18.

Bien qu'après deux semaines de vol, Fulker avait tenté de s'habituer, il sursauta quand un Pirate drapé dans une ample cape noire doublée de rouge entra dans le poste de pilotage de la navette intergalactique.

- Je ne crois pas que les Gardiens de la Mine auraient osé s'en prendre à toi si tu avais déboulé ainsi.

- Ils l'auraient encore moins ramenée si j'avais disposé de mes armes habituelles, grogna Albator. Lothar doit les garder sous son lit !

- On sera près des Nuages de Klomel dans moins d'une semaine, il y a un plan ? préféra alors questionner Fulker.

- Tu as ce plan dans la caboche depuis que tu as pu tenir à nouveau debout. Maintenant, ce serait bien de nous en affranchir, vu que nous sommes assez concernés, jeta Skendar qui n'avait pas été loin derrière son fils. Parce que, ta stratégie habituelle : foncer, tout faire sauter et ensuite filer, ça me paraît assez léger ! Alors, ce plan ?

- Je n'ai jamais foncé dans le tas sans avoir une idée derrière la tête, gronda Albator. Et puis, hormis l'idée générale, un combat spatial n'est qu'un phénomène en constantes fluctuations, trop rapide que pour permettre une préparation minutieuse hormis les positions de chacune des forces en présence, ensuite c'est le traditionnel chacun pour soi, ou soi tout court puisque la plupart du temps je volais seul. Mon plan ?

Le jeune homme eut un sourire à la fois charmeur et menaçant, ce qui semblait un improbable mélange, mais qu'il réussissait à la perfection et qui ne rendait que plus perceptible le halo noir qui entourait sa personnalité !

- Mon plan : vous foncez, vous faites sauter tout ce qui vous empêche de pénétrer à bord de l'Arcadia et vous le verrouillez derrière vous pour en faire une forteresse invincible !

- Et toi ? souffla Skendar.

- Je m'occupe de Lothar, de son suceur de queue, et si comme je le pense il a agi ainsi, j'emmène Toshiro et Clio avec moi !

- Mais comment nous rejoindras-tu, si nous avons tout verrouillé ?

- Téléportation.

- C'est dangereux… protesta le capitaine de la Flotte terrestre.

- C'est le seul moyen, rectifia sèchement le grand Pirate balafré. Toshiro a programmé le Grand Ordinateur pour ne reconnaître que certains signaux. Notre trio passera et nous pourrons filer !

Interloqué, ne comprenant en fait rien, Fulker jeta un regard interloqué vers Skendar.

- C'est une tactique, ça ? s'étrangla-t-il.

- C'est la mienne ! aboya Albator.

Fulker fit la grimace, se décomposant à vue d'œil.

- Tu es tellement différent de celui…

- De la loque humaine que Lothar avait elle aussi fabriquée, oui bien sûr. Tu ne croyais tout de même pas que j'étais au quotidien cette épave faible et malpropre, éreintée ?

- Je ne croyais pas à tes histoires… Je pensais vraiment que tu étais juste un Pirate qui se faisait mousser de la gloire d'un autre… Tu me faisais rêver, quelque part, et j'aimais cette illusion. Beaucoup aux mines avaient ce passé glorifié… Et là, je suis plongé en plein dans ton monde véritable !

- Trop tard pour faire demi-tour, siffla le grand Pirate balafré.

- Mais, cette idée ne m'a pas effleuré un instant ! protesta Fulker. J'adore ! J'étais moi aussi un mort-vivant aux mines, je n'imaginais plus d'autre vie, je ne pouvais me le permettre. Et là, ces derniers jours, je m'éclate à la perspective du foutoir que tu vas mettre !

- Et ça te suffit pour me suivre, aveuglément ?

- Tu sais très bien que tu as un impressionnant charisme naturel. Tu sais aussi le mettre en scène, et en jouer aussi au naturel pour passer plus inaperçu… Je crois que ce n'est pour rien que de tous les travailleurs du Dortoir, j'ai essayé de t'aider, à ma petite mesure.

- Je croyais que c'était parce que quand je pouvais encore tenir tête je t'avais évité quelques raclées ?

- Oui, ça aussi. Tu m'as protégé, ton père m'a hébergé, j'obéirai donc aux ordres, capitaine !

Albator esquissa un sourire juste amusé.

- Fulker, je ne suis capitaine de rien, on m'a pris mon cuirassé !

- Tu es au moins capitaine de cette navette, rit Skendar.

- Cette navette appartient à la Flotte. Elle a beau être de taille plus que respectable, je ne suis qu'un passager… Si mon passé m'échappe, je dois au moins maintenir l'équilibre de mon avenir ! Je vous ai donné le plan, on l'appliquera d'ici peu.

Albator releva la tête vers le capitaine en parfait uniforme.

- Ta générale avait raison : c'est voué à l'échec !

- Je ne crois pas. Sinon je ne t'aurais pas suivi, et ce bien que tu sois mon fils. Tu as ton idée, tu as tant de raisons personnelles de réussir. Nous ferons ce que tu as décidé… A toi de réussir ta partie, et à revenir, vivant !

- Promis !