10.

Non sans stupéfaction, Albator regarda autour de lui.

« C'est quoi encore ce tour de passe-passe ? Je suis en train d'avoir mes derniers souffles dans cette Cave fétide, alors qu'est-ce que je fiche ici ? Je me suis dédoublé ou quoi ? Et, c'est où, ce ici… ».

Autour du grand Pirate balafré, ce n'étaient que rochers, une montagne, un pic et un chemin à peine tracé par l'érosion et quelques animaux. Et impossible de distinguer le sol, une brume compacte et sombre le dissimulant entièrement.

« Bon, il semblerait que je n'ai pas d'autre alternative que de monter là-haut, à cet espèce de fortin… ».

Le vent violent faisait tourbillonner l'ample cape du grand Pirate balafré, le frappait en pleine poitrine et lui donnait même l'impression par moment de glisser en arrière sur des gravillons ronds !

« On ne fera rien pour me faciliter la progression », maugréa-t-il. J'espère au moins qu'il y a un harem là-haut, j'ai bien besoin de me distraire, et que le proprio est partageur ! ».

Bien que le sommet doive culminer à bonne hauteur, il n'y avait nul souci avec la raréfaction de l'air et en dépit de l'ardue grimpée, Albator ne ressentait aucune fatigue.

« On dirait que je suis bel et bien passé dans un autre monde, mais lequel… Ce serait bien s'il y avait quelqu'un d'autre que moi ».

De près, le fortin semblant de pierres immaculées mais le nez dessus, on avait plutôt l'impression que la matière était inconsistante, et ses doigts la traversèrent d'ailleurs sans effort et sans mal.

Du regard, il fit le tour du plateau, mais il n'y avait bel et bien que l'étrange édifice.

« Je crains qu'il ne me reste qu'un seul choix… ».

Il prit une bonne inspiration et avança de quelques pas, ce qui devrait avoir pour conséquence de le faire passer à l'intérieur.

L'intérieur du fortin immatériel avait de furieux airs d'un château moyenâgeux, tout de pierres dures et bien concrètes, les moellons soigneusement disposés.

Des escaliers recouvraient les murs, partant dans tous les sens, s'enchevêtrant, se tordant sur eux-mêmes ce qui faisait qu'on se serait retrouvé tête en bas et bon pour la chute si on s'y était risqué. Et ils montaient à l'infini, jusqu'où l'œil pouvait les suivre.

Au sol, une quinzaine de mètres carrés entouraient un trou, un cercle, qui lui semblait au contraire plonger aux tréfonds des lieux.

Albator s'était approché, faisant la grimace.

- Te voilà enfin, ce n'est pas trop tôt.

Le grand Pirate balafré se retourna d'un bloc, se retrouva face à un petit nuage noir et, par réflexe recula d'un pas, se rappelant un peu tard du trou !

Mais une onde puissante le repoussa à plusieurs mètres.

- C'est quoi ce cirque ? ! Je te vois, tu es immatériel, mais je t'entends clairement.

- Mes pensées se transforment en voix et ton cerveau l'interprète directement.

- Et qui es-tu ?

- Je suis un Thanatos.

- Le Thanatos ? Celui de nombreuses mythologies ?

- Je suis un Thanatos. Nous sommes des milliers, à avoir notre portion d'univers et à régir les âmes qui y vivent. Considère-nous comme un Ordre où nous serions multiples et identiques.

- Tu es venu chercher mon âme ? Cela n'aurait rien d'étonnant après tout ce que Lothar m'a fait infliger… Je vais finir dans ce cloaque, sans air, sans lumière ?

- Disons que c'est une des possibilités. Mais, je rectifie : c'est toi seul qui a trouvé le chemin jusqu'ici ! C'est rare, exceptionnel, je ne crois pas que ce soit arrivé plus de cinq fois en un millénaire d'existence ! Raison pour laquelle je t'ai permis d'arriver jusqu'ici. Tu te poses des questions, tu es à la croisée de plusieurs chemins. Il faut que tu choisisses en toute connaissance de cause !

- Tu vas me guider sur la bonne voie ?

- Je n'ai pas à me mêler de vos affaires. Je vais juste te montrer quelques petites choses. Ça te donnera peut-être à réfléchir. Est-ce que tu acceptes ?

Une colonne de lumière s'éleva du trou.

- Si je rentre là-dedans, mon âme mourra pour de bon ?

- Qui sait…

- De toute façon, au point où j'en suis…

Une bien compréhensible appréhension lui nouant l'estomac, Albator réfléchit quelques instants.

- D'accord.

- Bien, en ce cas, suis-moi dans ce puits de lumière, fit le Thanatos.


A l'alerte médicale, Skendar s'était précipité à l'hôpital de l'Octavion.

Tharen Blomm avait paru l'attendre devant les portes de la chambre où reposait son fils.

- Tu ne peux pas entrer.

- Et si j'insiste ?

- Je te l'interdis.

- Et si je force le passage ?

- Je te ferai arrêter !

- Mais, qu'est-ce qui se passe ? souffla Skendar, blême, affolé.

- Les quelques constantes vitales que nous avions se sont effondrées. On est en train de le perdre. Je dois rentrer leur prêter main-forte, je voulais juste te le dire personnellement.

- Oh non…

- Capitaine Waldenheim, vous avez une communication entrante. La générale Nhoor.

- Ca peut attendre ?

- Certainement pas !

Le cœur brisé, Skendar quitta l'hôpital pour son bureau.