Bonjour/soir à toutes et tous !

Voici un nouveau chapitre, qui, comme promis, traite du passé commun d'Abbas et Federico. Comme souvent, ce sera séparé en deux parties, car il y avait vraiment BEAUCOUP à dire sur le sujet.

Donc, voici la première partie

J'espère qu'elle vous plaira !

Je profite pour répondre aux quelques review ^_^

Grimmynette e Manon : merci pour vos commentaires, j'espère que la suite vous plaira autant et que les révélation sur le passé ne vous décevront pas.

Machiruda Wakaoji : Oui, enfermé dans l'ascenseur. C'est vrai que ça fait un peu cliché, mais c'est un effet qui a déjà fait ses preuves ;-) Désolé, par contre, il n'y aura pas de massacres dans ce chapitre (ça coûte cher de nettoyer l'ascenseur après XD ) J'espère que l'histoire sera à la hauteur de tes attente ^_^

Di : Merci, c'est un magnifique compliment que tu me fais, je suis vraiment touchés ! Je suis désolé si parfois tu trouves que le rythme est un peu cassé, je vais essayé d'y faire plus attention dorénavant -) Encore merci, j'espère également que la suite te plaira !

Voilà, bonne lecture à tous !


Chapitre 15 : Abbas

La cloche de fin de cours retentit dans les couloirs du lycée, et une marrée d'élève se déversa hors des salles. Federico, alors âgé de 17 ans, sortit de sa classe, son blouson de l'équipe de natation sur les épaules. Il était ravi que la semaine soit enfin terminée. Il se dirigea à son casier, y fourra à l'arrache tous ses livres, attrapa son sac de natation et se dirigea à pas rapides vers les vestiaires.

Après une bonne séance d'entrainement, quelque blague échangée avec ses camarade de club et une bonne douche, il se rendit au bureau de l'entraineur, échangea quelques mots avec lui en remplissant le rapport hebdomadaire (car il était le capitaine de l'équipe), puis le salua et prit la direction des terrains de football. Sur le gazon, l'entrainement faisait encore rage. Le mois de mai s'achevait dans une douce chaleur, et le soleil commençait tout juste sa fuite vers l'horizon.

Les examens allaient bientôt avoir lieu, et beaucoup de terminal se trouvaient encore dans le lycée. Certain s'étaient posés sur les gradins, un livres sur les genoux, tâchant de faire leurs révisions, bien qu'étant distraits par l'entrainement. L'équipe s'était, pour une fois, qualifiée pour la finale lycéenne du comté, et tout le monde attendait beaucoup de cette rencontre.

Federico observa un instant les joueurs se disputant le ballon ovale, puis grimpa sur les gradins. Ils alla tout en haut, où une silhouette connue l'attendait. Assez grand, plutôt costaud, le blouson gris du club de baseball sur le dos, une casquette posée à l'envers sur sa tête au visage très carré. Il regardait visiblement bien plus attentivement les pom-pom-girls en pleine répétition sur le bord du terrain que les grands gaillards rembourrés.

-Salut Abbas, lança-t-il amicalement en arrivant à sa hauteur.

-Yo mon pote ! Alors cet entrainement ? demanda l'autre en échangeant avec lui une poignée de main assez complexe.

-Pas grand-chose, et toi ? interrogea la nageur en se posant à côté de lui.

-Bof, tu veux qu'on fasse quoi de spécial ? on n'a pas été foutu de se qualifier au-delà du quart de final, répondit Abbas en haussant les épaules.

Ils se turent un moment, observant ce qui se passait sur le terrain, puis l'Auditore tourna la tête vers son camarade, et lui proposa :

-Tu fais quelque chose ce soir ?

-Nada !

-Ca te dis d'aller boire un verre chez Mario !

-Tu veux encore te péter la tête, plaisanta le type au blouson gris avec un large sourire. On commence comme ça, et on fini alcoolique. C'est pas raisonnable de la part de l'héritier Auditore. Qu'est-ce que ton père en penserais ?

-Franchement, en ce moment, il pense seulement à mon bulletin de notes, et au résultat des concours d'entrées des universités, soupira profondément Federico.

-Il va tomber de haut en voyant tes moyennes, se moqua Abbas, sans quitter des yeux les chearleaders

-M'en parle pas, il va me massacrer.

-Juste pour un B- en biologie ?

-T'as pas idée, geignit-il à moitié.

-J'ai toujours trouvé que ce brave Giovanni te mettait trop de pression, fit remarquer l'autre.

-Que veux-tu, je suis l'ainé de la famille, ce sera à moi de reprendre le flambeau et de gérer le putain d'héritage familial.

-En gros, tu es prisonnier de Famay Hill, conclut Abbas avec une moue désapprobatrice.

-C'est exactement ça, approuva Fédé, d'un ton fataliste.

-Ouais, lâcha Abbas en se levant, assénant une grande tape amicale dans le dos. T'as peut-être bien besoin de boire un verre en effet.

oOoOoOo

Federico, assis bien droit dans son fauteuil, arborant un air de défit, écoutait attentivement Abbas lui parler des années lycée. C'était réellement agaçant. Il aurait voulu lui dire de se taire, le mettre à la porte, le jeter hors de sa vie, de manière définitive cette fois. Mais son travail le lui interdisait, et s'il faisait quelque chose de ce genre, la personne qui l'avait mandaté pour ce job saurait faire un sorte de détruire sa carrière, et sa vie entière d'ailleurs.

Il écouta donc Abbas, sans réellement prêter attention à son récit ou aux tentatives d'humour malsain qu'il plaçait de temps à autre. Le psychothérapeute préférait le fixer sans le voir, et gribouiller machinalement sur son bloc-notes. De toute manière, à quoi lui aurait servi de perdre de l'énergie et de gaspiller du papier à inscrire une histoire qu'il connaissait par cœur, pour la bonne raison d'y avoir tenu une place centrale.

Toujours distant, il se repassait lui-même certain élément de cette époque où leur chemins avaient commencé à se séparer, et leurs vies à basculer.

oOoOoOo

Allongés dans les sièges réglables de la voiture flambant neuve de Federico, les deux amis fixaient le ciel nocturne, constellé d'étoiles. Ils étaient sortis de la ville, ayant bu (Mario étant le seul barman de la ville à servir les lycéens – uniquement de dernière année – en sous-main). A présent, ils restaient dans un mutisme contemplatif, les yeux rivé dans le vague, un pétard au cannabis entre les lèvres. Après un moment, l'Auditore brisa le silence, parlant d'une voix lente et profonde, planant déjà :

-J'ai aucune envie de reprendre ce maudit flambeau…

-T'as qu'à pas le faire, répondit Abbas, après un bon moment.

-J'ai pas envie de faire de la comptabilité à la fac. Je hais les maths,

-Je sais, tu t'en plein depuis la maternelle, ce qui ne t'empêche pas de toujours avoir des A.

-Parce que si je ne fais pas les meilleures notes, mon père me réprimande.

-Et ta mère, elle en pense quoi ?

-Elle est trop occupée à veiller sur mon p'tit frère pour le moment, répondit Federico, distant.

-Petruccio ?! Ca va pas mieux ? demanda Abbas en tournant légèrement la tête vers lui.

-Non.

-Je suis désolé pour toi.

-Moi ça va, c'est Claudia qui va mal. Elle adore son p'tit frangin.

-La peste miniature à de l'humanité ?! interrogea l'autre sur le ton de la moquerie.

Federico ne répondit pas, mais lui envoya un coup de poing sans énergie dans l'épaule. Il n'avait pas envie de rire à ce sujet. D'après les médecins, Petruccio était vraiment en sale état. A cause de ça, sa petite sœur était devenue turbulente, son frère Ezio entrait dans sa l'adolescence, leur mère n'était plus qu'une ombre à force de se soucier de tout le monde. Elle n'avait pas en plus besoin que son ainé lui fasse du soucis en s'opposant à son père. Giovanni n'était pas un homme trop stricte, c'était même plutôt un papa gâteau, sauf en ce qui concernait la succession au rang de chef de famille.

-C'est pas le moment de me rebeller, finit par lâcher le jeune homme, fixant toujours les étoiles.

-Ouais, mais à ce train là, t'auras jamais de vie à toi… fit remarquer dans un murmure Abbas.

Il remarqua alors une étoile filante, et se surprit à souhaiter que quelque chose change.

oOoOoOo

Alors que ce déroulait la séance de souvenir à l'hôpital, Léonardo et Ezio étaient toujours coincés dans l'ascenseur de la DaVinci Inc. Les secours ne semblaient pas franchement pressé de venir les délivrés. Ce qui était franchement agaçant.

Assis chacun dans un angle de la cabine, les deux ex se dévisageaient vivement sans pour autant se parler. Le temps commençait franchement à être long. Léonardo soupira longuement en jetant un coup d'œil pour la millième fois à son téléphone cellulaire. Cela faisait presque une heure qu'ils étaient là. Dire qu'à l'heure actuelle, il aurait dû être en train de déguster un délicieux repas avec son nouveau copain. Mais à cause de tout ça, il avait été forcé de l'appeler pour lui dire d'annuler le restaurant. Heureusement, il lui avait promis de l'attendre à l'appartement, mais c'était franchement rageant.

Il leva les yeux de son écran, et fixa à nouveau Ezio, qui le regardait avec cet air qu'il lui connaissait trop bien, un léger sourire au coin des lèvres. Le blond soupira encore en fermant les yeux, puis brisa le silence, légèrement irrité à cause de la fin et de la soif.

-Bon ! Vas-y, dis ce que tu as à dire qu'on en finisse !

Ezio le regarda d'un air étonné, baissant les yeux pour chercher ses mots. Il avait pourtant passé des heures à répéter ce qu'il voulait dire, la veille, et toute la journée d'ailleurs. Mais maintenant qu'il était face à Léo, il n'était vraiment plus sûr de lui. Il n'avait pas exactement prévu que cette discussion se passe comme ça, mais puisque l'occasion se présentait, il ne fallait pas la laisser passer. Il réussit à se ressaisir, prit une grande respiration, leva les yeux sur Léonardo, et lâcha :

-Je veux que tu me pardonne…

Il vit Léonardo tiquer, et se rendit alors compte qu'il venait de faire une affreuse erreur de formulation. Ca allait dégénérer.

-Tu veux ?! pouffa le blond. Tu ne demande même plus, tu impose !

-Ce n'est pas ce que je… blêmit légèrement l'autre.

-Je te reconnais bien là ! Tellement imbu de toi-même, persuadé que les autres vont gentiment se plier à ta volonté.

Le ton était mordant, visiblement, le peintre cherchait volontairement à le blesser. Ezio tiqua à son tour, sentant une légères colère monter en lui, mais il se retint, pour le moment, de répliquer, laissant l'autre continuer.

-C'est ce que tu as toujours fait, forcer les autres à se plier à ton point de vu, faire ce que tu as décidé, aller où tu veux ! Quand je pense à toutes ces années où je me suis laissé étouffé par toi…

-Si tu te sentais tellement étouffé, pourquoi es-tu resté alors !? interrogea soudainement l'Auditore, avec une colère contrôlée.

-Mais parce que je t'aimais ! répondit Léo en un hurlement.

Il avait appuyé la phrase par de grands gestes, tout en se remettant debout, toisant désormais son ex-compagnon de haut. Celui-ci le fixait avec un air étrange. Un silence pesant s'installa à nouveau, pendant quelques secondes. Finalement, Ezio le rompit en demandant très calmement :

-Et maintenant ? Tu ne m'aimes plus ?

oOoOoOo

Tous les élèves de terminale étaient réunis, dans l'horrible vêtement de graduation, assis par classe sur les chaises pliantes déployées dans les jardin de la mairie. Les familles étaient là, certains pleuraient de joie en voyant leurs enfants grimper sur l'estrade pour recevoir leurs diplômes, plus ou moins mérité suivant lesquels, sous le regard des membre du Conseil.

Federico était major de sa promotion, aussi dû-t-il faire un discours pour clôturer la cérémonie. Il l'avait préparé à l'arrachée en quelques phrases sur un post-it froissé. Il détestait parler devant les gens. Il les détestaient tous, ces imbéciles qui le fixaient et semblaient n'en avoir rien à faire. En plus, c'était frustrant, il faisait tout ça sans conviction. Son discours parlait de prise en main de son avenir et de son destin, de liberté de choix, et de toutes ses belles valeurs patriotiques qui le révulsaient profondément depuis toujours, alors que lui-même n'avait désormais plus choix à choisir son avenir. Tout en parlant dans le micro, il défia son père, assis au premier rang avec les cinq autre du Conseil, d'un regard réprobateur.

Il avait initialement choisi l'Université du compté, afin de rester proche de ses quelques amis, la plupart n'ayant pas eu la chance de pouvoir poursuivre leur étude, mais Giovanni avait vivement protesté, y mettant son grain de sel, et avait finalement réservé une place à Harvard, en droit. L'un des cursus les plus durs, dans le programme le plus compétitif de tout le pays.

Après la cérémonie, il salua ses anciens professeurs, qui hypocritement lui léchèrent le poiles dans le bon sens (alors qu'il avait été un élève particulièrement insolent tout au long de l'année) puis alla prendre congé auprès de sa famille (sa mère pleurait littéralement de joie) pour aller rejoindre les autres à la fête de fin de lycée.

Comme chaque année, telle une tradition, elle se passa chez Mario, qui avait ressorti comme pour chaque promotion les banderoles « Félicitations ! », et préparé des centaines de petits fours, ainsi que du champagne, exceptionnellement ! Le tout était dressé sous une cantine, montée dans le terrain vague, en face du bar. On racontait que des entrepreneurs envisageait d'en faire un quartier résidentiel, mais personne n'y croyait réellement.

Tous les jeune riaient, dansaient, chantaient, se poursuivaient, s'embrassaient… Tous, sauf Federico. Il n'avait vraiment pas le cœur à s'amuser. Il préféra traverser la rue, et aller se poser au comptoir du bar. Mario, qui avait encore ses deux yeux valides à l'époque, sortit de la petite cuisine de l'arrière-salle, s'essuyant les mains sur son vieux tablier tâcher, et prépara une chope de bière qu'il posa devant lui. Lorsque le jeune homme l'interrogea du regard, le barman se contenta de lui sourire en répondant d'un ton bienveillant :

-Pas facile, hein ?

Cette phrase était totalement ouverte, elle pouvait sous-entendre tellement de chose différente. Pourtant, le jeune Auditore était sûr que le jovial tenancier avait très bien compris sont problème. Il le remercia donc. Avec un nouveau sourire, Mario alla chercher un nouveau plateau de canapé au saumon (que sa femme préparait en cuisine au fur et à mesure), et traversa la rue.

Federico était maintenant seul dans le bar lorsque Abbas entra. Il vint s'assoir à côté de son ami, et lui passa un bras autour de l'épaule.

-Tu fais pas la fête avec les autres ?

-J'ai pas le cœur à ça !

-T'as tore, y a une ambiance du tonnerre des Dieux ! plaisanta son camarade en lui volant une gorgée de bière.

L'autre le fixa avec une sorte de tristesse dans le regard. Abbas comprit immédiatement ce qui le chagrinait, et lança avant qu'il n'ait pu parler :

-Fais pas cette tête d'enterrement, tu me déprimes.

-Qu'est-ce que tu vas devenir ?

-Bein… pour l'instant, j'ai toujours mon boulot à la superette, et après je verrais bien. C'est pas parce qu'on n'a pas de fac qu'on est fini, t'inquiète pas ! Et puis, je vais peut-être gagner à la loterie nationale, qui sait !

Federico eut un sourire, il se tourna vers son ami, les yeux brillant d'émotion. L'autre le regarda avec une moue moqueuse et lâcha sarcastiquement, un peu gêné :

-S'te plait, pas ça ! Tu vas me faire gerber.

-Tu vas me manquer ! finit par avouer Fédé.

Abbas sourit à son tour.

-Tu vas me manquer aussi.

Ils se prirent dans les bras pour se donner l'accolade, puis l'ex joueur de baseball ajouta :

-On dirait de vraies gonzesses.

Et il vola définitivement la bière de son ami, avant de se lever, et de le forcer à la suivre de à la fête.

Une semaine plus tard, Federico Auditore montait dans un avion pour Boston, afin de rejoindre son université dans le Massachussetts, et manqua de se faire arrêter à la douane à cause du cadeau de dernière minute de son meilleur ami. Une petite boite contenant des feuilles à cigarette, du cannabis, et un petit mot marqué « fume-le avec une bombasse. Ton pote, Abbas »

oOoOoOo

-Oui, je me souviens très bien, lança froidement Federico en toisant Abbas, toujours tranquillement assis en face de lui. Je me rappelle que tu étais quelqu'un de bien à cette époque. Ce que je ne parviens pas à comprendre, c'est comment as-tu pu devenir quelqu'un d'aussi…

Il s'arrêta, la bouche entrouverte, cherchant un mot qui convenait pour définir poliment le monstre qu'était désormais le trafiquant. Amusé, voyant qu'il ne trouvait pas, celui-ci lâcha sarcastiquement :

-Monstrueux ?

Le psy le fixa avec stupéfaction, puis répondit :

-Oui.

L'autre eut un nouveau sourire moqueur, puis poursuivit :

-Attend, tu vas comprendre. Tu te souviens de l'été suivant ?

Fédé ne répondit pas. Détournant légèrement le regard. Bien sûr qu'il s'en rappelait, comment oublier la manière dont tout avait dégénéré. La voix d'Abbas s'éleva, racontant une fois encore ce qu'il savait très bien.

-Et bien…

oOoOoOo

Près d'une année venait de s'écouler, et Federico descendit du taxi, épuisé, devant le grand immeuble de luxe où se trouvait la demeure des Auditore. Giovanni avait préféré la praticité d'un appartement en centre ville plutôt qu'une grande villa en périphérique, comme les Al-Sayf, revendant bien des années plus tôt l'antique bâtisse des Fondateurs.

Il paya rapidement, récupéra sa valise, et resta un moment sur le trottoir, appréhendant se retour pour l'été. Il n'avait pas très bien réussi sont année, juste suffisamment pour passer à la suivante, et savait que Giovanni n'allait pas vraiment laisser passer ça sans lui en toucher deux mots. Soupirant profondément, il appuya sur l'interphone.

Comme il s'y était attendu, il se fit sermonné vigoureusement. Heureusement, il avait pu compter sur Ezio et Claudia pour lui remonter un peu le moral, et il y eut une bonne nouvelle. L'état de Petruccio s'était un peu amélioré, il pouvait à présent sortir de son lit et marcher, bien qu'il soit encore un peu faible. Mais le médecin avait de bons espoirs qu'il recouvre entièrement la santé. Un cancer à son âge, c'était vraiment affreux, mais la chimio avait fait des miracles.

..::::..

Dès le lendemain, il retrouva son meilleur-ami chez Mario pour discuter. Ils ne s'étaient pas vus depuis son départ pour Harvard. Mais étrangement, Federico eut l'impression de rencontrer une autre personne. Abbas avait bien changé. Mais, pour l'instant, il le reconnaissait encore. Lorsqu'il lui demanda de lui raconter ce qu'il s'était passé durant l'année écoulée, le jeune homme répondit :

-Plein de choses.

-Mais encore ?

-Voyons, par quoi commencer, ironisa Abbas en prenant une grande gorgée de bière. J'ai perdu mon boulot à l'épicerie, ma tante m'a foutue à la porte, mon père est mort à quelques jours de sortir de prison, et je vis dans un entrepôt désaffecté…

Fédé le fixa avec consternation. Il s'écoula un petit moment de silence avant qu'il n'ose enfin répondre.

-Ton père est mort ?...

Abbas tiqua légèrement. Son père s'était retrouvé en prison pour avoir participé à une fâcheuse affaire de braquage de banque, sept ans plus tôt. Il avait donc été élevé par sa vieille tente aigrie, qui pensait d'avantage à ses opération de chirurgie esthétique – pour ne pas avoir l'impression de vieillir – qu'à l'éducation de son neveu. Il avait tenté de braquer la Borgia's Bank, arrêté par le Shérif Thorpe et, fait amusant, l'avocat de l'accusation avait été Giovanni Auditore.

-Assassiné par un autre détenu apparemment, finit par lâcher sombrement le jeune homme en fixant un point droit devant lui.

-Je suis vraiment désolé... balbutia Federico, ne sachant pas vraiment ce qu'il fallait dire dans ce genre de circonstance.

-Ne le sois pas, répliqua l'autre, lui offrant un maigre sourire.

-Et alors, du coup, qu'est-ce que tu deviens ? Comment vis-tu ?

Abbas changea d'expression, regarda de tout côté pour s'assurer que personne ne se préoccupait d'eux, puis fixa à nouveau son ami, et demanda avec le plus grand sérieux :

-Je peux te confier un secret ? Tu n'en parleras à personne.

Le jeune Auditore fut surpris, mais acquiesça. Abbas glissa la main dans la poche intérieure de son blouson, et en extirpa une petite pochette plastique dans laquelle se trouvait trois petites pastilles roses, pas plus grandes qu'une pastille à la menthe.

Federico fronça les sourcils, puis regarda son ami droit dans les yeux.

-Qu'est-ce ? demanda-t-il, même s'il s'en doutait un peu.

-Mon gagne-pain, répondit Abbas en rangeant rapidement le sachet dans la son blouson.

-Tu vend de la drogue ?! manqua de s'exclamer l'étudiant, vivement surpris.

Son ami le foudroya immédiatement du regard, et réplica en lui donnant une tape sur la tête.

-Crie-le encore plus fort, andouille !

Le silence retomba entre eux, lourd. Chacun réfléchissait den son côté à comment faire maintenant. Abbas savait que cette révélation pouvait lui valoir des ennuis, mais il avait parié sur le fait que son ami d'enfance ne le trahirait pas.

C'est à ce moment que Federico tourna la tête vers lui, et posa LA question :

-Et… ça rapporte bien ?

oOoOoOo

-Pardon ?! sursauta vivement Léonardo, à la suite de la question d'Ezio.

Ce dernier le fixait avec de grand yeux, il y brillait une certaine malice. Décontenancé, le blond cru tanguer sur ses jambes, et attrapa la barre de sécurité.

-Je… Je ne te déteste pas, si c'est là ta question, se risqua-t-il à répondre, sachant parfaitement que ce n'était pas cette réponse que voulait entendre son ancien amant.

Ezio sourit, légèrement amusé, et ajouta d'un ton sérieux :

-D'accord, ma question n'était peut-être pas formulée dans le bon sens alors.

Il releva, et fit face à Léo, le dominant d'une demi-tête, fixant son regard droit dans le sien, posant sa question rectifiée :

-Est-ce que tu m'aimes encore, Léonardo ?

Le blond ne sut pas pourquoi, mais soudain, son cœur s'emballa, et il sentit la chaleur l'envahir. Ils étaient vraiment proches l'un de l''autre, et son cerveau commençait à devenir de la semoule. Pourtant, il réussit à formuler une phrase cohérente et réfléchie.

-Je suis avec Cesare maintenant.

Lorsqu'il entendit sa réponse, Léo du lui-même admettre que le ton utilisé n'avait aucune conviction.

-Ce n'est pas une réponse, le nargua doucement Ezio, s'approchant subrepticement de quelques centimètres. Moi, je te demande si tu m'aime encore.

-C'est ce que je dis ! répliqua Léo, sentent la panique s'emparer de lui. Je suis avec Cesare !

Il sentait qu'il allait flancher. Ezio, bien qu'ils ne soient plus ensemble, restait un homme très séduisant, et tout à fait son genre. Et ce retrouver bloquer comme ça, face à lui, seul et à sa merci, avait un côté un peu érotique. Dans les séries télévisées, si deux personnes se retrouvaient bloquées dans un ascenseur, elles s'envoyaient la plupart du temps en l'air en attendant les secours, ou du moins s'embrassait langoureusement. Est-ce que ce genre de chose se produisait aussi dans la réalité ? Ou était-ce son cerveau qui débloquait ? Dans tous les cas, il n'avait pas envie de le savoir.

Il était avec Cesare ! C'était ça la seule chose qui comptait vraiment à l'heure actuelle. Même si, dans le fond, il ne savait vraiment pas quoi répondre de concret à la question de son ex. Il n'avait plus autant de certitude que le matin même, et ça l'agaçait.

-Etre avec Cesare ne signifie pas que tu ne ressente plus rien pour moi, parla calmement Ezio.

-La ferme ! s'exclama Léonardo, se détournant soudainement pour se caler dans un coin de la cabine, brisant l'attraction qui c'était créée.

-Tu veux que je te dise, continua tranquillement Ezio dans son dos, parlant avec douceur, mais appuyant ses mots. Je penses que tu l'aime.

Surpris par cette réplique inattendue, Le blond ouvrit les yeux (qu'il avait fermés un instant plus tôt pour se reconcentrer) et se tourna avec lenteur vers l'autre.

-Quoi ? demanda-t-il, ne comprenant pas bien.

-Je pense que tu es tombé amoureux de Cesare, développa toujours calmement l'autre (grimaçant toutefois légèrement en disant cela). C'est normal, c'est quelqu'un de très bien… mais je crois aussi que tu m'aimes encore.

-Quoi, mais je… tenta de répliquer le peintre, complètement déboussolé.

-Seulement, il va falloir que tu fasse un choix.

oOoOoOo

A l'hôpital, le récit ce poursuivait…

oOoOoOo

L'été était maintenant bien entamé, trois semaines s'étaient écoulées depuis que Federico était revenu à Fasmay Hill. Et les disputes avec son pères s'étaient intensifiées. Il avait essayé, à de nombreuse reprise, de le persuader de le laisser abandonner le droit, qui ne l'amusait pas et était trop dur pour lui, mais Giovanni ne voulait rien entendre. Il lui avait répliqué que « seuls les lâches laissent tomber ». Et pour tenter d'oublier ces moments, Federico passait son temps chez Mario la journée, et la nuit, il travaillait à une autre activité.

Ce soir là, il prit sa voiture et rejoignit le quartier industriel, de l'autre côté de l'autoroute. Il récupéra Abbas près d'un entrepôt – celui où Kadar Al-Sayf perdrait la vie quelques années plus tard – et démarra en lui demandant :

-Alors, où on va ce soir ?

-A Carson City, répondit son ami en posant à ses pieds une mallette en acier.

-Ok, fit Federico en démarrant le moteur.

Ils roulèrent une bonne partie de la soirée, jusqu'à la tombée de la nuit. Il fallait environ 3 heures pour ce rendre au chef-lieu de l'Etat du Nevada. Ils devaient y rencontrer l'un des cartel local, afin de lui proposer leur marchandise, qu'il redistribuerait via son propre réseau s'il était intéressé.

Il les attendait dans un parking sous-terrain. L'homme était entouré de garde du corps. Il semblait assez vieux, mais leur fit un bon accueil. Très vite, la transaction se déroula comme sur des roulettes, et l'affaire fut conclue.

Ainsi, les affaires fleurirent brillamment pendant un mois, deux fois par semaine, ils se rendaient à Carson City, ou quelqu'un venait à Fasmay Hill, pour livrer de la marchandise. Pour expliquer le fait qu'il n'était plus très souvent à la maison, Federico prétendit avoir rencontré une fille, ce qui créa encore plus de tension entre lui et son père, qui aurait préféré voir son fils réviser pour rattraper ses lacunes. Et plus il se prenait la tête, plus il faisait n'importe quoi. Buvant, riant, se payant un weekend à Las Vegas, avec à chaque bras deux prostituées. Avec son ami, ils jouissaient vraiment de la vie, peut-être même trop. Mais l'argent monte rapidement à la tête disait-on, et c'était absolument vrai. Avec ce que leur rapportait leur petit commerce, ils pouvaient presque tout ce permettre. Et ça aurait très certainement continué comme cela, si une ombre n'était pas venue assombrir le tableau…

oOoOoOo

Claudia regardait Assia lancer les fléchettes avec une certaine admiration. La secrétaire était plutôt douée au 301.

-Bien jouer ma grande ! s'exclama Rebecca, qui venait de se faire vivement devancer.

Altaïr et Malik étaient rentrés depuis un petit moment, mais la motarde enceinte était restée en leur compagnie, les défiant aux fléchettes. Si Assia était très enthousiaste, la comptable, après trois défaites cuisantes d'affilées, avait préférer rester sur le côté, et faire la navette entre leurs table dans le fond du bar, et le comptoir, pour resservir. D'ailleurs, leurs verres étaient vides.

-Vous voulez boire autre choses les filles ? demanda-t-elle à l'attention de ses deux camarades.

-Soda ! répondit Assia avec un large sourire, se rappelant de sa mauvaise gueule de bois du weekend.

Rebecca tourna la tête vers Claudia, et la fixa un instant sans rien dire. Si elle n'avait plus de réels griefs contre elle - le deuil de Shaun étant désormais presque entièrement fait – et qu'elle fasse de gros effort pour ne pas être désagréable avec, elles n'étaient pas encore pour autant bonnes copine. La jeune sœur d'Ezio était encore trop « pédante » par moment, ce qui l'agaçait. Mais elle devait reconnaitre qu'elle avait fait de gros efforts depuis son arrivées pour tenter de changer un peu, et de mieux s'intégrer.

-Un martini, s'il te plait, merci, finit-elle par répondre, lui accordant un mince sourire.

-Très bien, fit Claudia en se levant de son tabouret pour aller commander.

Tout en se dirigeant vers le comptoir, elle se demanda si elle pourrait un jour devenir « amie » avec Rebecca. Elles ne seraient probablement jamais les plus complices du monde, mais la pyrotechnicienne avait un tempérament qui lui plaisant bien. Peut-être que, si elle suivait le conseil de son cousin, et qu'elle lui proposait de récupérer les affaires de Shaun, elle parviendrait à diminuer un peu la distance qui les séparaient.

Alors qu'elle attendait que Mario la serve, échangeant dialoguant en italien avec lui (ce qui sembla lui faire vraiment plaisir), elle vit Desmond entrer, l'air dépité. Il s'approcha en trainant un peu les pieds, et se posa à côté d'elle.

-Mario, une tequila, s'il te plait.

Claudia le regarda avec étonnement, et lui lança :

-Il est un peu tôt pour commencer avec ça, non ?

-De quoi je me mêle, Claudia, riposta sans conviction le jeune homme en tournant la tête vers lui.

Mario posa les commandes devant eux, et la jeune fille lui tendit un billet de vingt dollar.

-Je paye aussi pour lui, Tenere il resto [Garde la monnaie] !

Elle pouvait exceptionnellement se le permettre, ce n'était pas son argent.

-Grazie ! [Merci] fit jovialement le borgne.

Elle reporta à nouveau son attention sur son jeune cousin, qui fixait droit devant lui, l'air songeur et inquiet. C'était rare de le voir comme cela. Autant elle avait envie de le frapper depuis plusieurs jours – parce qu'elle le trouvait trop proche d'Assia et que ça la frustrait - autant il était de sa famille, de son sang. Et elle ne pouvait pas le regarder soupirer comme ça sans lui demander ce qui n'allait pas.

-Bouge-pas, je reviens, lâcha-t-elle à son attention.

Elle amena les verres aux deux autres, et leur déclara qu'elle allait se poser au bar avec Desmond.

-T'as qu'à lui dire de venir jouer s'il a pas le morale ! conseilla joyeusement Rebecca, pleine d'entrain car elle venait de reprendre la main.

Assia, en revanche, ne dis rien, se contentant de regarder dans la direction du bar. Elle tourna ensuite légèrement la tête vers Claudia, qui vit dans son regard qu'elle était inquiète pour son amant.

-Je m'en occupe, murmura-t-elle à son attention, bien que cela lui fasse mal sur le coup.

La secrétaire approuva, la remerciant d'un léger hochement de tête avec un maigre sourire, et se reconcentra sur la partie, car c'était son tour de lancer. La jeune Auditore retourna vers son cousin, et s'installa au tabouret voisin du sien, s'accoudant face à son verre de gin.

-Aller, vas-y, racontes-moi tout, lui lança-t-elle d'une voix qui laissait entendre qu'elle ne faisait ça que parce qu'elle s'y sentait obligée.

Desmond ne répondit pas tout de suite. Il fixa encore un instant devant lui, puis saisit son verre de tequila et le vida cul-sec, avant de le reposer, et de tourner la tête vers sa cousine.

-Clay a disparu…

oOoOoOo

Federico prit une grande inspiration. Il savait ce qui allait suivre dans le récit d'Abbas, mais il n'était pas certain d'avoir envie de s'en rappeler. C'était bien trop terrible. Car c'était à cause de cela que tout avait réellement basculé. Pour l'un comme pour l'autre.

Mais il n'avait pas le choix. Pour que son expertise soit complète, il devait entendre absolument tout le témoignage du « patient ». Serrant les doigts sur son stylobille, il attendit que les mots sortent de la bouche du monstre qui ce tenait en face de lui. Oui, un monstre, c'était bien le mot. Car son ami d'enfance, Abbas Sofian, était mort ce jour là.

oOoOoOo

Federico, se sentait comme hors du temps.

Tout s'était enchainé si vite, il n'avait rien eu le temps de comprendre. Quelques instants plus tôt, ils étaient encore en train de préparer la marchandise pour aller la livrer, lorsque un imprévu s'était présenter.

Et à présent, il y avait tout ce sang, partout. Et cette odeur ignoble. Au sol, dans une véritable mare d'hémoglobine, gisait un inspecteur de la brigade des stup, inerte. Au-dessus de lui, debout, tremblant légèrement, le regard posé sur le gars en uniforme, un revolver encore fumant à la main.

Comme dans un rêve, avec une sensation d'irréalité totale, Federico s'approcha de lui, et s'agenouilla près du type, tendant deux doigts qu'il posa sur sa carotide. Après un instant, il replia les doigts avec lenteur, et tourna la tête vers son ami, qui restait la bouche entrouverte, immobile.

Le cœur battant à tout rompre, les poumons serrés, Federico lâcha d'une voix tremblante :

-Il est mort…. Qu'est-ce que t'as fait…

Abbas restait impassible, visiblement perdu loin dans ses propres pensées. Il n'entendit probablement même pas lorsque Federico lâcha la phrase qui changerait leurs existences à jamais.

-Tu l'as tué.


Voilà, fin de cette première partie.

Celle-ci était plus centrée sur Abbas et, surtout, sur Federico

Le prochain touchera un peu d'avantage le reste de la famille Auditore, notamment, avec le « drame », en lettres et en pixels (bein oui, y a pas de chair ni d'os dans un texte XD )

J'espère que ça vous à plu,

N'hésitez pas à laisser un p'tit commentaire.

Et même si ça ne vous à pas satisfait,

vos avis sont appréciés

Merci d'avoir lu !

A très vite,

Gabriel