Chapitre 21 : Portrait de famille
Ezio se réveilla quelques heures plus tard. Il se sentait très franchement bien mieux. Le médicament contre la gueule de bois avait fait son effet, et cette petite sieste l'avait revigoré. Il se leva sans se presser, se rendit à la salle d'eau pour se doucher encore une fois –car il avait énormément transpiré – puis s'habilla avec des vêtements propres. La dispute avec Claudia lui semblait vraiment lointaine à présent. Et il se sentait stupide d'avoir été aussi loin dans ses propos. Il avait dit un certain nombre de choses qu'il regrettait à présent. Altaïr avait raison, il lui faudrait l'appeler pour s'excuser, mais un peu plus tard. D'abord, il se posait une question essentielle, encore une fois, par rapport à ce que lui avait dit Altaïr juste avant de partir.
Il se saisit de son portable est téléphona à la seule personne dans cette ville qui devait avoir une réponse claire et sûre à 100%. La tonalité se fit entendre un instant, puis on décrocha.
-Caterina Sforza, j'écoute.
Ezio sourit. Il n'avait pas été certain de réussir à la contacter en pleine semaine. La fonction de Mairesse n'était pas de tout repos, et il arrivait souvent qu'elle passe des jours entiers sans être joignable. Heureusement, Ezio avait aussi un avantage sur la plupart des gens. Il possédait le numéro direct de son bureau, pas besoin de passer par le secrétaire de la mairie.
-Caterina, c'est Ezio !
-Ezio ?! Quelque chose ne va pas ? Pourquoi m'appelles-tu à cette heure. Je suis en plein travail là.
-Désolé, fit le jeune homme, se rendant compte qu'en effet, ce ne devait pas être le meilleur moment, les bureaux ne fermaient que dans une heure. Est-ce que j'arrive à passer te voir après ton boulot ?
Il y eut un bref silence, un soupire pensif, puis une réponse.
-C'est vraiment urgent ?
Ezio se renfrogn un petit peu. Il voulait absolument que son amie éclaire sa lanterne par rapport à la question soulevée par Altaïr. Et pour parvenir à ses fins, il était prêt à ruser, même sur son amie. Et comme ils se connaissaient suffisamment tous les deux, il savait exactement comment la faire réagir rapidement. Il se força à prendre le ton le plus sombre possible, et parla :
-Federico est revenu en ville.
Il entendit le bruit d'un stylo qui tombe sur un bureau, et eut un léger sourire en s'imaginant la tête que devait faire Madame le Maire au bout du fil. Il y eut un très court silence, puis la voix de Caterina reprit :
-Passe dans 30 minutes à la mairie, j'aurai fini.
-Merci.
Il raccrocha, un sourire satisfait éclairant son visage. Il alla se préparer, il devait être présentable.
…:::::…
Une demie heure plus tard, Ezio gara sa voiture devant la mairie de Fasmay Hill et traversa l'allée fleurie, grimpa la volée de marche menant au perron, passa la porte tambour en verre et pénétra dans le grand hall en marbre. Il s'approcha du comptoir d'accueil, près de l'escalier, et fit un grand sourire au secrétaire. C'était un homme imposant, originaire de l'Île de Trinité, dans les Caraïbes. Il avait une cinquantaine d'année, et occupait cette fonction depuis aussi longtemps qu'Ezio s'en souvienne. De sa simple présence, il dissuadait quiconque de tenter la moindre esclandre dans les locaux administratifs de la ville.
-Bonjour Adewalé, fit le jeune homme.
-Monsieur Auditore, salua l'homme en se levant de son siège par politesse.
-Je viens voir Caterina.
-Madame le Maire vous attend dans son bureau, lui répondit l'homme en désignant l'escalier. Vous connaissez le chemin
-Oui, fit Ezio, amusé. Merci beaucoup.
Il entama donc sa montée des marches alors que l'homme se reposait à son comptoir et prévenait sa patronne de l'arrivée de son invité, via l'interphone. Ezio arriva au premier étage et contourna la galerie pour se diriger droit vers la porte du bureau. Il se trouvait au dessus de la salle de réunion du Conseil. Il toqua, et on lui répondit d'entrer. Ezio s'exécuta.
Il se retrouva dans la grande pièce qu'il connaissait bien. Une salle carrée, autrefois décorée de manière très XIXe siècle (car jamais remeublée depuis sa création), mais réaménagée dans un style plus moderne et épuré depuis trois ans que la dernière Sforza était entrée dans ses fonctions.
Celle-ci se trouvait encore assise et terminait de lire un papier. Elle leva les yeux, et fit signe à son ami d'approcher et de s'assoir. Il s'exécuta sans discuter, prenant place en face d'elle. La jeune femme termina sa lecture, soupira, retira ses lunettes de lecture, se massa les paupières, puis se leva et contourna le bureau pour venir faire la bise à son invité.
-Bonjour mon grand. Désolée de l'attente. Comment vas-tu ?
-Bien et toi ?
-Stressée avec le 150e anniversaire de la fondation en approche rapide, mais sinon ça va, répondit-elle en s'asseyant sur le bord de son pupitre, en face de l'Auditore. Alors, raconte-moi tout, Federico est revenu en ville ? C'est surprenant !
Ezio soupira, il n'avait pas tellement envie d'en parler en réalité, mais puisque le sujet avait été abordé (normal, il l'avait lui-même mis sur la table), autant être sincère. Il leva les yeux vers la rousse, fit une légère moue, puis exposa à son amie de longue date ce qu'il avait sur le cœur.
oOoOoOo
Malik sortit de son bureau, fit la vaisselle de sa tasse à café – ainsi que de toutes celles présentes dans le lave-vaisselles – les rangea, puis se dirigea vers la réserve. Il croisa Rebecca en chemin, qui quittait les locaux, et la salua. Il avait réussi à recouvrir en partie son calme, même s'il n'avait pas encore réussi à pardonner Clay de la frayeur qu'il leur avait fait.
Il arriva devant la porte, et toqua avant d'entrer. Clay était toujours assis là, il ne s'était pas évaporé. Ouf ! Le jeune assistant compulsait les dossiers. En entendant la porte s'ouvrir, il leva la tête et prit un air étonné en voyant Malik dans l'encadrement.
-Oui ? interrogea-t-il calmement.
Malik resta une seconde immobile et silencieux. Il réfléchissait à ce qu'il allait dire. Il aurait voulut avoir une parole gentille, mais il n'y parvint pas, ce contentant de lâcher d'un ton martial :
-La journée est terminée. Rentre chez toi ! Et demain, je veux que tu sois là à six heures tapantes, tu as beaucoup de travail en retard.
-Très bien, fit le jeune homme avec un air un peu déçu.
Malik quitta la pièce, le laissant seul. Clay eut un sourire malveillant. Il avait eu une chance incroyable de ne pas se faire pincer. Heureusement pour lui, les effets de la drogue qu'il avait prise le matin s'étaient dissipés. Il avouait volontiers que ce n'avait pas été la meilleure idée d monde d'en prendre ici, dans les locaux, sous le nez de tous les autres. Il avait une mission à remplir, et s'il se faisait démasquer, ça n'allait pas plaire à son nouveau patron.
Soupirant, il se dépêcha de ranger, attrapa sa sacoche, puis quitta le bâtiment en faisant attention de ne croiser personne. Il voulait éviter de trop discuter avec ses collègue, de peur de commettre une bavure, et de se faire démasquer. Et la personne à éviter à tout prix, s'était Desmond pour l'instant. L'étudiant le connaissait maintenant trop bien, depuis quelques mois, et verrait probablement immédiatement qu'il était différent dans sa manière de se comporter.
Clay alla prendre le bus, en changea à l'arrêt du centre ville – là où toutes les lignes de la villes se croisaient – et descendit près de la zone industrielle. Il slaloma entre les entrepôts, et gagna rapidement le « quartier général » d'Abbas pour lui faire son rapport.
oOoOoOo
Ezio sortit de la Mairie un peu plus serein. Caterina, après l'avoir harceler pour savoir comment il se sentait vis-à-vis du retour de son frère, avait fini par lui donner les réponses tant désirées. Il savait maintenant ce qu'il voulait savoir. Et en vérité, cela ne le détendait pas plus. Au contraire. A présent, une idée avait commencé à germer dans son esprit. Une idée aux racines profondes, aussi terrible que révélatrice sur ses désirs véritables.
Soupirant profondément, il se dirigea à pas lents en direction de l'arrêt de bus. Il allait rentré chez lui, commander une pizza (peut-être proposerait-il à Malik et Altaïr de manger avec lui), puis il irait ce coucher tôt. Il avait encore un peu sommeil, et demain, une longue journée l'attendait.
Il avait reçu, durant son entretien avec son amie, un SMS de sa sœur lui indiquant que, quel que soit son humeur, elle voulait absolument les voir – lui et Federico – au cimetière le lendemain pour commémorer « en famille » la mémoire de Petruccio. Ils en profiteraient également pour déposer un bouquet de fleurs sur la tombes des parents.
Dans un premier temps, Ezio avait fulminé, prêt à envoyer sa cadette se faire voir. Il n'avait aucunement l'intention d'accepter d'aller sur les restes de sa famille avec la personne qui l'avait détruite. Heureusement pour lui, Caterina était plus calme et réfléchie, et avait fini, après un long moment de discussion à le convaincre qu'il fallait faire un effort. L'argument soumis était tout à fait valable : S'il ne faisait pas l'effort demain, il pouvait dire adieu à ce qui restait vaguement d'unité dans leur fratrie. Et Ezio tenait trop à sa sœur pour risquer de se la mettre à dos (plus que ce n'était déjà le cas) à cause de son contentieux avec Federico.
Tout en montant dans le bus desservant son quartier, le jeune homme extirpa son téléphone portable de sa poche, et composa un message de réponse pour sa Claudia. Il commença par de plates excuses, sincères, puis confirma qu'il acceptait de faire un effort pour elle. Elle n'avait plus qu'à lui confirmer le lieu et l'heure du rendez-vous. Il envoya le courriel, puis se cala confortablement sur son siège, le front contre la vitre.
La ville défilait sous ses yeux. Cette bonne vieille ville de Fasmay Hill, qu'il connaissait depuis toujours, et qui imprégnait presque tous ses souvenirs. Il n'en était réellement partit que durant ce fameux été, où lui et Léo avait fait le tour de tous les Etats du pays. C'était le bon vieux temps. Tellement vieux qu'il lui semblait qu'il s'agissait carrément d'une autre époque. Et ça l'était. Tant de choses s'étaient passées depuis cette période de sa vie. Les choses avaient l'air tellement plus simples, et si compliquées à présent.
Ca avait été le début des neuf meilleures années de sa vie, jusqu'à ce qu'il gâche tout. Parfois, il se disait qu'il aurait bien aimé revenir à cette époque. Revivre les années lycée, refaire sa rencontre avec Léonardo, repartir faire le tour des USA, reconstruire leur bonheur – aurait-il pris d'autres décisions ? Evidemment ! – et ne pas recommencer les mêmes erreurs qui les avaient conduit à la rupture.
Mais on ne pouvait pas revenir en arrière. Ce temps était révolu. Il fallait à présent composer avec ce qu'il avait entre les mains, et se débrouiller pour reconstruire quelque chose de neuf. Et qui sait, peut-être l'idée qui avait germer et qui continuait de lui titiller l'esprit était la bonne solution pour un nouveau départ. Mais il restait encore trop de points incertains, et trop de liens qui l'empêchaient de s'avouer que c'était sa meilleure chance de se retrouver lui-même.
Plongé dans ces pensées, il rata l'arrêt devant le bar de Mario, jura entre ses dents et descendit au suivant. Tout en marchant pour regagner son logis, il passa un appel au drive-pizza. Finalement, il n'avait aucune envie de manger avec son cousin et Malik. Il préférait continuer de réfléchir. Seul.
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Maria Thorpe prit la sortie d'autoroute et se glissa dans le trafique de la ville. Il n'y avait pas grand monde à cette heure-ci. D'ailleurs, il n'y avait jamais eut un trafique très dense dans le cœur de Fasmay Hill, la ville possédant un réseau de transport publique très pratique que la plupart des gens préféraient aux véhicules privés. Elle fut au commissariat en un rien de temps, gara sa moto, et fonça à son bureau pour s'enfermer et réfléchir.
Elle se barricada, et se laissa tomber sur sa chaise. Elle vérifia que ses collègues ne l'espionnaient pas en écoutant à la porte (grace à une caméra planqué à la place du judas et reliée à son ordi (petite sécurité mise en place par son père du temps des flics vendus à Abbas) et tira d'un tiroir un paquet d'American Spirit. Elle avait fumé un temps, puis avait arrêté – par ordre explicite de sa fiancée, mais il lui arrivait encore d'en tirer quelques bouffées pour se détendre lorsqu'elle était dans une situation de trouble intense. Et aujourd'hui, c'était vraiment le cas !
Elle se glissa une cloppe entre les lèvres, l'alluma, et en tira une longue bouffée. Cela le fit tousser. Elle n'avait pas succombé à une envie de nicotine depuis un sacré moment (presque deux ans), mais ce que son indicateur à Carson City lui avait révélé l'avait laissée profondément troublée. Alors, oui, probablement sa femme lui prendrait la tête lorsqu'elle rentrerait et sentirait son haleine enfumée, mais une petite dispute avec sa moitié n'était plus vraiment le principal de ces soucis à présent.
Elle tira encore une bonne bouffée, la laissa glisser dans ses poumons avec un mélange de dégout et de délice, puis la cracha en un gros nuage de fumée avant d'éteindre le mégot. Deux shoots lui suffisaient amplement. Fumer tue, ce répéta-t-elle pour se convaincre de ne pas succomber à l'envie d'en rallumer une autre par derrière. Réussissant à se contrôler, elle se laissa aller dans son siège et ferma les yeux un instant.
Elle était vraiment crevée. Elle avait fait le voyage jusqu'au chef lieu de l'Etat d'une seule traite pour l'aller, la veille, et pareille pour le retour. Sans compter qu'elle n'avait quasiment pas fermer l'œil la nuit précédente. Son indicateur sur place, un certain « Tinia », un vieille enquêteur privé et un peu fou, avait fait un travail de recherche absolument fantastique.
Seulement, ce qu'il avait avancé lors de leur rendez-vous avait semblé bien trop surprenant à la jeune femme. Par conséquent, l'homme l'avait invité à étudier et revérifier chaque document qu'il lui avait fourni comme preuve. Et c'est ce qu'elle avait fait. Elle n'avait fermé l'œil que quelques petites heures, puis était retournée voir Tinia, qui lui avait ensuite dis absolument tout ce qu'il savait sur le sujet d'Abbas, et de son « bienfaiteur » anonyme. Et c'était pire que tout ce qu'elle avait envisager.
Soupirant encore une fois profondément, elle attrapa son téléphone portable et sélectionna la messagerie. Elle avait fait une promesse à son ami Altaïr. Celle de tout lui révéler si elle découvrait quelque chose sur les raisons de la libération d'Abbas. Elle savait que ce qu'elle lui apprendrait ne lui plairait pas du tout, mais elle ne revenait jamais sur une parole.
Mais ça pouvait bien attendre demain. Pour l'heure, elle était trop fatiguée pour réussir à expliquer les choses calmement si elle tentait de le faire. Elle n'avait qu'une seule envie pour le moment, c'était de rentrer chez elle, de prendre une douche, de manger un bon petit plat préparer par sa chérie (après qu'elles se soient disputées pour les cigarettes, puis réconciliées) puis de se coucher tôt et de dormir profondément jusqu'au lendemain.
Elle envoya donc un SMS à Altaïr pour lui fixer un rendez-vous le lendemain. Elle patienta quelques secondes, puis la réponse arriva. Il était d'accord, mais pas avant le soir. Elle fut déçue. Elle voulait se décharger de ce sujet le plus vite possible, mais bon, elle savait qu'il devait être occupé avec l'approche de la fête de la ville. Elle lui fixa donc un rendez-vous au chinois du centre, comme d'habitude, à 19 heures. Il valida.
Un peu soulagée, mais consciente que les choses allaient se compliquer à cause de ce qu'elle avait appris (car elle devrait prendre rapidement des mesures drastiques) elle se leva, et rentra chez elle. Comme prévu, sa femme la disputa à cause des cigarettes.
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Desmond rentra tard à l'appartement. L'opération d'Aveline avait duré tout l'après-midi, puis elle l'avait pris un moment à part pour lui expliquer au fur et à mesure ce qu'elle avait fait, via une reconstitution sur modèle informatique. Ça avait été palpitant et enrichissant. Décidément, il avait de plus en plus hâte de terminer ses études et de pouvoir se lancer dans l'internat. En réalité, même l'année qu'il lui restait à assurer à l'Université en « tronc commun » l'embêtait. Le temps qu'il passerait en cours, il ne pourrait pas aller à l'hôpital et voir sa mentor en action. C'était dommage, car il y avait vraiment pris goût durant les deux mois d'été. Mais bon, au moins, il avait une réelle motivation à présent. Réussir avec brio sa dernière année pour rendre fière le Dr DeGrandpré !
En ouvrit la porte à clé, il lança son habituelle salutation à destination de Léonardo, mais se rendit vite compte que quelque choses clochait. La lumière était encore éteinte, et en réalité, tout était toujours dans l'état où il l'avait laissé le matin. Cela le surpris grandement. Où était Léonardo ? Bon, son absence en soi-même n'était pas dérangeante, car Desmond était suffisamment âgé pour se débrouiller seul – malgré ce que semblait avoir pensé ses parents en le plaçant sous la garde de son cousin et du peintre – mais il se demandait tout de même où il pouvait bien être passé.
Durant une fraction de seconde, il pensa qu'il s'était peut-être passé quelque chose de grave, et que Léo était mal (un frisson lui traversa la nuque). Heureusement, il se raisonna rapidement. S'il était réellement arriver quoi que ce soit de grave au blond, ou à n'importe lequel des membres de l'équipes, il aurait été averti par l'un ou l'autre.
Non, plus probablement, Léonardo devait encore être fourré (ou se faire fourrer – Desmond s'envoya une violente gifle mentale après cette pensée) chez Cesare, comme presque tous les soir depuis quelque temps. Rien de bien inquiétant. De toute manière, Léo pouvait bien faire ce qu'il voulait, ça ne dérangeait pas Desmond. Au contraire sa l'arrangeait. Il aimait bien disposer de l'appartement pour lui seul. C'était plus amusant pour un jeune de 22 ans de pouvoir faire ce qu'il voulait en ne pensant qu'à lui que de devoir composer avec un colocataire.
Satisfait de l'absence de son chaperon, il fonça à la cuisine, et fourra un paquet de popcorn dans le micro-onde. Il fouilla le frigo et y dénicha quelques légumes frais, un paquet de gambas décortiquée, et un gros pot de yogourt vanille. Il prit ensuite dans un placard un paquet de pâtes parmi l'immense réserve abandonnée par Ezio, et décida rapidement de se faire un petit repas sympa.
Il tenta d'appeler Assia pour l'inviter à partager son repas (et avec en tête de s'envoyer une fois de plus en l'air avec elle), mais constata avec dépit qu'elle ne répondait pas. Il essaya trois fois, mais tomba à chaque fois sur un refus d'appel. Il en fut fort surpris. Pourquoi donc Assia lui faisait-elle la tête depuis ce matin ? Il lui faudrait vraiment tirer ça au clair le lendemain.
Il tenta donc d'appeler Clay, mais celui-ci ne répondait pas non plus. Dépité, l'envie de cuisiner lui étant passé subitement, il rangea les ingrédients, et se contenta de manger le pop-corn trop salé avec une bière et un reste de poulet grillé, le tout devant une émission ringarde. Il alla ensuite se coucher tôt, après avoir vidé une seconde bière et s'être douché.
Il s'endormit comme une masse, bien que son nez le dérange encore, et dormit d'un sommeil sans rêve.
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Le lendemain matin, Malik fut le premier levé de son couple. Il laissa Altaïr dormir, et se prépara sans bruit. Il quitta l'appartement sur la pointe des pieds et traversa directement la rue pour se rendre au boulot. Il croisa Connor, qui était déjà là pour faire sa ronde du matin afin de s'assurer que tout allait bien, et le salua en prenant l'ascenseur. Il alla mettre la machine à café en marche, et s'en prépara un bien noir et corsé. Dix minutes plus tard, Clay arrivait. Il le toisa d'un regard noir (il avait réellement envie de lui montrer son affection, mais la colère était encore trop présente – après tout, il lui avait fallut six ans pour pardonner à Altaïr – et prenait le dessus). Il lui donna donc deux tonnes de paperasse à rattraper, comme il le lui avait promis la veille, puis l'envoya s'isoler dans la réserve.
Qu'à cela ne tienne, Clay en profita pour prendre un rail de pilule orange pilée. Il ne savait pas ce qu'elle contenait, mais elle lui donna un coup de booste du tonnerre. Il se sentait réveillé et alerte, et se mit à l'ouvrage sans discuter.
Pendant ce temps, Malik tenta de joindre Léonardo, mais constata avec aigreur qu'il ne répondait pas à son téléphone. Il alla donc taper à la porte de l'appartement, mais il n'y trouva que Desmond, avec de petits yeux – visiblement réveillé en sursaut – qui lui confirma ses craintes.
Le patron était en train d'abandonner le navire !
Aussi près de la fête anniversaire des 150 ans de la ville, c'était réellement un suicide organisé. Malik, soupirant d'exaspération, redescendit à son bureau et se mit immédiatement à l'ouvrage. Si Léo n'était pas là, sa signifiait que tout reposait désormais sur les épaules du cadre. Et il détestait ce genre de pression.
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Aux environs de dix heures, Federico, seul dans son grand appartement, sortait tout juste de la douche. A cette heure-ci, il aurait dû se trouver au travail, mais il avait trouvé le moyen de convaincre le chef du service de psychologie de l'hôpital de lui accorder un jour de congé. Bien qu'initialement réticent, son supérieur avait finalement accepté lorsque le trentenaire lui avait expliqué les raisons liées à sa demande. Après tout, qui aurait-il été s'il n'autorisait pas à un psychothérapeute à soulager ses propres douleurs psychologique ?
Alors qu'il passait dans sa chambre pour s'habiller de manière convenable pour aller au cimetière, il remarqua qu'il avait reçu un message sur son cellulaire. Intrigué, il s'en empara prestement, et jeta un coup d'œil. C'était un message de Claudia. Elle lui indiquait que l'heure du rendez-vous était maintenue, mais que le lieu de rencontre avait changé. Et le nouveau point de rendez-vous surpris vivement Federico.
Il ouvrit de grands yeux et resta perplexe un instant. Qu'est-ce que Claudia manigançait encore ? C'était une grande question ! Tout en s'interrogeant, il s'habilla rapidement, et passa dans la cuisine pour boire un café avant de partir. De toute manière, ça ne lui servait à rien de trop se torturer l'esprit pour tenter de comprendre les plans tordus de sa sœur.
Il jeta un coup d'œil à l'horloge du micro-onde, et soupira. Pour rejoindre le lieu à l'heure, il lui fallait partir maintenant. Il attrapa ses clés sur sa table de nuit, sortit de l'appartement en fermant derrière lui, puis alla chercher sa voiture dans le garage de l'immeuble.
…:::::…
En empruntant la route menant au Lac Silencio, Federico ralentit instinctivement l'allure. Il se sentait très mal à l'aise, pour ne pas carrément dire qu'il avait une boule terriblement nouée dans l'estomac. Pour atteindre le petit lac de son enfance, il était obligé de prendre le chemin serpentant entre les collines. La même que celle où Petruccio avait perdu la vie. Il n'était pas heureux, et se demandait presque si Claudia n'avait pas fait exprès de déplacer le rendez-vous à cette endroit pour se payer une petite vengeance.
A l'embranchement habituel, il dévia sur la petite route secondaire qui redescendait dans un vallon. Le véhicule glissa le long de la route couverte de gravillons, sous sa chape d'arbres aux branches épaisses. Après quelques minutes à ce régimes, il aperçut enfin le reflet du lac au travers du branchage. apparut enfin sur sa gauche. Il gara la voiture près d'un panneau indiquant que les véhicules ne pouvaient pas aller plus loin, observa le véhicule déjà parqué, et termina le chemin à pieds.
Il ne lui fallut guère trop de temps pour rejoindre le ponton, qui menait au kiosque à musique, au bout du lac. Il aperçut Claudia, qui faisait les cent pas sous le couvert. Elle le vit et s'immobilisa, lui faisant signe, puis venant à sa rencontre. Ils s'embrassèrent, puis Federico interrogea, en la suivant sous le kiosque :
-Pourquoi as-tu insisté pour venir ici Claudia ?
Sa sœur tourna la tête vers lui, et afficha un sourire mystérieux en déclarant :
-C'est une surprise. Tu le sauras quand Ezio sera arrivé.
Intrigué, Federico observa l'endroit attentivement en s'approchant de la rambarde qui surplombait l'eau calme. Rien n'avait changé, malgré les nombreuses années écoulées depuis sa dernière visite. A part peut-être la croissance de quelques bosquet d'arbres, mais autrement, tout était absolument comme dans ses souvenirs.
Après un quart d'heure tout au plus, il vit une Porches gris métallisé descendre le long du chemin. Il détermina sans peine qu'il s'agissait de son frère. En effet, il vit Ezio descendre du véhicule, garé près de sa voiture. En deux minutes, le jeune homme arriva sur le ponton, et retira ses lunettes à soleil. Federcio se redressa, mais resta en place, alors que Claudia s'élançait pour embrasser son ainé.
Lorsqu'ils arrivèrent sous le kiosque, Ezio s'immobilisa à environs un mètre de son frère. Fédé ne savait pas quoi dire. Il avait encore mal au nez, c'est tout se qu'il savait. Ils restèrent un instant à ses toiser l'un l'autre sous le regard plein d'attente de Claudia. La tension était palpable, et Federico s'attendait à un nouvel excès de violence de son frère. Pourtant, celui-ci, après avoir levé les yeux vers le ciel en poussant un soupire profond, riva ses yeux sur lui (ce qui le fit sursauter) et lui tendit la main.
Le trentenaire fut vivement surpris, eut un léger mouvement de recule, puis scruta alternativement la main, puis le visage d'Ezio. Ce dernier e semblait pas forcément enchanté, mais réussit à esquisser un sourire, et déclara :
-Faisons la paix, Fratello mio.
L'autre manqua de rester bouche bée face à cette réplique, et ouvrit de grands yeux. Avait-il bien entendu ? Il tourna la tête vers Claudia pour l'interroger du regard, mais celle-ci se contentait d'applaudir silencieusement, avec un grand sourire satisfait. Elle avait vraiment l'air d'une gamine qui serait heureuse d'apprendre que ses parents acceptaient de l'emmener au parc d'attraction. Il regarda à nouveau Ezio, qui avança un peu plus la main, l'air légèrement contrarié que son frère ne la serre pas.
-Je suis désolé pour l'autre soir, ajouta le plus jeune avec un sourire toujours crispé.
Demandé pardon n'était pas du tout son genre, et sa lui demandait un sérieux effort. Hésitant encore, mais croisant le regard encourageant de Claudia, Federcio finit par céder et prit la main que lui tendait son cadet.
-J'accepte tes excuses.
-Fantastique ! s'exclama alors Claudia en applaudissant définitivement.
Elle s'approcha de ses deux frangins, ainsi réconciliés, et leur passa les bras autours des épaules, de manière à ce qu'il l'entoure. Elle les fit se tourner vers le ponton, et désigna du menton un petit homme, aux cheveux poivre et sel, qui approchait, une mallette à la main.
-Pour fêter dignement ses retrouvailles, je vous ai préparé une petite surprise, fit la jeune femme avec un grand sourire.
L'homme arriva à leur hauteur, et retira son chapeau melon noir pour les saluer avec politesse. Federcio resta perplexe un instant, Ezio aussi apparemment. Ce petit bonhomme leur était familier. Ils étaient sûr de l'avoir déjà vu, mais où ? Claudia attendit une seconde avec un grand sourire, satisfaite de son effet de surprise, puis leur donna la réponse.
-Vous vous souvenez certainement de Mr Smith, il est photographe professionnel. Nous avions recouru à ses services pour ceci !
En disant cela, elle tira d'un geste mesuré une photo de la poche de sa robe grise, et la brandissant sous leur nez. Ils poussèrent tous deux une exclamation de stupeur. Il s'agissait du portrait de famille, celui qu'ils avaient fait douze ans plus tôt, le jour de l'anniversaire de Federico, alors que Petruccio était encore en vie. Juste avant que leurs vies ne tournent aussi mal.
-Je l'ai invité aujourd'hui, parce que je pense sincèrement que nous devrions refaire un portrait, tous les trois.
-Claudia, non ! s'exclama à moitié Ezio, choqué, en se défaisant de la prise de sa sœur.
La jeune femme eut l'air surpris de la réaction de son frère, et le toisa d'un air réprobateur. Federico aussi l'observait, la curiosité piquée par cette réaction. Après quelques secondes, la sœur interrogea :
-Non ?
-Claudia, on ne peut pas faire ça, soupira le jeune homme.
-Et pourquoi pas ? rétorqua-t-elle, légèrement vexée par cette soudaine résistance.
Excellente question. C'est vrai, pourquoi cette idée avait soudainement provoqué un choc dans l'esprit d'Ezio. Il se le demandait lui-même. Après avoir tenté en vain de rassembler ses esprits pour savoir ce qu'il convenait de répondre, le jeune homme fixa sa sœur, et tenta de se justifier tant bien que mal.
-On avait fait ce portrait à l'époque pour que toute notre fratrie soit représentée. On ne peut pas décemment en refaire une sans Petruccio.
Claudia leva les yeux au ciel, visiblement agacée. Les réactions de son frère commençaient vraiment à l'énerver. Un coup il disait blanc, la minute d'après, il disait noir. Elle s'apprêtait à lui faire une remarque lorsque Federico la devança.
-Je pense au contraire comprendre l'avis de notre sœur, Ezio, fit-il d'un vox calme et posée.
Les deux autres tournèrent la tête vers lui, étonnés. Ezio manqua de trahir ses véritables sentiments à l'égare de son frère en le dévisageant un peu trop vivement. Claudia, elle, l'interrogea du regard. Il poursuivit avec un demi-sourire :
-Tu veux pouvoir mettre fin à ce cycle d'horreur commencé il y a douze ans en procédant à une épanadiplose, c'est cela.
Claudia cligna plusieur fois des yeux, surprise, puis demanda :
-Une épanady… quoi ?
Federico soupira avec amusement. Il se laissait aller à employer des mots presque trop littéraire. Mais il était sûr qu'il s'agissait bien de cela. Après tout, il était psy, et savait par conséquent comprendre anticiper en partie le mode de résonnement d'une personne. Plus encore de sa propre sœur.
-En gros, reprit-il plus simplement, tu veux boucler cette histoire en reproduisant la situation de départ, avant que tout ne parte en sucette, c'est ça ?
Elle le considéra un instant avec étonnement. C'était bien ça, mais elle était surprise de constater qu'il avait aussi vite compris son projet. Federico pour sa part comprenait parfaitement se genre de désir. Elle n'était pas la première personne à avoir besoin de recourir à ce genre de mise en scène pour pouvoir entièrement faire son deuil. Et il était grand temps, après douze ans, qu'elle puisse enfin tourner la page et avancer. Il se tourna vers Ezio et lui expliqua brièvement :
-Je pense sincèrement que nous devrions le faire, mon frère. Elle en a besoin… d'ailleurs nous en avons tous besoin.
Ezio le toisa une seconde, puis leva les yeux au ciel, et céda. Il se força à garder contenance, et laissa apparaître un sourire (forcé) sur ses lèvres.
-Très bien, alors faisons cette photo.
Claudia eut un grand sourire ravi en voyant son frère revenir à de meilleures sentiments, et se tourna vers le photographe pour lui faire signe. Celui-ci s'approcha, posa sa mallette au sol et commença à en extirper son matériel. Projecteur pour que la lumière soit optimale, appareil dernière génération avec une qualité professionnelle, filtres pour que l'image soit le plus net possible au rendu.
Pendant ce temps, les trois frères et sœur se mirent en position. Ils se placèrent exactement au même endroit que lors du premier portrait. Dos au lac et à la petite falaise à son bout. Claudia se plaça entre ses ainés, légèrement devant eux. Honneur au dame, après tout.
Après environs vingt minutes, et plusieurs prises, le portrait parfait était dans la boîte. Le photographe expliqua qu'il faudrait une petite heure pour que ses collaborateurs, au laboratoire photo de la ville, la développe, et qu'il pourrait passer la chercher sitôt après.
Claudia le remercia et le laissa filer, car il avait un autre rendez-vous pour un mariage. Elle se tourna ensuite vers ses frères avec un grand sourire. Heureuse au possible.
-Je propose que nous allions manger tous ensemble. Nous irons ensuite chercher les tirages, et nous passerons ensuite au cimetière.
-Très bien, fit Ezio, réussissant de justesse à ne pas désapprouver cette idée.
-Cela me semble convenable comme plan, avoua Fderico.
-Bien, j'ai réservé chez San Lorenzo, le gastronomique italien que les parents adoraient tant et qu'ils utilisaient comme lieu de réconciliation après une dispute. Je trouve que c'est approprié à la situation.
Ils se mirent en route, retournant à leurs véhicules respectifs. Ils se retrouvèrent ensuite devant le restaurant, et se posèrent à une table pour partager leur premier repas de famille depuis bien longtemps.
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-Léonardo gara sa voiture sur le parking de son entreprise. Il arborait un sourire radieux, bien qu'il ait en même temps l'air troublé. Il traversa le couloir menant au hall, et croisa Assia. Celle-ci, en l'apercevant, se leva d'un bond et vint le saluer :
-Léonardo !
-Bonjour ma petite Assia.
-Bonjour, fit-elle en hochant légèrement la tête, se souvenant que c'était comme cela que l'on était censé démarrer une conversation. J'ai terminé de copier les documents que tu m'avais donné.
En disant cela, elle lui tendit le porte document avec un sourire. Il la remercia en le prenant. C'est alors qu'elle se rendit compte d'un détail qui la frappa vivement. Elle lâcha le dossier (heureusement, il l'avait bien en main) et le regarda avec la bouche bée.
-Nonnnn, fit-elle longuement, sur le ton de la surprise.
Avec un petite sourire, ayant comprit qu'elle avait constaté, il se posa un doigt sur les lèvres pour lui faire signe de garder le silence, puis ajouta :
-Je l'annoncerais à tout le monde en même temps.
Puis il entra dans l'ascenseur en lui faisant un signe calme de retourner à son bureau.
-Je te ferais appeler.
Il arriva à l'étage, et se dirigea droit vers l'escalier menant à la passerelle. En passant devant le bloc de Malik, celui-ci le vit, et se précipita vers lui.
-Léo !
Le blond tourna la tête vers lui et lui adressa un sourire tout en entament sa lente ascension des marches.
-Bien le bonjour Malik, comment vas-tu ?
-Où étais-tu passé ? interrogea vivement le cadre sans lui rendre la politesse, visiblement énervé.
-A Las Vegas ! répondit simplement Léo sans relever le ton, continuant d'avancer.
-J'y crois pas ! s'exclama avec colère Malik en jetant sur le dos de son patron un regard noir. Alors que nous sommes déjà en retard dans notre planning, que la fête de la fondation approche et que les employés travaillent comme bon leur semble – quitte à disparaitre plusieurs jours sans même prévenir – toi, au lieu de diriger correctement ton entreprise, tu vas jouer à Las Vega ! C'est trop fort !
Le peintre arriva devant la salle de réunion et y pénétra, Malik sur les talons. Il referma la porte dernière lui, et alla s'assoir à sa place, au bout de la table, en profitant pour se mettre en route un café avec la machine à capsules posée sur la commode de rangement, écoutant la colère de son employé principale d'une oreille.
-Et qui c'est qui doit toujours tout arranger pendant que tous ces gens n'en font qu'à leur tête ?! bein c'est bibi ! Et bien tu sais quoi ?! (à ce moment, Léo s'assit avec son café, et le regarda en prenant une gorgée). J'en ai par-dessus la tête d'être la personne « fiable » sur laquelle tout le monde délègue son boulot ! Je te rappelle que mon rôle ici c'est de structurer le travail, pas de materner ! Ni de rattraper les bavures des autres ! Et j'en ai assez de votre laxisme évident, à toi et Ezio ! Vous êtes les PDG et DG oui ou merde ! C'est à vous de gérer les employés et l'entreprise de manière générale !
Ayant terminé, il se stoppa, le souffle court, le cœur battant, et fixa avec encore de la colère son patron. Celui-ci le considéra un instant avec un regard bienveillant, les mains croisées sous le mentons, puis lui désigna un siège à côté du sien.
-Assieds-toi, veux-tu ?
Surpris, sursautant légèrement face à cette réaction, Malik s'exécuta, non sans râler dans sa barbe. Léonardo le fixait avec douceur, un léger sourire en travers du visage.
-Ecoute, je comprends ce que tu me dis, et je m'excuse. Tu as raisons, depuis deux mois, il y a sacrément de laisser aller dans cette entreprise, et je n'ai rien fait, je le reconnais. J'ai laissé mes problèmes personnels prendre le lead sur mes responsabilités professionnelles, et je t'ai laissé te débrouiller seul. J'ai une confiance aveugle en toi, car je sais que tu es un chef d'équipe absolument perforent – c'est d'ailleurs bien pour cela que je t'ai engagé – et j'ai commis l'erreur de penser que tu étais par conséquent capable de tout tenir à bout de bras. Et tu y es parvenu, d'ailleurs, magnifiquement. Mais ce n'était pas ton rôle. Alors accepte mes excuses, et ma promesse de tout reprendre en main dès aujourd'hui si tu le veux.
Malik l'avait écouté, et son visage fermé était lentement passé à une expression de perplexité. Il ne pensait pas que Léonardo reconnaitrait aussi facilement, et aussi sincèrement ses erreurs. Ce Mea Culpa inattendu lui fit l'effet d'un bouton que l'on perce. Comme si la pression qui pesait sur lui venait soudainement de diminuer. En plus son patron venait de lui dire qu'il avait fait un travail admirable. Il ne l'avait jamais fait, et ce compliment, après toutes ces années, cette reconnaissance de ses efforts, lui fit un bien fou. Il sentit une larme de soulagement lui monter à l'œil, mais parvint à la réfréner de justesse. Il observa Léonardo d'un œil fatigué, mais soulagé, et lui demanda plus calmement :
-Ce qui ne me dit pas ce que tu es allé foutre à Las Vegas.
-Fais appeler les autres, je vais vous l'expliquer à tout en même temps, répondit le blondinet avec un sourire et un regard mystérieux.
Malik fut intrigué, mais s'exécuta, sortant de la pièce pour aller chercher les autres. Léo le regarda s'éloigner à travers la vitre de la salle, tripotant nerveusement la bague qu'il portait à son annulaire gauche. C'était la première fois, il n'avait pas encore l'habitude de sa présence.
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L'après-midi était à présent bien entamé, et les trois membres de la famille Auditore se trouvaient dans le cimetière, près de la tombe de Petruccio. Le ciel s'était couvert, et il menaçait de pleuvoir. Claudia s'approcha de la petite tombe, et s'accroupit pour déposer le nouveau portrait, mise à l'abri dans un écrin de verre, contre la pierre tombale. Elle resta un moment dans cette position, ses frères se tenant debout près d'elle. Elle posa sa main sur la pierre, et murmura :
-Tu vois, nous sommes de nouveau une famille, tu n'as pas à t'en faire.
Puis elle se releva, et croisa les mains pour prier. Après tout ce qu'elle avait traversé dans sa vie elle ne croyait plus spécialement en une divinité bienveillante et suprêmement supérieur qui les écoutait, mais c'était ce que l'on faisait dans ce genre de cas. Prier. De toute manière, elle ne priait pas à l'attention d'un dieu, mais plutôt à celle de son cher petit-frère. Après avoir terminé, elle se tourna avec un maigre sourire vers les deux autres, et leur dit :
-Si ça ne vous dérange pas, j'aimerais rester encore un peu seule. Vous pouvez y aller si vous voulez.
-Très bien, fit Federico, compréhensif, en faisant la bise à sa sœur. On s'appelle se soir, d'accord.
-Très bien.
Ezio s'avança et l'embrassa aussi sur la joue, lui frottant les épaules pour la réconforter. Il savait que c'était dur pour elle, chaque fois qu'elle venait ici au cimetière. Les deux frères s'éloignèrent à pas lents, marchant au travers des rangées de tombes qui abritaient les nombreux habitants de la ville, depuis un siècle et demi. Les mains dans les poches, Federico ne savait pas trop quoi dire, il se sentait mal à l'aise en la présence seule d'Ezio. Il savait lire le langage corporel, les non-dits, et avait très bien compris qu'il ne lui avait pas vraiment pardonné. Mais ils n'allaient tous de même pas rester en silences tous les deux jusqu'à la fin du monde tout de même. Il lui fallait trouver quelque chose à dire et vite. Après un moment de réflexion, il trouva une question à poser :
-Alors, il y a quelqu'un dans ta vie ?
Ezio, qui marchait à cinq pas devant lui, stoppa net et se tourna lentement vers lui. Il le toisa d'un regard quasi méprisant – Fédé compris qu'il avait commis une erreur en abordant un point trop sensible – puis répondit après un court silence.
-En quoi cela te concerne-t-il ?
-Et bien, tu es mon frère et…
-Non ! riposta froidement Ezio en le dévisageant.
-Pardon ?
-J'ai fais semblant de dire que je te pardonnais, pour faire plaisir à Claudia.
-Je sais, soupira à moitié son ainé en fermant les yeux, déçu.
Il aurait vraiment espéré que, pour une fois, l'optimisme de sa sœur soit contagieux et ait déteint sur Ezio, mais ce n'était pas le cas malheureusement. Un éclair stria le ciel, et des gouttes commencèrent à tomber tout autour d'eux. Ils se toisèrent encore un moment, la pluie se mettant à tomber plus fort, mouillant leurs cheveux. Finalement Ezio lâcha d'un ton sans appel :
-Je ne te pardonne rien, et cette photo ne change rien à cela !
Sans attendre de réponse, il tourna les talons, plantant Federico sur place, et avança en direction du parking. Cette journée n'avait fait que lui prouver une chose, une seule : Sa vie n'était plus ici.
Federico le regarda s'éloigner, avec u pincement au cœur, mais comprenant en un sens le résonnement intérieur de son frère. Il lui faudrait sans doute du temps avant d'accepté son retour, et plus encore pour lui pardonner – s'il le pouvait – ou du moins le considérer comme une personne normale de son entourage. Qui sait ce que l'avenir lui réservait ?
Soupirant, le trentenaire partit à son tour, trempé par la pluie qui devenait de plus en plus forte. Il grimpa dans sa voiture, pensif, et démarra. Il lui fallait passer se changer avec des vêtements propres, puis passer à l'hôpital. Il lui fallait absolument faire quelque chose, aujourd'hui à tout prix. Claudia avait exorcisé son passé en refaisant un portrait de famille, lui allait se libérer à sa manière.
