Chapitre 6 : Explications
Desmond s'était changé rapidement, mal-à-l'aise face à son lit défait, puis était redescendu immédiatement à l'étage des bureaux pour trouver sa confidente. Il fit dix fois le tour de l'étage, évitant soigneusement de passer devant le boxe de Malik (et donc de se faire voir par son assistant – alias Clay), et regardant à l'angle des murs pour vérifier qu'il n'arrive pas en sens inverse. Il regarda discrètement dans les différents services de l'entreprise, profitant que les bureaux soient vitrés, mais elle n'était nulle part. Il supposa qu'elle devait être sortie pour manger, vu l'heure, mais elle rentrerait probablement assez rapidement.
Alors qu'il se mettait en tête de l'attendre en buvant un café (de cette manière, la baie vitrée lui offrirait une vue d'ensemble de la rue et lui permettrait de la voir arriver), il passa devant le bureau de Malik et s'immobilisa net en entendant la voix qu'il redoutait.
-Hey, Desmond !
Il tourna avec horreur la tête sur la droite, et vit Clay se lever, dans le bureau. Son cerveau se figea et s'accéléra en même temps, son cœur se mettant à battre à mille kilomètres à l'heure. Il se trouva idiot, après tout, peut-être qu'il ne s'était rien passé, rien du tout. Vraiment ?! Alors pourquoi étaient-ils tous les deux à moitié à poil dans le même lit au réveil ?! L'assistant du cadre avait atteint le seuil de la porte, et le regardait avec un grand sourire amical.
-Alors, comment ça va ? demanda-t-il en s'approchant pour lui serrer la main.
Serrer la main, seulement ? C'était plutôt bon signe non ?
-Salut Clay, lâcha Desmond avec un sourire contraint, tâchant au mieux de dissimuler son trouble.
-C'est pas cool de ta part de ne pas m'avoir réveillé ce matin, mec, se marra à moitié le blond.
-Je suis désolé, répondit l'étudiant en évitant soigneusement de le regarder directement. Quand je me suis réveillé, j'étais déjà hyper à la bourre pour mon rendez-vous avec ma prof.
-T'inquiète, y a pas de lézard, continua-t-il de rire sincèrement.
C'était décidément un imbécile profond, songea Desmond. Il était sûrement arrivé en retard ce matin, et Malik ne supportait pas les gens sans ponctualité. Sans compté qu'il devait très probablement lui aussi se trimballer une gueule de bois monumentale. Et pourtant, il était jovial, énergique, et s'il avait la moindre séquelle de la soirée, il n'en laissait rien paraitre.
-Au fait, pour hier soir… fit-il soudainement.
Le sang de Desmond se glaça dans ses veines. Il redoutait d'avance la fin de la phrase et n'était pas certain de vouloir l'entendre.
-…C'était absolument génial ! Merci pour la soirée !
-Qu'est-ce que j'ai fait de si génial ? demanda sans y penser l'autre, effrayé.
-Bein, rien ! répondit Clay, surpris par cette remarque. Rien de spécial, c'était juste une super soirée entre potes, pourquoi ?
Il observa le vissage du jeune homme d'un air soudain suspicieux. Desmond eux du mal à déglutir, et resta figé et muet.
-Tu te rappelle de la fin de la nuit ? finit-il par interroger, faisant un effort monumental.
-Heu… pas bien ! avoua Clay en regardant vers le plafond, l'air de réfléchir. Je me rappelle que tu as eu une remontée acide, que je t'ai aidé à te coucher, et que tu m'as demandé de ne pas te laisser seul, parce que le lit tanguait trop.
-C'est tout ?! s'exclama presque l'étudiant.
Clay le regarda en reculant la tête, comme s'il était fou.
-Bein oui… pourquoi ? Tu voudrais qu'il se soit passé autre chose ?
-Non, non ! tenta de se justifier l'autre, se rendant compte qu'il venait de faire une boulette monumentale. C'est juste que j'ai un trou de mémoire sur la fin de la soirée, et que je me demandais…
Voyant l'air agité du jeune homme, Clay s'interrogea, puis percuta en observant qu'il rougissait.
-Tu te demandais si on s'était envoyé en l'air ? sourit-il, l'air amusé.
Celui-ci resta bouche bée. Clay éclata d'un bon rire franc, et lui tapota sur l'épaule.
-Faut pas te faire des films pareil mon pote ! Je suis bi, ok, mais ça risque pas d'arriver entre nous… T'es pas mon genre !
Desmond le fixait d'un air abrutit, ne comprenant absolument pas ce qui ce passait. Attendez, il venait de dire qu'il était bi ?!
-Ok, j'avoue que j'y ai pensez un temps, mais c'est plus parce que t'es le seul mec de mon âge avec qui je me sens bien, admis Clay, trop idiot et enjoué pour nier. Mais après y avoir mûrement réfléchi, j'ai pas envie de toi !
Il disait ça sans aucune gêne, comme s'il expliquait une recette de cuisine. Comment arrivait-il à être aussi détaché et honnête. L'étudiant le fixait avec de grands yeux ahuris.
-Bon, mise à part ça, je te laisse, finit par lâché le blond en tournant les talons après lui avoir encore donné deux-trois tapes amicales dans le dos. Malik est pas là aujourd'hui et M'sieur DaVinci m'a filer deux tonnes de paperasse pour m'occuper. On se voit plus tard, ciao !
Et il retourna s'assoir à son bureau, se replongeant dans son travail comme si de rien, laissant Desmond planté là comme un imbécile. Celui-ci, décontenancé, troublé, à la limite de la crise de nerf, se détourna et pris la direction du seul endroit où il était absolument certain d'être seul pour pouvoir médité : la réserve.
Il traversa tout l'étage et gagna la porte salvatrice, s'engouffrant dans la pièce et se plaquant contre le panneau de bois après l'avoir refermer. Il ferma les yeux et soupira longuement, profitant que la pièce soit plongée dans une semi-obscurité. Il allait pouvoir réfléchir à ce qui venait de se produire, se calmer et analyser la situation calmement. En tout cas, tels étaient ses projets, lorsqu'une voix de femme, qu'il connaissait bien, se fit entendre sur sa droite.
-Qu'est-ce que tu fais ici ?
Rouvrant les yeux en sursaut, il tourna la tête dans la direction d'où provenait la question et appuya à tâtons sur l'interrupteur de la lumière. La pièce s'éclaira, et il découvrit Lucy, assise sur un énorme carton, les yeux rouges, les bras croisés, l'air désespérée. Décidément, il n'avait pas de chance, songea-t-il. Il n'avait pas vraiment envie de parler avec elle. Il ne lui avait pas encore tout à fait pardonné de l'avoir littéralement ignoré lorsqu'il lui « faisait la cours ». Maladroitement, certes, mais tout de même ! Soupirant profondément, il se décida pourtant à lui demander :
-Et toi ? Tu te caches pour quelles raisons ?
La blonde se mordit la lèvre inférieur en regardant dans le vide, renifla, puis exposa son cas :
-Je me cache de Connor…
-Pourquoi ?
-Il est marié…
-C'est bien de t'en être rendue compte ! se moqua l'étudiant en venant s'assoir sur une chaise qui trainait non loin, s'asseyant à l'envers pour prendre appui sur le dossier et faisant face à la spécialiste textiles. Mieux vaut tard que jamais.
Elle le foudroya du regard, outrée.
-Parce que tu crois que c'est si simple ? persifla-t-elle. Tu crois que j'ai voulu que les choses se déroulent comme ça ?
-Fallait y penser avant de te laisser mettre dans son pieux, continua de se moquer, un peu plus gentiment, Desmond en pencha la tête sur le côté.
-Je ne savais pas qu'il était marié à ce moment là ! rétorqua en se mettant à moitié en colère la jeune femme. Il ne porte pas son alliance et il n'a rien dit ! Il a laissé les choses arriver !
-Donc, c'est lui le fautif ? interrogea l'autre avec ironie en haussant les épaules.
-On est deux imbéciles ! C'est ça le problème !
-Tu es sûr que tu n'en veux pas plutôt à Aveline ?
Elle le fixa un instant, et soupira à son tour. Il voulait vraiment qu'elle lui explique son point de vu ? Bien !
-Le vrai problème, c'est que je suis tombée amoureuse de son mari…
-Et tu t'en veux ?
-Oui, admit-elle en baisant les yeux avec un sourire triste. Elle a l'air d'une femme vraiment fabuleuse, et moi, je détruits ce à quoi elle tient… Je me sens horrible Desmond.
Il y eut un court silence. Desmond la regardait. Elle avait vraiment l'air à bon, désespérée même. Il se mordit l'intérieur de la joue, puis se décida à la réconforter un peu.
-Elle ne t'en veux pas, tu sais.
La blonde redressa la tête et le fixa d'un air surpris.
-Pardon ?
-Aveline… je suis souvent avec elle en ce moment, et on ne parle pas que de boulot. Elle m'a expliqué que ça n'allait pas fort déjà avant, que Connor et elle étaient à la limite de la rupture définitive déjà avant. Elle a essayé de garder son mari, mais Connor ne s'intéresse plus à elle depuis un petit bout de temps. Elle ne t'en veut absolument pas, parce qu'elle sait que tu ne pensais pas à mal.
Lucy eut un petit rire nerveux, une larme perlant au coin de son œil.
-Si elle ne m'en veut vraiment pas, alors pourquoi elle m'invite à manger ce soir chez elle, et en présence du sujet de discorde ?
-Elle aime bien se moquer des gens, admit le noiraud avec un sourire amusé, mais je pense qu'elle veut juste mettre les choses au point pour que tout s'arrange.
-Tu crois ?
-J'en suis certain, je commence à bien la connaître.
-Je dois vraiment y aller ? interrogea-t-elle d'un ton geignard ?
-Non, mais je pense que ça ne servirait à rien de fuir.
Il y eut un nouveau bref silence, chacun regardant dans une direction opposée, ne sachant pas quoi dire d'autre. Après quelques instants, Lucy fini par demander :
-Au fait, et toi ? Pourquoi tu te caches ?
Desmond eut à son tour un rire nerveux, puis avoua avec un grand sourire ironique :
-Je viens de découvrir que mon pote de beuverie et bi, et je l'ai fui toute la journée parce que je me suis réveiller avec lui dans mon lit ce matin, et qu'au final, il c'est foutu de ma gueule quand je lui ai demandé ce qui s'était passé – parce qu'on était tous les deux fin rond - parce que je ne suis pas son genre, bien qu'il ait déjà eut fantasmé sur moi…
Il lança un regard à Lucy, qui le fixait en silence, médusée. Il se demanda se qu'elle pouvait bien être en train de penser, mais la réponse vint d'elle-même lorsqu'elle éclata d'un grand rire sincère. Desmond regarda vers le plafond, et commença à rigoler à son tour. C'était purement nerveux. Les nerfs se détendaient par le rire. Ils se marrèrent un moment, puis se calmèrent, échangèrent un regard et repartir de plus belle dans les fous-rires. Cela dura une bonne heure, durant laquelle ils se moquèrent de tout et de tous, se vidant la tête, ce qui leur ft du bien.
-Je crois que je vais aller à ce diner, finalement, décida Lucy lorsqu'ils se furent calmer, reprenant difficilement leurs souffles tant ils avaient ri.
-Et moi, je vais aller proposer à Clay de boire une bière, fit Demond en se tenant les côtes. Ce n'est pas cette histoire qui va rompre notre camaraderie.
Ils sortirent de la pièce et se souhaitèrent bonne chance. Sauf que Desmond n'en aurait pas besoin. Il avait beau dire le contraire Si, cette histoire allait entacher leur amitié. Là, il voulait juste retrouver Assia pour lui demander conseil et éviter à tout prix de recroiser Clay. Il prit l'ascenseur et monta s'enfermer à l'appartement
Lucy, elle, se sentait encore mal-à-l'aise, mais décidée à aller régler cette histoire. Ça ne pouvait plus durer ainsi !
oOoOoOo
La journée de boulot était terminée à présent, et Altaïr se dépêcha de ranger ses affaires. Il n'avait qu'une seule hâte, celle de rentrer pour voir comment allait Malik. Il avait la tête encore pleine de sa discussion avec Maria, et espérait sincèrement qu'elle trouverait rapidement des informations sur la raison pour laquelle Abbas se baladait librement en ville.
Alors qu'il finissait de fourrer ses papiers personnels dans sa serviette de travail, on toqua à la porte de son boxe. Il releva la tête avec un sourire, qui s'effaça immédiatement lorsqu'il vit qu'il s'agissait de Claudia. Elle s'était adossée à la porte et le regardait de haut, avec cet air hautain qu'il lui détestait.
-Qu'est-ce que tu me veux à cette heure-ci ?! demanda-t-il un peu brusquement en reportant son attention sur ses papiers.
Elle s'avança de quelque pas et s'arrêta devant lui, le bureau les séparant. Elle posa ses mains sur le bord et se pencha en avant, demandant :
-Je me demandais, Altaïr, mon « très cher cousin » (cela sonnait comme une forme de mépris), si tu ne sais pas à tout hasard ou je peux trouver mon frère ?
-Pourquoi faire ?! Ne me fais pas croire que tu ignores où le trouver.
-Un autre ton je te prie ! Est-ce que je t'agresse moi ? s'insurgea-t-elle à moitié en se redressant, le dévisageant avec un mépris évident.
Altaïr, assis sur son siège, se releva lentement pour lui faire face, la dominant d'une demi-tête et la regardant droit dans les yeux avec un sourire narquois :
-Oui, ta simple voix est une agression pour mes oreilles… quand à la vision que tu m'offre en restant plantée là à me foudroyer du regard, c'est un vrai calvaire pour mes globes oculaires.
Se renfrognant, la jeune Auditore le dévisagea avec hargne, mais répondit calmement :
-Jusqu'à dernière nouvelle, il vivait avec Léo ici même, mais étrangement, ils se sont séparés après plus de neuf ans de vie commune… Et c'est curieux, mais leur rupture coïncide étrangement avec le retour en ville d'une autre personne.
Là, ce fut Altaïr qui la foudroya, rétorquant :
-S'ils se sont séparés, c'est que les choses allaient déjà mal avant. Mon retour n'y est pas pour grand-chose. Et je te le répète : ta tactique de rejeter la fautes sur les autres ne fonctionne plus sûr moi depuis longtemps. Alors démerde-toi toute seule si tu veux aller pleurnicher dans les bras de ton frangin. Mais je te préviens, il a d'autres problèmes à régler, autrement plus important que tes gamineries, parce que comme tu l'as si bien rappelé, il vient de rompre avec l'amour de sa vie.
-Je n'irais pas jusque là… Mon frère est un imbécile impulsif qui pourrissait la vie de Léo. Quand à ce dernier, c'est un caractère faible, trop facilement décontenancé, il n'aurait surement pas réussi à fonder cette entreprise sans son amant. Ils sont bien mieux l'un sans l'autre.
-Je t'ai déjà dis à quel point j'étais admiratif quant à ta capacité de changer d'avis comme de chemise.
-Et moi, j'admire ton calme. Aurais-tu donc réellement changé ? se moqua presque la jeune femme. Il y a encore cinq-six ans, tu m'aurais hurlé dessus, hors de toi, et tu m'aurais mise à la porte.
-Heureusement que certain d'entre nous évolue, railla Altaïr en la dévisageant avec un sourire méprisant.
Claudia ne releva pas, haussant les épaules, et se retourna pour regagner la porte. Sur le palier, elle lui jeta un nouveau coup d'œil, continuant d'arborer son air hautain.
-Très bien, merci pour rien Altaïr. Je me débrouillerais pour le trouver, de toute façon, cela ne urge pas vraiment.
-Alors arrête de m'emmerder et dégage, répondit presque gentiment le responsable marketing sans la regarder, reprenant son rangement.
-Bonne soirée cousin ! Salue Malik de ma part et souhaite lui un bon rétablissement, quoi qu'il ait.
-Casse-toi ! se renfrogna l'autre en la foudroyant du regard au moment où elle quittait pour de bon la pièce.
Non, mais sérieusement, de quoi elle se mêlait celle là ! s'énerva-t-il mentalement. Et puis, après tout, il n'en avait rien à faire. Là, la seule pensée qui le poursuivait, c'était de rejoindre son cadre et de voir s'il allait mieux. Décidément, il n'était jamais rassuré lorsqu'il le savait seul.
Il ferma la porte de son boxe à clé, vu que « Satan » se baladait dans les couloirs, et sortit du bâtiment, saluant Rebecca (qui prenait sa moto) au passage et traversant la rue pour regagner son immeuble. Il monta rapidement à l'appartement et entra.
-Bonsoir Malik, je suis rentré !
La réponse qui lui parvint ne fut pas tout à fait celle à laquelle il s'était attendue.
-Stop ! Enlève tes chaussures !
Abasourdi, il vit Malik au milieu de la cuisine, passant la panosse. Altaïr regarda autour de lui en s'exécutant, remarquant immédiatement que les choses n'allaient pas du tout. L'appartement était rangé de manière absolument nickel. D'accord, Malik aimait que les choses soient à leur place et rangeait correctement les affaires, mais là, le sol et les fenêtres brillaient ! Pour de vrai ! On aurait pu se voir dedans. Le responsable marketing resta planté dans l'entrée bouche bée. Malik, posant la serpillère à un angle parfait de trente degré avec le mur, contourna le plan de travail pour venir ranger les chaussures – qu'Altaïr gardait à la main, complètement abruti par le spectacle – sur le meuble d'entrée (parfaitement parallèle l'une de l'autre). Poussant un soupir de satisfaction, le noiraud se tourna vers lui et lui sourit.
-Tu as passé une bonne journée ?
Secouant la tête pour revenir à ses esprits, l'autre répondit :
-Ouais… pas trop mal, et toi ?
-Parfaite ! J'ai pu faire le ménage ! s'entousiasma-t-il. Ca faisait un moment que je voulait le faire.
-Ha, fit Altaïr. Je croyais que tu l'avais fait avant-hier…
-Allons, là c'était à peine un coup de chiffon.
Son compagnon se mordit les lèvres en déviant le regard. Ce qu'il appelait un coup de chiffon, c'était deux heures de rangement de la salle de bain, la lessive de la semaine, la vaisselle, l'aspirateur dans toutes les pièces, et un coup de propre aux vitres du balcon.
-D'accord… admit-il sans être convaincu. Donc, tous les deux une journée crevante.
Il sourit à Malik et s'avança d'un bas vers lui, souhaitant l'embrasser. Au moment où il approcha son visage et l'enserra de ses bras, Malik résista un peu, et le repoussa après un chaste baiser.
-Tu as transpiré aujourd'hui, va prendre une douche, lui proposa-t-il. Moi, je vais préparer le repas.
-Très bonne idée, fit l'autre avec un sourire en défaisant sa cravate. Il retira sa chemise en se dirigeant vers la salle de bain, et la jeta négligemment sur le canapé, de toute manière, il devait en changer.
Malik pâlit en une fraction de seconde en voyant ça, puis devint rouge de colère et s'exclama :
-Range-moi ça immédiatement !
Altaïr revint dans le salon, ayant sursauté vivement à cause du cri, et regarda la chemise, que son petit-ami indiquait d'un doigt inquisiteur. Il regarda successivement la chemise, puis le noiraud, et resta figé sur place. Il venait de comprendre ce qui se passait. Il s'en était douté en arrivant, mais les paroles de sa discussion avec Lucy lui revenaient seulement maintenant. Il avait parlé tout un après-midi avec la blonde, pour connaître la partie de la vie de Malik qu'il ignorait : les six années où ils ne s'étaient pas vus. Elle lui avait raconté qu'à l'université le jeune homme était atteint de TOC du rangement. Elle avait réussi à les lui faire passé (elle ne s'était pas étalée sur le « comment ») après de grands et longs efforts.
Sauf que là, il était clair que ses TOC étaient de retour. Il se demanda si c'était à cause du choc émotionnel de la veille. Sûrement. Ils restèrent tous les deux face à face, se dévisageant en silence. Les choses s'annonçaient vraiment plutôt mal…
oOoOoOo
La soirée s'annonçait plutôt mouvementée. C'est du moins l'impression qu'eut Ezio en voyant sa sœur entrer dans le bar, accompagnée d'Assia. Elles semblaient bien s'entendre toutes les deux, riant aux éclats. Cela le surpris que sa frangine ait réussi à se faire une camarade aussi rapidement. En temps normal, elle s'imposait en garce et se faisait haïr de tout le monde, ce qui le peinait énormément. Il savait que Claudia, sous ses airs de petite fille riche et prétentieuse, était une personne fragile et sensible, parfaitement capable de s'intégré. Gamine, elle était douce et adorable, puis il y avait eut le drame familiale, et elle s'était refermée comme une coquille, se créant un masque.
-Salut grand-frère ! s'exclama-t-elle en prenant place au comptoir devant lui, lui souriant franchement.
-Bonsoir Claudia, bonsoir Assia.
-Ezio, fit Assia avec un hochement de tête pour le saluer.
-Qu'est-ce que vous venez faire ici ? demanda l'Italien, principalement à l'attention de sa sœur.
-Ce soir, juste boire un verre mon frère, fit-elle avec un sourire.
-Okey… Je vous serre quoi ?
Les deux femmes échangèrent un petit regard entendu, puis Claudia commanda deux martini drive, avec des trucs à grignoter. Pendant qu'il préparait les boissons, Ezio vit du coin de l'œil une Rebecca hors d'elle, se lever du fond de la pièce, traverser d'une traite toute la salle en faisant en sorte de ne pas se faire voir de la « pétasse » et sortir en la foudroyant du regard, faisant un signe de salutation de la main au barman. Le frère Auditore se demandait avec un soupire comment cette histoire allait se finir. Rebecca n'accepterait jamais que Claudia ait pris la place de son défunt amant. Ou tout du moins, pas tout de suite. Sur les cinq phases de l'acceptation de la mort de Kubler-Ross, elle n'en était encore qu'à la colère. L'acceptation mettrait du temps à venir, beaucoup de temps à son avis. Il se sentait impuissant, et cela l'agaçait effroyablement. Comme s'il n'y avait déjà pas assez de problème avec le retour d'Abbas en ville, il fallait en plus que sa sœur débarque et que son amie pette un câble. Il ne manquerait plus que « l'autre » débarque à son tour et ce serait la totale.
La soirée avança doucement, dans les rires et la bonne humeur. Ezio fini son service autour de 20h00, et accepta l'invitation de sa sœur à partager un verre avec elles. A un moment, Assia s'absenta pour aller aux toilettes. Claudia fixa alors intensément son frère ainé.
-Alors comme ça, vous êtes amies ? demanda ce dernier en prenant une gorgée de bière.
-Oui, elle est vraiment super, répondit Claudia sans cesser de le fixer.
-C'est rare que tu dise ça de quelqu'un, nota son vis-à-vis.
-J'ai eu l'impression qu'elle était différente, plus ouverte que les autres.
-Tu te sens seule, c'est ça, devina Ezio en posant sur sa petite sœur un regard protecteur et bienveillant.
-Décidément, tu es le seul qui arrive à lire sous mes faux airs, soupira la jeune femme en reprenant une gorgée de son cocktail au rhum.
-Je suis ton grand frère, c'est normal.
-Dis ça à l'autre, fit-elle sombrement.
Il y eut un court silence durant lequel ils n'osèrent plus se regarder, puis elle reposa son attention sur lui et lui donna un coup de poing dans l'épaule. Surpris, il tourna son visage vers elle.
-Bon, et toi ?!
-Et moi quoi ? s'étonna-t-il.
-Tu compte faire quoi pour Léonardo ?
-Comment ça ?! sursauta Ezio.
Sa sœur ferma les yeux avec une moue énervée. Puis continua :
-Ecoute ! Arrête de faire semblant que tout va bien ! Tu as fais une connerie, tu as rompu avec le grand amour de ta vie, tu as largué l'entreprise dans laquelle tu as investi cinq années de ton existence pour travailler dans un bar où tu finis tes soirée à boire avec les clients, tu sembles à la limite de t'effondrer de fatigue, et tu fais négliger ! Alors, tu persiste à me dire que tout va bien pour toi comme tu le faisait au téléphone ?
-C'est pour ça que tu es revenue en ville ? s'étonna Ezio avec de grand yeux, abasourdi. Tu es revenu parce que tu t'en faisais pour moi ?
-Bien sûr que non ! répondit-elle en se renfrognant, prouvant qu'elle pensait le contraire.
Elle finit son verre cul-sec, et un court silence s'installa. Elle fixa le mur devant elle. Ezio, attendri, lui posa une main sur l'épaule dans un geste tendre.
-Nous étions quatre frères et sœur, et nos parents nous aimaient tous. Et maintenant, nous ne sommes plus que tous les deux… Tu n'as pas à avoir honte de vouloir me protéger, mais c'est mon rôle de grand-frère de te dire que tu n'as pas à t'inquiété pour moi. Ce devrait être l'inverse.
Elle se mordit la lèvre, posant une main sur celle de son frère, n'osant toujours pas le regarder. Les yeux brillants, retenant visiblement des larmes qui refusaient de couler. Après une bonne minute, elle finit par se reprendre, se tourna vers lui et lui donna une nouvelle tape sur l'épaule.
-Aïe, fit-il, plus pour la forme que parce qu'il avait mal.
-Oui, je m'inquiète pour toi ! Tu es de te détruire espèce d'idiot, et ça me met hors de moi ! En plus, Léonardo t'aime encore comme un fou, imbécile !
-Comment ça ?!
-Ca se voit. Quand il parle de toi, il y a cette tristesse et cette tendresse mêlée qui se perçoivent. Alors maintenant, tu vas me faire le plaisir de traverser la rue, et de retourner chez toi pour reconquérir TON homme !
Il la fixa avec la bouche entrouverte, voulant répliquer, mais les mots ne lui vinrent pas. Il était presque heureux d'entendre que Léo parlait de lui avec tendresse. Ca signifiait que rien n'était perdu.
-Et plus vite que ça ! ajouta sa sœur en le foudroyant du regard en voyant qu'il ne bougeait pas. Sinon, tu risques de le perdre au profit d'un autre !
Ezio se leva, laissa un billet pour payer les consommations de tous les trois, la remercia dans un balbutiement, et sortit du bar, courant presque. Assia revint à ce moment et le regarda s'éloigner dans la rue à travers la baie vitrée. En s'asseyant à côté de Claudia, elle demanda :¨
-Il ne reste pas avec nous ?
Claudia prit le nouveau verre que venait de lui servir Mario et répondit avec un sourire satisfait :
-Une affaire urgente à régler… Santé !
Elles trinquèrent, et la soirée se poursuivit pour elles dans la bonne humeur.
oOoOoOo
Lucy avait envie de vomir. Elle se sentait oppressée, vraiment très mal-à-l'aise, et à la limite de la crise cardiaque. Son cœur allait la lâcher un comble lorsque l'on se trouvait à la table d'une brillante chirurgienne cardio-thoracique. Finalement, elle était venue, emmenée par Connor. Etrangement, Aveline s'était montrée être une hôte formidable. Encore une chose à ajouter à la longue liste de ses qualités. Lucy avait de plus en plus de mal à la voir comme la « méchante » de l'histoire. D'ailleurs, en vérité, c'était elle l'« horrible maîtresse sordide », Aveline était la personne lésée dans l'affaire.
Le repas s'était déroulé sur un fond de bonne entente, et de discussion sur des sujets tout à fait anodins. Le plat terminé, la femme couleur café se leva en attrapant les assiettes, et sourit à ses deux invités.
-Connor, est-ce que tu pourrais aller chercher une bouteille de champagne à la cave, s'il te plait. Lucy, si vous voulez bien m'aider à préparer le dessert.
Cette fois, le cœur de Lucy se stoppa net, mais elle approuva d'un hochement de tête. Elle ne devait surtout pas montrer son trouble. Elle croisa le regard de Connor, qui semblait fort rétissant à laisser les deux femmes seules.
-Connor, s'il te plait, insista un peu plus fermement sa femme.
Il soupira en se levant et sortit de l'appartement pendant que Lucy suivait la maîtresse de maison dans la cuisine pour l'aider à débarrasser. La chirurgienne posa la piles d'assiette dans l'évier, et se tourna vers Lucy, lui souriant.
-N'ayez pas cette tête Lucy, fit-elle avec amusement. Je n'ai pas l'intention de vous tuer…
-Je suis désolée… c'est juste que je ne comprend pas bien pourquoi vous m'invitez à un repas aussi succulent alors que je suis la femme avec qui votre mari vous à trompé.
-Pour vous rassurer, rigola presque Aveline, le repas provient d'un traiteur du centre. Et si je vous ai conviée ici, c'était plus pour taquiner mon mari que pour vous faire du mal. Je suis désolée si cela vous trouble.
Le ton était compatissant. Lucy, regarda sa vis-à-vis, qui lui souriait tristement. Celle-ci s'écarta de l'évier et alla ouvrir le tiroir d'un beau vaisselier de type campagnard.
-Enfin, j'utilise le terme « mari », alors que je sais pertinemment que notre couple est fini depuis longtemps.
-Je suis vraiment désolée pour vous.
-Ne le soyez pas ! s'exclama presque joyeusement l'autre femme en se retournant vers elle, une enveloppe A4 en main. Nous sommes deux idiots qui n'avons pas su entretenir la flamme, vous n'y êtes pas pour grand-chose. En réalité, c'est même plutôt moi qui m'excuse. Connor vous a mis d'en une situation atroce en faisant de vous sa maitresse, sans même que vous ne le sachiez en plus. Tenez.
Elle lui tendit l'enveloppe. La blonde la pris en posant un regard interrogateur sur elle, qui continuait à lui sourire. Elle l'ouvrit et en tira un tas de documents. En voyant de quoi il s'agissait, elle se plaqua une main sur la bouche, sous le choc, et fixa Aveline.
-Ce sont… fit-elle.
-L'acte de divorce, déjà signé par moi. Je vous laisse le soin de les remettre à mon ex quant il vous semblera bon de le faire. Pour ma part, j'abandonne la partie. J'ai trop de chose à faire pour perdre mon énergie à absolument vouloir garder en place un mariage qui se tire en morceaux. Je ne serais pas comme ces femmes qui s'accrochent désespérément alors qu'elles savent que c'est fini.
-Aveline, je…
-Ne vous excusez pas, je vous dis. Et ne me remerciez pas non plus. Voyez ça comme un cadeau de dédommagement pour le tort que cette histoire à pu vous causer.
En disant cela, elle avait été vers le frigo et en sortait un énorme gâteau, elle se rendit à la salle à manger, la blonde sur les talons avec l'enveloppe et la pile d'assiettes et de couverts à dessert. Lucy rangea les documents dans son sac à main et prit fit face à Aveline, qui lui souriait amicalement :
-Lucy, maintenant que cette affaire est réglée, j'aimerais vraiment que nous repartions sur de meilleures bases et que nous soyons amies.
Surprise, l'autre la regarda lui tendre la main, et la lui serra en lui rendant son sourire, bien que quelque peu troublée par l'enchainement des choses ce soir.
-Avec plaisir.
-Bien ! Alors en temps qu'amie, Lucy, laisse-moi te donner un dernier conseille par rapport à tout ça…
Elle ne savait pas pourquoi, mais elle s'y était attendue. Le sourire de la femme moccas s'effaça, et elle s'assit à la place de maitre de maison.
-N'en attendez pas trop de cette relation.
-Je vous… je te demande pardon, s'étonna Lucy en fronçant les sourcils.
-Connor est une personne terriblement imbue d'elle-même. Tant que tu lui donneras ce qu'il veut, ce sera le bonheur parfait, mais sitôt que les choses n'iront pas exactement comme il l'a décidé, il s'éloignera.
Voyant l'air déconfit de la jeune femme, Aveline soupira et poursuivit sur le même ton, commençant à servir des parts de gâteau.
-Je ne dis pas ça pour te faire peur ou te dissuader. C'est juste une mise en garde. Je ne veux pas que tu fasses les mêmes erreurs que moi, c'est tout. Alors réfléchi bien avant de t'engager entièrement. Pense à te préserver…
Lucy allait répliquer, mais la porte d'entrée s'ouvrit et Connor arriva avec deux bouteilles en mains.
-On n'avait plus de champagne, Aveline ! fit-il d'un ton un peu sec en la foudroyant d'un air de reproche. Il n'y avait que du vin mousseux.
-Et bien, arrête donc de râler. Ca conviendra parfaitement.
Ils reprirent place à table, et finirent le repas comme il avait commencé : en faisant semblant de rien.
oOoOoOo
Léonardo attendait, torse nue sur le canapé du salon, une tasse de café à la main. Il avait un peu trop bu se soir, mais ce n'était pas grave. Ou plutôt, si ça l'était, car ça l'avait désinhibé, et donc, il venait de faire quelque chose d'irréparable. Il se sentait honteux. Son cœur se serrait car il pensait encore à Ezio. Il venait de le trahir, d'une certaine manière. Et le bruit de la douche en arrière plan était là pour le lui rappeler. Il prit une gorgée de café, puis soupira en fixant droit devant lui. Il se demandait ce qui allait se passer ensuite.
En réalité, il n'aurait pas à attendre pour le savoir, car le bruit d'une clé dans la serrure de l'entrée se fit entendre, et la porte s'ouvrit. Léo se leva d'un bond en voyant entrer un grand homme, musclé, beau, magnifique, sexy, etc… et son cœur s'arrêta en même temps que le bruit de la douche.
-Ezio… murmura-t-il, son cœur battant à tout rompre.
Ledit Auditore resta debout, en face de lui, à à peine deux mètre. Il aurait été si facile de se jeter dans ses bras, de l'embrasser, de l'accueillir et de lui demander pardon, de revenir à la maison. Mais il lui en voulait encore un brin, et il ne doutait pas que lui-même le maudirait dans quelque instant. Il ne pouvait en douter.
Ezio ouvrit la bouche, la referma, dévia le regard sur le plan de travail de la cuisine, puis reporta son attention sur le peintre, qui n'avait pas bougé et arborait un air triste. Prenant une grande inspiration, l'Italien se décida à parler :
-Léo, je…
-Léonardo, tu n'aurait pas aussi un autre pantalon à me prêter ? le coupa Cesare.
Celui-ci sortait de la douche, une serviette autour de la taille, les cheveux encore dégoulinant. En voyant Ezio au milieu du salon, il se stoppa net à l'entrée du couloir et le regarda avec un air déconfit. Léonardo avait fermé les yeux et respirait profondément, attendant que les insultes ne fusent, ou que les deux autres se jettent l'un sur l'autre pour se frapper
-C'est… assez embarrassant, lâcha Cesare, ne sachant pas quoi dire.
Ezio le dévisagea avec une vive surprise, puis son visage se décomposa, et il tourna la tête sur le blond, qui fixait le sol en se mordant la lèvre inférieur, les bras croisés, tapotant du pied. Il releva la tête et croisa le regard de l'autre. Ce n'était pas tout à fait ce qu'il devait être en train de penser, mais s'expliquer ne servirait à rien.
Le regard de l'Auditore, contre toute attente, ne lança pas des éclairs, ne semblait pas fâché. C'était d'avantager une sorte de dégout mêlé de dédain, et c'était mille fois pire à supporter. Il lança un nouveau coup d'œil à Cesare, qui ne bougeait et ne parlait pas, puis eut un petit sourire mauvais, et fit volte face très lentement. Il sortit de l'appartement sans un mot de plus, laissant les deux autres dans un silence pesant.
Après un instant, Cesare sortit de sa fixité et s'approcha de Léonardo, lui posant les mains sur les épaules.
-Ca va aller ? demanda-t-il, sachant pertinemment que ça n'allait pas du tout.
-Oui…
C'était sur le ton du « Non, vraiment pas ». Soupirant intérieurement, car il aurait lui-même préférer que les choses se passent différemment, que son meilleur ami l'apprenne autrement que comme ça, il embrassa le blond sur la tempe et le tira un peu en arrière pour le faire s'assoir.
Au moins, les choses étaient claires maintenant.
oOoOoOo
La nuit était presque tombée, et l'air fraichissait légèrement, bien que la chaleur reste oppressante en cette fin d'août. Rebecca était venue ici directement après avoir aperçu Claudia chez Mario. Elle ne pouvait pas la voir en photo et avait l'impression qu'elle était partout. Heureusement, elle n'était pas encore présente ici, au cimetière.
Assise dans l'herbe, immobile depuis bientôt quatre heures de temps, elle fixait la pierre tombale où le nom de Shaun était gravé. Après encore quelques minutes, elle lâcha dans un murmure :
-Tu me manque…
Il n'y avait personne, à part un homme, un peu plus loin, assez beau, avec le charme italien, se recueillant également sur une tombe d'enfant apparemment. Vu son âge, il devait s'agir de la tombe de son frère ou sa sœur, quelque chose comme ça.
Elle le vit poser sa main sur la pierre, puis s'éloigner rapidement. Il se dirigeait vers la sortie. Elle soupira, souhaita une bonne soirée à son défunt amant et partit à son tour.
N rentrant chez elle, elle n'aurait su dire pourquoi, mais le visage du jeune homme trotta un moment dans sa tête. Mais elle n'était pas encore prête à s'intéresser à d'autre gens. Pas encore…
Quoi que…
