4.

Même si l'issue était connue, le chemin y menant était bien long et douloureux !

Et, son état de santé se détériorant soudain à vitesse fulgurante, plus les jours passaient, plus le moral d'Albator avait décru jusqu'à disparaître quasi totalement avec son physique qui n'allait plus tarder à le lâcher.

Incapable de quitter son lit, les répétées privations de nourriture et les coups ayant atteint leur but, Albator ne pouvait cependant envisager que cela lui permettrait de bénéficier d'un jour de repos !

Poussant sa serpillère, Fulker s'était rapproché, deux Gardiens toujours présents à l'entrée car en dépit de sa piètre allure désormais ils n'ignoraient rien des sursauts du grand Pirate balafré !

- Je crois qu'ils vont t'emmener à La Cave, bientôt, murmura-t-il.

- C'était inévitable… En revanche, je me demande s'ils ont trouvé le temps long ou s'ils auraient voulu s'amuser encore un bon moment ?

Albator frissonna franchement en dépit de la chaleur ambiante.

- Je pourrais presque déjà sentir l'odeur de cette Cave…

Car, à la Mine de carcinium, tous connaissaient le croquemitaine qu'était La Cave !

Dans les souterrains, sous les Ailes des bâtiments, se trouvaient plusieurs réduits de sinistre réputation. C'était là qu'étaient jetés les prisonniers en fin de vie et ils y étaient délaissés jusqu'à ce qu'il se murmure qu'ils avaient totalement disparus du monde des vivants !

- Lothar a été raffiné à l'extrême, il pouvait me faire exécuter, mais c'était tellement simple, beaucoup trop simple ! Cette agonie est une vengeance qui ne peut que te réjouir puisqu'on t'en rapporte forcément chaque étape. Il ne m'en reste plus qu'une à passer… Si le pire est arrivé, je ne vais tarder à te rejoindre, papa. Cette fois, nous aurons tout le temps devant nous.

Albator croisa le regard interloqué de Fulker qui n'était pas loin de le prendre pour un fou à parler tout seul !

- Inutile de me faire la leçon, mon Doc Surlis l'a déjà fait, une fois.

- Tu es toujours tellement dans ton trip, je finirais par croire que tu étais vraiment capitaine de vaisseau ! Moi, je suis un gamin des rues, au mauvais endroit au mauvais moment pour finir au Marché, je ne connais rien au monde des Pirates. J'ai réussi à garder ceci, murmura le jeune homme en déposant rapidement un morceau de pain près de l'oreiller du grand Pirate balafré.

- Mais, tu…

- J'ai quand même un peu moins faim que toi, assura Fulker alors qu'en deux bouchées Albator avait dévoré.

- Merci. Moi aussi, sans toi, je crois qu'il y a longtemps que j'aurais fini à La Cave !

- Quand j'ai fini tous les nettoyages, je reviendrai te voir. Je peux faire quelque chose ?

- J'ai soif…

Fulker sortit le gobelet du petit coffre sous le lit et alla remplir à l'un des robinets.

Malgré son dégoût, Albator but quelques gorgées de l'eau jaunâtre à la saveur acide.

Des yeux, il suivit quelques instants Fulker avant de refermer l'œil, secoué de tremblements.

Son ventre hurlait famine, toute énergie l'avait quitté et bien que ses narines lui renseignent sa propre puanteur, il craignait bien que cela ne devienne rapidement pire encore !

Au sourire de son amant, Yogan Shylle comprit que les nouvelles étaient bonnes.


- Allez, ne me fais pas languir, on l'a notre nouvelle chambre à fantasmes ?

- Bientôt. J'aimais bien l'ancienne, un peu amochée, soit, mais qui me rappelait d'excellents souvenirs.

- Il n'y a que moi qui peux être à la hauteur de ton dernier jouet… C'est à son sujet ?

- Oui. Il a tenu beaucoup plus longtemps que prévu, que n'importe qui d'autre, et ce en dépit de son « traitement spécial », mais il ne va plus tarder à clamser !

- Il va être bon pour la Cave ?

- D'ici la fin de la semaine, oui.

Lothar et Yogan échangèrent un fougueux baiser puis le regard du premier revint sur l'ingénieur travaillant à une table voisine.

- Dégage, et je veux mes plans pour demain, avorton !

Toshiro referma son ordinateur et quitta la pièce pour rejoindre celle qu'il partageait avec Clio.

- Tu en tires, une tête ? remarqua-t-elle.

- Albator va mourir, et cette fois pour de vrai…