Chapitre 34 :

Chuck ne réalisait pas que 6 mois c'étaient écoulés depuis le retour de Blair et Audrey, depuis que une fois encore, toute sa vie avait changé.

Il faisait tourner en silence le scotch dans son verre, en appréciant la couleur ambré, les pieds négligemment posés sur son bureau.
Il réalisait qu'il était déjà tard, presque 21h, et que Rose l'attendait chez eux, mais il sentait qu'il avait besoin de ces quelques instants où il puisse réellement s'entendre penser, pour une fois.

La dispute qui avait suivi la découverte par Rose de l'existence d'Audrey avait été terrible. Après plusieurs jours de silence, elle s'était enfin décidée à lui dire tout ce qu'elle avait sur le cœur, et cela avait été terrible.
D'abord le choc de la trahison, le fait de découvrir elle-même l'existence de la petite fille, l'humiliation qu'elle s'était imposée devant Blair par sa faute.
Et puis les doutes, les blessures longuement niées que toute cette histoire avait révélées. A quel point il avait été difficile de trouver sa place dans la vie de Chuck dans l'ombre de Blair, cette femme qui avait été son seul grand amour, qui était adorée par tout l'entourage de Chuck, et dont elle ne connaissait même pas les raisons du départ.
Elle avait choisi un jour de lui faire confiance, parce qu'elle l'aimait, et il l'avait trahi de la pire façon qu'elle aurait pu imaginer.
Pourquoi ne lui avait-il pas parlé d'Audrey, ni du retour de Blair, et surtout pourquoi avait-il disparut en apprenant celui-ci ? La portée de l'évènement était telle qu'il n'avait pu supporter de rester auprès d'elle ? Que devait elle en déduire ?

Il n'avait pas su quoi dire dans un premier temps. Le retour de Blair l'avait tellement perturbé qu'il n'avait très honnêtement pas été capable de tenir compte des conséquences de sa fuite sur sa relation avec Rose. Il n'avait pas pensé à elle, il n'avait pensé qu'à fuir. Mais ce n'était pas quelque chose que l'on disait à sa petite amie. Alors il lui avait dit qu'il avait cherché à la protéger. Qu'il était parti pour trouver un moyen d'empêcher le retour de Blair dans leur vie. Et qu'il n'avait pas pu. Il n'avait pas pu car il avait appris la raison du retour, et que dès lors il n'avait plus contrôlé grand-chose, et sur ce point elle pouvait difficilement lui tenir rigueur de sa réaction. Ce qu'elle n'avait pas fait.

Mais la seule chose qui avait calmé Rose, qui fondamentalement ne demandait qu'à être rassurée sur l'avenir de leur relation, et sur la nature de ses sentiments envers Blair, fut la demande que lui formula Chuck.

Il sentait qu'il la perdait. Ses explications ne tenaient pas, tout simplement parce que lui-même était incapable de mettre des mots sur ce qu'il ressentait, d'expliquer réellement pourquoi il était parti. Il devait la rassurer et il devait trouver un moyen. Alors, après plusieurs mois de quasi cohabitation – qui le confortait, à tort ou non, dans son choix, il demanda à Rose de vivre avec lui. Il ne pouvait tout simplement pas la perdre. Elle était le roc de sa vie depuis si longtemps désormais, et il n'arrivait plus à concevoir d'alternative.

Le silence qui avait suivi sa demande lui avait fait peur dans un premier temps. Etait-ce le bon moment ? Allait-elle douter de la sincérité de sa demande ?
Puis elle avait levé vers lui des yeux pleins de larmes, mais quelque chose avait changé. Enfin il n'y lut plus déception et colère, mais la confiance retrouvée et la joie.

Rose avait tenu à ce qu'ils choisissent ensemble l'appartement qui serait désormais le leur, ce qui eut le mérite de l'occuper pendant de longues soirées. Il pouvait donc se disponibiliser discrètement pour passer du temps avec Audrey sans avoir à se justifier de façon maladroite. Sa réaction était toujours à craindre … même si elle avait de nouveau confiance en lui, il n'était jamais simple d'envoyer son petit ami passer du temps avec sa fille, dont la mère n'est autre que son premier vrai grand amour.

Il fit le nécessaire pour mettre à sa disposition le meilleur agent immobilier de la ville, qui lui fut dévolu pendant toute la recherche, et qui soumettait prioritairement les différents appartements à Chuck. De toute manière ses critères étaient plutôt simples : Manhattan, pas de limite de budget, une chambre pour Audrey et deux dressings indépendants. Il n'aimait pas partager.

Une seule fois Chuck avait retenu les ardeurs de l'agent immobilier. Comme d'habitude celui-ci lui avait transmis par mail le dossier de présentation d'une maison qui n'était pas encore sur le marché. Une brownstone magnifique, donnant directement sur le Parc. L'intérieur était entièrement à refaire, mais le potentiel était incroyable. Tout était parfait. Les volumes énormes, les boiseries, les cheminées, la vue. La vue. Chuck n'avait pu s'empêcher de tressaillir, lorsque s'afficha sur son écran la vue depuis la chambre principale. La photo était prise l'hiver, les arbres étaient dépouillés de leurs feuilles, et une seule chose apparaissait sur l'image. Le bord du lac ou Blair venait depuis qu'elle était enfant pour nourrir les canards avec Dorota, et encore aujourd'hui, il en était certain.

La nuit suivante, il n'avait pu fermer l'œil. Les images de cette maison le hantaient. Les images défilaient devant ses yeux mais comme à son habitude, il se refusait, même à lui-même, à mettre des mots sur le trouble qui l'habitait. Non. Il ne verbaliserait pas les pensées qu'il se contentait de soupçonner. Il ne le pouvait pas, car cela risquait de compromettre l'équilibre pourtant déjà précaire de sa vie.

Alors il fit ce que Chuck Bass, typiquement, ferait. Il régla le problème.

Dès le lendemain matin, il convoqua l'avocat en charge de ses affaires privées, un homme forcé légalement au secret, et lui ordonna d'acheter la maison. Celui-ci devait le faire par l'intermédiaire d'une société écran. Ne pas permettre que l'on puisse remonter jusqu'à lui. Il devrait ensuite s'assurer qu'il n'y ai qu'une seule clef, et la lui remettre. Et ne plus jamais évoquer le sujet.

Quelques heures après il recevait un appel très gêné de son agent immobilier, lui indiquant que la maison, sur laquelle il pensait avoir l'exclusivité, était malheureusement déjà vendue. Afin de rester crédible, Chuck lui fit part de son extrême mécontentement, ce qui mortifia l'agent et lui confirma par là même que celui-ci allait désormais avoir comme seul but dans la vie de se rattraper. Très bien.

Une dizaine de jour après l'achat de la Brownstone, Rose l'appela dans un état d'excitation inquiétant, lui demandant de la rejoindre à une adresse proche de son bureau. Il s'exécuta donc, et arriva devant un élégant immeuble ancien, à la façade en pierre et aux larges fenêtres.
Au-delà de son état d'esprit du moment, qui était en réalité d'une neutralité forcée, il se dû d'admettre que le bâtiment avait un certain charme.
Le portier le salua et le dirigea vers l'ascenseur, lui indiquant qu'il était attendu dans le penthouse.
Chuck y était donc monté, et avait fixé d'un regard qu'il savait vide et dangereusement inexpressif les portes coulissantes métalliques qui lui faisaient face, pendant toute la montée. Il restait convaincu que l'enthousiasme de Rose serait certainement communicatif une fois qu'il l'aurait rejointe.

Et c'est ce qui se produisit. Les portes coulissèrent pour dévoiler à sa vue une immense pièce en parquetée. Les fenêtres sur la gauche occupaient toute la hauteur du mur, laissant largement entrer la lumière. L'espace était ponctué de piliers en métal, d'origine, qui soutenait le plafond laissant lui aussi apparaitre les poutrelles, qui se détachait sur la peinture blanche. Il devina sur la droite une immense cuisine, chaleureuse et lumineuse, donnant sur une cours assez vaste pour New York, il ne pu que l'admettre.

Son regard revint au centre de la pièce, ou il accrocha Rose qui l'observait avec une angoisse mêlée d'excitation. Elle adorait l'endroit, cela se voyait. Et contrairement à ce à quoi il s'attendait, il l'aimait aussi. Pourquoi ne pas y rentrer tous les soirs auprès de la femme qu'il aimait ? Il décida en une seconde que oui, il pourrait être heureux comme ça.

De son coté, fidèle à elle-même, Blair s'était activée afin que sa vie à Manhattan retrouve la dimension qu'elle avait un jour eut.

Elle avait la satisfaction de voir que Audrey suivait ses traces en termes d'excellence académique à Constance. Son classement était impeccable, et elle suivait déjà plusieurs cours en avance sur l'année prochaine. Son statut de fille du couple le plus légendaire de Manhattan, à défaut d'être légitime, lui avait rapidement assuré une position solide, tant auprès de ses camarades que des professeurs. Blair s'étonnait à chaque fois de la précocité des enfants. Dans son souvenir, à leur âge, le statut social n'avait encore aucune importance mais en même temps, elle devait admettre qu'elle vivait déjà, avec Nate, Serena et Chuck, dans la conscience de leur position. Sans pouvoir le formuler, ils se rendaient bien compte, regardant le reste de la ville à travers les vitres fumées de leurs limousines, que leur vie ne ressemblait pas à celle des autres. Heureusement Audrey, habituée à Monaco à une vie déjà particulière, semblait parfaitement bien s'adapter.

Avec l'aide de Dorota, elle avait pu créer autour de la petite fille un foyer chaleureux et rassurant. Audrey savait qu'elle pouvait compter sur la présence de sa mère tous les soirs, et Dorota était … Dorota tout le reste du temps.

Elle avait du mal à l'admettre, et ce même si cela la réjouissait, mais Chuck gérait sa paternité au-delà de ses attentes. Sa relation avec le père de sa fille restait particulière, et comment cela pouvait-il en être autrement, considérant le poids incroyable de leur passé. Mais qu'elles qu'en soient les raisons ou les moyens mis en place, ils étaient parvenus à obtenir une situation assez apaisée, et donc apaisante pour Audrey, ce qui était le plus important à leurs yeux à tous les deux.

Chuck était parfaitement investi dans tous les rendez-vous important de la vie de sa fille, participait avec Blair à la prise de toutes les décisions.
Depuis que Chuck et Rose avait emménagés dans leur nouvel appartement, Audrey avait désormais sa propre chambre chez son père, dans laquelle elle passait un weekend end sur deux et un soir par semaine au minimum.
Blair ne s'était jamais aventurée dans cet appartement. De manière instinctive pour tous les deux, ils avaient établis que Chuck passait chercher et raccompagnait sa fille de manière systématique.
Blair faisait confiance à Chuck pour surveiller l'attitude de Rose envers la petite fille, et ne posait donc à Audrey que des questions assez générale sur le déroulé de ses séjours là-bas.
Et cela lui suffisait.

Après les quelques mois qui lui avaient été nécessaires pour s'installer et reprendre ses marques sur son île, Blair s'était rapidement posée la question de son avenir. Tout avait été mis en suspens depuis le moment où sa relation avec Louis était devenue sérieuse, c'est-à-dire longtemps. Et elle avait besoin de retrouver la Blair qui était guidée par l'ambition, qui croulait sous les projets et les idées, et surtout qui était menée depuis l'adolescence par l'envie de devenir une femme de pouvoir.

Elle s'était oubliée dans son mariage et son rôle de maman, et pendant longtemps avait cru qu'elle devrait oublier toute cette partie d'elle-même, avant que son avenir ne change totalement, et que cette possibilité ne s'offre de nouveau à elle.

Elle avait donc rapidement réactivé l'ensemble de son réseau, de manière à faire le point sur les différentes pistes qui pouvaient s'offrir à elle.

Et elle avait pu intégrer, en court de programme, un MBA à Columbia. Son profil totalement atypique, mais néanmoins commencé par un parcours scolaire parfait, avait séduit les responsables, convaincu qu'elle pourrait amener beaucoup à sa classe. Et cela s'était vérifié.
Le rythme était bien sur difficile à tenir. Elle tenait à consacrer un maximum de temps à Audrey à son retour à la maison, ce qui l'obligeait à travailler tard le soir.
Sa vie sociale s'était en parallèle densifiée, et elle jonglait avec un planning complexe, qu'elle ne parviendrait sans doute pas à gérer sans l'aide précieuse de Dorota.

Au milieu de toute cette agitation, elle pouvait bien entendu compter sur la présence de Serena à ses côtés. Les deux jeunes femmes avaient retrouvé toute leur complicité, et Blair savourait chacun des moments passés avec elle.

Ce samedi soir, il était prévu que Audrey dorme chez une amie. Aussi Serena, portée par son habituel enthousiasme, avait-elle proposé une soirée fille, condamnant Nate à passer une soirée de son côté.

Il était déjà 21h lorsque Serena pénétra enfin dans le foyer du penthouse de sa meilleure amie, mais Blair descendait à peine de sa chambre à ce moment-là.

« Eh bien, pour une mère célibataire tu donnes encore le change ! », assena Serena à la vue de son amie.

Blair avait longuement hésité devant son dressing pourtant largement pourvu, et ne parvenait pas à choisir entre deux tenues. Dorota l'avait trouvée en peignoir de soie, assise sur son lit, faisant face à deux robes suspendues devant elle sur la porte de son dressing. Le menton posé dans le creux de sa main, Blair était perplexe. D'un côté une magnifique robe de cocktail noire Alaïa. Un doupion de soie noire, une large ceinture qui marquait sa taille fine, des pinces pour une jupe légèrement bouffante, une encolure sage mais qui permettrait éventuellement un collier plus fantaisie… Tout cela lui semblait d'une fadeur incomparable, et aurait surtout été un choix parfait s'il était fait pour sa propre mère. Et à coté une robe rouge, signée Lanvin. Là encore une longueur aux genoux, mais la coupe ajustée ne cachait pas grand-chose de la ligne de ses hanches. Une large ceinture noire en gros grain marquait franchement la taille, et le bustier, par un élégant et volumineux drapé, semblait s'enfuir par une seule épaule en en magnifique bouillonné de tissu. La robe était sublime, élégante mais sexy. Typiquement Blair Waldorf période pré Louis.

« J'espère que vous porter la rouge, et garder la noire pour prochaine réunion parents-professeurs …. », glissa doucement Dorota à celle qui était sa patronne depuis tant d'année, et dont elle pouvait si bien déceler les hésitations.

Blair sursauta légèrement, et sans y penser tourna la tête pour faire face à Dorota, qui ne put que constater à son expression qu'elle avait parfaitement raison. Elle se radoucit tout de suite, et ne dit rien, se contenant de fixer Blair avec un demi sourire, sachant parfaitement que plus elle argumenterait, plus elle prendrait ses conseils à l'envers.

Au bout de quelques secondes, Blair se leva effectivement avec humeur, saisit vivement le cintre qui soutenait la robe rouge, et s'exclama « Oh et puis merde », avant de se diriger rapidement vers la salle de bain.

Dorota resta là, encore stupéfaite de l'écart de langage plus qu'inhabituel de la jeune femme, et ne put réprimer un sourire. Enfin elle revenait peu à peu à elle. Et une heure plus tard elle observait discrètement depuis la cuisine Blair descendre les escaliers, fin prête. Elle avait accessoirisée sa robe de boots noire à hauts talons, d'une pochette en soie assortie, et avait relevé ses cheveux en un chignon flou et moderne. Elle avait choisi un rouge à lèvre dans la même teinte que sa robe, qui faisait ressortir son teint pâle et la couleur profonde de ses cheveux. Enfin, elle semblait abandonner toutes les restrictions de l'étiquette qu'elle avait dû suivre pendant des années, et même a priori les règles qu'elle avait instaurée en tant que Reine de Constance si elle devait en juger par la hauteur de ses talons. C'était sa Blair, mais adulte, sûre d'elle, et indépendante.
Elle ne put s'empêcher de ressentir une grande fierté, et choisit ce moment pour émerger de la cuisine, tenant à bout de bras un plateau contenant un seau à champagne et deux flutes.

« Mesdemoiselles, il est temps de commencer votre soirée ! » dit-elle en s'approchant de la cheminée, au côté de laquelle elle posa son plateau.

« Clairement Blair est prête », gloussa Serena en tirant son amie par le bras.

« Arrête Serena, tu ne vas pas me faire honte toute la soirée ! D'accord cette robe n'aurait pas reçu l'aval de Sophie, certes … mais elle avait le même sens du risque en matière de mode qu'une lanceuse de poids de l'ex-URSS, est-ce donc un exploit ? » rétorqua Blair, tenant comiquement sa flute à champagne par le pied le petit doigt en l'air.

Serena et Dorota échangèrent un regard amusé, avant que la blonde ne réponde d'un air faussement sérieux. « Tu as raison. Tu as fait un choix parfaitement classique, élégant et … discret … »

Dorota tourna les talons en cachant très mal le fou rire nerveux qui la prenait, et se pencha vers Serena au moment où elle passait à côté d'elle : « Mademoiselle Blair est de retour … ». Puis elle s'éloigna aussi rapidement que lui permettait ses jambes.

« J'ai entendu ça ! », répliqua Blair, outrée, alors que Dorota disparaissait dans la cuisine.