Chapitre 12


Drago, appuyé contre la table en vieux bois, écoutait attentivement Astoria. Pas une fois il ne lui coupa la parole et ce malgré les énormités qu'elle lui racontait. Ainsi, Crabbe lui avait proposé de sortir avec et voulant épargner au mieux ses sentiments, elle avait prétendu avoir une relation avec lui. Elle voulait que Crabbe pense qu'elle refusait non pas parce qu'il ne lui plaisait pas, mais parce que son "cœur" était déjà pris... Tout cela était ridicule. Il ne voyait pas pourquoi Astoria se souciait tant des états d'âmes de Crabbe! Après tout, elle était une serpentard, pas une poufsouffle! Sûrement que tous ses stupides romans à l'eau de rose lui montaient à la tête. Cela dit, cette situation l'arrangeait plutôt bien. Théodore serait fou de rage en apprenant la situation et ça, ça n'avait pas de prix. Aussi, bien sûr, Astoria était tout ce qu'il y a de plus charmant et faire d'elle sa petite-amie était une idée qui lui avait déjà traversé l'esprit par le passé. Il pourrait faire d'une pierre deux coups, sans avoir eu à prodiguer le moindre effort. Cependant, comme tout bon serpentard qui se respecte, il fallait user de la ruse pour toujours obtenir plus.

- Qu'est-ce que j'y gagne dans cette affaire? Demanda-t-il croisant les bras et plissant les yeux.

- Les amis se rendent parfois service sans rien attendre en retour! Puis ce sera juste l'affaire de quelques jours, après tu n'auras qu'à rompre avec moi et bien sûr j'aurai le cœur brisé et je ne serais pas prête à me relancer dans une relation avant très longtemps, sourit-elle fière d'elle.

- Quelques jours? Tu n'as pas peur de passer pour le genre de fille incapable de satisfaire son copain? Lui fit-il remarquer dans un rictus. Après ça, c'est certain que tu n'auras plus de relations avant très longtemps.

Elle fronça les sourcils et considéra un instant ses propos.

- C'est vrai, disons plutôt quelques longues semaines, qu'en dis-tu?

- J'en sais rien Astoria, c'est plutôt contraignant.

Astoria machinalement fit la lippe, contrariée. Cela ne fut pas suffisant pour faire fléchir le jeune homme qui commençait à être habituée à ses petits numéros. Voyant que ça ne marchait pas, elle décida de mettre en oeuvre une nouvelle stratégie. Avec un sourire indéchiffrable elle avança vers lui. Il ne cilla pas. Elle se baissa pour s'accroupir devant lui, ce qui lui provoqua un léger trouble qu'il ne laissa pour autant pas transparaître. Sa stricte éducation lui avait appris à rester calme en toute situation. Il baissa les yeux sur elle et il la vit attraper les deux extrémités de ses lacets et très délicatement et lentement, les re-nouer. Ses chaussures étaient parfaitement cirées et surtout scandaleusement chères... de quoi nourrir la famille Weasley entière pour des mois! Elle se releva ensuite sans reculer, pour maintenir une certaine proximité.

- Je serais une petite-amie vraiment dévouée, je m'arrangerai pour que ça te sois au maximum agréable, déclara-t-elle d'une voix étrangement suave sans se relever tout de suite.

- L'offre me paraît beaucoup plus attirante comme ça, répondit-il sur le même ton.

Satisfaite elle se leva puis elle lui tendit sa main pour sceller leur petit arrangement. Il la lui prit, mais pas pour la serrer. Il attira la petite brune vers lui très content de la tournure que prenait les choses. A présent, il avait le contrôle.

- Tu sais mon cœur, si nous sommes censés être un couple je ne suis pas sûr qu'une poignée de main soit très adaptée.

Elle écarquilla les yeux tandis qu'il s'approcha pour l'embrasser. Leurs lèvres se touchèrent et leur accord se scella par ce baiser volé et inattendu. Son deuxième baiser était au moins aussi intense que le premier sinon plus. Ses pulsations cardiaques, elle en était certaine, avaient doublé de vitesse. C'est tout son corps qui s'électrisa sous les lèvres expertes du jeune homme. Ce baiser était passionné et fougueux. La seule chose qu'elle regrettait fut qu'il sonne aussi faux. Une délicieuse, mais cruelle comédie en somme.

Plus tard dans l'après-midi, juste après le cour de potion. Astoria décida de passer un peu de temps avec Vincent. Après ce qu'elle avait vu la veille, il était irresponsable de ne pas veiller un minimum sur lui. Le seul problème dans cette histoire c'est qu'ils n'avaient absolument aucuns points en commun, aucuns sujets de conversation ne venaient. Vincent était, il est vrai pas très malin.. mais en plus plutôt agressif et pervers. Il ne cessait de la reluquer sans gêne aucune. Un peu exaspérée par son comportement, l'idée de lui mettre une gifle ou de lui dire de vilains mots lui traversa l'esprit. Elle parvint néanmoins difficilement à se retenir ne souhaitant pas avoir sa mort sur la conscience. La situation ne pouvait néanmoins pas durer. Il fallait à tout prix qu'elle trouve une alternative. Tandis qu'il continuait à regarder fixement son buste, Drago vint s'asseoir près d'elle et passa un bras nonchalamment autour de ses épaules. Vincent releva automatiquement les yeux.

- Bonjour Vincent, salua-t-il avant d'accorder toute son attention à sa "petite-amie". Tu sais ce qui ferait plaisir, que tu ailles en cuisine me chercher un truc à grignoter, sourit-il avant d'ajouter au creux de son oreille. Ma dévouée adorée.

- Moi je veux bien des muffins aux pépites de chocolats si tu trouves et aussi de la crème glacée à la vanille avec un nappage de caramel et une part de tarte à la citrouille avec un jus de pamplemousse, lui demanda Crabbe.

- Rien que ça? Tu es sûr que ça te suffira Vincent? Demanda-t-elle faussement inquiète.

- Bon.. dans le doute t'as qu'à me beurrer deux-trois tartines, rétorqua-t-il sérieusement.

Et toute la journée ce fut ainsi. Drago ne cessait d'avoir besoin que sa petite-amie lui apporte ceci ou cela, lui fasse ci ou ça. Etre la copine d'un Malefoy c'était épuisant, en fait elle avait davantage l'impression d'être son elfe. Rien qu'aujourd'hui il avait fallut qu'elle lui apporte à manger, rende ses bouquins à la bibliothèque, recopie son cours de potion, aille envoyer son courrier et nourrir son hiboux. Fatiguée de cette journée elle s'avachit lourdement contre un mur. Pourquoi avait il fallut qu'elle trouve Crabbe dans les toilettes?! Maintenant il fallait qu'elle joue la comédie, comme si elle n'avait pas déjà suffisamment à faire avec ses propres problèmes.

Quatre jours passèrent, la nouvelle de sa relation avec Drago s'ébruita dans tout le château. Isadora et Daphné étaient ravies de ce qui n'était en fait qu'un mensonge. Théodore lui, semblait plus mitigé. Il affirmait que le fait qu'elle soit en couple avec Drago ne le dérangeait pas, ce qu'il l'embêtait davantage s'est qu'elle lui soit autant asservie. Il n'avait pas tort sur ce point, il fallait que sa change. Certes elle avait promis d'être dévouée, mais par là elle n'entendait pas être traitée comme une moins que rien. Par sa faute, elle avait même dû rendre un travail de métamorphose en retard! Ses études ne devaient pas pâtir de la situation.

Drago de son côté ne s'était pas senti aussi bien depuis fort longtemps. Il était choyé à souhait comme, le pensait-il, il le méritait. De plus voir Théodore énervé de la situation ne faisait que rendre tout cela plus agréable. Seul ombre au tableau, Astoria paraissait commencer à faiblir. Il aurait cru qu'elle fut plus tenace pourtant. Pour remédier à cela il prit en compte un conseil prodigué par son père. Outre le fait qu'une femme était la meilleure vitrine pour exposer la richesse d'un homme, les bijoux et belles parures étaient les moyens les plus efficaces des les amadouer. En parlant de son père, ce-dernier avait eu vent de sa "fameuse" relation avec Astoria. D'après le courrier qu'il avait reçu, son père approuvait son choix bien qu'une jeune fille dont la famille fut plus impliquée dans la guerre actuelle, semblait-il, lui aurait davantage convenu. En effet, si jamais celui-ont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom remportait la guerre, avoir été de son côté permettrait d'être glorifié. Cependant, dans le sens contraire, et Drago dans son intime conviction savait qu'il était possible qu'il soit vaincu, il valait mieux quelqu'un de plus en retrait.

Il donna rendez-vous à Astoria, afin de lui offrir le petit cadeau qu'il lui avait soigneusement choisi la veille à pré-au-lard. Elle arriva une dizaine de minutes en retard. Malgré l'envie éminente, il se retint de lui faire une réflexion désagréable. Ça n'était pas le moment. Elle s'avança méfiante vers lui et il sortit de sa poche intérieure un écrin de velours. Comme il le pensait Astoria changea radicalement d'attitude. Elle regarda avec envie la petite boîte, puis subitement, elle se ravisa et parut même contrariée.

- Je me permets de te rappeler bien aimablement que nous sortons pas réellement ensemble. Tu n'as donc pas à m'offrir de cadeaux.

-Le fait est que tout le monde pense que nous sommes réellement ensemble et quel genre de jeune homme serais-je si je ne gâtée pas ma petite-amie?

Mauvaise réponse son visage se durcit un peu plus. Et oui ce cadeau comme tout le reste n'était qu'un leurre destiné à faire taire les "on dit", songea-t-elle amèrement. Drago sentant la tension monter, s'approcha doucement d'elle.

- Quand je l'ai vu dans la boutique, j'ai vraiment pensé que personne ne pourrait le porter mieux que toi. C'était une évidence qu'il devait te revenir, déclara-t-il d'un ton mielleux.

Il lui tendit la boîte pour l'inviter à en découvrir le contenu. Du bout des doigts elle s'en empara et elle en effleura le velours avant de l'ouvrir délicatement. A l'intérieur se trouvait un collier en or blanc et péridot du cachemire. Elle trouva le bijoux merveilleusement beau et elle ne douta pas un instant de la valeur qu'il devait avoir. Une jeune fille ayant reçue son éducation savait en un coup d'œil reconnaître les objets chers et très chers. Astoria se sentait tiraillée entre l'idée de lui jeter la boîte à la figure (parce qu'un serpentard ne faisait pas de cadeau juste pour le plaisir, il y avait un tas d'idées malsaines derrière ce geste) et celle de déambuler dans les couloirs avec cette petite splendeur rendant vertes de jalousie les autres filles. Drago ne lui laissa pas l'occasion d'hésiter davantage, il l'attrapa par les épaules pour la placer dos à lui, puis il se saisit du bijoux. Elle souleva ses cheveux et il lui accrocha le collier autour du cou. Elle se tourna vers lui et il caressa délicatement le bijoux débordant légèrement sur sa peau. Le petite brune en frémit.

- Absolument parfait, chuchota-t-il en la fixant intensément.

- C'est le genre de bijoux que l'on offre à sa fiancée ou à son épouse Drago, certainement pas à une fille quelconque.

- Alors tu devrais être reconnaissante que je te fasses un si beau cadeau, rétorqua-t-il sèchement. Je ne comprends pas pourquoi tu es si réfractaire! Tu imagines le nombre de filles qui aimerait être à ta place bon sang?

- Tu veux dire être l'esclave de leur faux petit-ami? Ria-t-elle nerveusement. Oui des tas je présume!

- C'est toi qui a voulu cette situation! Moi tout ce que j'ai fait c'est accepter pour que tu n'aies pas l'air ridicule et t'offrir un collier hors de prix alors qu'effectivement tu n'es même pas ma fiancée!

- Vincent se scarifie, il va mal! Je ne pouvais pas le rejeter alors que ces entailles étaient encore vives!

- Il se quoi?! Fronça-t-il les sourcils. Peu importe, ça n'était pas ton problème!

- Je n'y peux rien si j'ai un faible pour les garçons torturés, sourit-elle malicieusement.

- Astoria Greengrass, tu es complètement tordue, rétorqua-t-il lentement de sa voix grave.

- Dixit le garçon qui a accepté de simuler une relation et qui a payé une fortune pour le collier que je porte.

Drago préférait voir ça comme un investissement à long terme, mais ça il était hors de question de le lui dire.

- Tu as fabriqué une poupée vaudou pour faire souffrir Potter mon cœur, déclara-t-il dans un rictus.

- Bon c'est pas non plus un compétition! S'exclama-t-elle vivement.

- Ne le prends pas comme ça, j'aime bien les filles vicieuses.

Astoria plissa les yeux et se mit à sourire.

- Serait-ce une façon détournée de dire que tu m'aimes bien?

- Comment peux-tu encore douter que l'affection que je te porte? Répondit-il en lui caressant les cheveux.

Elle continua de sourire sans rien ajouter. Il la tira par le bras et il l'emmena devant la fenêtre. La nuit commençait à tomber, des feuilles tourbillonnaient à cause des vents violents et la pluie s'écrasait contre la vitre. Il passa ses bras autour d'elle, l'emprisonnant contre lui.

- Dis-moi pourquoi tu es en colère contre Théodore, lui souffla-t-il au creux de l'oreille.

- Je ne le suis pas.

- Je t'ai vu changé, il y a quelque chose qui ne va pas et je le découvrirai, j'espère simplement que ça n'est pas trop moche.

- Et si jamais ça l'est?

- Je préfère que tu me le dise maintenant, trancha-t-il.

- D'accord, mais tu dois me jurer de garder le secret.

- Oui oui, allez! S'impatienta-t-il.

Elle respira un bon coup pour se donner le courage nécessaire. Drago quant à lui resserra son étreinte et posa sa tête sur l'épaule de la jeune fille.

- Théodore a trouvé une petite boîte en métal dans un cachot et à l'intérieur se trouvaient des lettres et photos. Ma mère, alors même qu'elle était avec mon père a eu une liaison avec mon oncle... et qui sait, peut-être même avec d'autres hommes...

Face à cette révélation Drago se crispa. Si sa mère avait eu des liaisons alors il se pouvait que... un frisson de dégoût le traversa et il lâcha la jeune fille brusquement comme si le contact de sa peau l'avait brûlé. Astoria se tourna pour lui faire face, cependant le poids de la gêne l'empêcha de relever la tête. Elle dut même s'efforcer de retenir ses larmes de couler.

- Tu pourrais éventuellement être une sang-mêlée, déclara-t-il en grimaçant.

- Les.. les risques sont minces, je.. je n'ai eu connaissance que... que d'une liaison avec mon oncle qui reste un... sang-pur et un Greengrass, bredouilla-t-elle.

- Je m'en moque que le risque soit mince, le fait est que c'est une possibilité! Tu comptais me cacher ça longtemps?! Tu te rends compte que si les autres l'apprennent ma réputation est fichue! J'aurai eu pour petite-amie une impure bon sang! S'énerva-t-il en dévastant d'un geste de bras violent tout ce qu'il y avait sur le bureau. Le seigneur des ténèbres vit chez moi, si une telle nouvelle se répand tu n'as pas idée des conséquences!

Il avait raison, mais que pouvait-elle y faire? Il avait demander la vérité, elle la lui avait servi sur un plateau. Elle regrettait d'ors et déjà sa révélation, elle qui s'était promise de garder le silence. Aussi elle était déçue de sa réaction et bouleversée par la manière dont il la regardait à présent. Un abominable mélange de fureur et dégoût. Il lui fut impossible de retenir davantage ses larmes.

- Je vais garder le silence, je n'ai pas vraiment le choix! Mais que les choses soient claires la comédie est terminée, tu n'es plus ma petite-amie! D'ailleurs tu n'es même plus mon amie! Tu m'as trahie en me cachant la vérité, en me demandant d'être ton petit-ami alors que tu pouvais être une... une.. infâme sang-mêlée!

Son ton était sec et froid. Elle s'effondrée à mesure qu'il lui parlait. A présent elle n'avait plus aucune dignité, pas l'once de fierté. Il était entrain de la piétiner alors qu'elle était déjà à terre et sans défense. Astoria avait cru qu'il aurait été un soutien, elle avait sur-estimé leur amitié. Le coup de grâce fut certainement quand il lui tendit la main en lui ordonnant de lui rendre le collier. Elle s'exécuta rapidement et d'une main tremblante, elle le fit tomber dans sa main en prenant soin de ne pas la toucher. Il le rangea dans sa poche et de sa vision trouble elle le vit qui s'en alla en claquant la porte. Elle resta quelques minutes dans la salle le temps de se calmer. D'un revers de la main elle essuya ses larmes et son nez, pas très élégant, mais à cet instant, peu importait. Une fois qu'elle fut un peu plus en mesure de réfléchir, elle décida qu'elle se vengerait de Drago Malefoy! Elle lui ferait payer le prix de ses larmes et pour sûr que ce serait très cher! Mais surtout ce qu'elle ferait dans un premier temps c'est éclaircir sa situation pour de bon. Il fallait qu'elle contacte son oncle pour qu'il lui dise la vérité. Elle ne pouvait en parler directement à sa mère sous peine de semer la zizanie au sein de sa propre demeure et ce malgré tout, n'était pas souhaitable. Parterre, tout un tas de fournitures étaient étendues sur le sol. Elle se saisit d'une plume et d'un parchemin et elle commença à écrire à l'attention de son oncle:

" Mon très cher oncle,

Comment allez vous? Ici, à Poudlard tout est différent, mais vous n'êtes pas sans l'ignorer. Je sais que je ne vous ai pas beaucoup écrit ces derniers temps, pour autant j'ai chaque jour pensé à vous. Par la présente, je voudrais que vous acceptiez de venir me rejoindre un soir que nous discutions. J'ai eu connaissances de faits très perturbants et je ne peux me résoudre à les ignorer. Je vous remercie d'avance de bien vouloir m'accorder de, je le sais, votre précieux temps.

Croyez bien en l'expression de mes sentiments les plus affectueux

Votre nièce Astoria."

Elle reçu la réponse le lendemain matin.

" Astoria,

Je suis comme tu dois t'en douter fort occupé, de ce fait, j'ose espérer ne pas me libérer pour des broutilles, sans quoi je serais dans l'obligation de te faire savoir mon mécontentement. Je te propose de me retrouver dans la forêt interdite pour plus de discrétion. Toi comme moi ne souhaitons pas que Willem soit au courant. Tu n'auras qu'à me retrouver près du rocher pointu à 1000 pas vers le nord-est à 10:00 pm précise. Connaissant ton laborieux sens de l'orientation, je t'ai fait parvenir une boussole.

Bien à toi, Isaac."

Ce serait l'occasion d'avoir quelques explications, bien qu'elle appréhendait totalement cette rencontre. Elle espérait que son oncle la libère de ce fardeau en lui assurant qu'il n'y avait aucun doute quant à sa filiation. La sensation douloureuse de crampe à l'estomac, ne la quitta pas de la journée. De toute la journée Drago s'évertua à l'ignorer quand il daigner ne pas la regarder avec mépris. Astoria songea à regret qu'en plus, dans le contexte social et politique actuel, ça n'était guère le moment d'hésiter quant à ses origines.

Quand l'obscurité arriva, la jeune brune se prépara pour aller rejoindre son oncle. Elle sorti discrètement du dortoir, puis du château. Cette année plus que l'an passé, il était facile de se promener. Une fois dehors elle se mit à courir une lampe torche à la main, sentant le vent glacée lui chatouiller la gorge. Elle ne ralentit que lorsqu'elle arriva à l'entrée de la forêt. La panique la paralysa. Il faisait sombre et des bruits inquiétants surgissaient d'un peu partout. Pourtant, elle ne pouvait plus reculer et elle savait que si jamais elle arrivait en retard Isaac la tuerait. En même temps, rien qu'en entrant dans ce fichu bois, elle risquait de mourir. D'un pas, elle recula toute tremblante. Elle en fit un deuxième, puis un troisième à quelques secondes d'intervalle. Soudainement, elle fut interrompue par le croassement d'un oiseau noir, un corbeau. Sûrement que le destin lui envoyer un signal par cet oiseau de mauvaise augure! Il lui sembla qu'il la fixait ce qui était plutôt stupide puisque ce ne fut qu'un animal dont le cerveau n'était pas plus grand qu'une noix. Son regard sembla pourtant la transpercer. Elle secoua la tête et sans réfléchir davantage, elle pénétra dans l'immense bois et s'enfonça tandis que l'oiseau semblait par-dessus elle. Chaque fois qu'elle entendait un bruit, même un mouvement de feuille, son coeur manquait de s'arrêter.

Elle arriva quelques minutes plus tard, peu rassurée, d'autant que son oncle n'était toujours pas là. Après avoir ronchonné un bon moment, l'oiseau surgit face à elle. Un cri s'échappa de ses lèvres en même temps qu'elle sursauta. Puis très vite le corbeau se métamorphosa. Il prit une forme humaine. C'était Isaac! Elle en soupira de soulagement et se jeta dans ses bras. Il la serra brièvement avant de l'éloigner.

- Bon viens en aux faits, ne perdons pas de temps.

Astoria acquiesça.

- Je suis au courant pour mère et vous.

Isaac resta impassible et calme.

- Au courant de quoi?

- De votre liaison mon oncle.

Cette fois ses traits se durcirent et son regard s'assombrit. Par réflexe elle recula d'un pas. Après tout bien qu'il fut son oncle, il n'en était pas moins un mangemort sadique et cruel. On ne connaissait jamais les limites de ce genre de personnage.

- Mère avait dissimulé une boîte avec des lettres et des photos dans un des cahots, ajouta-t-elle.

- Mais quelle abrutie! Maugréa-t-il. Qui est au courant de cette histoire? Demanda-t-il sèchement.

- Théodore a trouvé la boîte et je... je l'ai dit à Drago, admit-elle en baissant la tête.

- Malefoy et Nott! Merde! Tu pouvais pas tenir ta langue! S'exclama-t-il en apposant une de ses mains sur son visage. Telle mère, telle fille, incapables de se la fermer, regretta-t-il. Où est la boîte?

Astoria fouilla dans son sac et la lui tendit docilement. Il la lui arracha des main et en inspecta le contenu avant de le brûler.

- Comment avez vous pu faire ça à votre frère! L'accusa-t-elle.

- Ne me parle pas sur ce ton vermine!

Il lui mit une tape humiliante sur la tête.

- Oublie cette histoire, reprit-il d'un ton ferme en croisant les bras.

- Impossible, j'ai des tas de questions et j'exige des réponses! S'énerva-t-elle.

Un sourire se dessina subitement sur les lèvres de son oncle.

- Petite impertinente, tu bouillonnes. Si tu veux savoir, je ne t'épargnerais aucun détails à tes risques et périls.

- Parfait! Et si jamais je suis une sang-mêlée, je la tue de mes mains et vous avec!

Le sourire d'Isaac redoubla. Il s'approcha de sa nièce l'air amusé et intéressé parce qu'elle semblait lui dire. Il lui tourna autour tel un vautour, tandis qu'elle ne bougeait pas d'un cil. Quand il fit face à son dos pour la deuxième fois il s'arrêta.

- Comment procéderais tu pour commettre un parricide ma chérie? Utiliserais-tu contre ta mère ou moi les sorts que je t'ai enseigné? Ria-t-il cruellement. Contre moi ce serait peine perdue, contre elle ce serait parfait.

Astoria se retourna vivement en le fusillant du regard.

- Ne me sous-estimez pas, ma colère pourrait bien surpasser votre force.

- Tu as un côté théâtral, pourquoi pas une dague dans le cœur après un long discours ennuyeux et plein d'amertume ? Ou du poison dans la tarte au citron que j'aime tant que tu cuisines? Après un délicieux repas, je m'écroulerai sur la table comme un épave.

Son regard se perdit dans le vague, comme si cette pensée lui était agréable. Comme si se faire tuer par sa nièce était l'accomplissement de sa vie. Quel fou à lier. Il approcha son visage du sien.

- Si tu étais une sang-mêlée, je t'aurai moi-même tuée, toi et ta mère. Je t'aurai égorgée comme une vulgaire bête, lentement pour pour entendre tes cris s'érailler et voir ton regard innocent s'éteindre, rêvassa-t-il quelques secondes avant de reprendre ses esprits. Je vais te raconter toute l'histoire ma chérie. Alors voilà, Virginia se prétendait amoureuse de moi, malheureusement bien qu'elle soit une jolie fille je la trouvais ennuyeuse à mourir. Pour attirer mon attention elle ne cessait d'user de ses charmes, alors je lui ai donné ce qu'elle voulait. Un baiser d'abord et puis de fil en aiguille beaucoup plus... c'était charnelle, délicieux, mais la pauvre petite ne faisait que parler de sentiments et autres niaiseries. Pour me rendre jaloux, elle a vainement commencé à flirter avec Willem, c'était pathétique, se moqua-t-il. Mais au moins il lui donnait la tendresse que je lui refusais. C'était un équilibre parfait.

- Il est votre frère, c'est dégoûtant!

- Voyons Astoria, ce que Willem ignore ne le blesse pas et puis j'ai toujours aimé m'approprier ses choses. Tu sais les querelles fraternelles usuelles, déclara-t-il d'un ton neutre en faisant un geste de la main. Bon reprenons. Ta mère se donnait à moi, Willem lui donnait le reste. Cette routine a pourtant fini par m'ennuyer, alors quelques temps après que j'ai quitté Poudlard j'ai mis un terme à ce petit manège et ta mère l'a mal vécu. Elle s'est néanmoins mariée avec Willem, puis ils ont eu Daphné. Pour sûr qu'elle est de Willem la petite, je ne touchai plus Virginia à cet époque. Un jour elle a commencé à revenir vers moi, ton père ne la comblait pas. Elle s'ennuyait mortellement et me re-voulait. Je lui ai dit de me laisser, mais elle m'a imploré criant que j'étais l'homme de sa vie et que j'aurai dû être le père de ses enfants. Fatigué de ses jérémiades nous avons conclu un marché. Un enfant contre la paix. Elle voulait à tout prix quelque chose de moi, elle était hystérique. J'ai donc... "planté la graine". Une fois qu'elle fut tombée enceinte, pour que Willem paraisse être le père elle s'est redonnée à lui puis tu es née.

Il lui disait cela sur un ton naturel, comme si ça n'était pas grand chose. C'était absolument horrible pourtant! Elle écarquilla les yeux, choquée de ce qu'elle venait à l'instant d'entendre.

- Ne fais pas cette tête Astoria! Ça ne change pas grand chose, tu es toujours une Greengrass, tu as toujours les même grands-parents et cetera et cetera.

- Non mais c'est une plaisanterie?! Ça change beaucoup de chose! Daphné en même temps d'être ma sœur est ma cousine, mon père n'est plus mon père, il est mon oncle! Mon oncle lui devient mon père! Et ma mère est... oh... je n'ose même pas le prononcer! C'est tordu et sale! Hurla-t-elle. Vous êtes monstrueux!

- Cesse de tout dramatiser, tu tiens ça de Virginia d'ailleurs c'est insupportable. Ton père reste Willem, il t'a élevé, moi j'ai simplement enclencher le processus de la vie. Tu devrais m'en être reconnaissant, tu n'existerais pas sans moi après tout. Puis je t'ai plutôt réussi, murmura-t-il en lui levant le menton d'un geste de la main pour contempler "son oeuvre" avant de grimacer. Sauf les oreilles, tu as malheureusement hérité de celle de l'oncle Julius cet alcoolique traite à son sang.

- Cette discussion est irréelle, c'est absurde! Déclara-t-elle désespérée en cachant son visage dans ses mains. Vous êtes vraiment un horrible personnage.

- Tu te penses meilleure que moi? Ria-t-il. Tu es aussi sombre et malveillante que moi c'est dans tes gênes et Daphné, elle est aussi minable que Willem pour elle aussi c'est une fatalité.

- Je ne suis pas comme vous "père", déclara-t-elle boudeuse en mimant des guillemets avec ses mains.

- L'éducation de Virginia et Willem je l'admets ont réprimé l'influence de ma génétique, cela dit on remarque aisément la différence avec Daphné.. Ma chérie, c'est toi même qui a voulu que je t'apprenne la magie noire quand ta sœur ne s'y est jamais intéressée. C'est toi même qui désobéit à Willem depuis toutes ses années pour me rendre visite en cachette alors même que je suis un mangemort et pas le plus gentil en plus de ça! C'est toujours toi qui toute petite a essayé de noyer ta sœur parce qu'elle t'avait énervé et plus grande ça n'est pas mieux, tu as fait des misères à ton second professeur de solfège qui en a démissionné! Plus récemment, j'ai aussi appris que tu avais copiné avec le fils Malefoy alors même qu'il traîne dans de sales histoires. Tu es attirée par le mal, c'est un fait avéré.

Tout cela était vrai, absolument vrai. Elle ressemblait plus à Isaac qu'à Willem voilà pourquoi toutes ses années elle avait cherché sa compagnie quitte à mentir à ses parents. Quant à sa mère, jamais elle n'était particulièrement tendre et gentille à l'égard de son père à qui elle ne cessait de faire des reproches. Il n'était jamais assez ceci ou cela ou parfois trop ci ou ça. Comment pouvait-il vivre ainsi? Il devait bien être conscient de cette désaffection qui avec les années mutait en ressentiment. Cela étant si elle avait été une mauvaise épouse, on ne pouvait pas lui reprocher d'avoir était une mauvaise mère. Daphné et Astoria avait été aimé et ce de la même façon. Certainement que n'étant pas épanouie dans son couple, Virginia s'était raccrochée à ses filles et Willem à ses maîtresses. En y pensant il rentrait toujours si tard le soir... mais Virginia s'en fichait du moment que ça ne s'ébruitait pas. Alors voilà, elle était le fruit d'un effroyable mensonge. La conséquence d'un amour passionnel et déraisonnable non partagé.

Isaac s'approcha d'Astoria et passa un bras autour de ses épaules, elle ne se dégagea pas.

- Ne soit pas triste ma chérie, j'ai appris à t'apprécier, mais je ne serais jamais autre chose que ton vieil oncle. Je n'ai pas l'étoffe d'un père, je n'ai jamais voulu en être un. Tu aurais détesté être mon enfant parce que au quotidien je suis invivable, ta vie aurait été un véritable enfer. Sois reconnaissante d'avoir été élevée par Virginia et Willem, même s'il est un minable la plupart du temps, il n'est pas un trop mauvais parent.

Quand il eut terminé de parler, cette fois elle se retira de ses bras et se décala de quelques pas sur la gauche. Elle glissa et manqua de tomber, par chance il la rattrapa et l'empêcha ainsi de chuter et de salir son uniforme. Il la tenait fermement par le bras et elle leva les yeux vers lui.

- Je suis peut-être un affreux personnage, mais je t'empêcherai toujours de tomber Astoria. Retourne au château maintenant, je vais t'accompagner.

- Ne vous transformez pas en corbeau s'il vous plaît, déclara-t-elle avant de s'accrocher à son bras afin de marcher à ses côtés.

Silencieusement ils marchèrent dans la forêt. Une fois arriver au bout de celle-ci, il la lâcha. Il lui adressa un bref regard avant de se re-transformer en corbeau et de s'envoler vers les cieux. Elle retourna difficilement jusqu'à son lit, luttant contre le sommeil qui l'assaillait. Peut-être était-ce ce-dernier qui l'empêchait de tout envoyer valser de colère suite aux révélations. Aussitôt sous sa couette, sans même prendre le temps de se déshabiller, elle rejoignit les bras de Morphée.


MERCI pour vos gentilles reviews postées au précédent chapitre! J'apprécie toujours autant de lire vos avis!

N'hésitez pas à commenter ce nouveau chapitre.

BISOUS! ^o^