Chapitre 9

Reid, étendu sur le drap, transpirait. Le manque, peut-être… Ou bien la chaleur de l'été. Parce qu'on était en été, non ? Juin… Juillet ? Peut-être même août…

Reid essayait de se souvenir depuis combien de temps il était ici. Il ne se rappelait pas. Il avait été enlevé par Tobias au début du mois de février. Mais l'hiver était fini. Sans doute même aussi le printemps.

Longtemps Spencer avait attendu que l'équipe du FBI vienne le délivrer. Longtemps il y avait cru. Longtemps il avait espéré.

Mais les semaines étaient passées, puis les mois. Même s'il était souvent inconscient, même s'il était la plupart du temps complètement défoncé, il se rendait compte que plusieurs mois s'étaient écoulés. Six mois, sept mois ? Il était incapable de le dire.

La température était montée. Il faisait très chaud à présent. Même Tobias ne portait plus qu'un t-shirt à manches courtes, souvent trempé de sueur.

Et puis ses cheveux… Reid passa ses doigts entre ses boucles emmêlées. Ses cheveux avaient tellement poussé. Ses mèches longeaient sa nuque elles lui caresseraient bientôt les épaules…

Oui, cela faisait nécessairement des mois et des mois…

Et maintenant, Reid ne croyait plus, il n'espérait plus.

Il attendait.

Il était entièrement livré à son bourreau et seul Tobias avait le pouvoir de changer son tragique destin.

Le pouvoir absolu.

Et Tobias n'avait pas l'air lassé de la situation, bien au contraire. Jamais il ne le libérerait.

Reid avait l'impression d'être son jouet. Il était entièrement à la merci de son ravisseur. Celui-ci était son seul univers, la seule personne qu'il voyait depuis des mois, la seule personne à qui il parlait. Tobias était son tout Spencer dépendait totalement de lui.

Ce huis clos avait créé une intimité entre eux que rien ne pourrait jamais effacer… une intimité des corps, mais aussi des esprits. Un lien étrange, sensuel et morbide le reliait désormais à Tobias… et le relierait à lui à tout jamais… quoi qu'il puisse se passer.

Tobias était de plus en plus souvent Tobias, un peu moins souvent son père. Raphaël avait disparu depuis longtemps.

Reid avait l'impression que le père, Charles, ne refaisant surface que pour donner un prétexte à Tobias de le soigner et de le droguer.

Dans les bras de Tobias, Reid n'était plus qu'un corps inerte, abandonné et sans volonté, un corps tantôt frappé, tantôt drogué, tantôt caressé… telle une poupée désarticulée…

xxxxx

Tobias passait une partie de la journée auprès de Reid. Au fil des mois, il passait même de plus en plus de temps enfermé dans cette sinistre cabane. Il le lavait, le nourrissait, mais, en être sauvage, il lui parlait très peu. Le plus souvent, il se contenait de le droguer et de le regarder ensuite planer sous l'effet extatique du Dilaudid. Tobias aurait pu passer sa vie à regarder Reid, étendu sur le lit, jouir sous l'effet de l'injection.

Il lui apporta, comme toujours, un repas en fin de journée. Le soleil déclinait mais n'était pas encore couché. Les journées étaient longues en été.

Reid remarqua que Tobias avait beaucoup transpiré. Son T-shirt de couleur indéfinissable était trempé. Et on aurait dit aussi qu'il avait creusé. Il avait encore de la terre sur les mains et sur le pantalon, au niveau des genoux… comme s'il avait gratté le sol à mains nues. Reid ne voulait pas imaginer ce que Tobias avait pu faire. De toute façon, il était trop fatigué pour réfléchir à ça.

Tobias détacha les mains de Reid : « Tiens… Mange… » Il tendit à Spencer une soupe claire au délicieux fumet. Voyant que Reid ne parvenait pas à se redresser tout seul, il posa le bol par terre et s'assit au bord du matelas. Il glissa ses mains sous les aisselles du jeune homme et le tira doucement, jusqu'à ce que son dos soit appuyé contre le mur.

« Voilà… C'est mieux ainsi… » murmura-t-il. Toutefois, Tobias ne relâcha pas tout de suite son étreinte. Il fixait ses mains puissantes et larges, ses mains mâtes et encore pleines de terre, sur la peau nue, laiteuse et immaculée de Reid.

Spencer baissa les yeux, cherchant à comprendre ce qui pouvait ainsi hypnotiser son geôlier.

Il vit lui aussi le contraste entre leurs deux épidermes. Il sentait également que les mains de Tobias étaient chaudes et vivantes sur son corps efflanqué et maladif. Ce contact le fit frissonner…

Tobias semblait perdu dans la contemplation de ses mains posées sur le corps dénudé de Reid. Il les fit descendre doucement des aisselles vers les flancs, des flancs vers la taille, de la taille vers le ventre, dans une lente et sensuelle caresse.

Ce geste était… différent.

La respiration de Reid s'accéléra. Tobias pouvait le sentir sous ses doigts. Il regarda ses mains onduler sous le rythme des inspirations et expirations de plus en plus rapides de Reid.

Ses mains voulaient le toucher encore et encore, le parcourir entièrement, le retenir contre lui, le prendre… le posséder.

Les minutes s'égrenaient, dans le silence de la cabane où plus rien ne bougeait. Reid sentait inconsciemment que son fragile univers était en train de basculer.

Les mains de Tobias descendirent encore imperceptiblement son pouce effleura la peau sensible du bas ventre, à la lisière du pantalon de pyjama. La caresse se fît plus appuyée, au bord d'être audacieuse…

La respiration de Reid devint erratique, et ses lèvres s'ouvrirent dans un incontrôlable halètement : « Tobias…? » murmura-t-il, un soupçon de panique dans la voix.

La voix de Reid brisa le charme étrange de ce contact ambigu.

En entendant son nom, Tobias sembla se reprendre. Il fronça les sourcils, comme s'il revenait à la réalité, puis il retira lentement ses mains du bas ventre du jeune homme. Reid constata qu'elles tremblaient un peu.

« Mange avant que ce ne soit froid », ordonna Tobias d'une voix mécanique aux inflexions graves.

Reid comprit alors que Charles était au bord de refaire surface.

A suivre…