11.
Véhale Nhoor semblait mi figue mi-raisin, très contrariée aussi, furieuse mais se contenant, intransigeante.
- Vous avez être dû appelé pour ma communication, capitaine Waldenheim. Alors que vous auriez dû l'attendre et y répondre aussitôt !
- Une urgence médicale, générale.
- Je comprends. Et je préfère surtout ne pas demander qui elle concerne, ça me semble limpide, vu la mine que vous tirez ! Pourtant, quel que soit l'état de cet homme, c'est de lui dont nous avons à nous entretenir. Votre option, nous l'avons étudiée…
- … et rejetée ?
- Comme vous allez vite en besogne, capitaine. Votre prisonnier de fils semble au plus mal, ce qui n'a rien d'étonnant vu son séjour aux mines de carcinium où il a explosé tous les records de survie. Cette proposition est vraiment très intéressante, mais pas dans les conditions actuelles vu que le sujet que vous nous offrez est plus mort que vif !
- C'est déjà un miracle que nous l'ayons trouvé encore vivant, remarqua Skendar.
- Raison pour laquelle nous nous sommes penchés sur ce cas. Et ce bien que l'état-major soit bien évidemment unanime pour fustiger votre silence sur votre lien de parenté avec notre sujet, et est prêt à toutes les sanctions une fois la lumière faite sur vos actions, quelles qu'elles soient ! Si le capitaine de l'Arcadia peut tenir quatre mois au camp d'extermination que sont les mines de carcinium, il peut vraiment réaliser des miracles ! Vous nous comprenez ?
- Poursuivez, générale, je vous prie, souffla Skendar en n'osant espérer seulement une réponse favorable, sur quel que plan qui concerne son fils !
- S'il s'en sort, nous aurons une offre à lui faire, informa la générale. Bien que rien n'indique dans son profil qu'il l'accepte, qu'il tolère seulement de nous laisser l'exposer jusqu'à son entier développement. C'est là que vous interviendrez, le cas échéant, puisque vos preuves établissent sans contestation possible qu'il est bien Ilian Waldenheim. Mais, aucun des membres de l'état-major ne peut faire abstraction des cinq dernières années, des exactions du capitaine de l'Arcadia.
Skendar soupira, sombre alors que Véhale Nhoor poursuivait, presque tranquillement.
- Selon les rumeurs, nos espions, l'Arcadia est désarmé sur la Cité Pirate, son équipage réparti sur d'autres cuirassés. Albator est seul.
- Et je demande à pouvoir veiller sur sa convalescence.
- C'est l'un des premiers ennemis publics n°1 ! Si convalescence il doit y avoir, c'est dans une clinique Militaire ! Il est bien trop dangereux !
- Vous venez de le souligner, générale : plus de vaisseau, plus d'équipage. J'ajouterai : plus d'armes. Croyez-moi, il sera inoffensif bien des semaines durant. Et un lieu clos comme un cuirassé de la Flotte est plus sûr qu'une clinique sur un sol terrestre !
- Même sans les preuves, la puissance avec laquelle vous plaidez sa cause, on saurait combien il vous tient à cœur… fit la générale, visiblement impressionnée. Capitaine Waldenheim, votre carrière est de haute qualité, et vous la risquez pour celui que tous considéreront, sans doute toujours, comme la pire engeance Pirate possible, jusqu'à ce qu'un nouveau monstre sanguinaire fasse son apparition… Vous et moi nous projetons dans l'avenir mais ce ne sera nullement le cas de bien des soldats et du grand public !
- Je me fous du grand public ! Pardonnez-moi, générale.
- Si on devait prendre en compte l'émotion publique… En revanche, pas nous, plutôt les politiciens qui sont en réalité les seuls à vraiment nous donner des ordres !
Le regard de la générale de la Flotte devint évasif.
- Il ne sera possible de se prononcer, officiellement, que lorsque tout sera prêt, que le dossier sera bétonné, car je crains de n'avoir jamais été confrontée à une telle bombe à retardement à déconnecter, si tant est que cela soit possible !
Skendar expira lentement une longue bouffée d'air.
- Et pour quelle nouvelle teniez-vous vraiment à me convoquer en urgence, générale ? reprit-il.
- Il y a un autre souci au « dossier ». Nous voulons bien miser quelques karénies sur Albator, mais hors de question d'investir des centaines de milliers, voire des millions, pour lui fournir un cuirassé et un équipage !
- Je ne vois pas ce que moi, je peux faire… ? hoqueta le capitaine de l'Octavion. Je ne vais pas financer un corsaire de la mer d'étoiles sur mes propres deniers ! ? J'ai juste de quoi entretenir le château d'Heiligenstadt et un train de vie minimal hormis mes quelques soirées – bien que mon bilan comptable privé n'entre pas en ligne de compte pour un « dossier » professionnel !
Véhale Nhoor esquissa soudain un sourire.
- Il y a encore d'autres initiatives à prendre sur ce « cas », si vous réfléchissez bien, vous trouverez, à tête reposée, capitaine Waldenheim. Mais je pense qu'elles viendront du premier intéressé.
- Je ne vous suis absolument pas, générale !
- Vous y viendrez. Je ne vous retiens plus et…
Mais avant qu'elle ait fini, Skendar était sorti de l'angle de vue de la caméra de prise de vue de la vidéo-conférence !
- … et tenez-moi au courant ! glapit Véhale Nhoor, dans le vide !
En catastrophe, pestant contre les ascenseurs soudains trop lents de son Octavion, Skendar était revenu à l'hôpital de son cuirassé, dans le hall des soins d'urgence.
- Tharen ! glapit-il à la cantonade.
- Le Dr Blomm est à son bureau, renseigna une infirmière.
Skendar eut un regard pour la chambre, vide, où il s'était ensuite précipité.
- Où est le patient ?
- En Réanimation Intensive. Vous devriez aller voir votre ami, capitaine.
- Pour me faire encore rembarrer…
- C'était pour ton bien et tu le sais parfaitement, Skent ! Tout comme je t'aurais fait neutraliser si tu avais voulu intervenir tout à l'heure ! siffla Tharen. A mon bureau, infernal capitaine !
Plutôt penaud, Skendar suivit son Médecin-Chef.
Le premier Tharen rompit le silence.
- Tu voudrais savoir, mais tu n'oses poses la question, sachant ce que je vais dire…
- Donne-moi seulement cette réponse…
- Je ne sais pas, Skendar, tout simplement, malheureusement… Ses constantes se sont effondrées, réduites à néant. Il a fait un arrêt cardiaque, prolongé. Je l'avais mis dans un coma artificiel, mais là il est dans le coma tout court et je ne contrôle absolument plus rien !
- Que peux-tu faire ?
- Les appareils les maintiennent en vie, le nourrissent, lui permettent de respirer. Autant de temps qui passe, il reprendra des forces, des kilos même. En revanche, pour son coma, il n'y a aucune prédiction possible. Je ne peux pas le récupérer. Selon la perspective habituelle : cela dépend de lui, il doit vraiment faire le premier pas et revenir.
- C'est impossible !
- Il n'y a que cette option, Skendar. A toi de lui parler, de l'obliger à se ranimer !
- Ca marche vraiment, médicalement parlant ?
- Oui, et tu sais très bien que tu dois tout tenter ! L'avenir de ton fils en dépend ! Pourquoi ne le ferais-tu pas ?
- Je ramène mon fils à la conscience, il découvre qu'il n'a plus rien dans la vie sinon un passé dont il ne se souvient pas, et je fais du plus célèbre Pirate un corsaire ?
- Réalise la première phase de ce plan, c'est la plus importante, glissa doucement Tharen.
- Je ne comprends rien… Et là je ne peux rien vu que son esprit a quitté son corps et sans doute sous peu ce monde…
- Essaye. Skent, il faut le ramener !
- D'accord.
Skendar s'assit au chevet du grand Pirate balafré, pâle au possible.
Il caressa doucement le poignet de son fils inconscient, le corps glacé.
- Je suis là, Albator – car je sais au fond de moi que tu ne répondras jamais plus au prénom de ta naissance. J'ai tout fait pour te trouver une solution, te sauver, elle semble en bonne voie mais il est encore bien trop tôt… Je t'aime, mon enfant ! Reviens !
