Chapitre 11
Allongés sur le plancher poussiéreux d'une salle de classe vide, tête contre tête, corps opposés l'un à l'autre, ils se partageaient un cigare. La fumée tourbillonnait au-dessus d'eux, ils la regardaient monter vers le plafond et imaginaient voir un ciel brumeux. Théodore adorait l'odeur et le goût du cigare, c'était une explosion d'arôme entre ses lèvres fines. D'un geste lent et presque mécanique, il le portait jusqu'à lui pour le savourer et faire virevolter des volutes parfumés. Astoria n'aimait pas particulièrement le cigare, ce qu'elle appréciait davantage c'était le moment en lui-même. Ce moment intime qu'elle partageait avec lui. L'ambiance était souvent aux confidences, ils se livraient l'un à l'autre sur ce qu'ils avaient de plus profondément enfoui. Ils échangeaient leurs doutes, leurs douleurs, leurs tristesses et leur nostalgie.
- L'an prochain quand tu ne seras plus là, je crois que c'est ce qui me manquera le plus, déclara Astoria en expirant la fumée avant de tendre le cigare à son ami.
- Moi c'est toi qui me manquera le plus. Toi tout court, avec ou sans ça, déclara-t-il d'une voix monotone en agitant sa main. Tu sais j'ai dû mal à m'attacher aux gens... quand ma mère est morte je crois que, enfin c'est con à dire, mais quelque chose s'est brisé en moi. Je me suis créé des murs, j'aimais mieux être seul, ria-t-il sans joie. Puis t'es arrivée et ça m'a fait du bien d'avoir quelqu'un finalement.
Elle ne put s'empêcher d'esquisser un large sourire. C'est vrai qu'il était de nature solitaire, il s'entourait très peu, mais lorsqu'il le faisait c'était durable. Théodore choisissait soigneusement ses relations. Daphné essayait toujours de se frayer un chemin jusqu'à son cœur, ça n'était pas facile, mais Astoria en était sûre il ne fallait pas qu'elle se décourage. Il en valait la peine et puis le bonheur ça ne tombait pas comme une évidence, ça se construisait pierre par pierre. Théodore subitement se releva pour s'asseoir en tailleur. Astoria le regarder d'en bas à l'envers. Il attrapa son sac au loin puis fouilla l'intérieur, s'en pour autant rien n'en sortir.
- J'ai trouvé quelque chose l'autre jour dans un cachot... Il y avait dans un des murs une brique amovible et derrière elle, une boîte.
Subitement, animée par la curiosité, elle se dépêcha de s'asseoir à son tour aux côtés de son ami. Il ne sortit toujours pas la fameuse boîte de son sac. Elle ignorait de quoi il s'agissait, mais cela avait semblé quelque peu bouleverser son ami. Astoria lui adressa un large sourire radieux, comme pour l'encourager.
- J'ai... j'ai mis pas mal de temps à réussir à l'ouvrir, il y avait pas mal de sort de sécurité et un code arithmétique à trouver pour l'ouvrir. Il m'a fallut deux semaines environ.
- C'était verrouillé et caché? Bon sang, ça doit contenir des choses sacrément gênantes, ria-t-elle.
- Oui, effectivement, rétorqua-t-il sérieusement.
Il se leva et alla vérifier que la porte était toujours fermée. Avant ce genre de petite réunion qu'ils s'accordaient, ils jetaient toujours un petit sort pour qu'aucun élève ne puisse rentrer. Ce n'était pas un sort compliqué, en une petite seconde il pouvait être conjuré, simplement cela permettait de prévenir que la salle était occupée. En général, cela suffisait à dissuader les autres d'entrer. C'était une règle d'or au château, quand une porte était verrouillée, il ne fallait pas chercher à comprendre ce qui se passer dans la salle! Chaque élève passait son chemin et essayait de se trouver une autre salle en respectant l'intimité des autres. Théodore retourna près de sa camarade.
- Astoria je vais te donner cette boîte, mais je veux avant toute chose que tu me jures de rester calme.
Alors... elle était concernée. Qu'est-ce qu'il pouvait y avoir de si terrible à son sujet. Cette fois l'attente devenait insoutenable. Elle acquiesça à sa demande trépignant d'impatience. De son sac, il sortit une boîte qui aux vues de la teinte cuivrées du fait de la rouille, avait déjà de l'âge. Elle la prit dans ses mains et sentit son estomac se nouer. Astoria appréhendait de l'ouvrir sachant qu'à l'intérieur se trouvait aparamment quelque chose susceptible de bouleverser sa vie. Après une bonne inspiration, elle osa en soulever le couvercle froid. Il s'agissait d'une boîte à souvenir dans laquelle se trouvait photos, lettres et autres petits objets. A y regarder de plus près, elle remarqua que les personnes sur la première photo lui étaient familières. Une jeune homme aux cheveux noirs jais et une jeune fille bien plus claire. Sans aucun doute possible, elle y reconnut sa mère et son oncle Isaac qui sur la photo n'était pas beaucoup plus vieux qu'elle. Isaac attrapait par les épaules sa mère et cette-dernière souriante posait sa tête sur son épaule. C'était irréel. Astoria regarda les autres qui étaient beaucoup plus explicites sur le type de relation qu'ils avaient eu ensemble. Pourtant d'après ce qu'elle savait, ses parents avaient commencé à se fréquenter lors de leur cinquième année et ils avaient été sois-disant chacun le premier amour de l'autre. Mais manifestement... Virginia Greengrass n'était pas la femme d'un seul homme. Théodore observait la jeune fille silencieusement. Cette dernière regardait désemparée les clichés. Une fois chose faîte, elle s'attaqua aux lettres et il y en avait un paquet. La boîte devait avoir appartenu à sa mère, car les lettres furent toute signée d'Isaac. Théodore d'un geste tenta de l'empêcher de lire, mais elle le repoussa.
- Ne lis pas Astoria, tu en as assez vu pour... comprendre.
- Non tu vois justement je n'y comprends rien! S'agaça-t-elle.
- Ces lettres sont indécentes, vraiment indécentes, expliqua-t-il calmement.
- Tu les as lu? Je ne vois pas pourquoi je ne le ferais pas alors qu'elle concerne ma famille, rétorqua-t-elle agressivement.
- Bien, soupira-t-il.
" Ma très chère Virginia,
Te voir dans les bras de mon frère alors que tu m'as appartenu toute entière, me procure un immense plaisir. Je repense à ton petit corps vibrant au rythme de mes hanches, des images obscènes mais délicieuses m'envahissent et la chaleur se répand en moi. [...] "
Astoria ne parvint pas à en lire davantage. Alors sa mère avait perdu sa virginité... ici...au château... sans même être mariée ou ne serait-ce que fiancée voire tout bonnement majeure et en plus elle s'était adonnée aux plaisirs de la chaire avec un autre homme que son père, pire son propre frère! Une légère sensation de nausée s'empara d'elle et ses joues irrémédiablement se teintèrent de rouge. Cette femme malhonnête sur les clichés et dans la vie de tous les jours était sa mère. Celle là même qui à Daphné et elle leur faisait des leçons sur la convenance et la moralité alors qu'elle avait entretenue une voire des liaisons secrètes. Quelle ironie! Astoria se demanda si son père était au courant de ce passé honteux et écœurant, de cette haute trahison. Certainement pas, sinon il ne serait pas resté en connaissance de cause avec sa mère. Elle se demanda ensuite combien de temps leur relation avait duré. De ça elle n'en avait aucune idée, d'autant que les lettres n'étaient pas datées. Théodore se rapprocha d'Astoria et passa un bras autour de ses épaules pour la réconforter.
- Je ne peux pas le croire, comment peut-on faire une telle chose?! C'est tellement mal et immonde! Mon pauvre père... Puis je ne sais même combien de temps cela à duré... peut-être que Daphné ou moi ne sommes pas des enfants.. légitimes. Ma vie entière pourrait être basée sur un mensonge! Déclara-t-elle avant de se courber et de mettre la tête dans ses bras tandis que Théodore lui frottait le dos amicalement.
- Ne m'en veux pas de te l'avoir dit. Je n'aurai plus pu te regarder dans les yeux en te cachant une telle chose.
Elle releva la tête et il remarqua les larmes qui perlaient aux creux de ses yeux. Il s'en voulut aussitôt de le lui avoir dit. Bien sûr qu'il se doutait que cela la bouleverserait et la blesserait, mais le fait de le voir le fit se sentir très mal. D'un geste, elle chassa les larmes qui menaçaient de couler puis elle se tourna vers lui pour le regarder bien dans les yeux.
- Ce n'est certainement pas à toi que j'en veux Théodore, chuchota-t-elle. L'as-tu dit à Daphné?
- Non, j'avais peur que... enfin je n'ai pas été capable de prédire la réaction qu'elle pourrait avoir alors je... j'ai préféré attendre.
- Vraiment je ne sais pas s'il faut lui dire Théodore. Tu vois tant quelle n'en sait rien, elle ne se pose pas de questions et l'image de notre mère reste intact dans son esprit. Ce n'est peut-être pas une si mauvaise chose parce que je t'assure que moi sachant cela je... ne l'estime plus beaucoup. Tu imagines que mon père pourrait éventuellement ne pas être mon géniteur? Quel scandale si quelqu'un d'autre avait trouvé la boîte, ria-t-elle sans joie en se frottant les yeux.
- Je sais que c'est difficile à entendre, mais Daphné mérite aussi de savoir la vérité peu importe ô combien c'est douloureux.
Cette phrase sembla électriser Astoria.
- Non! Jure-moi que tu ne lui diras rien! Jure le moi Théodore Nott! Jamais! Parce que moi je peux te jurer que j'aurai préféré ne pas l'apprendre, déclara Astoria pleine de détresse ne pouvant cette fois retenir ses larmes.
Théodore soupira, il se sentit coupable, tellement coupable. Alors il n'aurait pas dû lui dire selon elle? Et s'il ne l'avait pas fait et qu'elle l'avait découvert plus tard en sachant qu'il avait su, ne lui en aurait-elle pas voulu d'avoir gardé sous silence une telle information? Et peut-être que Daphé contrairement à elle préfèrait une vérité atroce à un mensonge agréable? Lui en tout cas pensait que la vérité aussi affreuse fut elle, était toujours la meilleure alternative. Il était complètement désemparé et regrettait d'avoir fait cette découverte qui ces temps-ci l'avait un peu empêché de dormir tant il avait réfléchit à s'il devait l'annoncer ou non. Astoria face à lui pleurait toujours plus, jamais il ne l'avait vu dans un tel état. Finalement dans un soupire il déclara dans l'espoir de la calmer:
- D'accord, je te le jure.
A cet instant elle se jeta dans ses bras et le serra très fort. Il regrettait d'ors et déjà de lui avoir fait une promesse qu'il ne pourrait probablement pas tenir bien longtemps, parce qu'après tout, Daphné aussi avait le droit de savoir. Depuis quelques temps il s'était réellement rapproché d'elle et il avait découvert à sa plus grande surprise une jeune fille douce, cultivée, et réfléchie. C'était une très bonne nouvelle quand on sait que par le passé il l'avait jugé de niaise. Quoi qu'il en soit, plus le temps passait, plus il s'apercevait que finalement, elle lui plaisait plutôt bien et il envisageait même l'éventualité d'entreprendre une relation avec elle. De ce fait, évidemment, il ne pourrait pas lui mentir ou du moins lui cacher la vérité bien longtemps. Ils restèrent quelques minutes ainsi, avant de se séparer pour aller chacun vaquer à leurs occupations. Théodore fut interpellé plus tard dans l'après-midi par Drago qui paraissait étrangement de bonne humeur.
En effet, Drago avait croisé plus tôt sa camarade avec un air triste qu'il ne lui connaissait pas. Il n'eut guère le temps de lui parler, très vite elle était partie s'enfermer dans son dortoir et n'en était pas ressortie. Il n'avait aucune idée de ce qui se passait, mais pensait qu'il ne s'agissait que d'une broutille probablement. Après tout c'était de notoriété publique que les filles avaient un côté pleurnichard. De plus, il savait qu'elle avait passé la matinée avec Théodore, cela signifiait donc probablement qu'ils s'étaient disputés et la perspective que les relations entre eux soient tendues, le ravissait totalement.
- Tu étais avec Astoria tout à l'heure?
Théodore acquiesça d'un air blasé.
- Je me demande bien ce que tu as pu lui faire, déclara-t-il en faisant mine de réfléchir. Peut-être l'as-tu embrassé de force? Cela expliquerait son air horrifié, se moqua-t-il.
- Ce ne sont absolument pas tes affaires, rétorqua-t-il sèchement.
- Voyons Théodore ne t'énerve pas autant, tu vas te déclencher un saignement de nez, déclara-t-il d'un ton faussement concerné.
C'était arrivé une fois en deuxième année lorsqu'il s'était énervé contre Crabbe. Ce dernier dans un geste maladroit avait renversé la bouteille d'encre posée sur la table, sur le parchemin de Théodore. Ainsi, plusieurs heures de travail avaient été fichues en l'air! Théodore était si furieux que son visage se teinta de rouge et son nez se mit à saigner. Drago se plaisait énormément à lui rappeler ce moment humiliant.
- Je ne peux pas croire que tu te délectes de la situation... enfin qu'est-ce que je raconte.. En fait, ça ne m'étonne même pas de toi. C'est tout à fait ton genre de dénigrer les gens que tu jalouses.
- Tu t'accordes bien trop de valeur si tu veux mon avis.
- Je ne crois pas. J'ai un statut social aussi glorieux que le tiens et en plus Astoria m'accorde plus de crédit qu'à toi, déclara-t-il hautainement.
- Plus maintenant, j'ai l'impression, sourit-il.
- Comme tu dis, tu as l'impression. C'est une notion souvent éloignée de la réalité, répondit agacé Théodore en croisant les bras. Que ça te plaise ou non, elle me sera toujours loyale alors un petit conseil si tu veux rester dans ses bonnes grâces ne fais pas de moi ton ennemi, menaça-t-il.
- Encore une fois tu te sur-estimes Nott. Certes, il me faut reconnaître que tu as de l'influence sur elle voire même une emprise malsaine, mais j'en fais mon affaire personnelle, menaça-t-il à son tour. D'ici peu, tu ne seras plus qu'un vague souvenir pour elle et tu te retrouveras seul comme toujours. Tu es et tu demeureras le pauvre petit garçon privé de mère et dont le père se fiche éperdument, celui qui n'a personne pas même une amie, déclara avec mépris le blond.
Il était aller trop loin. Cette fois Théodore ne put contenir davantage sa colère. Il sortit sa baguette et Drago en fit de même arborant toujours son agaçant rictus de victorieux. Le duel commença sans un mot de plus, il devenait vital de déterminer lequel des deux étaient le plus fort. Ils se lancèrent une multitude de sorts qu'ils esquivèrent chaque fois. Si c'est les sorts conventionnels ne fonctionnaient pas, alors la seule alternative devenait la magie noire. Ils s'affrontèrent du regard, le plus expérimenté gagnerait. Il fallait un sort efficace, mais pas mortel. Juste de quoi mettre K.O l'adversaire. Blaise interrompit le duel en arrivant dans le couloir. Il dévisagea les deux garçons avant de calmer le jeu de son mieux. Il finit par y parvenir non sans mal. Ils échangèrent un regard remplit de mépris et partirent chacun de leur côté un peu énervé.
Astoria de son côté, était dans sa chambre. Elle ne souhaitait parler à personne, elle voulait juste réfléchir tranquillement. Le problème est que plus elle ressassait, plus la colère montait. Jamais elle ne s'était sentie aussi furieuse de toute sa vie. Elle avait envie de tout casser, de tout briser et elle pleurait encore. C'était toujours comme cela avec elle, dès qu'elle commençait, elle ne parvenait plus à s'arrêter. Isadora entra de le dortoir et Astoria en entendant la porte grincer s'emmitoufla sous sa couette.
- Je t'ai vu. Pourquoi tu te caches?
Tout en disant cela elle s'approcha du lit et s'installa sur le bord avant de s'allonger en partie au-dessus d'Astoria pour la câliner. Elle tenta de tirer la couette du visage de son amie, mais cette dernière violemment la retira aussitôt vers elle en ronchonnant.
- T'es pas drôle aujourd'hui espèce de chipie!
- S'il te plaît, laisse-moi, murmura-t-elle sous les couvertures.
- QUOI? J'entends rien? Mentit Isadora.
- Laisse-moi, répéta-t-elle sur le même ton.
- Pardon? Je crois que ta voix est étouffée par l'immense couverture. Je n'arrive pas à comprendre ce que tu dis, reprit Isadora.
- Isa!
- Astoria?
Fatiguée de ce petit jeu, Astoria sortit de sous sa couette. Ses cheveux étaient en bataille et à ses yeux on pouvait facilement voir qu'elle s'était laissée gagnée par le chagrin. Dans un geste très enfantin, elle se frotta les yeux à l'aide de ses deux poings.
- Tu es affreuse mon chaton.
- Je le sais, mais aujourd'hui je suis triste. Je veux juste rester ici tranquillement, ronchonna la brune.
- Pour combien de temps? Fronça-t-elle les sourcils. Tu ne peux pas rester éternellement sous une couverture à pleurer! Ce n'est pas en se cachant qu'on règle ses problèmes.
- C'est humain d'avoir des moments de faiblesse n'est-ce pas? Aujourd'hui je ne vais pas très bien et ça n'ira peut-être pas mieux demain ni même le jour d'après, mais après cela je te promets que je me reprendrais en main. J'ai juste besoin d'une petite pause, d'un répit. Est-ce que tu pourrais me laisser seule, sans vouloir discuter de quoi que ce soit pour ces quelques jours.
- Quel genre d'amie je serais si je te laissais comme ça...
- La meilleure meilleure amie, s'efforça de sourire Astoria. S'il te plaît, l'implora-t-elle en faisant la lippe.
- Je peux concevoir que parfois on ait besoin de se retrouver seul, chuchota-t-elle. Bon, je te laisse jusqu'à demain soir, pas plus. Après ça, si tu n'es pas remise je me charge de ton cas, c'est compris? Rétorqua Isadora autoritairement.
Pour toute réponse Astoria se replongea au fond de son lit. Isadora soupira puis retourna à ses affaires. Elle passa la soirée dans son lit à cogiter sans même penser à descendre pour aller manger. Est-ce qu'elle devait le dire à son père? Et s'il n'était pas son vrai père est-ce que ça changeait réellement quelque chose? Et sa mère voyait-elle toujours Isaac? Puis devait-elle dire à sa mère qu'elle était au courant de tout et réclamer des explications? Peut-être qu'aujourd'hui sa mère avait un nouvel amant, d'ailleurs peut-être que son père n'était ni Willem ni Isaac... Et si d'ailleurs si son sang n'était pas aussi pur qu'elle le croyait? Il y avait un tourbillon de questions dans sa tête. Tant qu'elle ne trouverait pas de réponses à ses multiples question, alors elle n'aurait jamais l'esprit en paix.
Le lendemain, elle se réveilla et décida à défaut d'être en meilleur forme, de le paraître. Après s'être préparée, elle descendit prendre son petit-déjeuner. La plupart des Serpentards étaient déjà installés. Elle avança et s'installa loin d'Isadora et Blaise dont elle n'était aujourd'hui pas d'humeur à supporter les mièvreries. Elle se mit à côté de Drago et face à Pansy qui lui adressa un sourire assez chaleureux auquel elle répondit assez machinalement avant de commencer à se beurrer une tartine avant d'y ajouter par-dessus de la confiture et de la plonger dans son bol de chocolat.
- Si mère te voyait... soupira Daphné assise à côté d'elle.
- Je pense que mère n'est pas contre certains petits plaisirs occasionnels, expliqua Astoria avec un sourire forcé avant de croquer dans sa tartine.
Théodore installé face à Daphné se racla la gorge et lui adressa un regard réprobateur afin de la faire taire. Ce genre de phrases lourdes de sens était totalement inapproprié. Astoria soutint son regard, avec une certaine véhémence. Cet échange visuel n'échappa à personne. Finalement, malgré elle, elle ne pouvait s'empêcher de lui en vouloir un peu. Bien sûr elle savait bien que ça n'était pas de sa faute, mais pour autant il avait été l'annonceur de la mauvaise nouvelle et ainsi sa colère se dirigeait injustement sur lui. Cette fois-ci Drago n'avait plus aucun doute, Théodore était forcément responsable de l'état de la jeune fille. Un léger rictus se dessina au coin de ses lèvres. Cette situation n'aurait pas pu lui convenir davantage. Depuis le temps qu'il attendait qu'ils se disputent! C'était un vrai régal pour lui bien qu'il se demandait la raison de leurs tensions. Astoria se prépara nerveusement une nouvelle tartine et recommença son petit rituel.
- Bon Astoria ça suffit! N'abuse pas des soi-disantes bonnes choses, même Théodore te désapprouve! Reprocha Daphné en réalité ravie.
- Pour réprimer ta gourmandise, tu n'as qu'à penser à Millicent, se moqua Pansy espérant détendre l'atmosphère.
"Ou à toi éventuellement aux vues de la circonférence de tes cuisses" se retint-elle de rétorquer mesquinement. Ce n'était décidément pas facile de simuler la bonne-humeur. Au lieu de cela dans un sourire toujours exagéré et faux, elle posa la tartine sur la table.
- Je devrais peut-être jeûner pour garder la ligne, j'ose espérée que cela vous convient mieux. Théodore? Demanda-t-elle ironiquement en feignant d'être intéressée par leurs avis.
Un blanc s'installa et tout le monde se sentit très vite mal à l'aise par la faute d'Astoria qui venait de jeter un sacré froid. Message reçu, aujourd'hui elle serait une véritable teigne. Sentant la tension montait, Drago posa une main sur la cuisse de la jeune fille. Il n'était pas utile de provoquer un scandale. Le geste du serpentard déconcerta Astoria qui resta sans bouger ni parler trop surprise par la situation. Sa main était immobile, seul son pouce caresser doucement par dessus le tissus sa cuisse. Tandis qu'il faisait cela, il engagea naturellement la conversation sur des banalités. Ce qu'il faisait été indécent et elle aurait dû le repousser immédiatement, mais pour une raison qu'elle ignorait il l'apaisait. Troublée par la situation, elle s'efforça de ne pas rougir. Bon sang elle marchait sur les pas de sa mère! Elle s'était laissé embrasser par un garçon quelconque et maintenant elle se laisser caresser la cuisse par un autre qui là encore n'était pas son petit-ami. Quelle décadence. Au bout d'un moment il retira sa main pour la reposer sur la table et il continua de faire la conversation. Astoria s'excusa puis se leva de table. Elle alla aux toilettes se rafraîchir. Tandis qu'elle se passait de l'eau sur le visage, elle entendit un bruit. Elle s'approcha d'une porte des toilettes et y colla son oreille pour mieux entendre.
- Dégage!
Il s'agissait d'une voix masculine. Elle reconnu aussitôt de qui elle provenait.
- Vincent? Est-ce que tout va bien? Demanda-t-elle soucieuse.
- Je t'ai demandé d'te tirer.
- Mais... on croirait que tu souffres. Qu'est-ce que tu fiches là dedans!? C'est pas normal ce que j'entends. Faut-il que j'appelle quelqu'un?
Voyant qu'il ne répondait pas, elle sortit sa baguette pour forcer la porte. La vision qui s'offrit à elle fut des plus choquante. Elle en lâcha sa baguette d'effroi. Devant elle, se trouvait Vincent, le bras partiellement ensanglanté. Il la fusilla du regard furieux qu'elle ait ainsi violé son intimité.
- Le spectacle te plaît-il?!
- Bien sûr que non! Pourquoi t'infliges-tu une telle chose?
- Parce que je suis un abruti fini évidemment. T'as pas intérêt à parler de ça à qui que ce soit!
- Tu fais... ça... souvent? Demanda-t-elle en pointant son bras.
- ... Ouais.
- Mais pour-quoi? S'offusqua-t-elle.
- Mais j'sais pas! Arrêtes de me poser des questions! S'énerva-t-il en posant de chaque côté de sa tête ses mains. Tu dois te dire que je suis encore plus un idiot que ce que tu pensais, pas vrai? Ria-t-il sans joie. Je vais te dire un secret, j'en ai rien a FOUTRE de ce que vous pensez! Je vous emmerde tous!
Jamais elle n'avait vu Vincent dans un tel état. Il est vrai qu'à longueur de temps les gens le traitaient lui et Goyle de crétins. Il subissait continuellement les moqueries aussi biens des serpentards que des autres maisons. Il avait pourtant toujours fait comme si ça ne l'atteignait pas... et pourtant. Il ressentait un terrible mal-être. L'éternel gros nul imbécile. Le sous-fifre de Drago. La honte de la famille. Le vilain, l'affreux petit vaurien dont personne ne voulait. Alors pour oublier l'espace d'un instant, parfois il s'abandonnait à ce genre de pratiques. Il endormait sa douleur psychique, par une autre physique qui lui semblait plus supportable. L'espace d'un instant ça le soulageait, mais ça ne durait jamais longtemps. Après quoi, il se haïssait encore plus, se sentant faible et idiot. Il se laissa glisser contre la paroi des toilettes. Astoria s'accroupit près de lui avec une désagréable sensation au creux du ventre. Autant que les autres, elle était coupable de cela.
- Je suis désolée... chuchota-t-elle.
- Pas la peine, je suis pathétique et ridicule c'est pas ta faute.
- Dis pas de conneries! T'es pas pire que les autres! C'est juste que eux... ils font semblant. On fait tous semblant, parce qu'on a pas le droit de faire autrement. On doit donner une bonne image de nous même, mais on n'a tous nos démons crois-moi.
- Je déteste tout le monde et moi y compris! Ose prétendre que toi ou Drago ou n'importe qui d'autre ressentez la même chose?!
- Je ne cherche pas à minimiser ta peine... mais je peux te jurer que là tout de suite je suis en colère, contre le monde entier, pour des raisons certainement différentes c'est vrai, mais j'ai envie de tout casser autour de moi. J'ai la rage, ria-t-elle nerveusement.
Vincent lui tendit alors la lame de rasoir imprégné de sang qu'il avait dans la main. Elle ouvrit la sienne et il la laissa tomber, l'encourageant à agir de la même manière que lui. Elle fixa un moment la lame, puis elle tourna la tête vers lui avec un léger sourire.
- Je ne vais pas faire ça et toi tu ne le feras plus. Il faut qu'on règle nos problèmes. Tu dois t'imposer, chaque fois que quelqu'un te manque de respect, peu importe qui, même un professeur! Tu dois te lever fièrement et te défendre avec autant de hargne que quand tu plantes cette lame dans ton bras. Tu es Vincent Crabbe, l'héritier d'une noble famille! Ne l'oublie jamais, tu vaux autant qu'eux! Le sang qui coule dans tes veines est précieux, il y en a qui meurt au nom de celui-ci, alors ne le verse pas pour rien.
- Je devrai probablement arrêter de me faire marcher dessus.
- Oui! Tu n'es pas un vulgaire paillasson!
- Non! Je suis un Crabbe.
Astoria lui adressa un sourire avant de récupérer sa baguette et de se lever. Elle remit convenablement sa jupe, l'épousseta et se dirigea vers la poubelle pour y jeter la lame. Elle espérait vraiment qu'il ne recommencerait pas une telle chose... mieux elle y veillerait! A présent elle ferait davantage attention à son camarade. Après ce qu'elle venait de voir, elle ne pouvait le laisser seul dans une telle détresse. Il était si fragile... Bien sûr on ne pouvait pas sauver le monde, mais on pouvait toujours essayer..? Alors qu'elle s'apprêtait à partir, pour le laisser réfléchir un peu seul, il l'interpella:
- Attends!
Elle s'arrêta subitement sans se retourner.
- Tu voudrais pas être ma petite-amie? Tenta-t-il brusquement.
Toujours sans se retourner, elle écarquilla les yeux. Mince alors, Crabbe voulait qu'elle devienne sa petite amie... C'était... non. Il ne lui plaisait pas du tout, mais après tout ça, elle ne pouvait pas le rejeter de la sorte. Il aurait été affreux de dire, non tu ne me plais pas! Il se sentait déjà si mal le pauvre. Elle se tourna vers lui hésitante en grimaçant légèrement.
- Je...
- J'te plais pas, pas vrai?
- Non ce n'est pas ça Vincent... Tu es un garçon vraiment très... très chouette et Je... bah... en fait, j'ai déjà dit oui à... à... à Drago.
- Drago Malefoy. Evidemment, j'peux pas lutter, sourit-il ironiquement.
Elle se rapprocha de lui, prenant à chaque pas conscience de son mensonge. Pourquoi avait-elle dit ça? Mince, mince, MERDE.
- N'oublie pas que je t'ai dit, d'accord? Déclara-t-elle d'une voix douce.
- Hum, acquiesça-t-il plus tellement convaincu.
Sur ces mots, elle s'en alla. L'envie de s'auto gifler lui traversa l'esprit une fois ou deux. Drago allait vraiment être furieux et à juste titre! Mais sur le moment c'est la seule chose qui lui avait traversé l'esprit pour atténuer son "non".
Merci de m'avoir lu. Je sais que j'ai mis pas mal de temps à poster... mais mon ordi est tombé en panne, donc ce n'est pas facile de continuer à écrire. Puis il y aussi le train-train quotidien et les cours :/
Enfin! J'espère que ça vous à plu! ^^
J'essaierai de faire mieux la prochaine fois et puis mieux vaut tard que jamais :)
Bisous à tout le monde!
