Chapitre 5

Ce sont les mains de Tobias sur lui qui le réveillèrent à nouveau. Les mains douces de Tobias sur son dos à la chair déchirée…

Reid, dans un complet brouillard, ne comprenait pas bien ce que Tobias lui disait. Il semblait vociférer contre la violence de son père il répétait qu'il était un monstre et qu'il le détestait. Il disait aussi qu'il allait s'occuper de Reid, lui faire du bien, le soigner.

Reid mit un moment à ajuster sa vision et à rependre réellement conscience. Il avait dû rester évanoui longtemps.

Il entendait derrière lui le crépitement des flammes dans le poêle. C'était la seule lumière qui éclairait la pièce sombre. L'ampoule nue qui pendait du plafond n'était pas allumée.

Spencer réalisa qu'il était toujours couché à plat ventre, mais qu'en dessous de lui, le sol était devenu mou. Moelleux même.

« J'ai apporté un plaid et un matelas… » confirma Tobias. « Dans ton état, tu ne peux pas rester sur cette chaise ».

A la lueur du feu, Reid entrevit les rayures grisâtres du coutil. La toile du matelas était tâchée, crasseuse… Le plaid, petit et élimé, était à moitié déchiré. Mais malgré tout, Reid appréciait le progrès dans sa situation. Il allait désormais pouvoir dormir couché, enroulé dans cette demi-couverture, et non plus enchaîné à cet atroce siège.

Il sentit l'odeur médicamenteuse des compresses imbibées que Tobias appliquait sur son dos flagellé. Il frissonna au contact du coton sur ses blessures à vif. Il ne put réprimer de petits gémissements de douleurs.

« Je suis désolé… » chuchota Tobias en poursuivant ses soins.

« Je sais… » parvint à murmurer Spencer, entre deux crispations de mâchoires. Les mains de Tobias lui faisaient mal tout en lui faisant du bien…. ce qu'on appelait des 'douleurs exquises'.

« Shh… Shh… » La voix réconfortante de Tobias cherchait à l'apaiser : « Dans un jour ou deux, tu iras mieux… Ca va cicatriser très vite avec ça… Je suis là… Ca va aller… ».

Tobias laissa glisser ses mains sur les flancs du corps blanc et maigre de Reid. Il pouvait sentir les côtes de Spencer saillir sous ses doigts. Il étala lentement et délicatement la crème réparatrice, avec des gestes prudents et attentionnés.

Après la violence des coups, Reid appréciait que ces poings, qui venaient juste de le frapper, sachent redevenir des mains qui soignent, protectrices et bienveillantes. Il aimait sentir les paumes larges et chaudes de Tobias sur sa peau meurtrie… sentir que son corps pouvait recevoir autre chose que le fouet ou la seringue.

Reid, le visage à moitié enfoncé dans le matelas sale, la bouche entrouverte, laissa échapper un long soupir de bien-être.

Assis près de lui sur le matelas, Tobias l'observait silencieusement, regardant ses propres mains, puissantes et mâtes, sur la peau blanche et meurtrie de Reid. Il scrutait la moindre de ses réactions, écoutait religieusement sa respiration, sentant sous ses doigts les tremblements incontrôlés de son corps.

Puis, il laissa sa main dériver et descendre lentement le long du bras de Reid, comme une caresse. Il arrêta son geste au creux du coude, frottant doucement de son pouce la saignée du bras, pour en faire saillir la veine. Il essuya ensuite ses mains huileuses de crème sur ses propres cuisses, maculant de graisse son pantalon sombre.

Puis il chercha quelque chose dans la poche de son sweet-shirt noir. Il en sortit une seringue et deux flacons.

« Oui, ça va aller… » répéta-t-il, tandis que Reid tendait docilement son bras, pour recevoir l'injection que son corps réclamait.

A suivre…