12.
Albator posa une prunelle ironique sur le nuage noir qui voletait autour de lui.
- Et maintenant, que me réserves-tu comme clichés : tu vas me montrer mes vies antérieures ou mon avenir ?
- Je peux faire les deux.
- Je me fous du passé et je n'ai aucune chance d'avoir un grand avenir. Tu as déployés tes petits tours surnaturels en pure perte. Je veux que tout se termine !
- Vraiment ?
- J'ai enduré plus de tourments qu'il n'était humain d'en supporter. Il n'est que temps que ça s'arrête.
- En ce cas, pourquoi avoir tenu bon ?
- Je ne comprends pas…
- Bien sûr que si ! Tu aurais pu si facilement choisir de te laisser aller, ou d'en finir. Mais tu as tout supporté, la mine, les sévices. Tu devais bien espérer quelque chose ? Et ce même si tu ne t'en rendais pas compte.
- C'est ridicule ! aboya le grand Pirate balafré. Tout qui affiche le symbole marqué sur ma poitrine sait qu'il n'y a pas de retour des mines de carcinium ! Ce n'est pas pour rien que c'est là que Lothar m'a envoyé ! J'aurai juste survécu un peu plus longtemps que la moyenne.
Il eut un petit ricanement.
- Qu'est-ce qui peut bien te donner à penser que j'aurais pu inconsciemment conserver un espoir ?
- Mais pour la bonne et simple raison que tu n'es pas né Pirate.
- Pour ce que cela change, je n'ai aucun souvenir de ce passé. Et nombre d'entre nous ont opté pour cette voie, de leur volonté ou suite à capture ou encore endoctrinement. Ce que j'ai été…
- … peut conditionner tout ton futur si tu t'en sers intelligemment.
Albator tressaillit.
- Je vais finir par me rappeler, un jour ?
- Ton père fera tout en ce sens.
Albator s'assit sur le banc de l'endroit qui tenait lieu de serre géante avec une végétation luxuriante et très colorée.
- Si tu l'évoques maintenant, c'est qu'il a tenté quelque chose pour me sauver. Il est demeuré un idéaliste de première. Depuis qu'il connait la vérité, il n'a cessé de mettre sa carrière en danger et de commettre les pires folies pour me sauver, même contre mon gré !
- Dans cette Cave, tu as fini par tout lâcher. Et c'est ce qui arrivera… Sauf si tu veux continuer le cheminement que tu as entamé vers ton père.
- Que veux-tu donc me faire comprendre ?
Le Thanatos. s'agita légèrement.
- Skendar Waldenheim est arrivé à temps, enfin façon de parler. Il fait tout tenter pour que tu vives…
- … et que je finisse dans un autre trou, Militaire cette fois ? grinça le grand Pirate balafré. Pas sûr que ça me donne la volonté de m'en sortir.
- Tu es d'une mauvaise foi ! gronda le nuage noir qui ne semblait pas loin de produire des éclairs ! Tu sais très bien qu'il a toujours cherché une solution pour que tu puisses vivre, libre.
- Il l'a trouvée ? jeta Albator, soudain intéressé.
- Bien sûr ! Et elle est même en phase d'acceptation. Sauf que cela demeurera lettre morte si tu me rejoins définitivement !
- Sacré bonhomme…
- C'est peu de le dire. Lothar n'a fait que te modeler en surface, il t'a donné des réflexes et des armes qu'il va regretter amèrement. Il va tout te falloir reconstruire en revanche.
- Oui, j'imagine bien, si ma vie doit pour la seconde fois changer du tout au tout ! Mais je ne suis pas sûr d'y être décidé… Pourquoi, parce que les dernières semaines durant j'ai eu l'univers entier contre moi, quasi ?
- Et parce que tu savais qu'il n'y avait pas de solution, de vie en tout cas et que tu étais prêt…
- Dans un instant, tu vas ajouter qu'il est plus facile de mourir que de vivre ? persifla le grand Pirate balafré.
- C'est une des grandes vérités de votre monde de Mortels. Et là c'est moi qui m'étonne que vous vous accrochiez dès lors autant à votre existence, si fugitive en regard de mon immortalité.
- C'est ainsi, c'est tout. Ce n'est en tout cas pas moi qui pourrai te donner une réponse ! Mes instincts me guident, je ne réfléchis guère et j'aime les sensations fortes. J'ignore quelle solution mon père a trouvée pour moi, mais ma curiosité naturelle me pousse à vouloir l'entendre. Lui, il me connaît bien, il n'a pu qu'avoir un plan qui conviendrait à ma nature, l'ancienne et l'actuelle. Tout reconstruire, c'est un sacré défi et j'adore ça !
- Tu seras donc prêt à y retourner, le moment venu, mais là, je te garde avec moi un moment encore.
- Ce que je vais m'ennuyer…
- Comme si tu étais tout seul, conclut le Thanatos en s'évaporant.
Albator entendit alors distinctement une voix familière.
- Je suis là, Albator – car je sais au fond de moi que tu ne répondras jamais plus au prénom de ta naissance. J'ai tout fait pour te trouver une solution, te sauver, elle semble en bonne voie mais il est encore bien trop tôt… Je t'aime, mon enfant ! Reviens !
