27.
A l'entrée de son maître dans l'écurie, Phoenix l'accueillit d'un hennissement.
- Tu n'es vraiment pas rancunier, toi, remarqua Albator en constatant avec plaisir les flancs bien cicatrisés de l'étalon. Je suis tellement désolé… Je ne sais pas à quoi je pensais, peut-être que tu pourrais te transformer en cheval galactique !
Il flatta tendrement les naseaux chauds et doux de Phoenix qui lui donna quelques petits coups de tête contre l'épaule.
- On va bien prendre soin de toi, comme cela a été fait durant ces dernières années. Toi et moi nous nous reverrons dans quelques mois.
Prenant une brosse, il entra dans le box et dépoussiéra la robe rousse de l'étalon qui frémit de plaisir sous le soin.
Il terminait en lustrant les poils quand Skendar revint avec sa jument qu'il avait promenée au soleil pour la sécher après l'avoir lavée. Il ôta la couverture et la fit rentrer dans son box où elle alla directement plonger le nez dans sa mangeoire et se régaler de ses gélules reconstituées.
- Bonne promenade, papa ?
- Il fallait profiter de ce rayon de soleil, car avec ce temps déréglé, nous sommes repartis pour une longue période de tempêtes.
- Et nous partis, le château va retomber dans sa léthargie.
- Enfin, à présent, ce ne sera que pour mieux renaître ! Et dans quelques mois, tu seras de retour, avec Alhannis, et qui sait, sa mère ?
- Si seulement je savais où ils sont, j'irais les chercher ! ragea Albator.
Skendar posa rapidement la main sur l'épaule de son fils.
- Surtout garde-toi bien d'approcher des Khurskonde, quelle que soit la raison ! Déjà que Salmanille était là à la soirée de mon anniversaire et à celle tu as fait mine de débouler… Véhale Nhoor est loin d'être idiote, et elle sait compter, pour la venue au monde d'Alhannis. Le « père inconnu » pourrait ne plus l'être dans peu de temps ! Et je doute que tu sois prêt à le reconnaître.
- Ce serait mon vœu le plus cher, mais comme tu dis, ça ferait courir des risques à Salmanille, à sa carrière, et à Alhannis… Qui sait, plus tard, quand j'aurai acquis un peu de légitimité, peut-être que je pourrai…
- Oui, chaque chose en son temps. Ta tâche présente et primordiale est de retrouver ton honorabilité. Ce n'est pas gagné du tout ! Être un « mauvais », ça marque direct les esprits, pour longtemps et en profondeur ! Se racheter une respectabilité est beaucoup plus ardu, et dans le regard et l'attitude de ceux à qui tu auras affaire, il y aura toujours un soupçon de doute quant à ta probité !
- Je ne le sais que trop, marmonna Albator en rabattant le loquet du box. Et dire que j'étais fier de ma réputation de Pirate, ça m'ouvrait toutes les portes de notre monde et où que j'aille, j'avais toujours une place privilégiée. Et que Lothar Grudge ait fait de moi son petit protégé n'y était pas étranger. Je paie aujourd'hui tous ces égarements, ce parrainage Pirate…
- Ce Thanatos te l'a répété, on n'écope pas d'une charge qu'on ne peut supporter. Et te concernant, il ne s'agit pas vraiment d'une rédemption, tu reprends juste ta vie d'avant, différemment.
- Ces formules bateau, elles me gonflent prodigieusement ! gronda le grand brun balafré. A quelques heures près, j'y restais dans cette Cave ! Crois-moi, papa, Lothar avait bien veillé à ce que soit écrasé par cette charge !
- Et tu es là, et lui est mort, souligna judicieusement Skendar. Ton Lothar a grandement sous-estimé une donne de son plan : les liens familiaux et ceux de l'amitié. Car s'ils n'avaient été dispersés, tes fidèles seraient allés à ton secours, cette blonde Kei Yuki en premier ! Et toi, à peine remis, tu as été à celui de la Jurassienne et d'Oyama !
Skendar se frotta les mains.
- Je me douche, je me change. Tu me rejoins au salon rond, je vais faire demander du café et du gâteau aux noix et à la crème !
- Je dois d'abord appeler Kei.
- Et n'oublie pas le biberon d'Alhannis.
- Ah oui, ça aussi… et sa nounou s'occupera ensuite de lui.
Ses bagages déjà chargés dans le véhicule chargé de le conduite à l'astroport Militaire d'où il rejoindrait l'Arcadia à son dock orbital, ayant revêtu sa tenue noire de corsaire, Albator avait traîné un maximum, au final tiraillé entre l'envie de rester et l'irrésistible appel de la mer d'étoiles qu'il n'avait plus vue depuis trop longtemps !
Quand il descendit l'escalier à impérial du hall d'entrée, il aperçut son père près des portes grandes ouvertes.
- Soit très prudent, là je ne pourrai plus rien pour toi. Je ne peux qu'êtres mis à pied sous très peu !
- Je suis grand, je saurai me débrouiller ! Il n'est que temps que je retrouve mon autonomie et mon indépendance ! Et même si l'Arcadia demeurera un terrible engin de mort, ce sera pour protéger les plus faibles. Ce sera à ma manière, et non celle de la Flotte, je suis bien plus libre de mes actions, et je ne me priverai pas !
- Je m'en doute. Te voilà devant ta véritable destinée, Albator. A toi de tout donner !
Après une dernière accolade, Albator se dirigea vers la limousine dont Honk lui tenait la porte ouverte, et s'y engouffra, prenant place sur la banquette arrière.
Cyvelle, la nounou était devant lui, Alhannis dans les bras, berçant le nouveau-né qui affichait une mine bougonne tout en vagissant.
Le long véhicule démarra et quitta la cour du château familial des Waldenheim.
Dans la limousine, Albator se retourna et regarda le château rapetisser jusqu'à disparaître de sa vue.
