Chapitre 2

Reid se réveilla difficilement. Il avait mal partout. Et rester ligoté à cette chaise n'arrangeait rien.

Son pied, surtout, le faisait atrocement souffrir. Reid se demandait si Tobias… enfin, Charles possédant Tobias… ne lui avait pas fracturé le métatarse en lui frappant la plante du pied gauche comme un malade. Il regarda son pied nu bleui, et constata qu'à droite, Tobias lui avait laissé sa chaussette aux motifs infantiles. Pathétique…

Il se redressa sur sa chaise. Ses bras étaient engourdis. Son sang circulait mal, dans cette affreuse position.

Il avait froid.

Le feu dans le petit poêle s'était éteint depuis longtemps. Les cendres ne rougeoyaient plus.

Quelle heure pouvait-il être ? Etait-ce le jour ? La nuit ? A travers l'étroite fenêtre aux carreaux recouverts de crasse, Reid entrevit la lumière pâle du soleil levant. On devait être le matin.

Le matin, oui… probablement. Il avait envie d'aller aux toilettes.

Depuis quand était-il là ? Combien d'heures ? Plus d'une journée ? Peut-être deux…

Attendre… Bientôt l'équipe le retrouverait. Ils allaient le sauver. Ce n'était qu'une question d'heures.

Il approcha ses mains menottées de son visage et toucha ses lèvres craquelées. Il avait soif.

La drogue faisait ça. Elle accélérait la déshydratation.

Mais plus que boire, Reid rêvait d'une injection. Quelque chose pour le soulager de cette perpétuelle douleur qui le broyait.

Lorsque la porte s'ouvrit, Reid eut l'impression, comme à chaque fois, que son sang se vidait : était-ce Tobias, Charles ou Raphaël qui entrait ? Allait-il être caressé par l'aiguille ou bien frappé jusqu'au sang ?

Son cœur se mit à battre violemment dans sa poitrine.

Reid chercha le regard de Tobias. Dans ses yeux, il pouvait lire la personnalité qui le possédait.

Mais avant même d'avoir pû déchiffrer son regard, Reid sentit l'odeur du café, il vit la tasse entre les doigts de son geôlier.

« Tiens… » murmura Tobias en lui tendant le mug brûlant et délicieusement parfumé. « Bois… »

« Merci ». Reid savait que lorsque Tobias était lui-même, il était son allié il essayait de rendre les choses moins difficiles. A sa façon…

Reid but le breuvage à petites gorgées. La chaleur se diffusait doucement dans son corps. C'était bon.

Mais pas suffisamment pour apaiser les douleurs physiques et la souffrance du manque qui le martyrisaient.

Et ce besoin naturel de plus en plus pressent…

Reid termina son café et tendit la tasse à son geôlier, occupé à rallumer le feu dans le poêle : « Tobias… Il faut que je… heu… J'ai besoin… d'aller… aux toilettes ». Mon Dieu comme c'était difficile à dire, comme c'était humiliant.

« Oh… » fit Tobias en haussant les sourcils. Oui, il n'avait pas pensé à ça. Il tourna la tête à droite, à gauche, cherchant une solution. Il semblait hésiter.

Puis, il s'approcha de Reid, il dénoua la corde qui le retenait et, le saisissant par la taille, il le fit se lever. Toujours menotté, Reid fut emmené jusqu'à la porte. Tobias l'ouvrit et la lumière du jour rendit un instant Reid aveugle. Enfermé dans cette cabane sombre, ses yeux subissaient le choc des contrastes.

Lorsqu'il recouvra doucement la vue, il descendit deux marches : la cabane était légèrement surélevée. Autour de lui, rien que des arbres et, au loin, quelques vieilles tombes abandonnées au milieu d'un champ d'herbes folles.

Du vide à perte de vue.

Ils étaient au milieu de nulle part.

Tobias lui fit faire quelques pas. Reid avait beaucoup de difficultés à marcher : son pied martyrisé le faisait terriblement souffrir et il n'avait pas de chaussures.

A vingt mètres de la cabane, Tobias l'arrêta près d'un arbre : « Là… » se contenta-t-il de dire.

Reid resta un instant perplexe. Il avait toujours les poignets entravés par les menottes et il sentait la main puissante de Tobias sur son épaule gauche. Son ravisseur était derrière lui et le tenait fermement.

Reid déglutit, très mal à l'aise. Mais l'envie d'uriner était trop forte et il n'y avait pas d'autres solutions. Tobias ne le laisserait jamais seul. Spencer était son prisonnier et il ne prendrait jamais le moindre risque de le perdre.

Reid soupira et, tentant de faire abstraction de la présence de Tobias et de sa main sur son épaule, il entreprit de déboutonner son pantalon. Il se soulagea dans cette position dégradante en essayant de ne pas y penser.

Lorsqu'il eut fini, Tobias souffla dans son cou : « Viens… » Et il le ramena à la cabane.

Il le rassit sur la chaise.

Le ligota à nouveau.

« Je vais t'apporter à manger » fit Tobias avant de refermer la porte de la cabane. Reid se dit que c'était la première fois que cet 'homme des bois' prononçait une phrase aussi longue de toute la journée.

Mais lorsque la porte se rouvrit un peu plus tard, elle laissa place à une toute autre personnalité.

Reid le lut dans les yeux de Tobias. Il était redevenu Charles, le père sadique, violent et déjanté qui cognait jusqu'au sang en évoquant la Bible.

Spencer sentit la terreur l'envahir car il savait ce qui allait se passer.

Il savait…

A suivre…