Chapitre 6

On devait être le soir…

Peut-être…

Reid avait complètement perdu la notion du temps. Assis sur ce matelas sale, enroulé dans le petit plaid à moitié déchiré, il grignotait un carré de chocolat. Tobias lui avait apporté à manger : du bouillon de poule, réchauffé sur le poêle, que Spencer avait avalé sans difficulté, et puis un morceau de pain avec quelques carrés de chocolat. Tobias avait cherché à lui faire plaisir.

Pour Reid, mâcher et déglutir des aliments solides devenait désormais compliqué. De toute façon, il avait l'impression que la drogue le nourrissait. C'est tout ce dont il avait réellement besoin.

Reid ne termina pas le pain et le chocolat. « Plus tard… » murmura-t-il d'une voix fatiguée lorsque Tobias lui demanda pourquoi il ne finissait pas son repas.

Reid sentit le besoin d'uriner se faire à nouveau sentir : « Tobias… Il faut que… que j'aille dehors ».

Avec le vrai Tobias, rien ne posait difficulté. Il aida Reid à se lever et à marcher jusqu'à l'extérieur. Une fois à distance de la cabane, Reid parvint à se soulager, malgré les mains de Tobias sur ses épaules nues. De toute façon, Spencer ne parvenait plus à tenir debout tout seul à présent.

Mais il avait encore un soupçon de force morale pour sentir toute l'humiliation de la situation. Il regardait ses mains entravées, ses pieds noirs de terre, ses bras maigres et crasseux, sa poitrine pleine d'hématomes et maculée de sang séché. Il se rendait compte, sous le soleil couchant qui filtrait à travers la forêt, à quel point son corps était sale, abimé et dégradé. Comment devaient être son visage, et ses cheveux ?

Debout près de ce gros arbre, appuyé contre Tobias, il se mit bêtement à pleurer. Il n'en pouvait plus.

Moralement, il craquait.

Tobias eut beau essayer de le retenir, son corps épuisé se mit à glisser, et Reid tomba au sol, les épaules secouées de sanglots.

Ses nerfs lâchaient.

Tobias s'agenouilla auprès de lui, visiblement affecté par sa détresse : « Qu'est-ce qui se passe ? » murmura-t-il d'une voix douce. « Je vais t'aider… Laisse-moi t'aider… » Il essaya vainement de le relever, mais Reid n'en avait plus la force. Tobias s'agenouilla près de lui, osant à peine le toucher tellement il paraissait fragile : « Qu'est-ce qu'il y a ? Dis-moi… ».

« Je… je… » Spencer hoquetait, la gorge étranglée par les larmes : « Re… Regarde… » fit-il en présentant à Tobias ses poings crasseux : « Regarde-moi… Dans quel état… je suis… » parvint-il à articuler.

Tobias prit les mains de Reid dans les siennes, les examina avec une attention à la fois curieuse et bienveillante. Il cherchait réellement à comprendre.

« Je… suis… sale… Je pue ! » sanglota Reid. Il baissa la tête, et, les yeux mouillés de larmes, il murmura : « Je… Je n'en peux plus… Tobias… Je voudrais mourir… Laisse-moi mourir… »

Il sentit les doigts de son geôlier glisser sous son menton et le forcer relever son visage vers lui : « Non… » fit Tobias, en secouant négativement la tête d'un air buté. Il paraissait très affecté par les mots que Reid avait prononcés.

« S'il te plait… » murmura Reid désespéré. « Tue-moi… s'il te plait… »

Tobias ne répondit pas. Accroupi près de sa victime, il se contenta de regarder un instant cet être meurtri, blessé et crasseux qui gisait sur le sol terreux.

Puis, soudain, il passa ses mains sous le corps de Reid, un bras sous ses cuisses, l'autre sous ses aisselles et il l'emporta vers l'intérieur de la cabane comme une jeune mariée.

A suivre…