Chapitre 32 :
Rose sentait sur elle le regard acéré et critique de Blair. Sans pouvoir dire pourquoi ni comment, elle avait le sentiment extrêmement désagréable que la jeune femme qui se tenait en face d'elle et qui la toisait froidement percevait aisément toutes ses failles, toutes ses faiblesses. Elle ne put s'empêcher de sursauter lorsque Blair lui adressa froidement la parole.
« Qui êtes-vous ? Que faites-vous ici ? »
« Je cherche Chuck », lui répondit simplement Rose, incapable de développer davantage la raison de sa venue.
Blair ne put s'empêcher de lever un sourcil interrogateur. Mais d'où sortait cette fille ? Elle était déjà surprise d'une personne d'une telle fadeur ai pu attirer le regard de Chuck, et encore moins le convaincre de s'engager dans une vie de couple. Mais surtout, était-elle masochiste pour venir chez elle le soir, et lui demander des comptes ? Puis, prenant quelques secondes supplémentaire pour l'observer, Blair comprit pourquoi elle était là. Elle était amoureuse tout simplement. Et même si elle n'avait rien de particulier à lui reprocher, elle n'allait pas non plus lui simplifier la tâche.
« Et qu'est ce qui vous fait croire que vous pourriez le trouver ici ? » Blair tenait à la faire parler, elle voulait mieux comprendre leur relation, leur couple. Comment ils avaient fondé une histoire sur les décombres de la leur.
Rose fut de suite déstabilisée par la réponse de Blair. Elle n'avait pas imaginé une seconde que Blair et Chuck ne soit pas ensemble ce soir. Blair était forcément la cause du changement d'attitude de son petit ami, mais si il n'était pas avec elle pourquoi lui mentait-il ?
« Et bien ? », insista Blair, ravie de voir que décidément, la nouvelle réagissait bien mal à la moindre tentative de déstabilisation.
« Et bien il n'était pas à son bureau comme il me l'avait dit, j'ai donc supposé …. »
« Qu'il était ici, en train de renouer avec l'amour de sa vie ? »
Rose fut tellement secouée par l'impatience de Blair qu'elle ne vit pas l'ombre qui traversa le regard de celle-ci lorsqu'elle prononça ces derniers mots.
« Son comportement a tellement changé depuis votre retour, j'en ai donc déduis … »
« Et bien votre déduction n'est pas totalement dénuée de sens, à votre décharge. Quelques années auparavant vous l'auriez effectivement trouvé ici, mais pas ce soir. » Elle marqua une pause, incertaine sur la conduite à tenir. Une partie d'elle souhaitait lui dire que Chuck se trouvait chez Lily. Après tout ce n'était pas son problème si Chuck n'avait pas trouvé la force de lui dire qu'il était le père d'Audrey. Mais elle ne put se résoudre à placer volontairement sa fille au cœur d'une telle scène.
« Je vous conseille de rentrer sagement et de lui demander directement la raison pour laquelle il vous a menti. Et j'apprécierai à l'avenir de n'être mêlée en aucune manière à vos problème de couple, j'imagine que vous devinerez pourquoi. »
Rose se balançait maladroitement d'un pied sur l'autre, ne sachant plus quoi faire d'elle-même. Son regard balayait ce qui l'entourait sans qu'elle ne le veuille. Le magnifique penthouse, la décoration élégante. Chuck et Blair était décidément bien du même monde.
Blair observait Rose, médusée. Médusée devant la douceur et la candeur de la jeune femme. Elle n'arrivait pas à croire que c'est grâce à elle que Chuck s'était remis de leur séparation. Sans avoir pu en constater directement les effets, elle avait toujours été consciente que ce qu'elle avait fait aux Seychelles l'avait forcement marqué. Mais si cela avait pour objectif qu'il tire un trait définitif sur leur histoire, elle ne pensait pas qu'il changerait aussi radicalement. Pouvait-elle encore affirmer connaitre le père de sa fille ? Elle n'en était objectivement plus très sûre. Et cette séance d'observation mutuelle commençait aussi à lui peser. La présence Rose chez elle, dans son univers, en train de tout observer, commençait à l'irriter. Ce n'était pas le jour, ce n'était pas le soir. Elle devait partir. Elle lui lança donc un dernier regard froid, et lui annonça simplement « Vous pouvez disposer ».
Sur ce elle tourna les talons, et s'éloigna d'un pas assuré en direction de l'escalier, laissant Rose seule dans l'immense pièce, dans laquelle résonnait le son de ses talons aiguilles sur le marbre.
Blair ne savait plus quoi penser. Son esprit passait alternativement de la rencontre de Audrey avec Lily, au regard échangé avec Chuck avant leur départ, à sa rencontre forcée et inattendue avec la petite amie de celui-ci. Elle avait besoin de se regrouper, de prendre sur elle avant le retour de sa fille. Elle s'assit devant sa coiffeuse, et rapidement entendit quelqu'un frapper discrètement à la porte. Elle n'avait pas besoin de regarder, elle savait parfaitement de qui il s'agissait.
« Dorota, soyez gentille de monter rapidement un dry Martini et une salade de fruit. »
« Très bien. Juste pour information, Mademoiselle Rose bien partie désormais. »
« Merci Dorota », lui répondit simplement Blair, commençant spontanément à se masser légèrement les tempes à l'évocation du prénom de la jeune femme.
Blair sentait le sable chaud et doux couler sous ses pieds, le soleil sur sa peau, et la main de Chuck dans la sienne.
Tous les deux profitait des dernières minutes du jour pour faire une promenade sur la plage. Un silence confortable s'était installé entre eux, un accord tacite qui consistait à profiter de chaque instant, sans se perdre en commentaires stériles. Tout au long de leurs pas, leurs mains liées se caressaient, leurs doigts s'entremêlaient, comme pour vérifier à chaque seconde que l'être aimé était bien là. Et il l'était.
Après plusieurs jours hors du temps, Chuck et Blair s'étaient totalement retrouvés. Leurs instincts de survie respectifs les avaient amenés à admettre que l'autre était bien là, sans pour autant laisser la situation extérieure les influencer. Plus de Louis, plus de Monaco, tout cela était ailleurs. Pour l'instant ils étaient ensembles, et cela seul comptait. Ni elle ni lui ne savait combien de temps cette parenthèse pourrait durer. Il ne pouvait donc que profiter de l'instant présent. Et c'était ce qu'ils faisaient.
Chuck se sentait renaitre. Tout ce qu'il avait cherché à étouffer, à taire en lui depuis deux ans semblait revenir naturellement. Tout reprenait sa place, tout était devenu juste. Il ralenti un instant, et retint Blair par la main.
Celle-ci s'arrêta rapidement, et se tourna vers elle, le regard interrogateur. Alors que Chuck attirait sa main plus près de lui, elle ne pu que suivre, et ,sans le moindre effort, elle se sentit soudain blottie contre son torse, le visage enfoui dans son cou.
« Qu'y a-t-il de plus que cela ? », lui demanda-t-il dans un murmure tandis que sa main se noyait dans ses boucles brunes, et qu'elle sentait son visage balayer son épaule, sa nuque. « Qu'y a-t-il de plus que cela ? », lui demanda t il de nouveau quelques secondes plus tard, cette fois en se reculant et en lui faisait face.
Il pressait ses deux main autour de son visage, et ses pouces caressait doucement ses pommettes. Ses yeux sombres se perdaient dans les siens, sa bouche n'était qu'a quelques centimètre de la sienne. Comme elle le faisait depuis ces derniers jours, Blair eu le réflexe de mémoriser chacune des choses qu'elle ressentait, comme si c'était la dernière fois. La chaleur de son corps sous ses mains, ses épaules bronzées, la barbe de 3 jours qu'il avait encore omit de raser ce matin, et qui rendait ses lèvres si rouges sous ses baisers, la force de ses mains, l'intensité de son regard. Comme subjuguée par tout cela, elle mit quelques temps à réaliser qu'il lui posait une question.
« Que veux tu dire ?
- Je veux dire de quoi avons-nous besoin de plus ?
- Tu veux dire en plus de Audrey, de Bass Industries, de nos vies ? de ce que nous sommes ?
- Je veux dire est ce que n'importe quoi n'est pas mieux, tant que nous sommes ensembles ? »
Blair sentir son esprit effleurer sans qu'elle ne le veuille la réalité. Et le premier écueil la frappa de plein fouet.
« Pas sans Audrey. »
Sans qu'elle ne s'en rende compte, son étreinte se desserra légèrement à l'évocation de sa fille. Chuck s'en rendit compte tout de suite, mais n'en laissa rien paraitre. Il resta accroché à elle, à son regard, comme un roc.
« Est-ce que tu imagines quitter cette ile, et ne plus jamais ressentir ce que tu ressens maintenant ?
- Est-ce que j'ai le choix ? »
Blair sentir une barrière dans son cœur s'écrouler. Chuck brisait le pacte invisible qui les unissait. Oui il y avait un monde à l'extérieur. Un monde où elle était mère. Un monde où ils ne pouvaient être ensemble. Elle sentait la réalité la rattraper.
« Et si tu avais le choix ? » Chuck sentait qu'il devait lui dire tout cela. Il devait essayer, se battre. Elle était tout pour lui. Il tentait depuis plus de deux ans de l'oublier, et il avait suffi d'une seconde pour que tous ses efforts soient réduits à néant. Ils avaient essayé tous les deux, et il était clair aujourd'hui qu'il ne pouvait être heureux sans l'autre. Et après avoir gouté au réel bonheur une fois, il semblait impossible d'y renoncer définitivement.
Blair hocha la tête avant de répondre d'une voix faible : « Si j'avais le choix ? ». Elle s'approcha de lui de nouveau. Prit son visage entre ses mains. « Tu es l'amour de ma vie. Sans toi je ne suis pas Blair Waldorf. Je ferai n'importe quoi pour être avec toi.
- Alors arrêtons de nous contenter de cela. Ne nous laissons plus faire. Nous avons laissé Louis changer le cours de nos vies, provoquer notre malheur à tous, et sans rien faire.
- C'est faux, tu as essayé de trouver quelque chose à utiliser contre lui. Cette famille était juste trop dure à combattre."
Blair sentit son cœur se serrer au souvenir de la vaine lutte de Chuck pour éviter son départ pour Monaco. Il avait mis toutes ses ressources dans la bataille, y avait cru jusqu'au bout, pour au final devoir la laisser partir au bout du monde épouser un autre homme que lui.
" J'aurais dû continuer. Je n'aurais pas dû renoncer, cesser mes recherches. Si tu y réfléchis, il y a forcément quelque chose d'utilisable, qui puisse le convaincre de vous laisser quitter Monaco avec Audrey !
- Il en va de l'honneur de sa famille, de son pays. Jamais il ne me laissera partir avec sa seule héritière. Honnêtement je ne vois pas ce qui pourrais le convaincre."
Blair se forçait à rester ferme. Elle sentait que Chuck ne tenait plus compte de la réalité de la situation. Il se laissait porter par leurs retrouvailles, et imaginait des choses qui ne pouvaient pas se produire. N'est-ce pas ?
Elle ferma les yeux et se concentra sur la sensation que lui apportait les mains de Chuck posées sur elle.
« Je suis sûr que nous pouvons y arriver. Je peux quitter New York, laisser BI derrière moi, quelle importance ? Nous pouvons refaire notre vie quelque part ou personne ne nous connait, au bout du monde, ou tu voudras. Je ferai en sorte que Louis ne vous retrouve jamais, je te le promets », termina Chuck dans un souffle.
Il se sentait terriblement fébrile. Il sentait que le décompte avait commencé. Que les jours qui lui restaient à passer avec Blair dans leur paradis n'étaient pas assez. N'étaient plus assez. Comment tourner le dos à tout ce qu'il ressentait, rentrer à New York comme si ne rien n'était ?
Plus les heures passait, moins il s'en sentait capable. Il était prêt à faire n'importe quoi pour trouver une échappatoire. Il était prêt à mettre tous ses moyens dans la balance, à tout sacrifier. Et il devait convaincre Blair.
Celle-ci conserva le silence après la dernière tirade de Chuck. Elle sentait que l'énergie qu'elle arrivait à déployer pour le dissuader diminuait. Elle n'arrivait toujours pas à se convaincre réellement que ce qu'elle vivait était réel. Et encore moins à se projeter dans l'avenir.
Elle devait admettre que Chuck n'était pas dans la même situation qu'elle. Il était toujours dans son ancienne vie, à un détail près qu'elle n'y était plus. De son coté, elle était partie pour un autre pays, menait une vie totalement différente. Et surtout elle avait sa fille, elle était allée de l'avant. Son monde avait changé, celui de Chuck avait juste cessé de fonctionner.
Mais elle n'était pas dupe. Au fond de son cœur elle savait. Elle savait qu'elle n'avait jamais, et qu'elle ne renoncerait jamais à son amour pour lui. Même si elle pensait sincèrement avoir renoncé à un avenir avec lui, elle conservait ses sentiments pour elle, bien enfouis. C'étaient eux qui la faisaient fonctionner, qui lui donnait la force nécessaire. Et c'étaient ceux-là qui l'empêchaient cette fois de répondre par la négative à Chuck.
Ils passèrent le reste de la journée dans ce qui était devenu leur habitude en l'espace de seulement quelques jours. Ils restèrent dans leur villa, passant du bord de la piscine à la chambre, accroché l'un à l'autre en permanence.
Ce soir-là, alors qu'ils partageaient un diner simple à la lueur de bougies, Chuck prit le risque de lancer une nouvelle fois le sujet. Il avait longuement hésité, car il tenait à profiter au maximum de chaque instant passé avec elle. Il ne voulait pas risquer de gâcher de précieux moments à évoquer leurs désaccords, mais si jamais il restait un espoir …
« As-tu repensé à ce dont je te parlais tout à l'heure ? »
Il faisait face à Blair, et l'observait, sereine, une coupe de champagne dans une main, le visage délicatement éclairé par la lune et les bougies. Sans un mot, elle tendit sa main libre vers la sienne, et commença à distraitement en caresser le dos du bout de ses doigts. Elle plongea son regard dans le sien, et, comme à chaque fois, l'intensité de celui-ci atteint Chuck en plein cœur.
« Comment pourrais-je ne pas y penser ? Mais je ne peux m'autoriser à croire cela possible … » Blair était sincère. Son cœur voulait croire à cette folie, mais elle était tellement habituée à se protéger. A empêcher son esprit d'aller dans cette direction, qu'elle ne parvenait pas à aller plus loin. Elle était perdue comme jamais elle ne l'avait été.
« Louis est puissant. Mais tu dois te rappeler ce que nous avons été capable d'accomplir ensemble par le passé ! Je l'ai dit et le répète. Je laisserai BI et New York derrière moi sans une seule hésitation. Nous pouvons changer d'identité, et partir nous installer au bout du monde, là où personne ne nous connaitra. Là où personne ne nous retrouvera. Si nous nous préparons correctement, si nous unissons nos forces, je sais que nous pouvons y arriver. » Chuck marqua une pause, essoufflé et le cœur serré de l'argumentaire le plus important de sa vie. « Je t'ai dit une fois que j'étais prêt à aimer Audrey comme ma fille et plus encore, et c'est toujours vrai ».
Blair fixait toujours Chuck droit dans les yeux. « Je ne doute pas de cela une seule seconde. Je ne doute pas une seule seconde que notre destin soit d'être ensemble. Ni que nous sommes capables d'être heureux n' importe où, que nous sommes capables de nous réinventer, de poser les bases d'une toute nouvelle vie. Mais est tu prêt à passer ta vie à fuir ? à te cacher ? à devoir peut être tout quitter, encore, en une fraction de seconde, si Louis venait à nous retrouver ? »
Chuck prit le temps d'intérioriser les inquiétudes, les questions de Blair. Il lui fit face, prit ses mains dans les siennes, et plongea son regard dans le sien. « Je ferai ce choix sans une seule hésitation, et le referai à chaque seconde, à chaque occasion qui me sera donnée. A chaque fois. » Sa voix était ferme, et forte. Il sentait que la détermination de Blair faiblissait, et était prêt à tout pour la faire capituler.
Blair de son côté était plus perdue que jamais. Elle se réfugiait depuis des années derrière le fait qu'il n'y avait plus d'espoir pour eux. Elle avait toujours en elle ces sentiments, d'une force dévastatrice, mais qui aussi avaient pu la faire tenir, traverser les épreuves auxquelles elle avait été confrontée, être la meilleure mère possible. Et voilà que ces même sentiments lui donneraient peut être la force de tout remettre en question. De vivre enfin son amour, de retrouver sa famille. Elle avait le sentiment d'être au bord d'une falaise, de devoir peut être sauter. Que pouvait-elle y gagner ? Tout. Voler, une vie de bonheur avec l'homme qu'elle aimait, un père qu'Audrey pourrait admirer, d'autres enfants ? Qu'avait-elle à perdre ? Passer au travers d'une vie de compromis. Donner à Audrey l'exemple d'une mère qui n'était pas capable d'être autre chose que l'ombre d'elle-même.
« Comment pourrions-nous faire ? Comment pourrions-nous faire sortir Audrey de Monaco ? ». Blair entendait les morts sortir de sa bouche mais ne pouvait croire qu'elle les prononçait, qu'elle commençait à envisager cette possibilité.
« Nous trouverons. Monaco est exposé, ouvert par les routes, la mer. J'imagine qu'elle est loin d'être en permanence à l'intérieur du palais ? Tu devras tout me dire de votre emploi du temps, de vos habitudes. Mon chef de la sécurité trouvera une faille, c'est certain.
- Chuck ….
- Nous pouvons le faire Blair, j'en suis convaincu. Fais-nous confiance. »
Sans un mot de plus, Blair se leva et s'assit sur les genoux de Chuck, se contentant de se blottir dans les bras de l'homme qu'elle aimait, et s'efforça de s'isoler de toutes ces questions, de ne penser qu'à ce qu'elle ressentait. Et elle se sentait capable de n'importe quoi. Dans les bras de cet homme, rien ne lui semblait impossible. A quel point était-ce fou d'imaginer tout ce qu'il disait faisable ? Avait-elle encore la possibilité d'avoir la vie qu'elle choisirait pour elle et pour sa fille ? Audrey… Avait-elle le droit de l'arracher à la seule vie qu'elle n'ait jamais connue, à sa famille, à son pays ?
Toutes les objections possibles passaient dans son esprit, les unes après les autres, et il y en avait énormément. Toutes les raisons pour lesquelles elle ne devrait même pas envisager la possibilité, toutes les choses qui pouvait mal se passer, le risque de se retrouver dans une situation pire que sa situation actuelle. Elle était parfaitement consciente de tout cela, mais au fond, aucune de ces éléments ne faisait le poids en face de la possibilité de passer sa vie avec Chuck.
Elle se connaissait. Elle le connaissait lui. Plus elle y pensait, plus elle réalisait que sa décision était déjà prise, et que seule l'appréhension la retenait temporairement. Mais cette appréhension s'effaçait peu à peu. Elle s'imaginait de plus en plus facilement quelle pourrait être leur vie.
Le regard de Chuck était fixé au loin sur l'horizon, alors qu'il serrait dans ses bras la femme de sa vie, caressant doucement son épaule, dans le geste le plus naturel qui soit. Il sentait qu'elle était en train de changer d'avis, et ne voulait pas la brusquer. Elle avait bien plus à perdre que lui. Mais il savait qu'à la fin, elle ne pourrait renoncer à eux. Il était le seul à comprendre les sentiments qu'elle avait pour lui, leur portée, tout simplement parce qu'il nourrissait les même pour elle et plus encore. Il s'était convaincu qu'il n'avait qu'à attendre, à lui faire confiance, et qu'à un moment elle se tournerait vers lui et qu'il lirait dans ses yeux qu'elle allait essayer.
Mais même après tout ce qu'ils avaient pu vivre ensemble, rien de le préparait au bonheur incroyable et dévastateur qui l'avait brutalement envahit à la seconde ou elle avait tourné son beau visage vers le sien, et qu'elle avait simplement dit :
« D'accord. »
