22.
- En trente ans de navigation, je n'ai jamais vu ça ! J'en avais entendu parler, mais je pensais qu'il s'agissait d'une énième légende galactopolaine !
- Ainsi, c'est donc lui, le fameux Galaxy Express 999.
- Tu l'avais déjà croisé ? questionna Skendar en se tournant ver le capitaine de l'Arcadia.
- Non, et pourtant moi aussi j'ai pas mal bourlingué… C'est lui qui nous a trouvé, je le parierais !
Le sémaphore du train clignota.
- On dirait que ça te concerne, fit Skendar. C'est toi que cette Maetel veut rencontrer ! Et elle, tu la connais ?
- Non…
La longue et fine jeune femme était tout de noir vêtue, le manteau mi-long, la capeline fermée par des pompons et une toque de fourrure était posée sur ses cheveux blonds qui l'enveloppait jusqu'aux chevilles.
- C'est vous, Maetel.
- Oui. Il était temps pour moi de vous rencontrer.
- Ah…
- Vous êtes prêt. J'ai toujours accompagné le capitaine de l'Arcadia au long de sa vie, ainsi que de celle de son rejeton.
Albator fronça les sourcils.
- Mais qu'est-ce que vous racontez ? sursauta-t-il en la menant à son appartement. Vous ne pouvez pas avoir suivi ma lignée depuis plusieurs générations ?
- Vous apprendrez à me connaître. Je serai là aux moments importants de votre vie, comme en ce jour où vous vous engagez sur la voie de vos ancêtres. Et pour répondre à votre question, sachez que l'éternité m'appartient.
Elle prit le verre qui lui avait été servi.
- Les cépages d'Heiligenstadt demeurent incomparables, fit-elle après avoir bu quelques gorgées.
- Mon père avait emporté quelques bouteilles à bord de la navette Militaire.
- Vous vous êtes retrouvés, j'en suis soulagée.
- Mais quel est le motif exact de votre visite, Maetel ?
- J'ai un cadeau à vous faire.
Elle désigna l'étui qu'elle avait amené avec elle.
- Ouvrez-le, je vous prie.
Albator s'exécuta.
- Mais, je les ai déjà…
- Non, celui qui fut votre Roi, n'a fait réaliser que des copies. Ceux-ci sont authentiques. Ils ont été forgés à Râ-Métal, j'y ai veillé en personne. Vous verrez, il n'y aura rien de comparable avec les pâles imitations dont vous usiez jusqu'ici.
Albator fit glisser son doigt sur le métal du cosmogun et du gravity saber.
- Je jurerais les sentir vibrer à mon contact, réagir…
- … vivre, compléta Maetel avec un petit sourire. Oui, ils ont toujours été destinés…
- … à ceux de ma lignée, j'ai bien compris ! C'est un très beau cadeau.
- Vous le méritez. Je suis heureuse de pouvoir vous le remettre.
La jeune femme se leva et vint auprès de lui qui avait glissé les nouvelles armes dans les étuis de son ceinturon.
- Elles sont plus lourdes que les précédentes, remarqua le capitaine de l'Arcadia.
- Ce métal ne connaît aucune comparaison, il est unique !
Maetel posa sa main sur le poignet du jeune homme.
- Mais ce cadeau n'est rien à côté de celui que porte la capitaine Salmanille Khurskonde ! glissa-t-elle.
- A parce ce que vous êtes au courant… s'étrangla Albator.
- Je sais tout de vous, assura paisiblement la lumineuse blonde. Ce petit garçon va venir au monde sous peu…
Maetel marqua un temps d'hésitation.
- Comment pensez-vous vous organiser, avec sa mère ?
- Quoi, vous ne voyez pas aussi mon avenir ? ne put s'empêcher d'ironiser le grand Pirate balafré.
- Si… Mais comme avec vous, les Mortels, il est en constant remaniement ! Salmanille et vous avez passé une nuit inoubliable. Je dirais même qu'il ne pouvait y avoir meilleure extase que l'anonymat de vos personnes. En revanche, ni elle ni vous n'aviez prévu… Et cet enfant est sur le point de naître !
Bien que le sujet soit infiniment personnel, qu'il n'ait en fait aucune envie d'en parler, avec une parfaite inconnue de surcroît, Albator s'entendit néanmoins répondre machinalement.
- Le Pirate et la Militaire n'avaient guère de chance de pouvoir s'entendre, c'était même totalement impossible, la Flotte nous aurait impitoyablement séparés. Mais qui sait, peut-être que le corsaire… Il faudrait déjà que nous apprenions à nous connaître, enfin, si ça l'intéresse. Je ne sais pas du tout où nous en sommes, si nous sommes seulement quelque part ! Il y a ce bébé qui nous unit, mais rien ne dit qu'il y a quelque chose pour nous…
- Et, avez-vous déjà une idée dont il se prénommera ?
- Alhannis !
Skendar avait soigneusement examiné le gravity saber.
- Cette arme est une pure merveille, sans le moindre défaut, parfaitement équilibrée, et son genre est aussi surprenant que mortel. Cette Maetel ne s'est vraiment pas fichue de toi !
- Un modèle unique, mais c'est pour la façon dont je l'ai reçue qu'elle me sera précieuse.
- J'imagine bien. Bien qu'elles aient été redoutables, les armes que t'avait fournies Lothar Grudge ressemblent désormais à de la pacotille.
Skendar recula d'un pas, faillit tomber quand une boule rousse lui passa entre les jambes.
- Satanée bestiole, toujours là où il ne faut pas.
Il éternua dans la foulée.
- En plus, elle a ravivé toutes mes allergies.
Fort peu charitablement Albator éclata de rire alors qu'un grand oiseau noir avait quitté son perchoir pour venir se poser sur son épaule.
- Pourquoi les as-tu embarqués, ces deux-là ? La téléportation n'était prévue que pour trois personnes !
- La téléportation n'a pas remarqué le léger surplus de matière. Quant à eux, ils sont symboliques.
- A quel propos ?
- C'est quand Toshiro m'a rapporté avoir été enfermé avec eux à bord du cargo pour les mines et, parce que je les avais vus auprès de Lothar, que j'ai commencé à croire à son implication dans leur enlèvement. Et tout est finalement parti de là, mon revirement vis-à-vis des Pirates et le début de notre amitié. Alors ils ne me quitteront plus !
- Je comprends, assura Skendar avec un sourire.
Tout en caressant le long bec jaune du corback, le capitaine de l'Arcadia conserva le regard sur la petite planète bleue qui grossissait de plus en plus.
