20.
A grands pas, le capitaine de l'Arcadia était rentré dans la salle du Grand Ordinateur.
- Toshiro, qu'as-tu donc fait à mon cuirassé ? ! siffla-t-il.
- Je l'ai amélioré, tout comme j'avais apporté quelques rectifications à Analyzer. Et il semble que tous mes systèmes ont paru presque d'origine aux techniciens de Lothar Grudge qui l'ont remis en état par les combats. Il faut dire que mes rafistolages pouvaient passer pour des « pansements » successifs au fil des années sur la carcasse d'origine.
- Mais, ainsi coller au travail de création, ça n'a pas dû être mince affaire ! protesta Albator.
- Au contraire, assura Toshiro. Le Toshiro Oyama d'un autre siècle a bien bâti cet Arcadia depuis le premier boulon pour son Albator ! Je ne pouvais que me retrouver dans son œuvre ! Je t'assure, Albator, ce fut comme enfiler des chaussons !
Une ombre, presque mélancolique passa sur le visage d'Albator.
- Il faudra que tu me fournisses une copie des fichiers mémoires que tu as récupérés de l'ordinateur quand tu l'as réinitialisé. S'il te plaît.
- Ils sont déjà dans tes bases mémorielles personnelles, tu n'auras qu'à te connecter via un de tes ordinateurs.
- Merci.
Le petit ingénieur binoclard eut alors un sourire qui parut lui dévorer la moitié du visage, faisant presque jaillir toutes ses dents.
- Mais, il aurait suffi de quelques mois pour transformer un Pirate sanguinaire en un jeune homme bien sous tous rapports poli et tout ? ! gloussa-t-il.
- Je suis les deux. Mon défi est désormais de revenir vers le garçon de bonne famille, tout en gardant mes instincts de survie de Pirate.
- Mélange détonnant… Le résultat m'inquiète un peu.
- Je n'ai pas d'autre choix, c'est ainsi…
- Tu veux en parler ?
- Comme si tu pouvais y comprendre quelque chose ! glapit Albator dans un sursaut de rébellion orgueilleuse, et de tourner les talons.
Toshiro le suivit du regard.
« Un cheval fou, à peine dompté. Je crains d'avoir raison : le résultat pourrait être explosif, autant pour le dompteur que pour celui qui sera en face ! ».
C'était toujours avec des questions qu'Albator était revenu à ses appartements où, enfin détendue, une Jurassienne jouait de la harpe.
- Tu as suffisamment bu ?
- Lothar ne fournissait que de quoi me maintenir en vie. Il aimait ma musique, ce fut sa faiblesse et ma chance.
- Et il se régalait de savoir que deux prisonniers devenus importants pour moi, étaient ses jouets, compléta le capitaine de l'Arcadia.
- Oui, ça aussi. Même une non-télépathe l'aurait compris, dû sourire Clio en dépit de son absence de bouche.
Elle posa la harpe sur un trépied à côté d'elle.
- Toshiro et moi, nous vous avons cru mort ! Les informations que Lothar Grudge avaient reçues, avant la prise des mines de carcinium par des escadres de la Flotte terrestre. Comment avez-vous pu tenir si longtemps ? !
- Je l'ignore. Chaque heure de gagnée, c'était tout ce qui comptait. J'étais loin d'imaginer que mon père venait me chercher !
- Vraiment ?
- Il est mon père, il devait s'accrocher à l'espoir. Mais, de là à prendre d'assaut cette Mine !
La Jurassienne lui désigna un siège et déposa un verre devant lui.
- Du red bourbon, Toshiro avait bien planqué les caisses à bord, les sbires de Lothar Grudge ne les ont jamais trouvées ! Et bien que la discussion ait soudain bifurqué, tu étais venu dans un tout autre but ! Je t'écoute.
Le capitaine de l'Arcadia reposa son verre sans y avoir touché, posant sur sa frêle interlocutrice un regard mêlé de respect… et d'appréhensions.
- Au moment où la téléportation m'a matérialisé dans la chambre de Lothar et de Yogan, je t'ai vue… Tu étais si lumineuse, si puissante. Que t'apprêtais-tu à faire ? Que pouvais-tu faire ?
- En quoi est-ce important, maintenant ?
- Je dois savoir si tu peux recommencer, ici, contre nous, contre le futur équipage ?
- Même si ça ne devait être que mon dernier acte, les gardes et hommes de Lothar Grudge devant débouler comme ils l'ont fait quand nous étions retranchés dans la salle de la centrale de communications, j'étais sur le point de balayer toute la pièce d'une énergie destructrice ciblée qui aurait réduit Lothar et Grudge à l'état de poussière. J'aurais sauvé Toshiro, mais même si j'aurais encore pu projeter quelques salves destructrices, nous aurions fini sous les tirs Pirates dans les minutes suivantes.
Clio se leva, fit quelques pas.
- Jamais je n'userai de ce pouvoir ici, contre vous, tous. Je n'y recours que pour mes amis. Sous tes dehors de prime à bord rugueux, bougons, m'as permis d'être près de ton cœur en toute amitié. Je suis à jamais auprès de toi et je te servirai jusqu'à ton dernier souffle, puisque ma longévité fait que je te survivrai.
- Je n'ai pas besoin que l'on s'occupe de moi !
- Et moi, je ne le ferais pas si cela ne me faisait plaisir et me permettait d'honorer un ami sincère.
- Merci, fut alors tout ce qu'Albator trouva à dire, vidant alors son godet cul-sec !
Au soir, cela avait été Skendar qui était venu à l'appartement du capitaine de l'Arcadia, Clio se retirant aussitôt respectueusement dans sa chambre.
- J'ai vu ton plan de vol, Albator, nous retournons vers la Terre.
- Tu en doutais ? J'ai une proposition à accepter. Mais nous aurons une halte à effectuer.
- Où cela ?
- Au Marché de Torguèse !
- Quoi ? !
- C'est ainsi !
- Pourquoi, alors ?
- J'ai un équipage à réembaucher !
