C
16.
Dissuadé par son père, Albator avait renoncé à sa tenue de Pirate et opté pour des vêtements civils qui ne titilleraient pas inutilement la susceptibilité Militaire de ceux qu'il croiserait inévitablement à l'état-major de la Flotte.
- J'imagine que ça doit commencer à te peser de jouer les garçons modèles, mais il vaut effectivement mieux continuer à faire profil bas. Ton avis de recherche est encore placardé tout partout et leur premier réflexe sera de porter la main à leur arme. Ne les provoque donc pas avec ta tenue habituelle ! avait insisté Skendar avant qu'il ne monte à sa chambre s'apprêter.
Dans la voiture qui les conduisait au siège de l'état-major, Skendar jeta un coup d'œil au jeune homme qui se tenait à côté de lui, le bandeau et les mèches en bataille ne lui permettant pas de déchiffrer son expression.
Il pouvait en revanche noter sa maigreur encore prononcée, et le noir de sa longue veste accentuant sa pâleur.
- Je suppose qu'il est inutile pour que je répète une fois encore que tu n'es pas en assez bonne condition physique pour ce voyage et les inévitables combats qui t'attendent pour récupérer ton vaisseau et ton équipage ?
- Rien ne m'en dissuadera. Et ne tente pas de m'arrêter, rugit Albator.
Le ton fit alors sourire Skendar.
- Ça, c'est davantage toi ! Je te retrouve. Oui, le physique est encore à la traîne, mais la volonté est intacte.
Son fils tourna alors la tête vers lui, un feu paisible dans le regard.
- Pour la première fois depuis des mois, je sais ce que j'ai à faire, et il ne s'agit pas de mourir !
- Pourtant, la disproportion du rapport de force…
- Suffit de jouer les oiseaux de mauvais augure ! aboya Albator. Je sais exactement ce que je dois faire et comment le faire !
- Il te faudra convaincre ma générale…
- Je suis un tantinet persuasif !
- C'est bien ce qui m'inquiète, d'autant plus que Nhoor a plus que son petit caractère !
Albator rit et ne dit plus rien durant le reste du trajet.
Nullement impressionnée par le jeune homme borgne et balafré qui la dépassait d'une bonne tête, Véhale Nhoor s'était rassise à sa table de travail après avoir accueilli son capitaine de la Flotte. Ce fut d'ailleurs à lui qu'elle s'adressa.
- J'ai eu vos messages, capitaine Waldenheim. Je vous avais pourtant prévenu que notre proposition ne souffrirait aucune contestation, modification ! Il semble que le message ne soit pas parvenu au destinataire ! Destinataire que je pensais que vous auriez mis au pas et que ce ne serait donc pas à moi de le faire.
Toujours aussi posée, elle se tourna vers le plus jeune de ses interlocuteurs.
- Capitaine Ilian Waldenheim, je…
- Je ne réponds plus à ce nom, bien qu'il fût le mien. Lothar Grudge a bien travaillé, il l'a fait disparaître, ce n'est plus qu'un souvenir à peine éclos.
- Vous adoptez donc ce nom de guerre d'Albator, libre à vous, si je puis dire. Et vous n'avez pas à revoir les termes de notre accord !
- Je veux prendre la tête d'un commando pour reprendre ce qui m'appartient ! siffla ce dernier.
- Mais, je vous fournis un vaisseau, et des hommes ! protesta la générale de la Flotte.
- J'ai mes habitudes avec l'Arcadia et je sais sur quelle poignée de mes Marins je peux compter, sans oublier deux amis que Lothar doit garder au plus près. Les nouveaux vaisseaux des bandes à la solde du Roi ne peuvent qu'être l'œuvre de l'un d'eux !
- Hors de question que je sacrifie des hommes pour votre expédition punitive qui va se faire étriper dès qu'elle se révèlera dans la place ! Je n'ai aucun budget supplémentaire à allouer au dossier d'offre qui vous a été faite. Vous ne devez qu'à votre père et à sa carrière sans tache de ne pas croupir en cellule !
Albator se pencha légèrement en avant, eut un sourire carnassier.
- Financer cette expédition sera moins onéreux que d'affréter et d'entretenir la ruine que vous me destinez ainsi qu'un équipage dont je me défierais à chaque instant ! Je vous ramènerai un cuirassé sur lequel les siècles n'ont pas de prise, disposant d'un équipage trié sur le volet. Je repartirai avec lui dans l'espace, mais vous n'aurez plus de raisons de me pourchasser ou de vouloir me traîner devant vos tribunaux… Quoique, les gens comme moi ne rentrerons jamais dans aucun moule. Et j'ai trop apprécié mon autonomie de Pirate que pour revenir sous une férule Militaire !
- Et moi je répète que je refuse d'envoyer un commando à l'abattoir, gronda la générale de la Flotte. Une poignée d'hommes contre les milliers de Pirates de la Cité de Lothar Grudge !
- Je connais cette Cité Pirate comme ma poche, rappela sèchement Albator. Et je n'ai nullement l'intention de défier tous les Pirates ! Je veux juste réactiver l'Arcadia, l'emmener à un chantier naval mobile pour le réarmer et au passage récupérer mes membres d'équipage fidèles. J'aurai juste à faire un saut à l'appartement de Lothar pour lui faire payer ce qu'il m'a fait ! C'est une opération furtive, toute confrontation évitée autant que possible. Et je ramènerai tout le monde !
- Comme si vous pouviez me donner cette assurance… C'est impossible à promettre. Je ne risquerai pas mes hommes, alors que vous êtes encore sous statut Pirate !
- Avec ou sans votre accord, j'irai, siffla Albator. Vous faites bien d'abonder dans le sens de la proposition de mon père. Il vaut mieux m'avoir dans son camp que de me combattre – je vous ai prouvé que je pouvais vous tenir la dragée haute ces cinq dernières années !
- Si vous acceptiez de, au moins, fournir une navette intergalactique à mon fils, nous irons libérer l'Arcadia de son quai d'arrimage et nous le ramènerons. Ensuite, il suffira de faire passer un message via les systèmes de communication codés afin que l'équipage fidèle à Albator le rejoigne.
- « nous » ? ! glapit Véhale Nhoor.
- J'accompagne mon fils. Vu qu'il n'est pas encore officiellement un corsaire, il lui faut un référent vis-à-vis de la Flotte.
- A deux, vous allez vous faire exécuter, fit la générale, sombre.
- Trois, rectifia Skendar.
Véhale tressaillit.
- De quoi ? sursauta également Albator. Qui ?
- Fulker Orhon.
