Chapitre 39 :

Serena s'approcha lentement de la porte, tandis que son esprit fonctionnait à toute allure. Le moment où elle avait compris ce qui allait se passer lui avait fait l'effet d'une douche froide. Elle n'était pas dupe, elle savait que l'équilibre apparent de leur situation à tous était fragile, mais elle voulait y croire. Elle ne connaissait que trop bien, pour les avoir vécues et observées de par le passé, les conséquences de ce qui se passait en ce moment même derrière cette porte. Elle considéra un moment la possibilité de partir. De faire comme si elle n'avait jamais rien remarqué. Mais elle savait que c'était impossible. Elle était trop impliquée. Et cela ne devait pas se passer de cette manière, l'issue n'était positive pour personne.

Blair ne pensait plus. Elle ne pensait pas au fait qu'elle était simplement passée rendre à Chuck la pochette qu'il avait oublié et qu'elle avait retrouvé dans son sac ce matin. Elle ne pensait pas au fait que leur entrevue avait dérapé en un temps record, alors même qu'elle avait jugé plus prudent de justement retrouver Chuck à son bureau, elle ne pensait pas que Chuck lui avait rapidement évoqué un rendez-vous avec Serena ce midi-là. Elle ne pensait qu'a une seule chose, à quel point elle se sentait vivante à cet instant précis.

Comment faisait elle pour séparer ces moments-là du reste de sa vie ? Une sorte de réflexe de survie peut être. Elle en était venue à avoir un besoin vital de ces moments, mais elle se sentait en parallèle absolument incapable d'en assumer les conséquences. Et étant donné les enjeux, la technique de l'autruche lui semblait particulièrement indiquée.

Même si ils n'en parlaient jamais, elle savait instinctivement que Chuck ressentait la même chose. Ils s'étaient tous les deux laissés entrainer dans cette relation, et aujourd'hui ils en étaient comme dépendants. La retenue qu'ils observaient tous les deux depuis le retour de Blair avait une raison fondamentale. Chacun sentait qu'à trop s'approcher, il risquait de se faire de nouveau prendre dans l'attraction instinctive, la passion, la déraison qui définissait depuis si longtemps leur relation. Le hasard les avait réunis, leur avait fait franchir le pas, et aujourd'hui ils étaient les esclaves de leur dépendance. Il était trop tard pour faire marche arrière, ils étaient coincés, et elle en était venue à intégrer totalement ses rencontre avec Chuck dans son quotidien. Elle refusait de penser à la facilité effrayante avec laquelle tout cela c'était mis en place.

Dès le lendemain de leur soirée, elle avait reçu un message d'un numéro inconnu, non signé, lui indiquant qu'une voiture viendrait la chercher quelques heures plus tard, pour l'amener dans une maison discrète du Village. Elle ne s'était pas posé de questions. Ni sur l'origine du message, ni sur l'attitude à adopter. A l'heure dite elle était prête, avait une justification parfaite pour laisser Audrey à Dorota, et était montée dans la voiture sans poser de question, même pas à elle-même, surtout pas à elle-même. La force qui la poussait à revenir à chaque fois était intense, absolue, et supplantait sa capacité de réflexion, sa volonté, son bon sens. Elle se perdait totalement dans les moments qu'ils arrivaient à s'accorder. Pour elle, ils représentaient une bouffée d'air, comme un retour à la personne qu'elle était avant que sa vie ne parte à la dérive et qu'elle en perde le contrôle. Aujourd'hui elle avait Audrey, Chuck était en couple avec une autre femme, et plus rien ne serait jamais comme avant, mais elle avait toujours ces moments hors du temps où elle pouvait se laisser aller à penser que tous les évènements qui avait transformé sa vie ne s'étaient jamais vraiment produits.

Et c'est comme cela, plusieurs mois après la fameuse soirée avec Serena, qu'elle se retrouvait dans cette salle de bain, le dos plaqué contre le carrelage qui à ce stade n'était même plus froid, le corps dévêtu de Chuck pressé contre le sien.

Elle ne devait pas réaliser tout de suite que la porte s'était ouverte. A un certain moment, elle leva son visage du cou de Chuck pour retrouver de l'air et, levant les yeux sous l'effet d'une caresse particulièrement précise, distingua vaguement quelque chose dans sa vision périphérique.

Elle sentit tout l'air quitter ses poumons, et ses yeux s'écarquiller, alors qu'elle distinguait désormais très nettement Serena qui se tenait, sans un mot, dans l'embrasure de la porte de la salle de bain. Elle mit plusieurs secondes, immobile, à réaliser que manifestement Chuck n'avait pas du tout conscience de la présence d'une tierce personne dans la pièce, et posa alors ses mains sur ses épaules pour le repousser. Il leva un regard étonné et impatient sur elle, et elle se concentra à ignorer l'effet qui lui faisait son sourire, pour sans un mot lui désigner simplement la porte. Et elle attendit que tout s'écroule.

Instantanément, elle le sentit se tendre dans ses bras. Il ne s'éloigna pas d'elle brusquement non, mais elle sentit sa chaleur s'éloigner d'elle, et un frisson glacé la traversa toute entière. Elle baissa la tête et ferma les yeux un instant, priant pour pouvoir ignorer encore quelques seconde bénies ce qui venait de se passer.

Car ils venaient de faire un saut extrêmement brutal dans la réalité.

Elle était assaillie d'une multitude d'émotions. Le choc, la gêne, la culpabilité, la peur, l'impuissance. Elle leva de nouveau les yeux pour faire face à Serena, qui se tenait toujours, interdite, face à eux, une expression d'intense déception peinte sur le visage. Mais de toute manière que pouvait-elle faire ? Expliquer ? Défendre ? Argumenter ? Dans le fond elle savait parfaitement que leur attitude était indéfendable.

Elle tendit machinalement une main tremblante vers une patère, et attrapa un peignoir qu'elle enfila rapidement.

« Serena », tenta-elle en s'approchant de son amie, terminant de nouer la ceinture autour de sa taille. Elle tendit la main vers elle, seulement pour réaliser avec consternation que celle-ci se reculait au fur et à mesure qu'elle avançait. Tentant d'ignorer le fait que Chuck était toujours derrière elle, et qu'il ne semblait toujours pas avoir bougé, elle persévéra : « Serena s'il te plait, laisse nous t'expliquer … »

« Expliquer quoi Blair ? J'ai des yeux je te remercie », assena-t-elle sèchement. « Vous deux, vous êtes intenables. Je vous passerai le discours moralisateur sur le fait que vous avez une fille ensemble, et que mon frère est en couple avec une jeune femme adorable, qui a confiance en lui, et que je vois tous les jours, et considère comme mon amie. Vous êtes intelligents, vous savez tout ça. Mais qu'est-ce que je fais moi maintenant ? ». Plus la situation devenait réelle dans sa tête, plus Serena sentait son énervement monter. Elle avait toujours été aux premières loges. Elle savait parfaitement avec quelle intensité Chuck et Blair s'était aimés, et blessés. La vie ne les avait pas épargné, le jeu de Sophie et Louis leur avait couté énormément, sans doute une vie de bonheur ensemble, mais aujourd'hui ils étaient adultes, parents, se devaient d'être responsables. Comment avaient-ils pu laisser faire ça ?

Sans égard pour son amie dont les yeux se remplissaient de larmes, ni pour son frère qui se tenait toujours à l'écart, dos à elles, et qui ne disait pas un mot, Serena continua à laisser exploser sa colère : « Vous pensez me faire croire que ce n'était que cette fois ? Un accident ? Ca fait des semaines que quelque chose cloche, vous pensiez que personne ne le verrait ? Qu'allez-vous faire ? Repartir en guerre, détruire le parent de votre enfant ? Ou bien continuer comme ça, et me demander de mentir à Rose ? »

« Non Serena bien sûr, nous allons trouver une solution … » tenta Blair.

« Mais quelle solution ? SI vous aviez du vous remettre ensemble ce serait déjà fait tu ne crois pas ? Alors quelle est la finalité de tout ça ? »

Blair ne sut quoi répondre. Elle ne pensait plus depuis tellement longtemps, ou est ce qu'elle tentait seulement de repousser une prise de décision qui semblait si énorme, si dangereuse qu'elle ne s'en sentait pas la force ?

Et si elle était assez forte ? C'était Chuck, il y avait Audrey, pourquoi la situation devait à tout prix être si compliquée…

Sans un mot, les bras ballants, elle se tourna désemparée vers Chuck.

Il avait, en silence, réussi à retrouver un peu de dignité, et s'était du moins en partie habillé, merci mon dieu. « Serena peux-tu nous laisser s'il te plait ? Je dois parler à Blair. »

La fermeté du ton et la détermination de son regard sembla rassurer un peu Serena, qui sembla se calmer. Quelqu'un avait enfin l'air de plus ou moins maitriser la situation pensa-t-elle. « Vas-y, insistât-il, je t'appelle dans l'après-midi pour régler les détails du gala ».

Impuissante, Blair ne put qu'observer Serena faire demi-tour, prendre son sac sur le canapé, et s'enfuir du bureau aussi rapidement qu'elle le pouvait, claquant la porte derrière elle. Elle se sentait en état de choc. Elle s'était tellement habituée à être dans leur bulle avec Chuck, que le fait de se retrouver brutalement exposée la laissait totalement désemparée. Elle avait besoin de lui, et cela lui paraissait la chose la plus naturelle du monde. Elle s'approcha doucement de lui, tandis qu'il commençait à boutonner sa chemise en silence. Elle posa sa main sur son avant-bras, pour qu'il arrête une seconde, et qu'enfin il la regarde, mais il n'en fit rien. Et lorsqu'enfin il leva les yeux sur elle, son sang se glaça instantanément.

Il n'avait pas l'air soulagé, ni apaisé, ni même heureux ou neutre. Elle aurait payé cher pour neutre à ce moment-là. Il avait juste l'air défait. « Chuck », dit-elle dans un murmure, resserrant instinctivement sa main sur son bras.

« Serena a raison. A quoi pensions-nous franchement, à nous cacher ainsi comme des ados ? Que nous ne nous ferions jamais prendre ? Et quand bien même, combien de temps étions-nous prêts à faire durer ça ? »

Blair tressaillit au ton employé par Chuck. Ça ? Il parlait ainsi d'eux ? Elle sentait que la pièce commençait à tourner, instinctivement elle sentait l'issue de cette discussion, sans être capable de projeter la situation. Elle avait dû faire face à tellement de changements radicaux, et surtout subits, dans sa vie, qu'elle commençait déjà instinctivement à refermer sa carapace.

« Chuck n'oublie pas à qui tu parles, c'est nous, Chuck et Blair, Blair et Chuck, ou pensais tu que cela nous mènerait honnêtement ? »

« Peut-être que je ne pensais pas Blair. Peut-être que je me suis fourvoyé, que je me suis menti à moi-même pour avoir ces moments avec toi, mais à quoi cela sert-il de ressasser le passé franchement ? On a passé l'âge. »

Blair eu un instant l'impression de revoir l'ancien Chuck. Celui qui avait prétendu avec tant de facilité, et pendant si longtemps, que leur relation n'était qu'un jeu pour lui. Elle sentit un goût amer envahir sa bouche. Elle était en train de perdre le contrôle de la situation.

« Chuck…. »

« Non Blair arrêtes. Tu devrais te rhabiller maintenant. »

Sans en dire davantage, il passa sans un regard à coté de Blair qui se tenait toujours au milieu de la pièce en peignoir, impuissante. Serrant ses bras autour de son corps, elle respira profondément plusieurs fois pour reprendre ses esprits, et surtout retrouver son calme. Son cœur battait la chamade, elle tremblait, et là tout de suite elle tenait surtout à conserver le peu de dignité qu'il pouvait lui rester.

Se retournant doucement, elle constata que Chuck avait quitté la pièce, et fermé la porte derrière lui. Se forçant à agir posément, à rester calme, elle rassembla ses affaires, se rhabilla en silence, lentement, mettant à profit ce temps pour clarifier ses pensées. Elle réappliqua soigneusement son maquillage, jusqu'à être parfaitement satisfaite de l'image qu'elle se renvoyait dans la glace. Ainsi, elle se décida prête à affronter Chuck.

Elle n'avait aucune idée de ce qu'elle allait dire. Elle était incapable de se formuler à elle-même ce qu'elle voulait vraiment. La seule chose dont elle était certaine, du plus profond de son cœur, était qu'elle voulait se sentir de nouveau aussi bien qu'elle ne s'était sentie dernièrement dans ses bras.

Forte de cette idée, elle posa la main sur la poignée de la porte, et inspira profondément pour se donner une contenance. Elle finit par se convaincre d'enfin entrer dans le bureau de Chuck, pour réaliser une fois à l'intérieur qu'il était simplement parti.

La grande pièce lumineuse était totalement vide, et Blair sentit le poids du désespoir s'abattre sur ses épaules. Serena était repartie, furieuse, et Chuck avait suivi le même chemin, moins énervé mais pas tellement mieux disposé finalement. Et elle se retrouvait toute seule, encore.

Elle s'était considérée seule lorsqu'elle était à Monaco. Sa famille, ses amis étaient loin, et elle n'avait qu'Audrey, qui dépendait entièrement d'elle. Elle pensait que cette période de sa vie s'était terminée le jour où elle était montée dans l'avion pour New York avec sa fille, mais elle avait réussi à s'isoler même chez elle. Elle commençait à mesurer l'énormité de l'erreur qu'ils avaient commise avec Chuck. Ils avaient opté pour la facilité. Et elle ne faisait pas la facilité d'habitude. Et maintenant elle savait pour quelle raison.

Chuck avait appelé Arthur tout en traversant l'open-space à la hâte. Il ne s'avouait pas à lui-même qu'il fuyait son propre bureau, qu'il fuyait Blair, mais c'était tout comme pourtant. Il avait appuyé frénétiquement sur le bouton d'appel de l'ascenseur, priant pour qu'elle ne le rattrapât pas, absolument paniqué à l'idée de devoir gérer Blair avec l'attitude qu'elle avait eu avec lui quelques instants plus tôt. Le déni avait certes quelque chose de lâche, et il avait sans doute passé l'âge, mais il avait surtout cet aspect sécurisant et confortable, qu'il se sentait incapable d'abandonner.

Comment avait-il pu laisser cette situation dégénérer à ce point, il était incapable de laisser son esprit s'aventurer près de la raison. Dans l'instant il voulait juste fuir. Fuir Blair, fuir n'importe quel lieu dans lequel elle se trouvait, puisqu'apparemment il était incapable de se comporter comme un homme doué de libre arbitre, comme le bon père qu'il s'était juré d'être pour Audrey.

Un mois s'était déroulé depuis que Serena avait surpris Chuck et Blair. Les deux amies marchaient côte à côte dans le parc, Audrey et Dorota suivant quelques pas derrière.

Elles avaient passé dernièrement énormément de temps ensemble. Le choc passé, Serena s'était facilement laissée convaincre que Blair avait avant tout besoin d'une amie pour l'aider et la soutenir plutôt que de la juger. Cette fois aucune d'elles n'avaient menti. Blair avait confié à Serena tout ce qui s'était passé, et comment, et surtout ce qu'elle avait ressenti lorsqu'elle avait vu Chuck la laisser seule et misérable dans cette pièce, pour ensuite ne plus donner de nouvelles pendant des semaines.

Blair avait d'abord été furieuse bien sûr, qu'il la laisse elle, mais aussi Audrey. Et puis les vieux réflexes étaient revenus, et elle avait compris que Chuck fuyait car comme cela s'était si souvent produit par le passé, il ne pouvait pas gérer ses sentiments. Elle le connaissait. Elle l'aimait. Et elle savait qu'il en avait besoin.

Les vieux réflexes étaient revenus, et elle avait retrouvé une forme de paix. Et puis un jour Serena lui avait annoncé au détour d'une conversation que Rose était absente du bureau. Aux questions que Blair n'avait pas manqué de poser, elle s'était vu répondre de façon évasive que Chuck aurait envoyé le jet de BI afin que Rose le rejoigne dans quelques voyage d'affaire. Depuis ce jour, un mauvais pressentiment diffus ne la quittait pas.

Blair était usée. Usée de subir. Elle avait été le pantin de Louis et Sophie, et s'était retrouvée seule au bout du monde avec sa fille. Le hasard lui révèle sa liberté, dont elle tente de tirer profit, pour réaliser qu'elle arrive trop tard. Que l'amour de sa vie ne l'a pas attendue assez longtemps, et que même si il est le père de sa fille, leur bonheur est désormais impossible. En brave fille, elle s'efforce de rester digne, de reconstruire sa vie, pour se retrouver saoule, collé à Chuck sur une piste de dance, à ne plus rien maitriser. Quand à ce qui a suivi certes, il en était sans doute davantage de son fait. Mais au milieu de tout cela, qu'en était-il de ses rêves de pouvoir et d'accomplissement ? Qu'en était-il de Blair Waldorf ?

« Blair, à quoi pense tu ? », interrogea Serena, inquiète du silence de son amie avec laquelle elle marchait bras dessus bras dessous.

Secouant doucement la tête pour dégager son visage des mèches de cheveux que le vent dérangeaient, Blair répondit doucement : « Je m'inquiète de la surprise de Lily pour tout te dire. Tout ce mystère ne présage rien de bon. »

Sans le dire Serena partageait son inquiétude. Pas pour elle-même, mais pour Blair. Elle avait longtemps pensé possible de dire que Chuck était désormais mature, et stable, et fiable. Mais le retour de Blair et Audrey avait tout changé. Et son départ précipité, même si soit disant professionnel, et ce depuis plusieurs semaines, ne pouvait rien augurer de bon. Elle savait qu'un facile discours de motivation de fille ne servirait à rien. C'était Blair. Avec son lot de pragmatisme et de réalisme. Elle seule sans doute connaissait Chuck mieux qu'elle, et intimement elle savait que son inquiétude était fondée.

« Si cela peut te consoler, dis-toi que la connaissant, elle a sans doute prévu du staff supplémentaire pour t'approvisionner en mimosa toute la matinée. Et qu'en fonction de ce qui se prépare nous envisageons avec Nate de revoir le quota de membre du NJBC à 3. Maximum. »

Blair ne pu réprimer un sourire. Non. Elle n'était plus vraiment seule en réalité.

Quelques minutes plus tard, elles pénétrèrent toutes les quatre dans le vaste loft de Lily et Rufus. Il ne fut que quelques secondes au chaleureux couple pour les accueillir et les accompagner dans le salon, ou en un coup d'œil Blair constata qu'effectivement, Lily avait largement surévalué les réserves de champagne. Levant un coup d'œil cynique vers Serena, elle trouva une forme de réconfort dans le fait que son amie semblait avoir remarqué la même chose, et qu'elle se rapprochait déjà imperceptiblement d'elle. Blair tenta d'ignorer le frisson glacé qui commençait à la parcourir, prit une grande inspiration, et, tout en surveillant d'un œil que Dorota s'occupait bien d'Audrey, entreprit de répondre aux questions polies que Lily, en parfait hôtesse comme d'habitude, commençait déjà à lui poser.

Son estomac était parfaitement vide, et elle tentait d'ignorer la crampe qui se faisait plus langoureuse. Elle sourit rapidement à Serena qui, à son coté, attrapa pour elle une coupe de champagne et la lui tendait, et continua de discuter avec Lily, même si le cœur n'y était pas. Elle était Blair Waldorf. Et même si elle se considérait plus en moins en famille dans cette maison, elle n'allait pas non plus renoncer à sa fantastique capacité à contrôler ce qu'elle laissait paraitre de ses sentiments.

Elle avala difficilement sa salive lorsqu'elle entendit l'ascenseur arriver dans le penthouse, annonçant l'arrivée de la suite des invités. Et dès lors tout se déroula comme au ralenti, comme dans un brouillard. Lily finit par y porter attention aussi, et se détourna d'elle, pour se diriger vers l'entrée, les bras ouvert. Blair l'entendit vaguement dire « Charles ! », et elle sentit la main de Serena se serer sur la sienne. Elle se força à inspirer profondément, comme pour forcer son corps à se détendre, et tourna la tête vers l'entrée elle aussi, sentant ses parfaites boucles brunes balayer ses épaules.

Ce qu'elle avait sous les yeux était l'apparente perfection d'un couple heureux. Chuck et Rose, le teint hâlé, détendus. L'inverse de sa propre situation, ne peut-elle s'empêcher de penser. La fuite présente cet avantage.

Toute l'assemblée, Audrey et Nate, arrivé avant elles, se précipitait pour les accueillir, et Blair ne put que suivre le mouvement, tentant de ne pas trop remarquer que Chuck semblait désespérément fuir son regard.

Rapidement Lily n'y tint plus. Et alors que tout le monde ne s'était même pas encore dit bonjour, elle ne put s'empêcher de poser la question qui lui brulait les lèvres : « Alors Charles pourquoi tout ce mystère, quelle est cette fameuse nouvelle ? »

Et comme dans un cauchemar, car il n'y avait pas d'autre monde ou une telle chose puisse se produire, elle observa médusée Chuck prendre Audrey dans ses bras, alors que Rose restait niaisement à côté de lui, pour annoncer à la cantonade, fuyant toujours son regard : « Nous sommes fiancés ».