15.
De nature toujours aussi attentionnée, Skendar avait aidé Salmanille à s'installer dans un canapé, avait arrangé les coussins autour d'elle et lui avait proposé un thé léger.
Mais, contrairement à lui, Albator avait bondi sur ses pieds et fait quelques pas en arrière.
- Salmanille ! Vous… Tu… !
La prunelle marron allait systématiquement de l'uniforme bleu marine de la Flotte terrestre au ventre énorme.
- Mais pourquoi ne m'as-tu rien dit ? ! Tu es une Militaire de la Flotte ! glapit le jeune homme.
Salmanille se redressa légèrement.
- Comme si les circonstances s'étaient prêtées à ces confidences, Albator. J'avais tellement envie… J'ai opté pour le jeu de l'anonymat. J'avoue aussi que ça me plaisait de songer que je piquais sans doute son cavalier à Bérylle Erelheim alors qu'il s'agissait simplement de votre cousine. Imaginez ma stupéfaction quand vous avez sauté de votre spacewolf pour jouer votre numéro sur les terrasses suspendues ! Il n'y a aucun mot pour décrire ce que j'ai ressenti ! Le cavalier policé sous tous les angles était celui que j'étais chargée de traquer et d'abattre si possible ! J'ai été anéantie après ça…
- Désolé, ce n'était pas mon but. Mais… mais…
Albator hoqueta, proprement stupéfait et pris bien évidemment de court.
- Et moi donc, ce que je réalise en ce moment… La plus belle créature que j'ai jamais vue. Une femme digne d'un conte de fée, qui m'a fait ressentir des émotions plus violentes que jamais. Cette harpiste à la féminité exacerbée, une Militaire de la Flotte !
- Pourquoi, c'est incompatible ? A Innsbruck, j'ai été éduquée à maîtriser tout le code de mondanité de mon rang, mais j'ai aussi assimilé toutes les règles de la Flotte.
- J'ai constaté… Je n'aurais jamais deviné…
Le jeune homme eut un sourire.
- Qu'importe, je serai bientôt catalogué « ami de la Flotte ». Tu n'auras donc plus à me canarder, capitaine Khurskonde. Et, il me semble que je doive dire : félicitations pour cet heureux événement !
- Oui, il est devenu heureux, je l'aime inconditionnellement…
A la suspension, Albator tiqua, revint s'asseoir, intrigué, mais toujours aussi mal à l'aise.
- Tu ne pourras qu'avoir un très beau petit, ou petite ?
- Un garçon.
Skendar resserra ses doigts, légèrement sur l'épaule de Salmanille.
- Un garçon… dont tu es le père, ajouta-t-elle.
Albator recracha le fond de son verre de brandy.
- Et comment peux-tu l'affirmer jeta-t-il à Salmanille.
- La période correspond.
- Et ça a suffi pour sauter à la conclusion ? !
- Je revenais d'une mission contre un certain Pirate. Et la nuit de l'anniversaire fut ma seule relation… Et après le show au bal j'ai plutôt fui les hommes. Il n'y a eu personne d'autre, Albator.
- J'exige des preuves !
- Albator, tu te doutes bien qu'une fois que Salmanille me l'a appris, on a pu procéder au test de paternité puisque grâce à Toshiro Oyama nous avions ton ADN, intervint Skendar.
- Je ne voulais aucune ombre de doute, reprit Salmanille. J'avais la certitude de mes conclusions, mais je ne pouvais sembler la jouer au bluff – bien qu'aucune Militaire n'aurait fanfaronné porter le bébé du capitaine de l'Arcadia…
Salmanille eut un éblouissant sourire, les mains sur son ventre.
- J'attends ce petit garçon, je vais bientôt lui donner le jour. Je l'aime de toutes mes fibres.
- Pourquoi m'avoir appris…
- Tu es le père. C'était la seule chose que je voulais te dire, et ton père sait depuis longtemps que je ne demande et que je n'attends rien.
Salmanille se racla la gorge.
- J'ai appris pour tes projets, Albator. C'est insensé et voué à échec certain, à la mort !
- L'échec, je connais ces derniers temps. Pour la mort, je commence aussi à avoir l'habitude !
Il soupira.
- Pour le bébé, notre bébé, laisse-moi le temps de le réaliser. Il est le nôtre, je ne pourrai jamais l'oublier… Il me faut réaligner mes souvenirs sur les réalités découvertes ce jour. A bientôt, je te le promets, et je tiens toujours mes promesses !
- J'espérais te l'entendre dire, merci.
- J'ai juste promis de revenir vivant, rien de plus. Il me faut assimiler ces nouvelles !
Skendar ayant pris entretemps un appel sur son téléphone, il se tourna ensuite interloqué vers son fils.
- Tu as demandé un rendez-vous avec la générale Nhoor ? !
- Oui, et dès demain ! Je vais mieux, je dois passer à mes propres plans ourdis depuis que j'ai repris conscience et que mes forces me reviennent. Je vais devenir ce que tu veux, papa, mais à ma manière ! Et j'ai vraiment des méthodes très personnelles ! Quand puis-je partir ?
- Nous partons dans quatre jours.
- « nous » ?
- Comme si j'allais te laisser. Nous partons, Albator ! Nous allons reprendre ton Arcadia, ton petit groupe de fidèles et récupérer tes amis !
Albator se dirigea ensuite vers Salmanille, s'arrêtant devant elle.
- Notre enfant… Je serai bientôt de retour…
La prunelle marron s'enflamma soudain.
- Il faut aller à la Cité Pirate, Lothar a d'autres plans machiavéliques en tête !
- Comme le sais-tu ? s'étonna Skendar.
- Je le sens, je demeure, jusqu'à preuve du contraire un Pirate. Et je dois sauver mon vaisseau, mon équipage et mes amis !
