23.
Cette fois, refusant de transiger, c'était dans sa tenue de Pirate de sinistre réputation que le capitaine de l'Arcadia s'était rendu au siège de l'état-major de la Flotte terrestre.
Et, effectivement, il n'était pas passé inaperçu ! Mais faisant contre mauvaise fortune bon cœur, les Militaires, de celui en service actif à celui chargé du suivi administratif, tous n'avaient pu que s'écarter du passage !
Elle-même désagréablement impressionnée, Véhale Nhoor réfréna néanmoins immédiatement ses sentiments, forte des étoiles à ses épaulettes et à ses manches, ainsi que de la dizaine de soldats disposés de part et d'autre de sa table de travail.
Et comme son interlocuteur borgne et balafré attendait poliment qu'elle prenne la parole, elle opta pour une approche en biais.
- Effectivement, je n'aurais jamais le jeune Ilian à qui j'ai remis son insigne de capitaine ! fit-elle en lui désignant un siège.
- Le temps fait toujours son œuvre, se contenta de répondre Albator.
- Etes-vous bien décidé à œuvrer désormais pour nous ?
- Si vous acceptez les conditions que j'ai posées de mon côté, fit froidement le capitaine de l'Arcadia.
- Elles ont été jugées recevables, informa la générale de la Flotte, à son soulagement. Vous ne dépendrez d'aucune autorité, juste à référer à moi le cas échéant. Nos vaisseaux ne vous pourchasseront plus, vous aurez libre accès à tous les lieux et zones spatiales où vous voudrez vous rendre. Et vous aurez à solutionner les éventuels problèmes qui s'offriront à vous, à répondre aux SOS de nos appareils et à atomiser tous les Pirates que vous croiserez. Cette liberté vous suffit-elle ?
- Je volerai et j'agirai donc selon mes envies, la grande majorité du temps. Et je veillerai à suivre les valeurs de la Flotte, comme je m'y étais engagé il y a cinq ans.
- Et vos membres d'équipage ? Ils vous suivent bien ?
- Ils savaient être des parias au sein du monde Pirates dès l'instant où ils ont choisi de se battre à mes côtés quand la mutinerie a éclaté. Ils étaient dispersés sur d'autres vaisseaux et les ont désertés pour me rejoindre. Ils ont donc accepté de me suivre dans ce changement de vie. Je vous ai apporté le document officiel, que tous ont signé.
- Et mes techniciens doivent avoir accès à l'Arcadia afin de s'assurer qu'il n'est pas piégé, d'où le fait que je vous ai fait vous arrimer à un dock extérieur et mobile du chantier naval.
- Pas de souci. Mais mon ingénieur en chef, Oyama veillera à ce qu'il n'y a pas d'intrusion de nos systèmes de sécurité, mais il vous en donnera l'accès.
- Je vois que nous nous entendons sur tous les points, conclut la générale de la Flotte. Nous verrons si ça peut se poursuivre dans la pratique et le futur.
- Je n'aime guère les brides, encore moins les mors, il vous faudra avoir la main légère, prévint Albator.
- Je sais dompter les étalons sauvages, n'ayez crainte, je saurai avoir le doigté et la fermeté nécessaires. Je ne vous retiens plus, corsaire.
Le sourire du pirate s'accentua, sarcastique.
- Non, vous n'avez absolument aucune idée du monstre à qui vous venez d'accorder une quasi-totale légitimité ! A bientôt, générale.
Sur le seuil du bureau, le capitaine de l'Arcadia se retourna.
- Et pour mon père, pour le fond réel de son plan d'attaque des mines de carcinium ? Que va-t-il lui arriver ?
- Il sera sanctionné, le moment venu.
Le regard de la générale devint dur comme la pierre.
- Et transmettez-lui un message : il a intérêt à n'avoir rien fait de plus, pour vous, sinon il ne remettra jamais plus les pieds sur la passerelle d'un cuirassé Militaire, ni même une barge de transport !
- Il n'a fait que ce qu'il estimait nécessaire pour son enfant.
Et, Véhale Nhoor la première, tous au siège de l'état-major furent soulagés de le voir quitter les lieux !
Sur les marches du château familial, Skendar semblait trépigner d'impatience.
- Ne me dis pas que tu m'attendais pour le résumé de l'entrevue, je ne te croirai pas !
- J'ai eu un appel des Khurskonde. Le travail a commencé !
- Quel travail ? Tu m'as dit que Salmanille avait été mise au repos complet !
Il eut un gloussement, captant le sourire ironique de son père.
- Oui, ce travail-là, évidemment ! En revanche, je ne suis pas sûr d'être le bienvenu…
- La ferme ! intima Skendar. Prend ta brosse à dents, j'ai fait préparer le jet pour que nous allions à Innsbruck. Avant ce soir, tu tiendras ton fils entre tes bras !
