conduite à tenir. Instinctivement, il prit le cadeau qu'il avait posé sur la table basse en arrivant, et le tendit à la petite fille.
« C'est bien pour toi. J'espère que cela va te plaire ».
Chuck observa avec fascination Audrey ouvrir le paquet avec soin et retenu certes, mais son regard restait adorablement enfantin. Il vit son regard s'illuminer en découvrant la magnifique poupée qui reposait dans la boite. Il comprit en un éclair que jamais il ne se lassera de contempler le bonheur dans les yeux de sa fille.
Sans qu'il ne le décide véritablement, son regard glissa vers Blair, et il réalisa qu'elle l'observait déjà discrètement. Elle sembla avoir compris le sentiment qui venait de s'imposer à lui, car son regard trahissait la compréhension. Elle semblait moins surprise que lui, mais avait eu plus de 3 ans pour apprendre à devenir parent. Au-delà de cette petite différence, le même sentiment de plénitude que lui semblait l'habiter, pour exactement la même raison, le bonheur de cette petite fille.
Blair finit par ne plus supporter l'intimité bien trop extrême de cet échange silencieux avec Chuck. Elle n'était pas prête ni armée pour cela. Elle se détourna donc rapidement, et reporta son attention sur Audrey.
« Tu n'oublies rien ? », lui demanda-t-elle doucement.
« Oh pardon, bien sûr ! Merci ! Merci beaucoup ! », s'exclama la petite fille en nouant ses bras autour du cou de Chuck.
Celui-ci se figea une fraction de seconde, pris par surprise. Instinctivement, il chercha Blair du regard. Celle-ci se contenta de sourire, et quelque chose se débloqua chez lui. Il inspira profondément, et noua ses bras autour d'Audrey. « Mais de rien ».
Alors qu'Audrey se détachait doucement de l'étreinte de Chuck, et reportait son attention sur la poupée, Blair remarqua Dorota qui lui faisait signe depuis la salle à manger que le petit déjeuner était servi.
« Audrey, tu auras tout le temps de jouer avec ta poupée plus tard. Pour l'instant nous avons un invité, et le petit déjeuner est servi. Allons-y. »
Elle joignit le geste à la parole et tendit la main à sa fille, qui la saisit sans discuter. Du regard, elle invita Chuck à les suivre dans la pièce voisine. Elle prit place à l'extrémité de la table, ou Dorota avait déjà disposé une coupe de yaourt et de fruits frais. Audrey et Chuck prirent place de part et d'autre d'elle, se faisant face.
Dorota apporta encore sur la table plusieurs panières de croissants, de pain frais, et de pancake fraichement préparés. Blair déplia soigneusement sa serviette et la déposa sur ses genoux, vérifiant en même temps qu'Audrey en faisait de même.
« Est-ce que tu habites aussi à Manhattan ? »
Blair ne put s'empêcher d'être surprise par l'aplomb de sa fille. Elle avait certes l'habitude d'être entourée d'adultes, mais la situation restait particulière, et elle ne pensait pas qu'elle oserait lancer la conversation aussi facilement. Elle ouvrit la bouche pour répondre, mais s'arrêta net lorsqu'elle comprit que Chuck en prenait déjà l'initiative.
« Et bien oui. J'habite dans un appartement pas très loin d'ici. J'ai habité toute ma vie ici en fait. »
« J'habite ici avec Maman maintenant, reprit Audrey. C'est plus petit que mon ancienne maison, mais c'est plus joli. Je préfère. »
Sans un mot de plus, elle planta avec conviction sa fourchette dans un morceau du pancake que Dorota venait de lui servir.
« Mais il fait froid je trouve. Maman dit que je vais avoir besoin d'un manteau bientôt. Alors que c'est encore presque les vacances. Ca j'aime moins. »
« Je comprends Audrey, répondit Chuck avec sérieux. Mais il y a aussi de bons coté. Par exemple la neige. Est-ce que tu as déjà vu la neige ? »
« La neige dans la ville ? J'ai déjà vu la neige sur la montagne, mais jamais dans la ville … »
Blair réprima un sourire. La candeur d'une petite fille de 3 ans était vraiment unique.
« Nous avons passé ce dernier Noël en Suisse, au milieu des montagnes. Elle a adoré la neige. »
Chuck regarda rapidement Blair, tentant de faire abstraction de l'évocation d'un moment familial qu'il ne pourrait jamais rattraper.
« Et bien tu va voir beaucoup de neige à New York. Nous pourrons aller faire des bonshommes de neige à Central Park si tu veux ? »
« D'accord. J'aimerai bien oui. Est-ce que tu a un anorak ? Maman dit toujours qu'il faut un anorak sous la neige. »
Blair ne put s'empêcher d'avaler une groseille de travers en imaginant Chuck en anorak.
« Chérie ce n'est pas la montagne ici. Nous ne portons pas d'anorak. Je suis sure que ton papa a d'autres vêtements bien assez chaud pour aller faire des bonshommes de neige avec toi. »
Chuck toussota discrètement, et Audrey en profita pour changer de sujet.
« Qu'est-ce que tu fais comme travail ? »
Il leva un sourcil, surpris par une telle question venant d'une si petite fille.
« Et bien je m'occupe …. Je possède des hôtels, ici à New York et ailleurs dans le monde. »
« Avant je vivais à Monaco. Est-ce que tu un hôtel là-bas ? »
« Non Audrey, pas à Monaco. »
« J'aimais bien Monaco, c'était joli. »
Chuck comme Blair ne surent comment répondre à cela. Au bout de quelques seconde, il choisit de prendre l'initiative.
« Et est-ce que tu aimes bien New York ? »
Audrey sembla réfléchir à sa réponse pendant quelques instants.
« Pour l'instant oui. »
