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Laissant désormais aux unités terrestres et orbitales, ainsi qu'aux techniciens les mines de carcinium, l'Octavion, l'Ephaïstor et leurs deux vaisseaux d'escorte avaient repris leur vol, se dirigeant vers un chantier naval mobile pour y faire réparer les dégâts reçus durant le combat contre les forces spatiales Pirates.
Avant de refaire le point avec son état-major, Skendar était retourné voir Salmanille.
A peine surpris, il trouva la jeune femme fébrile, pâle, nerveuse.
- Je suis désolé qu'Albator soit à votre bord, mais s'il était sur l'Octavion, je perdrais le peu de crédibilité qu'il me reste auprès de nos supérieurs. Bien que je compte leur faire cet aveu tout à l'heure, ainsi que la vérité sur nos liens, c'est la seule chance qu'il ait de ne pas finir en cellule et pour que ma requête le concernant ait une chance d'aboutir.
Salmanille sourit, l'ayant laissé parler d'une traite, sachant qu'il n'était pas possible de l'arrêter sur sa lancée !
- Ce n'est pas ça du tout, capitaine Waldenheim, vous êtes très loin des raisons de mon émoi !
- Vous vous êtes remise de votre malaise ?
- Oui, c'était stupide. Les siècles ont beau passer, il est toujours ardu pour une femme de briller dans certaines activités. Il faut être plus douée, plus forte que les hommes, il faut sacrifier tellement de choses !
- Ce n'est pas mon avis. Je veux dire, les femmes ont tout autant leur place dans la Flotte que nous, et certaines sont effectivement plus talentueuses, naturellement.
- Je vous assure que vous êtes une exception, Skendar ! Cette « différence » on me l'a faite sentir dès l'Académie.
- Qu'est-ce qui vous tracasse en ce cas ? Je sais que mon aveu va nous discréditer, un peu, et je vous involontairement mêlée à tout cela…
- Passons. Je l'ai vu, Skendar !
- Albator ? Non, j'ai fait passer le mot à votre Médecin-Chef de vous interdire l'accès à sa chambre, ce n'est pas une vision pour vous !
- Le bébé ! jeta Salmanille, resplendissante, lumineuse presque de l'intérieur ce qui ne devait pas être entièrement faux. J'avais refusé de connaître les résultats de l'échographie à douze semaines sauf qu'un peu précocement on avait pu déterminer son sexe, je venais juste de le découvrir, je rejetais ce que j'avais inconsciemment nié jusque-là. Mais hier, mon gynéco m'a fait passer des examens complets, et je l'ai vu ! C'est une merveille, Skendar ! C'est la plus belle chose qu'il m'ait été donné de contempler, ces doigts, ces pieds, ce cœur ! Oui, maintenant je suis réceptive à ce corps en moi, je le perçois clairement et je crois bien qu'il me répond !
- Tout cela n'a rien d'étonnant. Il a compris que vous ne vouliez pas de lui, se faisait discret mais là il a su que vous l'aimiez et il réagit. Et attendez de l'avoir seulement dans vos bras !
La jeune femme s'assombrit légèrement.
- Comment ai-je pu raisonner aussi froidement et égoïstement ? J'étais prête à tout pour ma carrière, je pensais qu'il n'y avait que cela qui pouvait compter et combler ma vie ! Je me trompais. Il n'y a rien de plus important que ce petit être !
- Je préfère, de très loin, vous entendre avoir ces propos.
- Désolée d'avoir parue être si insensible, mais ce n'était pas une nouvelle à laquelle je m'attendais ! J'ai été cependant extrêmement négligente, je n'aurais dû n'en vouloir qu'à moi.
- Je vous laisse encore vous reposer, je vais faire un nouveau rapport à l'état-major.
Les cheveux blancs, le visage triangulaire et ridé, Véhale Nhoor avait posé un regard gris acier sur le capitaine de l'Octavion.
- Voilà une opération rondement menée, dans la diligence, l'affolement même. Mais vous avez agi en usant parfaitement des forces que je mettais à votre disposition. Je vous ai déjà d'ailleurs félicité pour cela.
- Merci, générale.
- Maintenant que toute cette tension est retombée, que tout le monde a pu retrouver un quotidien normal, j'ai quelques observations à vous faire.
- Je les attendais.
- Votre suggestion, bien venue, nous l'avons acceptée car nous étions effectivement au pied du mur pour la production de vaisseaux supplémentaires. Nous vous avons donné les moyens nécessaires et vous avez couru, ventre à terre vers cette Mine de la honte. Capitaine Waldenheim, cette idée d'opération ne relevait absolument pas de vos fonctions, et vous avez mis un tel cœur à la remplir… Permettez à votre état-major de la trouver infiniment suspecte ! Nous vous avons laissé du temps, pour retrouver le contrôle de votre escadre et un vol aussi sûr que régulier, ainsi qu'à nous pour organiser notre mainmise sur les mines de carcinium afin que nul ne puisse nous les reprendre comme nous l'avons fait vis-à-vis des Pirates.
- J'avais effectivement une implication personnelle dans cette mission, reconnut Skendar, tendu comme un arc, froid comme la pierre.
- Mais encore… ?
- Le capitaine de l'Arcadia…
- … est mort ! Comme nous l'envisagions, vous avez donc eu vent des rumeurs de sa présence aux mines de carcinium.
- … est en vie, rectifia paisiblement Skendar. Enfin, il n'a sans doute jamais été aussi proche de la mort qu'en ce moment, mais il lui reste un souffle.
- En ce cas, le temps que vous reveniez à votre dock orbital d'attache, il pourra être appréhendé.
La générale de la Flotte terrestre fronça les sourcils, une once de stupéfaction ouvrant ses yeux en amande.
- Ne me dites pas que c'est pour lui… ? ! J'en avais fait votre cible prioritaire, mais pas à ce point ! C'est pousser très loin la conscience professionnelle ! Y a-t-il une autre raison que j'ignore ?
- Je vous avais suggéré une vieille astuce, pour user de ses compétences, sans qu'il ne soit plus notre ennemi, rappela le capitaine de l'Octavion.
- Des Lettres de Marque. Un corsaire. Encore faudrait-il qu'il marque son accord. Vous êtes persuasif, mais je doute que vous ayez grand point pour faire pencher sa décision en notre faveur. Un élément aussi brillant, dans sa noirceur, serait un atout appréciable pour nous, ainsi que sa connaissance du monde des Pirates, mais…
- Le capitaine de l'Arcadia est apparu il y a cinq ans. Il n'y a aucune info sur lui, avant. J'ai rassemblé toutes les preuves. Albator est mon fils Ilian ! Lui et moi le savons depuis un moment déjà.
