Chapitre 7

Tobias avait laissé Reid seul, étendu sur sa couche, pendant moins d'un quart d'heure puis il était revenu avec une bassine d'eau, un pichet en métal, des serviettes propres, une éponge et du savon.

Reid, entre temps, s'était calmé. La crise de nerfs était passée. Apathique et prostré, il attendait, inquiet, le retour de son geôlier.

Tobias déposa les affaires qu'il avait apportées, mit l'eau à chauffer sur le poêle, puis il aida Reid à se relever. Il l'installa sur cette chaise qui, pendant longtemps, avait été son siège de torture.

« Là… voilà… » Tobias avait l'air satisfait. Il fixa un instant Reid dans les yeux et, une pointe de menace dans la voix, il murmura, en désignant les menottes : « Je vais les enlever… le temps que je te lave… Mais si tu essaies de t'enfuir, mon père te le fera regretter… »

Reid avait envie de lui dire qu'il était incapable de mettre un pied devant l'autre tout seul, alors s'enfuir relevait de la plus fantaisiste des utopies. Mais il se contenta de hocher la tête, en signe d'approbation.

« Bien », fit Tobias satisfait. Et, avec la clef qu'il conservait toujours sur lui, il défit les entraves qui retenaient les mains de Reid. Ses bras étaient si faibles qu'ils glissèrent le long de son corps.

Tobias saisit alors une éponge de bain qu'il trempa dans l'eau mousseuse de la bassine puis, il prit entre ses mains le bras fin et meurtri de Reid.

L'eau tiède sur son corps le fit légèrement trembler. La caresse du savon et de l'éponge sur sa peau était si agréable… Et ça sentait tellement bon. Les gestes de Tobias étaient si doux, si attentionnés.

Spencer ferma les yeux, se laissant aller.

Il sentait l'éponge souple naviguer partout sur sa peau : les bras d'abord, et puis le visage, les cheveux.

Puis les doigts de Tobias glissèrent entre ses boucles blondes, massant le cuir chevelu, la nuque… C'était comme s'il le purifiait.

Reid, sous l'eau savonneuse, avait l'impression de revivre… Sa respiration était lente, apaisée. La bouche ouverte, les yeux fermés, il se laissait docilement manipuler.

Les mains de Tobias… Ces mains qui tantôt cognent, tantôt soulagent…

Tobias déversa ensuite l'eau claire du pichet pour rincer les cheveux de Spencer le liquide ruissela jusqu'à la bassine posée au sol.

Reid sentit ensuite la serviette souple sécher délicatement les mèches de ses cheveux mouillées. Le tissu spongieux absorbait avec une certaine volupté les gouttes d'eau luisant sur ses épaules.

« Penche-toi en avant… » susurra Tobias. « Là… doucement… ». Il nettoya son dos, les croutes de sang partaient sous le frottement de l'éponge la peau avait cicatrisé.

La tête posée sur ses genoux, Reid aurait pu s'endormir en sentant la serviette le sécher.

Tobias glissa ensuite ses mains sous ses aisselles, et l'aida à se rappuyer contre le dossier de la chaise.

La tête rejetée en arrière, Reid s'abandonnait complètement aux soins de son ravisseur.

Tobias s'était agenouillé près de son prisonnier il répandait l'eau savonneuse sur sa poitrine, ses flancs, son ventre… Puis, par des mouvements circulaires, il nettoyait la crasse, caressant la peau… L'eau était délicieusement tiède, l'air dans la cabane était frais. Reid frissonna Tobias regarda les réactions de ce corps fragile et brisé qu'il dominait… qu'il dominait totalement

Il essuya délicatement le torse de Reid, puis il reposa la serviette près de lui. « Je vais changer l'eau… » fit Tobias en se relevant. « …pour la suite… ».

La suite ? Reid le regarda s'éloigner le ventre noué, ne sachant s'il redoutait ou s'il attendait ce qui allait se passer.

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Lorsque Tobias revint avec l'eau fraîchement puisée, il avait également porté une nouvelle serviette et du linge. Il mit l'eau à chauffer sur le poêle, puis, lentement, il se baissa jusqu'à s'agenouiller devant la chaise sur laquelle Reid était assis.

Il avança ses mains vers la taille de Spencer et entreprit de défaire un à un les boutons de son pantalon. Le jeune homme le laissa faire sans réagir. L'envie d'eau chaude, de propre et de savon était plus forte que tout. Et il savait qu'il était inutile de résister. Il n'avait plus le droit d'avoir de volonté, ni de dignité. Tobias commandait, Tobias décidait. De tout.

« Soulève ton bassin… ». Reid s'exécuta et laissa les mains de Tobias glisser le long de ses hanches, puis de ses cuisses, retirant d'un geste lent le caleçon et le pantalon.

Spencer détourna le regard, et laissa ses yeux se fixer sur les flammes dansantes dans le poêle.

Son corps était désormais entièrement nu et exposé, dépouillée de toute parcelle d'intimité. C'était psychologiquement insupportable.

Mais Reid, docile et soumis, laissa quand même Tobias le laver entièrement. Il n'avait plus d'orgueil, plus d'amour-propre, plus rien. Il appartenait entièrement à Tobias il pouvait faire de lui ce qu'il voudrait.

L'éponge glissa sans pudeur le long de ses jambes, sur ses cuisses, sur son sexe… Reid essayait de ne pas y penser. Et malgré la honte, il avait besoin de cette sensation de purification, cette odeur de propreté…

C'était juste un répit… un tout petit répit avant d'autres coups de fouet, d'autres coups de poings, d'autres injections, d'autres violences…

Lorsque Tobias eut fini de l'essuyer, il l'aida à enfiler un pantalon de pyjama élimé et un vieux T-shirt qu'il avait apportés. Les vêtements avaient dû appartenir à Tobias lui-même, lorsqu'il était adolescent ils étaient vieux, de couleur indéfinissable, mais ils étaient propres et sentaient bon l'adoucissant.

« Tes vêtements… J'ai dû les jeter… » expliqua Tobias. La chemise, notamment, avait été déchirée en morceaux. Même le pantalon était irrécupérable, tant il avait été imbibé de sang séché et de crasse, jusqu'à la trame. La poubelle avait été la seule solution. Et de toute façon, un pyjama de coton était plus adapté à la situation, Reid étant en permanence alité.

Tobias rattacha les poignets de Reid avec les menottes et le laissa un instant sur la chaise. Puis, il prit un linge qu'il avait amené et le déplia. Reid constata avec bonheur que c'était un drap. Un drap propre. Tobias l'étendit sur le matelas posé à même le sol, posa par-dessus le petit plaid déchiré en guise de couverture, et invita Spencer à venir s'y coucher.

Reid eut toutes les difficultés du monde à se lever de sa chaise et Tobias dut l'aider à se déplacer jusqu'à cette couche de fortune.

« Voilà… C'est mieux, n'est-ce pas ? » murmura Tobias.

Reid acquiesça d'un mouvement de tête, en lui jetant un regard timide.

Dans ses grands yeux perdus, Tobias put lire avec émotion toute la reconnaissance que Spencer avait pour lui. Il se sentait troublé par ce lien qui s'était tissé enter eux, ce lien intime de la victime et du bourreau, ce rapport étrange et ambigu entre deux personnes enfermées depuis des semaines dans cet étouffant huis-clos.

Tobias sortit quelque peu ébranlé, les idées confuses, refermant soigneusement derrière lui la porte à clef.

Et Reid, étendu sur sa couche, se demandait comment il allait devoir payer, entre les mains du père, les bontés que le fils avait eues pour lui.

A suivre…