Chapitre 4

Reid assis sur cette chaise raide, essayait de compter les jours. Depuis combien de temps était-il ici ? Une semaine ? Peut-être dix jours… ? Entre shoot de drogues et évanouissements dûs aux violences physiques qu'il subissait, il perdait la notion du temps.

Pourquoi Hotch ne le retrouvait-il pas ? Pourquoi personne ne venait-il le sauver ?

Il n'en pouvait plus : trop de coups, trop de pression psychologique, trop de stupéfiants… A ce rythme là, il ne tiendrait pas longtemps.

Combien de temps un corps pouvait-il endurer la souffrance ?

Combien de temps un esprit pouvait-il rester clair avant de basculer définitivement dans la folie ? Reid craignait de sombrer, comme sa mère. Mais le Dilaudid lui faisait tellement de bien… Sans les injections de Tobias, il serait déjà devenu fou, non ?

Il baissa les yeux vers ses poignets : le métal des menottes, à force, s'incrustaient dans la chair. Sa peau s'adaptait aux contraintes.

Il avait mal aux bras, mal d'avoir les mains éternellement liées l'une à l'autre. Son corps entier criait pitié.

Il commençait à avoir des sueurs froides, des nausées… Reid reconnaissait les signes.

La douleur du manque…

La douleur du manque était pire que la douleur des coups. C'était une douleur sourde, qui le travaillait au corps et qui peu à peu le broyait intérieurement… Il ne pensait plus qu'à ça.

Il fallait que Tobias revienne. Il en avait besoin. Besoin tout de suite… Reid ne parvenait plus à réprimer ses tremblements.

Une injection…

Reid crevait de sentir l'aiguille déchirer la peau si fine au creux de son bras, puis pénétrer sa chair, pénétrer sa veine, sentir enfin le liquide se diffuser en lui…

Mais quand la porte s'ouvrit enfin, elle laissa entrer son pire démon. Charles avait reprit le dessus, possédant la personnalité de son fils.

« Non… Non… ! » Reid sentait la peur l'envahir. Il était terrorisé. Plus que les violences, c'était l'absence de drogues qu'il redoutait.

« Tu es en manque, hein ? » aboya Tobias, parlant de la voix de son père. « Tu es comme mon fils. Un bon à rien ! Un vulgaire drogué ! Je devrais te laisser crever là ! Te laisser crever de convulsions ! »

« Tobias… » sanglota Reid. « J'en ai… besoin… »

Mais Tobias ne pouvait entendre seule la moitié démoniaque de son père était présent.

« Dieu ne t'a pas donné un corps pour que tu le détruises avec des drogues ! Tu n'es qu'un pêcheur ! Il faut confesser tes fautes et te repentir ! » hurla Tobias en plein délire schizophrénique.

Combien de fois, adolescent et jeune adulte, Tobias avait-il entendu ces mots de la part de son père lorsqu'il s'était lui-même abandonné aux paradis artificiels pour le fuir ? Tobias refaisait vivre son père en lui, et entendait punir en Reid ce qu'il avait lui-même été.

« A genoux ! » ordonna Tobias d'une voix qui ne souffrait aucune contestation. Comme Reid peinait à se lever de sa chaise, Tobias donna un grand coup dans celle-ci, renversant Spencer qui tomba lourdement au sol.

« A genoux ! » répéta Tobias en hurlant. Il attrapa Reid par la manche. Sa chemise crasseuse se déchira, révélant son bras parsemé de traces de piqûre.

Tobias fixa les multiples points d'entrée de l'aiguille à la saignée du bras de Reid. « Le démon est en toi ! Et je vais le faire sortir ! Prie pour que le Seigneur ait pitié de toi ! »

Il déchira d'un geste brutal les pans de la chemise de Reid, l'arracha complètement et en jeta les morceaux au sol.

Reid, torse nu, grelottait non de froid mais du manque. Son corps était secoué de spasmes. Il ramena sur son torse maigre ses deux bras maladifs, comme pour cacher sa pathétique nudité. Il haletait de peur.

Tobias se pencha sur lui et le saisit par les poignets. Il le projeta contre le mur de la cabane. Son corps frêle heurta le bois dans un bruit sourd. Aussitôt, Tobias attrapa les menottes et, tirant violemment le lien de métal en hauteur, il accrocha les poings noués de Reid à un crochet fixé au mur de la cabane.

Les pieds de Reid touchaient à peine le sol. Son propre poids tirait sur ses poignets entravés au dessus de sa tête. Son visage était écrasé contre le mur de planches de bois brut, serties d'échardes.

Le souffle court, le cœur battant la chamade, Reid essaya de tourner la tête vers l'arrière pour voir ce que Tobias faisant derrière son dos. Il l'entrevit déboucler sa ceinture et la retirer des passants de son pantalon.

Une ceinture de cuir, large, à boucle d'argent.

Reid, rongé d'angoisse, se mit à respirer très vite : « S'il vous plait… non… » supplia-t-il en vain.

« Tu vas te repentir de tes péchés et le démon sortira de toi… Prie le Seigneur ! Prie ! » Tobias s'approcha du corps immobilisé de Reid et leva son bras armé de la ceinture, prêt à le flageller.

Le cuir cingla l'air dans un bruit de cravache.

Et enfin, Tobias commença à le fouetter.

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Reid se réveilla à plat ventre sur le sol. Tobias l'avait décroché et l'avait laissé là, le nez dans la poussière du sol de cette sordide cabane.

Son dos brûlait atrocement Reid avait l'impression qu'on lui avait arraché la peau. Et c'est à peu près ce qu'avait fait le cuir de la ceinture sur sa peau blanche et fragile.

Il aurait voulu se redresser, mais il ne pouvait pas. Il n'en avait pas la force. Il était incapable de bouger, incapable de se lever. Il ne pouvait que rester là, face contre terre, à attendre que Tobias vienne s'occuper de lui. Le vrai Tobias, lui, saurait lui faire du bien. Il saurait le soulager.

Tobias le droguait par ce qu'il le battait. Il le battait parce qu'il le droguait.

Spencer était enfermé dans cet atroce cercle vicieux.

Descente aux enfers…

Voie sans issue.

Reid commençait à douter qu'on le retrouve un jour.

Il ferma les yeux.

Il avait envie de mourir.

A suivre….