Chapitre 13
Lorsque Reid avait murmuré son consentement, Tobias avait cru que son crâne allait exploser de bonheur. Ce 'oui' révolutionnait entièrement son esprit et tout son être. Il sentait le sang battre violemment ses tempes et son cœur pomper comme un fou.
Il laissa son instinct et son désir le guider. Ses mains, avides de contact, parcoururent la poitrine creuse de Reid, caressant sa peau veloutée et frémissante avec délectation. Il laissa ses doigts descendre vers son ventre et trouver leur chemin sous l'élastique du pyjama. Il n'eut pas d'hésitation cette fois. Il saisit le tissu sur les côtés de ses hanches et fit glisser le pantalon de coton le long de ses jambes… lentement… jouissant, de son regard comme avec ses mains, de chaque centimètre de peau dévoilée.
Reid sentit sa respiration accélérer et son souffle devint court. Il était désormais nu et offert face à Tobias encore à moitié habillé. Il se sentait si vulnérable. Les lèvres entrouvertes, il haletait. De peur, d'excitation, de cette humiliation exquise qui l'obligeait ainsi à s'abandonner.
Et puis, Tobias s'allongea sur lui, enfouissant son visage dans son cou, respirant ses cheveux, le caressant partout…
Spencer ne pût s'empêcher de l'enlacer, de presser ce corps massif et dominateur contre le sien. Il avait besoin de le toucher, de se nourrir de la force et de la puissance de cet homme rustre et sauvage, de sentir sous la paume de ses mains sa chair brûlante, ses muscles noueux, toute sa vitalité et sa sensualité, à la fois morbide et bestiale.
Reid sentit les lèvres de Tobias qui embrassait son épaule, son torse, puis sa langue qui léchait sa peau, qui le gouttait… sa langue qui traçait de salive son chemin vers son ventre, guettant les réactions de son corps. Tobias était comme un animal, charnel et tactile, haletant et gémissant, incapable de retenir l'expression de son plaisir.
Puis Tobias se redressa lentement au dessus de Reid, le fixant droit dans les yeux. Son regard était sombre, profond, ses pupilles dilatées comme un fauve au moment de bondir sur sa proie. Il se mit à genoux entre les jambes de Spencer et commença à déboucler sa ceinture, puis les boutons de son pantalon.
Reid le regardait, fasciné et terrifié à la fois. Il vit le pantalon et le boxer glisser le long de ses jambes aux muscles saillants, et tomber sur le sol, sur le parquet de la cabane sombre.
Il ne restait plus rien, plus aucune barrière.
Juste leurs corps nus.
Le désir immense de Tobias. Et la fragilité de Reid.
Tobias avait envie. Une envie brute, violente, impossible à contenir. Un besoin presque primaire.
De ses mains larges et puissantes, il agrippa les hanches de Reid, et sans un mot, il le retourna à plat ventre. Sans autre préliminaire.
Reid était tétanisé. Il avait peur d'être écartelé, violenté, peur de cette douleur-là, invasive et sans retour. Son corps épuisé par les coups et par la drogue était incapable de réagir. Il n'était même pas sûr d'avoir envie de l'arrêter.
Le visage enfoncé dans les draps froissés, nuque courbée, Spencer ferma les yeux, attendant d'être pris, d'être possédé, de lui appartenir entièrement.
Il sentit les mains de Tobias lui ouvrir les cuisses, d'un geste voluptueux, étrangement lent et doux. Et puis, un son familier… un bruit léger… le bruit du tube pharmaceutique… Reid ouvrit les paupières et aperçu la main de Tobias qui reposait sur le sol la crème apaisante, qui avait si souvent soigné son dos écorché par le fouet.
Reid déglutit, anticipant avec angoisse ce qui allait fatalement se passer. Son cœur battait si vite, si fort, compressant sa poitrine… l'étouffant presque… Le flux véloce de son sang martelait ses tempes et résonnait dans son crâne comme une migraine paralysante.
Il subit alors cette caresse gélifiée, ces doigts lubrifiés et invasifs qui préparaient leur chemin… Reid planta ses ongles dans le coutil du matelas, chiffonnant les draps au creux de ses poings. Tous ses muscles étaient tendus, raidis par le stress.
Puis Spencer sentit le corps lourd et chaud de Tobias, s'allongeant contre son dos, glissant ses jambes entre ses cuisses afin de les ouvrir, de les bloquer et de s'y placer, puis sa main qui se guide, et enfin la sensation de la pénétration qui commence.
D'abord, une douceur… la douceur de son sexe, huilé par la crème… Pas de latex, non. Une pénétration sensuelle, charnelle, sans préservatif… sa chair directement contre la sienne… et tout ce que Tobias allait nécessairement, au bout de la jouissance, laisser en lui…
Ensuite, la sensation d'une invasion lente, plus douloureuse à mesure qu'elle se fait plus complète…
Reid ne put se contrôler. Un cri s'échappa de sa bouche, sans qu'il puisse le retenir. La souffrance croissait inexorablement à mesure que la domination de Tobias augmentait… jusqu'à être totale.
La déchirure intime le brûlait et l'excitait à la fois. Spencer était comme paralysé. Dans sa nuque, il sentait le souffle chaud de Tobias, qui respirait de plus en plus vite, de plus en plus bruyamment, au fur et à mesure de l'accélération de ses mouvements. Il le prenait, et le reprenait encore, par vagues si rapides et si déchirantes que Reid ne pouvait s'empêcher de gémir et de crier. Son corps se cambrait, à la fois de douleur et d'excitation.
La pression des mains de Tobias sur ses flancs, sur ses hanches et sur ses épaules ne se relâchait jamais. Son corps collé au sien, il saccadait le rythme, cherchant à maximiser le contact de leurs chairs moites qui se consumaient. Tobias voulait ressentir la peau chaude et luisante de sueur de Reid partout sur son torse, partout sur son ventre, là où le désir le brûle… Le sentir aussi contre ses cuisses… et cette sensation de le ravager…
Reid se laissait ruiner par ses coups de reins, ne parvenant pas à étouffer ses cris et ses gémissements. La douleur était lavée par des ondes successives de plaisir, et puis, elle revenait, encore et encore. L'excitation augmentait, lui rompait les nerfs, mais elle n'explosait pas. Reid gémissait de douleur, de frustration… de cette jouissance qui le tenait au bord mais qui se dérobait sans cesse à lui.
Le nez dans le cou de Spencer, Tobias le respirait, la bouche ouverte, se saoulant de son odeur. Et Reid sentait dans son dos les lèvres de Tobias qui effleuraient sa nuque, sa bouche qui l'embrassait, sa langue qui le léchait… et les petites morsures sur ses épaules que Tobias lui infligeait, comme pour le posséder davantage, comme pour se retenir encore un peu avant de jouir.
Tobias émettait de petits râles et grognements, comme un animal sauvage. Il le baisait comme un animal sauvage… avec une passion dévorante, mais aussi avec la rudesse et l'âpreté des grands fauves, de cette excitation sexuelle violente des prédateurs. Tobias n'avait jamais connu un plaisir aussi intense et aussi violent. Il le baisait… oui, il le baisait comme un animal, sans plus de contrôle, sans plus d'autre pensée que jouir de lui… rien que cette obsession de le baiser… de le baiser à en devenir fou.
Le rythme devint bientôt frénétique, il l'étourdissait. Tobias était ivre de ce plaisir immense qui annihilait ses pensées, qui écrasait son esprit…
Et puis, enfin, la jouissance de Tobias finit par exploser dans un cri bref, étouffé dans le cou de Reid. Il resta un instant enfoncé en lui, haletant dans sa nuque, le maintenant en dessous de lui, entièrement prisonnier… Tobias avait l'impression que son cerveau avait éclaté en morceaux. Il n'avait jamais rien ressenti de pareil auparavant. Il aurait voulu que cette sensation de jouissance extrême soit permanente, qu'elle ne s'arrête jamais.
Allongé sur Reid, ses mains le touchaient encore, sa bouche ne cessait d'embrasser sa nuque, ses épaules… sa langue léchait sa transpiration… comme pour prolonger l'extase. Et enfin, il glissa sa main entre les cuisses luisantes de sueur du jeune agent et se retira de lui.
Et tandis que Tobias, trempe de sueur et à bout de souffle, se laissait rouler sur le matelas, Reid, toujours à plat ventre, le visage enfoui dans les draps froissés, ne parvenait pas à bouger. Il demeurait figé dans cette souffrance physique mêlée de plaisir, cette frustration encore si dure entre ses cuisses, cette délivrance qui n'était jamais venue … et cette sensation étrange d'être définitivement soumis, asservi au désir de l'autre. Dominé.
Tobias finit par reprendre un rythme régulier de respiration. Il se tourna vers Reid, un peu inquiet de son immobilisme, et possédé encore par ce besoin de le toucher, de caresser la courbe souple de ses fesses. Il le fit doucement se retourner, l'attirant tout contre lui.
Le visage de Spencer était creusé par la douleur que le Dilaudid n'avait pu complètement anéantir ses joues étaient rosies par l'effort physique et l'excitation sexuelle qui le tenaillait encore, cette excitation qu'il avait essayé de combattre… en vain.
Tobias l'enlaça et murmura enfin les premiers mots depuis qu'ils s'étaient couchés l'un contre l'autre : « Je… Je t'ai fait mal ? » Sa voix était si douce, son regard si inquiet.
Reid ne sut quoi répondre. Il avança sa main blanche et fine et caressa les lèvres de Tobias du bout des doigts. C'était un geste tendre, un geste qui effaçait la nécessité des mots. Tobias pressa sa bouche contre sa paume et embrassa sa main avec douceur.
Reid esquissa un sourire un peu amer : c'était étrange de penser que Tobias l'avait touché partout, qu'il l'avait lavé intimement, qu'il l'avait léché, mordu, baisé, pénétré… mais qu'il ne l'avait jamais embrassé. Jamais il n'avait posé ses lèvres contre les siennes, jamais leurs langues ne s'étaient caressées.
Allongés l'un contre l'autre, nus sur les draps froissés, ils se regardaient en silence, comme pour se convaincre que tout ça venait vraiment de se passer.
En dépit de la drogue et de sa dégradation physique, Reid sentait bien à quel point son esprit était affecté. Le syndrome de Stockholm… cet amour de la victime pour son bourreau… Reid savait au fond de lui que ces mois de séquestration l'avait artificiellement changé, que ces sentiments étaient déformés. Mais ce savoir était vain, inutile. Il ne parvenait pas lutter.
Reid ne pouvait s'arrêter de fixer Tobias, de noyer son regard dans le sien… Il voulait le boire du regard avant qu'il ne redevienne Charles, avant qu'il ne le frappe jusqu'au sang, avant que sans doute il le batte à mort… avant que demain, probablement, il ne le tue…
Reid se disait que c'était peut-être la dernière fois qu'il était dans les bras de Tobias, la dernière fois qu'il se sentait protégé, désiré, peut-être même tout simplement aimé… Spencer scrutait le visage de son geôlier, mi-ange, mi-démon, à la fois tortionnaire et amant… Il y avait là quelque chose d'irréel.
Tobias, lui aussi, semblait hypnotisé. Reid avait voulu de lui, malgré les violences et les menaces de son père… Il l'avait désiré, il s'était abandonné dans ses bras et lui avait tout donné… donné tout ce dont il avait si longtemps et si intensément rêvé. Tobias se sentait tellement heureux, de ce bonheur qu'il n'aurait jamais cru pouvoir approcher. Spencer était là, à lui… rien qu'à lui… Personne jamais ne le lui prendrait. Il le garderait tout contre lui… pour toujours. Son père allait devoir comprendre et s'y habituer.
Tobias laissa ses yeux dériver le long du corps de Reid, un regard paresseux et possessif, comme on admire un territoire conquis. Il s'aperçut alors que Reid n'avait pas joui. Le désir l'avait saisi mais il était resté inachevé. Malgré la douleur de la pénétration, l'excitation sexuelle intense avait produit ses automatismes, mais elle était inassouvie.
Un léger sourire flotta sur les lèvres de Tobias : il aimait voir le jeune agent manifester ainsi son désir de lui. Il fit descendre sa main entre les cuisses de Reid, couvrant de sa large main son érection.
A ce contact, Reid ne put retenir un gémissement : « S'il te plait… Non… » murmura-t-il, comme un réflexe irréfléchi. Un sentiment de honte l'avait submergé… la honte d'avoir envie de lui, envie qu'il le touche encore.
« Shhh… » murmura Tobias. « Je veux que tu prennes du plaisir… Je veux te voir jouir… Laisse-moi faire… Laisse-moi te faire du bien… ».
Reid ne sût ni ne pût résister. Il n'en avait plus la volonté.
Tobias le caressa alors de ses mains expertes. Spencer ferma les yeux et, enfouissant son visage dans l'épaule de cet homme qui le dominait complètement, il s'abandonna, le laissant faire de lui ce qu'il voulait.
Tobias savait accélérer et ralentir le plaisir. De sa main, il parvenait à l'amener au bord et puis le retenir, jusqu'à rendre le jeune agent complètement fou, jusqu'à ce qu'il supplie, jusqu'à ce que sa main agrippe le bras de Tobias, lui enserre le poignet, réclamant d'un geste la délivrance.
Tobias le regarda prendre son plaisir sous ses doigts, comme il l'avait regardé jouir sous l'effet de la drogue. Il se délecta de voir Reid ravagé par l'orgasme, son corps s'arquer sur le lit, et enfin se répandre au creux de sa main.
Spencer, les yeux fermés, haletait du plaisir intense qui venait d'exploser dans son crâne, la respiration courte, le rouge aux joues… ses lèvres étaient encore gonflées et rosies par la jouissance qui avait échauffé son sang et ses sens.
Cette bouche humide et offerte…
Tobias sentit alors l'émotion l'emporter. Il approcha son visage du sien, lentement, avec pudeur, tendresse et timidité. Il hésita un instant, un peu embarrassé. Puis il osa ce qui lui semblait être le comble de l'intimité, le geste le plus significatif, le plus symbolique et le plus précieux : il déposa sur les lèvres de Reid un baiser.
Le jeune agent frissonna et ouvrit de grands yeux étonnés. C'était la chose la plus douce et la plus agréable qu'il avait jamais ressentie. Ses yeux se firent suppliants. Il en voulait encore. Il glissa sa main un peu tremblante dans le cou de Tobias, l'invitant à recommencer.
Tobias le fixa un instant, hésitant, troublé… Puis il l'embrassa à nouveau, de manière un peu plus gourmande, un peu plus audacieuse. Reid laissa ses lèvres s'entrouvrir, sa langue chercher la sienne. Le baiser se fit langoureux, sensuel, charnel…
Puis Tobias finit par interrompre enfin le baiser. Il prit Reid dans ses bras, l'enlaça avec tendresse et ferma les yeux, les pensées claires et l'esprit décidé. Il ne voulait plus le quitter, plus jamais le laisser une seconde… Il voulait s'endormir contre lui, que leurs corps ne se séparent plus, que leurs peaux ne cessent jamais de se toucher.
Dormir, lui faire l'amour, et puis recommencer.
Spencer s'abandonna contre l'épaule de Tobias. Il entendait sa respiration devenir peu à peu lente et régulière… Tobias s'endormait de ce sommeil paisible du corps sainement épuisé. Reid, blotti contre son torse large, se demandait avec angoisse si la nuit emporterait définitivement Tobias, s'il le reverrait jamais.
Il n'était plus sûr de vouloir mourir à présent… Il avait peur… une peur atroce de ce que demain allait apporter.
A suivre…
