6.
« Maintenant, c'est certain, j'ai entièrement changé d'avis : je déteste quand j'ai raison ! ».
N'ayant pu revoir Fulker, occupé dans une autre Aile de la prison, Albator s'était plutôt retrouvé entre les mains de deux Gardiens qui en suivaient un troisième.
- Tu vas faire connaissance avec les délices de La Cave ! Profite une dernière fois de la lumière et de la chaleur car sous peu, il n'y aura plus rien de ce monde que, alors, tu vas regretter ! Si si, je te l'assure !
Albator était parfaitement d'accord mais se serait fait hacher menu pour le reconnaître et de toutes façons, c'était tout juste s'il arrivait à aligner deux pensées cohérentes, ne tenant même pas debout.
Le couloir avait paru interminable à Albator qui traîné par les Gardiens avait plus d'une fois trébuché sur le sol des souterrains taillés à même le roc.
Ses oreilles lui avaient renvoyé le son de verrous poussés et d'une porte en bois grande ouverte, et si ensuite le contact avait plutôt été mou sous ses pieds une effroyable odeur l'avait pris à la gorge alors qu'il était en équilibre instable sur ses genoux qui s'enflammaient d'instant en instant !
- Adieu, traître ! Le plaisir aurait dû durer davantage, mais, en réalité, tu n'es plus qu'une larve sans aucune résistance ! Pitoyable déchet, tu finiras ainsi !
La porte et les verrous claquèrent, laissant Albator dans une totale obscurité !
« Non, pas à l'isolement ! Je ne peux pas vivre sans une ouverture sur la lumière !… Enfin, j'ai comme l'impression que ça ne va plus durer bien longtemps, cette fois… ».
Se traînant dans une épaisse couche de boue, pleine de détritus, exhalant une puanteur épouvantable, Albator tenta d'atteindre un mur. Mais il était bien trop faible et il se recroquevilla dans le sol bourbeux.
Devant le lit vide, Fulker blêmit.
- Albator ?
- A La Cave ! jeta un Gardien qui s'assurait qu'après le frugal repas du soir, chaque prisonnier avait été réenchaîné à l'anneau fixé aux montants transversaux des lits jumeaux. Tu n'as pas pu lui dire « au revoir » ? Quel dommage ! Maintenant, gamin, je pense que tout va pouvoir rentrer dans l'ordre et qu'on va retrouver notre souffre-douleur préféré ! Allez, finis de nettoyer les chiottes et retourne à ton propre baraquement, qu'on t'y attache.
Fulker inclina la tête, positivement et obéit.
Toutes les alertes de la mine de carcinium s'étaient déclenchées quand après être apparus les escadrons de la Flotte terrestre s'étaient dirigés droit vers les centres stratégiques pour les dégommer consciencieusement tout en tenant à distance les escadrilles de défense Pirate et les anéantissant !
En première ligne, l'Octavion et l'Ephaïstor avaient fendu l'atmosphère de la petite planète, qui n'était composée que de carcinium !
L'Ephaïstor avait pris la tête du duo et ses commandos déjà en action pour investir la tour de contrôle des mines.
Informé de la sécurisation des lieux, Skendar s'était retrouvé nez-à-nez avec la sculpturale amazone Pirate qui avait dirigé le mouroir plusieurs siècles durant !
- Holargue, donc. Encore un nom de guerre. Je m'en contenterai. Je suis Skendar Waldenheim, je vous signifie votre défaite complète !
- Rude bataille. Je me suis bien défendue. J'ai pris mes chances et j'ai abattu plusieurs de vos transporteurs. Mon honneur est sauf, même si je me suiciderai avant que vous ne me transfériez en prisonnière à votre bord. Je suis prête.
- Avant, j'ai une requête. Ou plutôt un ordre en tant que nouveau maître de ces lieux !
- …
- Je veux voir les baraquements, je veux voir les esclaves !
- Vous avez de ces mots…
- C'est la vérité, et vous le savez mieux que quiconque. Vous n'utilisez pas ces prisonniers, vous les crevez à la tâche ! Je veux y aller.
Et les pistolets-mitrailleurs convainquirent Holargue d'obéir sans moufter !
Les tressaillements qui parcouraient le corps d'Albator ne cessaient plus.
Le grand Pirate balafré était dans un état semi-comateux, sans plus de réactions dans son environnement pauvre en oxygène, totalement hermétique et noir.
