Chapitre 3
Ce sont ses mains qu'il sentit en premier. Des mains qui le prenait par les épaules et qui essayaient de le relever.
« Je suis désolé, désolé… » répétait Tobias, redevenu Tobias.
Reid, étendu sur le sol, avait du mal à reprendre connaissance. Il peinait à ouvrir les yeux, et quelque chose coulait sur son visage. Reid essuya de ses mains entravées sa tempe maculée et constata que c'était son propre sang.
Tobias, accroupi près de Reid, le souleva de ses bras puissants et le remit sur sa chaise.
Reid voyait l'image de son tortionnaire à travers un voile flou. Il n'arrivait pas à fixer son regard. Il avait la sensation d'être au bord du coma, l'impression qu'il allait encore s'évanouir. Il essaya de parler, mais il n'y parvient pas.
« Spencer ? » murmura Tobias en essuyant d'un mouchoir le sang qui souillait le visage de Reid. « C'est bien ton nom, c'est ça… ? »
Reid reprit soudainement espoir : c'était la première fois qu'il l'appelait par son prénom. Il lui avait dit, le jour de son kidnapping, qui il était. Mais Tobias l'avait jusqu'à lors dépersonnalisé. S'il le nommait, c'était bon signe, non ? Il le voyait peut-être comme une personne… et non comme un jouet humain qu'il retenait prisonnier.
Reid parvint à articuler deux mots d'une voix très faible : « J'ai… mal… ».
« Je sais, je sais… Mon père… » Les mâchoires de Tobias se contractèrent de rage. Il semblait véritablement en colère contre cette autre part de lui-même. Et sans doute l'était-il vraiment, pensa Spencer. C'était le propre du dédoublement de personnalité.
Tobias mouilla de sa salive le mouchoir pour faire partir les dernières traces de sang séché sur la tempe de Reid. Il mettait tout son cœur à soigner sa victime, même si c'était de manière fort rustique. Il glissa ensuite ses doigts dans les cheveux de Spencer, pour repousser une mèche collée par le sang. « Je vais te chercher… ce qu'il faut… » murmura-t-il en se levant.
Et Tobias disparut quelques instants.
Lorsqu'il revint, il avait avec lui une seringue et deux flacons, l'un plein, l'autre sérieusement entamé : « Dilaudid… » murmura Tobias en s'agenouilla près de Reid.
Dans les yeux du jeune homme qu'il tenait à sa merci, Tobias pût lire le besoin… le désir… l'envie.
Il prépara le garrot, souleva la manche de Spencer, et approcha l'aiguille de la saignée de son bras, sans pour autant le piquer.
Tobias s'approcha du visage meurtri de Reid et murmura dans son cou : « Dis-le moi… Dis-moi que tu veux que je te fasse du bien… »
Reid comprit le mécanisme intellectuel destiné à le briser : il fallait qu'il demande, qu'il réclame, qu'il supplie. Tobias voulait lui faire rendre ses dernières armes, qu'il lui soit soumis jusqu'au bout. Esclave de la drogue.
Reid aurait voulu résister, il aurait voulu être fort. Mais il avait mal, si mal ! Et il avait tant besoin de perdre son esprit dans les paradis artificiels, s'exiler loin de son enfer terrestre.
Il lui fallait son shoot, sa dose.
Il avait besoin de cette injection comme il n'avait jamais eu autant besoin de quelque chose au monde !
« Dis-le moi… » répéta Tobias d'une voix calme et douce.
Reid, vaincu, se soumit entièrement à Tobias et obéit : « Je… Je veux que je tu… » Dieu comme c'était difficile à dire ! « …me fasses du bien… » La voix et le regard de Reid étaient suppliants : « … s'il te plait… »
Alors, l'aiguille s'enfonça dans la veine, et Reid sentit le produit se diffuser en lui. Il commençait à planer.
Plus de douleur physique, plus de souffrance morale.
L'extase et la jouissance provisoire des paradis artificiels…
Il était loin, à présent.
Très loin…
Et, toujours accroupi auprès de lui, Tobias le regardait sombrer.
A suivre…
