Bonjour/ bonsoir tout le monde !

J'espère que vous allez bien !

Voici donc le grand final de ce second Arc.

Il est donc composé de trois chapitres, et d'un épilogue.

Je ne vais pas m'attarder plus ici, je le ferais à la toute fin.

Bref

Bonne lecture,

et

Bon final !


Chapitre 20 : Suggestion

Le matin venait tout juste de se lever, mais Altaïr était déjà réveillé. Il avait beaucoup de peine à dormir depuis son dérapage avec Lucy, s'endormant tard, et se réveillant tôt. C'était comme si, inconsciemment il ne s'autorisait pas à être dans le lit en même temps que Malik si celui-ci était éveillé. Il se punissait en quelque sorte. Et le pire, c'est qu'il savait que c'était ridicule. Plus il se comporterait bizarrement, et plus son petit-ami risquait de se douter de quelque chose, si ce n'était pas déjà le cas. Quoi que, stressé comme l'était le cadre par cette histoire avec Clay qui ne répondait plus, il ne s'était sûrement même pas rendu compte qu' Altaïr n'était jamais sous les draps lorsqu'il s'éveillait.

Soupirant en regardant son chéri assoupi, lui caressant les cheveux du bout des doigts, Altaïr ressentit une fois encore un élan de remords l'envahir. Il était tellement désolé par rapport à ce qu'il avait fait. D'accord, il avait eu envie de sexe, et Lucy s'était trouvée là à ce moment là, lui offrant volontiers ce que Malik lui refusait, mais ce n'était pas une raison valable. Ce qu'il avait fait était mal ! Lorsque l'on aime, on ne trahi pas l'autre. Pas comme ça, pas aussi… salement !

Soupirant encore, il s'extirpa du lit en tâchant de ne pas faire de bruit, attrapa ses vêtements – parfaitement pliés par Malik – et ses affaires personnelles sur la table de nuit. Il sortit de la pièce sur la pointe des pieds et referma doucement la porte. Il alla à la salle de bain, se lava rapidement au lavabo, se brossa les dents, se coiffa correctement, enfila ses vêtements et regagna la cuisine. Il n'y avait plus de café. Tant pis, il irait en chercher un au kiosque en même temps que le journal.

Il enfila ses chaussures et sortit de l'appartement. Il avait envie d'aller marcher un peu, pour s'aérer la tête et se changer les idées. Il alla prendre le bus à l'arrêt en face de l'immeuble, et descendit au parc central. Il lui restait pratiquement deux heures avant de commencer à travailler, autant en profiter. Il acheta son café et le quotidien de la ville et alla se poser sur un banc pour lire tranquillement.

Il n'y avait rien de réellement intéressant. Ce qui le soulagea. Cela signifiait qu' Abbas n'avait pas commis de crime ou de meurtre dans les dernière 24 heures. Pas encore du moins. C'était devenue la principale source de terreur chez la plupart des habitants de Fasmay Hill depuis que la rumeur de sa libération s'était répandue. Et si, pour les gens qui n'avaient eu que les rumeurs, le cas était effrayant, pour ceux qui savaient que c'était vrai (comme tous les membres de la DaVinci Inc.) c'était pire encore.

Il eut un soupir de soulagement, et regarda donc la page sport. Il y avait un article qui rappelait la victoire au tournois inter-lycée de l'équipe de base-ball de la ville à la dernière finale. Cela rappela des souvenir à Altaïr, qui sourit légèrement en se remémorant de leur propre victoire, lorsqu'il était encore capitaine, en première année. Quel dommage que leur année de terminale, il ait déliré en se mettant à la fumette. Il se demandait s'ils n'auraient pas aussi gagné s'il n'avait pas été viré de l'équipe à cause de son comportement agressif. Enfin, le passé était le passé, on ne pouvait pas le réécrire.

Alors qu'il pliait le journal en terminant sa boisson, son téléphone se mit à sonner. Se demandant qui pouvait bien lui téléphoner aussi tôt, il le sortit de sa poche et vit qu'il s'agissait de Claudia. Que pouvait-elle bien lui vouloir ? Il accepta l'appel et amena le cellulaire à son oreille.

-Allô ?

oOoOoOo

Claudia attendait devant la porte de l'appartement d' Ezio, tapotant du pied. Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent et Altaïr arriva près d'elle, visiblement peu content. Il n'appréciait pas de se voir ordonner par sa cousine de revenir immédiatement chez lui, surtout pour ce qu'elle lui demandait.

-Bonjour, fit-il un peu froidement.

-Salut cher cousin, répondit Claudia avec un petit sourire narquois. Tu l'as ?

Altaïr tiqua un peu. Elle avait toujours été du genre « droit au but », mais là, elle battait son propre record. Agacé par cela, il répliqua en désignant la porte de l'appartement de Malik :

-Elle est chez moi, mais avant de la chercher, je peux savoir pourquoi tu veux le double de la clé de ton frère ?

-Raison familiale, répondit-elle simplement.

-Claudia, fit Altaïr d'une grosse voix en la fixant avec autorité.

Mince, c'était vrai, durant une seconde, elle avait presque oublié qu'il était aussi de la famille. Soupirant d'exaspération, elle répondit simplement :

-Bon, d'accord, Federico est revenu en ville et Ezio l'a mal pris…

-Pardon ?! s'exclama à moitié l'autre vivement surpris par cette déclaration. Federico est en ville ?

-Oui, j'ai eu la même réaction.

Altaïr observa attentivement sa cousine. Elle ne semblait pas dérangée par cette histoire, au contraire, elle avait même sourit en annonçant la nouvelle. C'était surprenant venant d'elle. Il se serait plutôt attendu à ce qu'elle devienne énervée, de mauvaise humeur, ou hystérique, mais apparemment, elle était heureuse de ce retour.

-Tu es sûre que tu vas bien Claudia ? interrogea Altaïr, troublé et presque inquiet.

-Évidemment, on va enfin pouvoir être tous réunis ! répondit-elle assez joyeusement.

Le jeune homme compris alors ce qu'il se passait. En réalité, une partie de Claudia avait du rester figée malgré les années. Une petite part de la jeune fille joyeuse et pleine d'entrain qu'elle avait été et qu'elle avait mis sous verrou pour se prémunir de la douleur, pour ne pas sombrer entièrement. Et cette part d'elle ne désirait qu'une seule chose : voir sa famille à nouveau unie, comme lorsqu'elle était jeune et que tout allait bien. Cela toucha presque Altaïr, qui esquissa un sourire, satisfait de la voir comme cela. Le bonheur lui allait mieux au teint que l'aigreur. Il ne restait plus qu'à espérer que les choses se passerait comme elle le souhaitait, sinon cette fois, elle serait réellement blessée, et de manière irréparable. Elle venait de remettre à nue sa dernière part d'enfance. C'était à double-tranchant.

-Chouette, lâcha-t-il simplement. Mais ça ne me dit toujours pas pourquoi tu veux la clé de l'appartement d'Ezio.

Une ombre passa rapidement sur le visage de sa cousine, et elle soupira en baissant un peu les yeux.

-Ezio ne l'a pas pris aussi bien que je l'aurais pensé. Ils se sont battus. Je pense que c'est parce qu'il était déjà de mauvaise humeur, et comme il a été endoctriné par notre mère pour ne pas pardonner, il n'a pas réussi à faire la part des choses.

Altaïr prit une seconde pour analyser la situation. Claudia continuait son explication :

-Du coup, je voulais débarquer chez lui et le forcer à m'écouter, et à me dire ce qui ne vas pas chez lui.

-Et tu crois que c'est en débarquant quasi par effraction chez lui, au saut du lit, qu'il va être d'humeur à t'écouter ? répliqua Altaïr, dubitatif.

Claudia ne sut pas quoi répondre, le fixant comme si il venait de détruire en une seule fois toute la logique qu'elle avait mise en place.

-Bein… fit-elle, visiblement mal-à-l'aise.

Altaïr esquissa un léger sourire, amusé, et lui posa une main sur l'épaule.

-Tu as meilleurs temps d'attendre la pause de midi pour venir lui parler, il sera réveillé et lucide pour t'écouter calmement.

Claudia ne répondit pas, se contentant de faire une moue dépitée. Elle aimait bien son plan de base, mais dans le fond, Altaïr n'avait pas tout à fait tort.

-Allez, viens, je t'offre un petit déjeuner.

Il sortit son trousseau de clés et ouvrit la porte de son appartement, invitant sa cousine à entrer. Malik venait de se lever, son réveille ayant sonné dix minutes plus tôt, et sortait de la douche, déjà vêtu de son éternelle chemise et de son gilet. Il fut étonné de voir Claudia, mais ne posa pas de question lorsqu' Altaïr lui expliqua la situation.

-Ah bon, fit-il simplement, presque sans surprise lorsqu'on lui annonça le retour de l'aîné Auditore. C'est une bonne nouvelle.

Pour lui ce n'était qu'un détail, et pas forcément ces affaires. Il n'avait pas tellement fréquenté Federico lorsqu'ils étaient jeunes, et estimait donc que ce n'était pas tellement à lui de s'en mêler. La seule chose qui le regardait et qui l'inquiétait, en temps que chef de projet à la DaVinci Inc, c'était de savoir la manière dont cet événement allait affecter le travail des deux autres. Mais dans le fond, ça c'était le dernier de ces problème, il s'inquiétait plus pour Clay que pour eux.

-Je vous laisse entre vous, annonça-t-il en attrapant sa serviette de travail.

-Tu pars déjà ? interrogea Claudia en aidant son cousin à préparer des œufs au bacon.

-J'ai une réunion avec Leonardo. Le débriefing mensuel… (tout en attrapant ses clé dans le cendrier à l'entrée, il lui passa une question par la tête, et il se tourna vers la jeune femme). Tu sais si Ezio sera là, il a déjà raté les réunions de juin et juillet…

-Je ne peux pas te dire… mais je ne pense pas, répondit Claudia en fixant d'un air incrédule Malik, surprise par la question.

-D'accord… merci. Bon appétit, à toute ! fit Malik en fermant la porte derrière lui.

Les deux autres fixèrent un instant la porte, puis échangèrent un regard. La jeune femme demanda :

-Il a l'air préoccupé, non ?

-Il est toujours inquiet pour Clay…

-Ah.

-Il pense qu'il lui est arrivé quelque chose de grave, et qu' Abbas n'y serait pas étranger, expliqua Altaïr en préparant deux assiettes qu'il posa sur le plan de travail.

Ils s'installèrent pour déjeuner, Claudia ayant sortit le jus d'orange et préparé deux tasses de café.

-Tu pourrais venir m'aider à raisonner Ezio tout à l'heure, finit par questionner la jeune femme en fixant son cousin, entre deux bouchée d'œufs brouillés.

-Tu ne te sens pas capable de le faire, se moqua doucement son cousin en levant le regard sur elle.

-Dis pas de bêtise ! répliqua-t-elle en reposant son verre de jus d'orange. Je peux convaincre n'importe qui de n'importe quoi !

-Je n'en doute pas, sourit le jeune homme.

-C'est juste que je me dis, ils écoutera plus facilement si on y va à deux.

-Probablement, répondit Altaïr, ayant toutefois un doute.

Que ce soit Claudia ou ses frères, ils étaient tous les trois des têtes de mules. Si ils avaient décider de ne pas écouter, personne ne pourrait leur faire entendre raison. Ce sale caractère, ils l'avait hérité de Maria. Quelle dommage, songea Altaïr, qu'ils n'aient pas aussi hérité de la modération de Giovanni.

-D'accord, accepta-t-il après un instant de réflexion.

Ils terminèrent leur déjeuner, firent la vaisselle (si Malik revenait le soir et qu'elle n'était pas faite, ce serait le drame), puis partirent travailler car il était grand temps.

oOoOoOo

Lucy arriva devant la DaVinci Inc en bus, elle préférait venir en transport publique plutôt que de risquer de se trouver encore une fois bloquée sur le parking avec Connor qui la harcelait. Si ça arrivait, elle n'était pas certaine de pouvoir lui résister encore. Elle avait beau lui en vouloir à mort de tout ce qu'il lui avait infligé, elle ne pouvait pas nier qu'elle l'aimait encore à la folie.

En entrant dans le hall, elle croisa Assia, qui semblait terriblement pensive derrière son comptoir. Elle en fut intriguée, et s'approcha pour lui dire bonjour et l'interroger si tout allait bien.

-Non, tout ne vas pas bien Lucy ! répondit un peu vivement la jeune femme en posant sur elle un regard emplis d'une étrange lueur de colère.

- Tu... veux en parler ? interrogea la blonde, surprise par ce comportement et cette froideur.

-Non !

-Alors… je peux faire quelque chose ?

-Tu en a déjà assez fait, répondit Assia avec un sourire d'une mesquinerie infinie en lui tendant le dossier qu'elle lui avait demandé la veille. Bon travail !

Lucy ouvrit de grands yeux et fut presque bouche bée par cette réplique. Qu'avait-elle pu faire pour mériter une telle hargne de la part de la plus gentille et amicale de tous les membres de l'équipe ? Trop choquée pour oser poser la question ou se risquer à poursuivre la conversation, la blonde s'éloigna et se dirigea vers l'ascenseur.

Pendant qu'elle l'attendait, elle entendit la voix de Rebecca saluer Assia, qui lui répondit avec amabilité (ce qui fit vivement tourner la tête à Lucy). La secrétaire souriait à la motarde en lui tendant le dossier, puis capta le regard choqué de Lucy, et son sourire disparut de son visage alors qu'elle se replongeait sur son travail, lui tournant délibérément le dos.

Rebecca arriva vers sa meilleure amie, tout sourire et pleine d'énergie, et la salut joyeusement avant de remarquer son air interloqué.

-Ça va pas ? interrogea-t-elle, surprise.

- Je… fit Lucy, avant de se raviser (elle secoua légèrement sa tête pour chasser les idées de son esprit, et fixa son amie avec un demi-sourire). Non, rien. Ce n'est pas grave. Tu vas bien ? Tu as l'air pleine d'énergie.

L'ascenseur arriva, et elles montèrent dans la cabine. Les portes se refermèrent.

-Et ouais ! fit Rebecca avec un large sourire. Tu ne devineras jamais ce qui m'est arrivé hier.

-Raconte.

-Tu sais, mon psy…

-L'escroc super sexy ? interrogea Lucy, qui ne considérait toujours pas plus la psychothérapie, mais n'avait pas raté un seul épisode de « Rebecca tombe sous le charme ».

-Lui-même. Bein, j'ai découvert qu'en réalité, il s'agit du frère aîné d' Ezio et de Claudia.

La blonde ouvrit de grands yeux et entrouvrit la bouche, sous le choc, essayant de trouver quelque chose à dire. Les portes s'ouvrirent et elles se dirigèrent directement vers la baie vitrée pour se faire un café et papoter encore un peu avant de démarrer le boulot.

-Tu plaisantes ? fit Lucy en posant sur une des tables le dossier qu'elle avait entre ses mains.

-Non, sourit la femme enceinte.

-Rebecca Elisabeth Crane, fit Lucy avec un sourire en hochant la tête d'un air amusé. Décidément, vous avez un don particulier pour vous amouracher de mecs étranges.

-Shaun n'était pas étrange, répliqua simplement Rebecca sur le ton de la conversation.

Cela rassura étrangement Lucy. Elle n'avait pas prononcé le nom de son ex décédé plus fort que le reste de la phrase, et n'avait eu aucun tic physique. Ça signifiait qu'elle avait enfin atteint la phase d'acceptation. Après deux mois, c'était le moment. Lucy sourit.

-Non, admit-elle doucement. Peut-être pas Shaun… quoi que, il était très british.

-Arrête, c'était trop sexy.

-On a pas la même notion de « sexy », répondit l'autre.

Tout en continuant de se chamailler, elles virent Malik, visiblement énervé, qui descendit les escaliers menant à la passerelle.

-Bonjour les filles, fit-il en les rejoignant pour se servir un café.

-Salut, tu tires une de ces tronches, lui répliqua Rebecca sur le ton de la plaisanterie.

-On avait le débriefing mensuel avec le parton ce matin, et il ne s'y est pas présenté.

-Quoi ?! fit Lucy en fronçant les sourcils.

-Je l'ai appelé, et il m'a répliqué qu'il avait complètement zappé.

-Sympa le Leo, maugréa la motarde en prenant une gorgée de café.

-Il m'a dit qu'il ne serait pas en ville aujourd'hui, pour des affaires personnelles, et qu'il me faisait entièrement confiance pour gérer l'entreprise.

-Ça a l'air de te ravir, fit ironiquement Lucy.

-T'as pas idée, répondit Malik avec un sourire quasi carnassier. Bon, je vais bosser, tâchez de faire semblant d'être occupées, ajouta-t-il.

Il savait pertinemment qu'en l'absence des deux chef de l'entreprise, il y allait avoir du laissé-allé, et que contre ça, l'autorité n'y changerait rien. Il allait donc s'enfermer dans son bureau lorsque la porte de l'ascenseur s'ouvrit et que Clay en descendit. En le voyant, Lucy lâcha une sorte de bruit étrange, Rebecca s'étouffa avec son café et Malik manqua de lâcher sa tasse.

Le jeune homme s'approcha, avec un grand sourire, et vint se servir un café sous les regards simplement ahuris des autres, les saluant comme si de rien n'était.

-Bonjour tout le monde, belle journée, hein !

Il prit une gorgée, et se tourna vers les autres, qui l'observaient comme s'ils venaient de voir un revenant (ce qui était pratiquement le cas). Les portes des bureaux d' Altaïr et de Claudia, qui étaient déjà au travail s'ouvrirent et les deux restèrent figés (Altaïr dans l'encadrement de son boxes et Claudia depuis la passerelle). Clay les observa d'un air d'abord surpris, comme s'il ne comprenait pas ce qui leur arrivait, puis posa sa tasse et parla d'un ton détaché :

-Ok, je sais, j'ai été absent plusieurs jours et je ne vous ai pas prévenus, je suis désolé. Mais ne vous en faites pas, je vais rester plus tard pour rattraper mon travail.

Malik fit un pas en avant, observa une seconde le jeune homme, et le choppa par le col de sa chemise. Heureusement, Altaïr, qui l'avait vu venir, c'était précipité, et les dégagea tout de suite. Malik foudroya Clay du regard pendant encore une seconde, puis se détourna et alla s'enfermer dans son bureau, sous les regards des autres.

-Qu'est-ce qu'il lui prend ? interrogea Clay, franchement incompréhensif en observant les autres, qui le fixaient toujours avec des airs bizarres.

-Il a cru que tu étais mort, répondit posément Altaïr. Et on commençait à le croire aussi.

-Pardon ?! sursauta le jeune homme. Mais… c'est ridicule, pourquoi avoir pensé ça ?

-À tout hasard, parce qu'on avait plus de nouvelles de toi depuis samedi dernier, répliqua Rebecca dans un rire nerveux.

-Allons… Il ne fallait pas paniqué pour ça…

-Tu ne donnais pas de nouvelles, et tu ne répondais pas au téléphone.

-Là où j'étais, je n'y avais pas le droit.

-Et on peut savoir ou tu étais ? fit la voix de Malik qui venait de ressortir du bureau après s'être un peu calmé.

-Chez ma tante, dans l'Oregon.

-Et il n'y a pas de téléphone chez ta tante ? interroge Claudia en descendant l'escalier pour rejoindre les autres.

-Bein … non, elle vit dans une communauté amish, répondit Clay de manière très convaincante.

Les autres échangèrent des regards. Certain semblaient accepté cette explication, d'autres étaient plus suspicieux. Lucy lança :

-Et tu ne pouvais pas prévenir que tu partais là-bas ? Et d'ailleurs, qu'as-tu été faire chez ta tante ?

-C'est-à-dire que, fit Clay sans l'ombre d'une hésitation, je suis parti un peu à l'arrache parce qu'elle était mourante. Et je n'avais plus de batterie, et je ne connais pas vos numéros par cœur.

-Et ta tante, donc, comment va-t-elle, le provoqua Claudia.

-Elle est morte lundi soir. On l'a enterrée hier, et me revoilà.

Il observa les autres d'un regard panoramique, et joua la carte des regrets sincères.

-Je suis vraiment désolé si je vous ai fait peur, mais il fallait vraiment que j'y aille. Elle n'a plus que moi et ma mère. Je me devais de me tenir à ses côtés.

-D'accord, fit Rebecca en hochant légèrement la tête, acceptant les excuse.

Malik s'approcha de nouveau de lui, s'arrêta à quelques centimètres et le toisa d'un regard profondément en colère. Les autres retinrent presque leurs souffles, s'attendant à se que le cadre empoigne à nouveau le jeune homme. Mais il n'en fit rien. Il se contenta, après un instant, de lui dire d'une voix profondément crispée et grave (comme s'il se retenait de hurler de colère) :

-Très bien. Aujourd'hui, tu vas aller trier de la paperasse aux archives. Je ne veux pas te voir, ni t'entendre de la journée. Tu vas te faire plus discret qu'une souris, faire ton travail et partir sans un mot ce soir. Est-ce assez clair pour toi ?

Clay le fixa avec stupéfaction. Il laissa passer une seconde, puis hocha la tête sans un mot en guise d'assentiment. Malik se tourna et alla s'enfermer à nouveau dans son bureau. Avant de refermer la porte, il foudroya les autres du regard et déclara d'un ton autoritaire :

-Et vous autres, je veux que vous retourniez à vos postes et que vous soyez productifs ! Je vérifierai l'avancement de vos travaux ce soir !

Et il claqua la porte, sous les regards médusés de l'assistance. Les autres se regardèrent, puis soupirèrent. Rebecca lâcha, en donnant une tape sur l'épaule de Clay :

-Bravo, tu nous l'as fâché…

-Bon, retournez bosser, fit calmement Altaïr, essayant de tasser les choses.

-Oui, essayons de ne pas l'énervez d'avantage, approuva Claudia en remontant l'escalier. Sinon on va tous passer un sale quart d'heure.

Le petit groupe se dispersa rapidement, chacun retournant à son poste de travail. Clay, avec un sourire satisfait, se dirigea vers les archives. Il s'enferma dans la pièce aux nombreux tiroirs à dossiers, et s'installa à la petite table. Il n'avait pas grand-chose à faire sinon faire semblant de bosser. Malik lui avait déjà fait trier et ranger toutes les archives au moins une dizaine de fois. Il ne restait rien à faire, à part vérifier que ceux empruntés avaient bien été remis dans l'ordre alphabétique.

Avec un léger sourire, le jeune homme sortit de sa poche son cellulaire, et composa un message, destiné à Judith. Le message disait : Opération « tante amish » réussie. Suis dans la place.

La réponse ne tarda pas : Parfait ! Restez en planque en attendant début étape suivante.

Souriant encore, le jeune homme effaça le message de son historique, et rangea le portable. Il ne lui restait plus qu'à tranquillement jouer les assistants de bureau jusqu'à ce que le plan soit déclenché. En attendant, il avait le temps de planer un peu. Il tira de sa poche un sachet contenant de petites billes roses, et s'en glissa une sous la langue. Il en ressentit presque immédiatement les effets, et se laissa aller en arrière dans son fauteuil, avec un soupire de plaisir.

oOoOoOo

Desmond se réveilla et fut vivement surpris de constater qu' Assia n'était plus à ses côtés. Pourtant, il se souvenait parfaitement de la soirée d'hier. Trop bien peut-être même. En tout cas, ce n'était pas habituel chez elle. En général, après leurs ébats, elle restait à ses côtés en attendant qu'il se réveille. Alors pourquoi aujourd'hui… ?

Il crut comprendre en voyant l'heure sur son réveil. Elle avait sans doute préféré le laisser se reposer vu ses émotions de la veille, et était donc partie au travail sans le réveiller. Comme c'était gentil de sa part !

Il se leva, sans trop de difficulté, grognant juste en se rappelant de son nez abîmé (il avait la sensation qu'il était gonflé) et se rendit à la douche. Une fois propre, il s'habilla rapidement et se rendit à la cuisine. Il n'y avait pas de café coulé ? Cela signifiait donc sûrement que Léo avait encore découché cette nuit. Décidément, le peintre et Cesare étaient de sacrés dévergondés. N'avaient-ils donc pas honte ?!

Juste après avoir eut cette pensée, il se donna une gifle mentale. C'était un peu l'hôpital qui se fichait de la charité. Après cette altercation avec son propre subconscient, le jeune homme décida de descendre aux bureaux de la DaVinci Inc. Eux, ils avaient du café frais. Toujours ! C'était une denrée indispensable à leur efficacité.

Il prit l'ascenseur, et se dirigea au coin pause. Il fit signe à travers les vitres à ceux qui le remarquèrent, et alla se servir une bonne tasse de café. A ce moment, Connor arriva pour se servir aussi, et le salut.

-Bonjour Desmond !

-Salut Connor, fit un peu froidement le jeune homme.

Il avait beau avoir passé à autre chose par rapport à sa romance à sens unique avec Lucy, le souvenir qu'il se l'était faite volée par le responsable de la sécurité lui restait en travers de la gorge. En plus, il avait beaucoup de mal à le respecter depuis qu'il savait qu'il était marié. Il se demandait d'ailleurs comme une femme aussi formidable et intelligente qu' Aveline avait pu épouser un gorille pareil. Enfin, l'amour rend aveugle, et l'erreur est humaine, disait-on.

-Alors, tu es rassuré ? interrogea l'amérindien avec un sourire en mettant un nuage de lait dans son café, prenant l'étudiant totalement au dépourvu.

-Pardon ? interrogea ce dernier, troublé.

-Pour Clay, tu es rassuré ? En même temps, je ne comprends pas pourquoi vous avez tous autant paniqué…

-Attends, fit Desmond en hochant la tête. Comment ça ?

-Ah, je vois, réalisa l'autre. Tu n'es pas encore au courant.

-Au courant de quoi ?

-Clay est revenu, c'est bon. Vous pouvez souffler, rigola à moitié Connor.

-Clay est revenu ?! s'exclama à moitié Desmond, manquant de s'étrangler.

-Oui ! fit la voix de Malik dans leurs dos.

Les deux autres se tournèrent et virent le cadre debout dans l'encadrement de la porte de son bureau. Il s'approcha pour prendre une bouteille d'eau dans le petit frigo sous la cafetière, et exposa, d'une voix visiblement encore très en colère :

-Il est en effet revenu et c'est un soulagement. Cependant, au vu du tort qu'il nous a infligé, je l'ai mis au banc.

-Au banc, fit Desmond, n'étant pas sûr de comprendre ce que voulait dire Malik par là.

-Il est à la réserve, avec interdiction de parler à qui que ce soit jusqu'à nouvel ordre. D'ailleurs, je t'interdis d'aller le voir.

-Mais… voulu protester Desmond devant cette essartassions qu'il jugeait injuste.

-Pas de mais ! répliqua sèchement le cadre. D'ailleurs, je te demanderais de finir ton café et de partir tout de suite.

-Quoi ?!

-Tu es ici dans des bureaux privés, alors à moins d'avoir un rendez-vous avec l'un ou l'autre des collaborateurs, tu n'as rien à faire dans ces locaux.

Desmond, choqué par la soudaine fermeté de Malik, se tourna vers Connor pour essayer d'obtenir son soutien, mais celui-ci haussa les épaules et lâcha d'une voix calme :

-Tu sais, il n'a pas tort. Tu es un civil et ta présence ici n'est pas indiquée normalement.

-Ezio m'a toujours… tenta de protester le jeune homme, mais il ramassa en retour le regard perçant du cadre.

-Ezio n'est pas ici ! Léo non plus ! En leur absence, c'est à moi de gérer la société. Et il va y avoir du changement. Il y a eu trop de relâchement et de laxisme dans cet entreprise. Alors cesse de protester et cesse de nous faire perdre du temps !

Après avoir terminé ce discourt Ô combien déconcertant, Malik tourna les talons et retourna vers son boxe. Desmond, vexé dans son amour propre, lui lança sur le ton de la protestation :

-Je vais m'en plaindre à Léo !

-Très bien, mais n'oublie pas de prendre rendez-vous auprès du secrétariat ! répliqua Malik d'un ton moqueur en refermant sa porte.

Choqué, la bouche bée, l'étudiant se tourna vers Connor une fois de plus. Celui-ci soupira, et lui lâcha :

-Tu devrais faire ce qu'il dit… Sinon, il va me demander de te mettre dehors de force. Et je pourrais pas aller contre, il a raison sur le principe. Tu es civil ici, tu n'as pas à être à cet étage du bâtiment.

Vexé, Desmond le toisa une seconde encore, puis fila en direction de l'ascenseur. Il descendit au rez-de-chaussée, et alla droit vers le comptoir. Il avait envie de se plaindre, et comptait bien sur sa meilleure amie – et amante – pour l'écouter et le soutenir. Seulement, ça ne se passa pas comme il l'avait prévu.

Assia, qui souriait une seconde plus tôt, l'aperçut du coin de l'œil, et prit soudainement une expression renfrognée et concentrée, fixant son écran d'ordinateur en tapant une lettre à toute vitesse en dactylo. Desmond fut légèrement troublé en voyant son air, mais s'approcha tout de même avec le sourire, venant se poster sur le comptoir, penché en avant.

-Salut, tu ne devineras jamais ce qui vient de m'arriver.

-J'ai pas le temps d'écouter tes histoire Desmond, répondit presque froidement Assia sans le regarder, toujours concentrée sur sa lettre. Je bosse, moi !

Desmond se redressa, encore une fois, bouche bée. Mais qu'est-ce qu'ils avaient tous aujourd'hui à la fin ? Ce n'était pas croyable ! Il y avait un virus dans les locaux ou quoi, pour qu'ils soient tous à la limite de l'agressivité ? Voyant qu'il ne bougeait pas, Assia poussa un profond soupire, et se tourna vers lui, demandant avec force :

-Quoi ?!

-Heu… rien, fit Desmond, déboussolé.

-Dans ce cas, je te prie de ne pas rester planté là, s'il te plaît. Tu gênes les clients

L'étudiant jeta un coup d'œil au hall. Il était absolument vide. Pas l'ombre d'un client. Il s'apprêtait à rétorquer quelque chose, tournant le regard sur Assia, mais son téléphone se mit à sonner. Il le décrocha en s'éloignant vers la porte de sortie, et fut ravit d'entendre la voix de Aveline à l'autre bout.

-Allô ?

-Desmond, c'est Aveline. J'ai une opération que tu n'as pas encore étudiée aujourd'hui. Tu veux y assister depuis la galerie ?

-Avec plaisir, fit-il en sortant du bâtiment, se sentant soudainement de meilleure humeur.

-OK, je passe te chercher dans quinze minutes.

-Ça marche. Je vous attends devant le bâtiment.

Il raccrocha avec un petit sourire. Au final, sa journée ne serait pas totalement foutue. Mais il lui faudrait tout de même tirer au clair tout cela ce soir. Ce n'était pas habituel, ce comportement chez Assia. On aurait dit qu'elle lui en voulait pour quelque chose. Mais il ne savait pas quoi.

Enfin, pour le moment il lui fallait se concentrer. Il allait voir une vraie opération, et pratiquée par Aveline. Depuis qu'elle l'avait pris sous son aile, c'était Noël presque tous les jours ! Il regrettait presque de devoir reprendre les cours la semaine suivante. Mais pour pouvoir avoir le droit d'être dans un bloc, et pas seulement dans la galerie d'observation, il était prêt à se donner à fond cette année !

oOoOoOo

Dans le bâtiment, Assia vit Desmond traverser la rue pour aller au kiosque et poussa un soupir de soulagement en se laissant retomber dans son siège. Elle avait bien cru qu'elle n'arriverait jamais à résister à l'envie d'être gentille avec lui. Mais il lui fallait absolument prendre de la distance. Pour leur bien à tous les deux. Ce ne serait pas facile, mais sa décision était prise depuis cette nuit. Il leur fallait absolument prendre du recule, pour pouvoir enfin aller de l'avant. Et si pour cela, elle devait se montrer froide, agressive, et risquer de détruire leur belle amitié, elle le ferait, même si ce n'était pas facile.

Soupirant encore, elle se replongea dans son travail. Il lui fallait terminer de recopier les documents que Leonardo lui avait filé la veille. Et ce n'était pas facile, car il avait une salle habitude…

Écrire de droite à gauche !

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Ezio se réveilla aux alentours de onze heures, la bouche pâteuse, la tête prête à exploser, le pantalon sur les chevilles. Il lui fallut un instant pour réussir à ouvrir les yeux, la lumière s'engouffrant dans la pièce par la baie vitrée du balcon l'éblouissant. Il tâcha de se rappeler ce qui s'était passé. Il se remémora alors petit à petit les événements de la veille. Ça avait été crescendo.

Il y avait d'abord eut la discussion dans l'ascenseur avec Léo, et le baiser, qui l'avait profondément ébranlé. Ensuite, la discussion animée au bar avec son cousin et sa sœur. Et après ? Desmond avait trop bu et avait révélé que Federico était revenu en ville. Ça l'avait énervé, prodigieusement, mais il ne savait plus vraiment pourquoi. Claudia était partie, puis Desmond avait commencé à lui prendre la tête en l'attaquant sur des sujets assez blessant et dont il ne savait rien. Après ? Le nez de Desmond, la démission, et la fuite… OK, il se souvenait jusque là.

Après, il était tombé sur Federico, et sa colère accumulée avait pris le dessus sur son sang froid. Mais qu'est-ce qui avait été le vrai déclencheur ? Peut-être bien de voir que Claudia et lui semblait bien s'entendre. Oui, c'était ça ! Durant une seconde, il avait été « jaloux » de son frère aîné. Pourquoi ? Et bien, pour plein de raisons. Déjà, et principalement, parce qu'il lui en voulait encore pour Petruccio. Mais pas que ça.

C'était aussi parce que ça avait été insupportable de savoir que Claudia lui avait visiblement tout pardonner aussi facilement. Alors que, à lui, elle ne lui pardonnerait probablement jamais de ne pas avoir pris sa défense contre les parents lorsqu'ils l'avaient accusé de vol, alors qu'il savait. Mais à cette époque, s'il avait avoué qu'il savait que Claudia avait pris l'argent, et révélé pour quelle motif elle l'avait fait, il aurait risqué de se faire renier aussi, non ? Aujourd'hui, après dix ans, il reconnaissait qu'il avait été lâche à l'époque, et s'en excusait encore souvent. Mais Claudia ne lui pardonnait pas à lui, alors qu'elle faisait comme si Federico n'avait jamais commis d'erreur. Et c'était insupportable !

Mais ce n'était pas uniquement pour ces raisons-là. Il y en avait encore une, plus personnelle, qui avait joué dans son craquage de plombs. Mais il ne voulait pas admettre cette faiblesse d'esprit.

Luttant tant bien que mal contre la douleur qui lui sciait le crâne, et l'envie de vomir, il se leva difficilement en prenant appuie sur le fauteuil. Il eut le tournis et crut bien qu'il allait s'étaler par terre, mais réussi à se ressaisir. En s'appuyant contre le mur du couloir, il gagna la salle de bain, retira sa chemise puisqu'il ne lui restait que ça, la jeta dans le panier de linge salle, et se glissa dans la douche italienne. Il alluma l'eau en réglant la température sur frais, et s'assit sur les catelles simili-ardoise, s'appuyant contre la paroi de verre en fermant les yeux.

L'eau qui lui tombait dessus et dégoulinait sur sa peau lui fit du bien. Petit à petit, il reprit le dessus, la masse qui embuait son esprit s'estompant en partie. Après un moment, il se remit debout avec prudence, et se frotta avec le gel douche. Cela lui fit du bien. Il se sentait plus frais. Il stoppa l'eau et sortit de la cabine de douche, attrapant un linge pour se sécher. Il regarda sa tête dans le miroir et constata qu'il avait vraiment une sale tête aujourd'hui. Il ouvrit la pharmacie et en extirpa un médicament contre la gueule de bois, car son estomac lui criait qu'il n'avait pas réussi à digérer le vin. Cela le fit dégueuler presque immédiatement, purgeant son ventre de tout cet alcool frelaté. Ça lui laissa un goût ignoble, pâteux et empli de tanins. Une fois qu'il fut vidé, il se brossa frénétiquement les dents et la langue (ce qui manqua de le faire vomir à nouveau) et se gargarisa trois fois avec du bain de bouche.

Il se rendit ensuite dans sa chambre et enfila un jogging, celui qu'il mettait pour traîner le dimanche et que Léo aimait bien. De toute manière, il n'allait pas sortir, ni faire grand-chose aujourd'hui vu son état. Il alla dans la cuisine, et prit une bouteille d'eau fraîche dans le frigo. Il n'avait rien envie d'avaler, mais il lui fallait tout de même s'hydrater.

C'est à ce moment, alors qu'il s'apprêtait à regagner sa chambre pour aller s'allonger, que l'on toqua à sa porte. Poussant un râle d'agacement, il se dirigea vers la porte, et jeta un coup d'œil dans le judas. En voyant qui se tenaient là, il jura pour lui-même en déverrouillant la porte.

-Qu'est-ce que vous me voulez, lâcha-t-il d'un ton légèrement agressif en ouvrant quasiment à la volée.

Claudia sursauta un peu en voyant la tête de son frère (La barbes mal taillée, les cheveux décoiffé, le teint pâle, les traits allongé, des cernes prononcée et foncées sous les yeux) et bouscula Altaïr en faisant un mouvement de recule. Ils échangèrent un regard, puis la jeune femme fit face à son frère et lâcha :

-Bonjour frangin, tu vas bien ?

-À ton avis ? fit celui-ci avec un sourire crispé. Qu'est-ce que vous me voulez ?

-Te parler, répondit calmement Altaïr, stoïque. On peut entrer ?

-Je suis pas vraiment d'humeur, répondit froidement Ezio.

-Ça ne prendra pas longtemps, insista l'autre homme.

Ezio le regarda droit dans les yeux, essayant de lui faire comprendre par un regard appuyé qu'il n'accepterait pas. Malheureusement pour, lui, il était en état de faiblesse, et le calme absolu de son cousin (et son regard posé) le fit céder. En soupirant, il s'écarta pour les laisser entrer.

-Très bien…

Un instant plus tard, les trois personnages étaient installées autour du bloc de cuisine. Altaïr, voyant l'état de son cousin, lui conseilla de rester assis pendant qu'il préparait du thé. Le silence régnait, aucun d'eux n'osant dire quoi que se soit. Ezio trempa ses lèvres dans le thé, mais il eut l'impression que la boisson lui retournait plus l'estomac qu'autre chose. Légèrement hargneux à cause des maux de ventre, il prit la parole :

-Bon, qu'est-ce que vous me voulez au juste ?

Claudia croisa le regard de son cousin, qui l'incita à parler d'un léger mouvement de tête, et elle répondit :

-Je… enfin, on s'inquiétait pour toi. À cause de ce qu'il s'est passé hier…

Ezio fronça les sourcils. Il était sûr qu'elle était venue pour ça. Mais il n'avait pas envie d'en parler. Il soupira, et posa le regard sur sa sœur :

-Vous vous inquiétez pour rien. Je vais bien, et hier ce n'était rien…

-Permet-nous d'en douter, fit Altaïr en prenant une gorgée de thé.

-Tu as sauté sur Federico aussitôt que tu l'as vu, ajouta Claudia. Je ne pense pas que l'on puisse dire que ce n'était « rien ».

-Il y a forcément dû y avoir un élément déclencheur, reprit le cousin. Une chose qui t'a mit hors de toi.

-Vous me saoulez, soupira Ezio, qui sentait son mal de crâne revenir.

Altaïr tourna immédiatement la tête vers Claudia à la suite de cette remarque. Il l'avais senti se crisper jusqu'à son côté de la table, et devina à son regard qu'elle allait s'énerver. Il la vit entre-ouvrir la bouche, et se dépêcha de la devancer avant que ne soit lâcher une phrase de trop.

-Peut-être, mais tu pourrais au moins nous donner un indice ? Il doit bien y avoir eut un déclencheur, quelque chose qui t'as suffisamment mit hors de toi pour que tu régisse comme ça. On veux juste comprendre pour t'aider.

-M'aider !? fit l'aîné Auditore avec un demi-rire. M'aider à quoi au juste ?

-À pardonner ! répliqua Claudia en se redressant, ayant finalement céder à l'énervement.

-Pardonner ?! railla Ezio qui avait tellement mal à la tête qu'il n'en avait plus rien à faire de hurler ou non. C'est toi qui viens me parler de pardon ?!

Altaïr se prit la tête entre deux mains. Il aurait mieux fait de ne pas venir. Ou plutôt, de venir seul. La problème de Claudia et d' Ezio, c'était leur impulsivité. Il avait visiblement le foutu sang chaud de leur père. Sûrement un héritage de leurs racines italiennes… mais le résultat était le même. À la moindre anicroche, ils partaient au quart de tours, ce qui rendait les discussions compliquées. Et ça devenait fatigant.

Il comprenait mieux à présent pourquoi ses parent n'avaient jamais souhaité réunir toute la famille pour les fêtes. Son père ne supportait pas Giovanni, et sa mère avait presque coupé les ponts avec sa sœur Maria à force que celle-ci prennent la défense de son mari. Quand aux parents de Desmond, c'étaient des arrivistes drogués par leur boulot. À se demander pourquoi il avait fait un gosse. Ils ne s'en occupaient jamais, toujours en vadrouille aux quatre coins du monde. Enfin, le sujet ici n'était pas de refaire l'histoire familiale. Il y avait suffisamment à gérer avec Ezio et Claudia.

-Je peux savoir ce que tu sous-entends au juste ?! s'exclama Claudia, vexée par cette réplique.

-Que tu es la plus mal placée de la famille pour parler de pardon ! riposta son frère avec verve.

-Et en quoi ?! fit Claudia en le foudroyant du regard.

-Que tu n'as aucune notion de mesure dans le pardon ! Tu offres la rédemption sur un plateau en or à Federico, mais moi, tu me reproches toujours les mêmes conneries depuis des années ! Rappelles-moi juste qui de nous deux est un assassin ! Et rappelle-moi aussi qui a tout sacrifié pour vous permettre à toi et lui de survivre !

Altaïr releva la tête, choqué par cette déclaration. Visiblement, Claudia l'était tout autant. Elle s'était immobilisée, visiblement paralysée de stupeur, la bouche entre ouverte, fixant son frère comme s'il venait de la gifler. Il y eut un temps de battement, comme si le temps à l'intérieur de la pièce s'était stoppé. Il n'y avait pas un bruit. Ezio sembla prendre conscience qu'il avait été trop loin en baissa les yeux sur sa tasse.

-Qu'est-ce que… finit par marmonner Claudia, encore sous l'effet de la stupeur. Qu'est-ce que tu entends par là ?

-Federico était censé reprendre la place de notre père au Conseil de la ville. Lorsqu'il a été renié, c'est moi qui est dû prendre ce poste et en assumer toutes les conséquences !

-Mais… fit Claudia, abasourdie d'entendre ça, et complètement perdue, hochant la tête. Mais tu aimes ça, participer au Conseil.

-Absolument pas ! répliqua Ezio. Seulement, je n'ai pas le choix ! Il faut bien que quelqu'un le fasse !

-Pourquoi tu ne me l'a pas dit alors ?! D'accord, Federico ne peut plus siéger parce qu'il a changé de nom, mais moi, je suis encore une Auditore ! J'aurais pu prendre ta place une fois sur deux si tu me l'avais demandé ?

Ezio sembla amusé et attristé en même temps par cette remarque, esquissant un maigre sourire. Il ajouta :

-Tu n'étais pas en état.

-Comment ça ?!

-Quand tu es revenue d'Italie, c'était dans les plans de nos parents de t'éduquer à siéger avec moi. Mais moi, j'ai bien vu dans quel état tu étais ! Tu étais presque morte à l'intérieur Claudia ! Et j'étais sûr – je le suis toujours – que te forcer à rester en ville, avec tous les souvenirs de nos problèmes familiaux t'aurais achevé ! JE ne voulais pas voir la personne que tu étais disparaître entièrement, alors je me suis sacrifié ! J'ai mis dans une boite tous mes projet d'avenirs, tout le peu d'occasion de quitter la ville qu'il me restait après le départ de Fédé, j'ai TOUS mis dans une boîte à l'intérieur de moi, et je l'ai enterrée !

-Donc, c'est de ma faute ? fit Claudia en baissant les yeux. C'est ce que tu es en train de dire ? Que moi et Federico, on a détruit ta vie. C'est bien ce que tu es en train de sous entendre ?

Elle semblait vraiment blessée, à la limite de pleurer, sa voix tremblant parce qu'elle s'en retenait. Ezio comprit qu'il avait mal formulé son discours et se leva. Il s'approcha de sa sœur, et voulut la prendre dans ses bras pour la réconforter, mais elle fit un pas en arrière, levant sur lui un regard quasi désespéré. Il se rendit compte qu'il devait immédiatement reformuler, sinon il allait la perdre elle aussi. Elle était pourtant la seule famille qu'il lui restait (à part ses cousins, bien sûr).

-Non Claudia. Ce n'est pas de faute. Ce que je veux dire, c'est que, pour toi, pour te protéger, j'aurais accepter n'importe quel prix à payer. Et si tu as pu t'en sortir et devenir la magnifique jeune femme de caractère que j'ai sous les yeux aujourd'hui, je ne le regrette pas. Seulement, il faut que tu comprennes que, pour Federico, je ne peux pas lui pardonner, car tout a démarré avec lui.

-Tu sais très bien que ce n'est pas vrai, riposta Claudia d'une voix sans ton.

-Pour toi peut-être pas. Parce que tu vois les choses différemment. Parce que tu rêves de voir la famille se recomposer.

-Est-ce si mal, après tout ce que nous avons traversé ?! s'exclama-t-elle, une larme perlant au coin de son œil.

Altaïr suivait la scène, toujours assis au bloc de cuisine. Il n'osait pas intervenir, car la discussion avait atteint une trop grande ampleur. Il ne s'estimait pas avoir le droit de s'en mêler, car le sujet en train d'être débattu n'appartenait pas à son passé. Enfin, si, car toutes ces histoires et ces drames qui avaient frappés les Auditore avait d'une certaine façon affecté également son existence. Mais il ne les avait pas vécus. Il n'avait pas été au centre du maelström destructeur qui avait emporté la fratrie dans une spirale de malheur. Il espérait juste que les trois frères et sœur arriveraient à y mettre un terme et à aller enfin de l'avant. Mais vu leurs caractère, ce n'était pas gagné.

-Non, bien sûr que non, dut admettre Ezio en baissant le ton et le regard. Seulement, tu ne prend pas en considération la globalité de l'histoire, tu laisses tes émotions prendre le dessus.

-Et toi, lorsque tu refuses ton pardon à ton propre frère, tu ne laisses peut-être pas parler tes émotions ?! Ose me dire que la rancœur que tu éprouves ne te submerge pas au point de fausser ton jugement ?! Et ose venir me parler en suite d'émotivité !

-Il a causé la destruction de la famille… tenta de riposter mollement Ezio.

-C'était il y a longtemps ! Et il n'était pas lui-même ! rétorqua Claudia en hurlant à moitié d'une voix stridente. Et il a fait tout ce qu'il fallait pour être pardonné, il a lutter dur, et il s'en est sorti !

-Ce n'est pas parce qu'il a…

-TOI, dans la même situation, abandonné par ta famille, avec le poids de la culpabilité sur les épaule, après une tentative de suicide, aurais-tu seulement eu le tiers de la force qu'il lui a fallut pour sortir du trou ! Et dans ma situation, aurais-tu survécu aux épreuves que moi j'ai eu a enduré !

-Je…

-Permets-moi d'en douter fortement, cher frère ! Alors ne vas surtout pas te permettre de nous juger, que ce soit moi ou Federico !

Elle tourna les talons, ouvrit la porte pour partir, puis se tourna vers les deux autres avec un air furibond.

-En tout cas, nos parents on réussit leur coup ! Ils auront au moins réussi à en transformer un des trois en toutou obéissant !

Vexé par cette remarque, Ezio se précipita sur elle et la retint par le bras pour l'empêcher de partir.

-Qu'est-ce que tu viens de dire ?! s'exclama-t-il, fou de colère.

-Tu me fais mal, fit Claudia avec un calme presque terrifiant, le fixant avec une trace de mépris.

-Répète ce que tu viens de dire ?!

Altaïr s'était levé pour venir les séparer, car il voyait que la dispute dégénérait, et il craignait qu' Ezio ne se montre trop vifs dans ses réactions (quoi que, il se méfiait d'avantage de celles de Claudia), mais il n'eut pas le temps de faire quoi que ce soit. Claudia gifla son frère avec tant de force que celui-ci manqua de partir à la renverse. Il lâcha sa sœur en s'éloignant de deux pas, la main sur la joue qui se tinta d'un beau rouge vif. Elle le dévisagea une seconde, puis lâcha :

-Tu as hérité uniquement de leur pires défauts : la colère de papa et l'irritabilité de notre mère ! c'est pour ça que tu ne peux pas pardonner ! Mais franchement, regarde ce qu'ils ont fait de toi ! Tu es devenu pathétique à t'attacher aux principes de deux vieux imbéciles ! Tu ne comprends pas qu'ils nous ont fait plus de torts qu'autre choses avec leurs conneries ?! Tu me déçois !

Ayant terminé ce petit laïus particulièrement hautain, elle se détourna à nouveau, et claqua la porte derrière elle.

Ezio et Altaïr restèrent un moment silencieux, paralysé devant la porte. Après un instant, l'aîné Auditore poussa une sorte de grognement en persiflant :

-La vache ! Elle a cogné dure !

-Et estime toi heureux que je sois plus contenu qu'elle, parce qu'un peu plus et je t'en collais une aussi, répliqua Altaïr avant de soupirer.

-Pardon ?! fut vivement surpris Ezio, tournant la tête vers lui.

-Tu te rends compte des horreurs que tu viens de lui balancer ?

-Et elle, elle n'a pas été blessante peut-être ?

-Peut-être, mais c'était différent, expliqua Altaïr en allant faire la vaisselle par réflexe (les TOC de Malik commençaient à dépeindre sur lui). Tu sais parfaitement qu'elle, elle est hargneuse par défense lorsqu'elle se sent braquée. C'est une protection qu'elle a développé à cause de tout ce qui lui est arrivés ses dix dernière années. Toi en revanche, tu essayais d'être volontairement blessant. Comme pour te venger, j'ai eu l'impression.

-Peut-être bien, avoua Ezio dans un soupir après un petit temps de réflexions. Mais il y a un moment ou trop, c'est trop.

-Je ne te blâme pas, fit Altaïr en rangeant les tasses dans le placard. C'est bien que tout ça soit enfin sorti. C'est juste dommage que ça soit venu de cette manière. Il y avait un abcès et il était urgent que vous le creviez avant que ça n'empire. Je parles en connaissance de cause..

-Toi et Malik ? fit Ezio.

-Oui, répondit simplement Altaïr en venant vers lui.

Il observa son cousin une seconde, qui semblait dépité, puis ajouta en ouvrant la porte.

-Claudia n'est pas stupide, Ezio. Elle aura compris que ce n'était pas personnel d'ici ce soir. Tâches de l'appeler pour t'excuser et mettre les choses à plat. Je te laisse, je dois retourner au travail.

Il sortit de la pièce en tirant la porte à sa suite, mais se ravisa et repassa la tête par l'entrebâillement, visiblement pensif. Il s'humecta les lèvres, et ajouta d'un ton neutre :

-Tu sais, tu aurais tort de voir le retour de ta fratrie comme un problème. Dis toi que maintenant « tu n'es plus seul en ville ».

Ezio leva les yeux vers son cousin, qui eut un petit sourire mystérieux. Puis, Altaïr partit pour de bon, fermant la porte. Ezio resta un instant interdit dans son entrée. Il ne savait pas trop quoi comprendre dans cette phrase. Pourtant, il était persuadé qu'il y avait de gros sous-entendus dans cette affirmation.

Agacé et épuisé par cette confrontation, il ferma à clé la porte d'entrée, et regagna son lit. Une sieste de quelques heures lui ferait le plus grand bien. Il aurait l'esprit plus alerte pour réfléchir après. Sitôt allongé, le sommeil le submergea et il rejoignit les bras de Morphée.